Léon Henri Jouhaux est un syndicaliste français, né à Paris (15) le et mort à Paris (12) le .
Ouvrier allumettier et syndicaliste, il est secrétaire généralNominalement jusqu'en 1925, la CGT est dirigée par un secrétaire, des secrétaires-adjoints, un trésorier. Dans ses Mémoires (op. cit.), probablement rédigées vers 1940 selon A-M. Renauld, Jouhaux lui-même retient le terme de secrétaire général, déjà prévu par les statuts de 1902. La postérité historienne le rejoint en retenant pour être secrétaire général, le secrétaire, afin de le différencier des autres secrétaires, membre du bureau confédéral, et, jusqu'en 1918, du secrétaire de la Fédération des Bourses. Cf. La CGT et le mouvement syndical, édition CGT, Paris, 1925. de la Confédération générale du travail (CGT) de 1909 à 1947, puis fondateur et président de la Confédération générale du travail - Force ouvrière (CGT-FO) de décembre 1947, jusqu'à sa mort. Président du conseil économique et social à partir de 1947Bernard Georges, notice « Léon Jouhaux », in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, éditions ouvrières, Paris, 1975, vol 13, p. 122-130. Notice de référence évidemment indispensable de cette biographie., vice-président du Bureau international du travail et vice-président de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), il reçoit en 1951 le prix Nobel de la paix. Dans un premier temps de tendance syndicaliste révolutionnaire et libertaireEncyclopédie Larousse en ligne : notice biographique., il est considéré après 1914 comme « réformiste ».
Biographie Les débuts du syndicaliste Le grand-père, participant aux journées de juin 1848, le père, tambour de la Commune de 1871 échappant aux massacres grâce à sa connaissance du réseau des égouts de la ville, Léon Jouhaux a une ascendance ancrée dans le Paris révolutionnaire du . Il naît dans le de la capitale, fils de l'employé municipal Adolphe Jouhaux et de la cuisinière Anne-Marie VieuxSite internet des Archives de Paris, état civil du , registre des naissances de 1879, vue V4E 4595, acte N° 1330 du 2 juillet. Consulté le 19 mars 2016. Son père est âgé de 38 ans, sa mère a 35 ans. Ils sont domiciliés 4 place de Breteuil. Les deux témoins, employés, demeurent rue Lecourbe.. L'année suivante son père démissionne de son emploi et part avec sa famille travailler dans la Sarthe. De retour à Paris, il est embauché à la Manufacture des allumettes d'Aubervilliers, tandis que son épouse va travailler dans les « maisons bourgeoises ». Jouhaux passe sa jeunesse dans cette ville de la banlieue nord-est de Paris, alors très industrialisée ou en voie de l'être. Pendant la journée, le jeune Léon est confié à la garde de sa sœur aînée. Il fréquente ensuite l'école laïque jusqu'à l'âge de et, bon élève, il espère se former dans des écoles professionnellesPrésentés par Marie-Anne Renauld, Mémoires de Léon Jouhaux, in Le Mouvement social, , avril-juin 1964, p. 81-109. le texte couvre la période de son enfance, de sa formation et de ses débuts professionnels et syndicaux pour s'arrêter à l'année 1909…. Son souhait est d'accéder à une école d'Arts et Métiers pour en sortir ingénieur. Il accède effectivement à deux écoles professionnelles, mais confronté aux difficultés matérielles de ses parents il est contraint d'interrompre ses études pour gagner sa vie. Il y acquiert cependant un goût pour la lecture, que renforce sa fréquentation de la bibliothèque du groupe libertaire d'Aubervilliers. Selon ses souvenirs, c'est l'étude de Proudhon qui l'amène à l'action ouvrière et au syndicalisme. Après des emplois tenus dans une savonnerie, puis chez un serrurier du bâtiment, il entre à 16 ans à la Manufacture d'allumettes de Pantin-Aubervilliers où travaille son père. Le syndicalisme est actif dans cet établissement qui compte 600 ouvriers, le plus important de la branche de l'industrie des allumettes (2 600 ouvriers au total). Jouhaux entre de plain-pied dans l'action syndicale marquée par la grève menée par la Fédération nationale des allumettes pour la suppression de l'emploi du phosphore blanc dans les fabrications. Il poursuit son activité syndicale après son service militaire mais, en , il est impliqué dans une bagarre, en compagnie de plusieurs militants libertaires. Condamné à trois mois de prison, qu'il effectue, il est licencié de la Manufacture. Il occupe alors divers emplois précaires et continue son action militante en fondant le syndicat des ouvriers non qualifiés de la Seine. En 1905, il est réintégré à la manufacture d'Aubervilliers, et est délégué par la Fédération des Allumettes pour siéger au Comité national des Fédérations de la CGT. Il siège aussi au comité national de la Fédération des Bourses du travail.
Le secrétaire général de la CGT, 1909-1940 Une arrivée au pouvoir inattendue En 1906, il ne participe pas au Congrès de la CGT qui se tient à Amiens du 8 au . Mais le syndicat des allumettiers de Pantin-Aubervilliers vote, comme la très grande majorité des syndicats représentés1906, le congrès de la Charte d'Amiens, réédition du compte-rendu et études, Institut CGT d'histoire sociale, Paris, 1983. Les votes des syndicats sont détaillés en fin de cet ouvrage., le texte présenté par Victor Griffuelhes : sur , se prononcent pour, votent contre, 1 s'abstient. Georges Lefranc remarque que certains votes du Congrès font apparaître 936 ou : en fait 10 % environ des délégués ne votent pas la Charte.. En 1908, Jouhaux participe à son premier congrès de la confédération, tenu du 5 au à MarseilleListe des délégués, in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, tome 10, 1973, p. 70-71.. La crise qui affecte la direction de la CGT éclate au début de l'année suivante. Le secrétaire général Griffuelhes démissionne. Pour le remplacer le Comité national des Fédérations élit le , au second tour de scrutin, Louis Niel, réputé « réformiste », par , contre à Nicolet, candidat présenté par les syndicalistes révolutionnaires1 voix se porte sur… Griffuelhes, 3 membres s'abstiennent. Résultats publiés dans L'Humanité en 1909, au lendemain du vote. Consultation sur le site de la BNF.. Jouhaux, représentant de la fédération des Allumettiers, se prononce alors pour Nicolet. Début mai, c'est au tour de Marck, trésorier de la CGT, tout juste élu, de ne pouvoir assurer sa fonction en raison de son emprisonnement. Un remplaçant est désigné provisoirement : il s'agit du jeune (il va avoir trente ans) Léon Jouhaux. Les grèves qui secouent les PTT au cours de ce même mois de mai et l'échec de la grève de soutien lancée par la CGT, amènent Niel à démissionner de ses fonctions. Le le Comité confédéral national élit son successeur, Jouhaux par et . Il sera le phonographe de Griffuelhes disent certains. La suite montre qu'il n'en est rien.
Figure centrale du syndicalisme français Défendant sans cesse les principes de la charte d'Amiens (adoptée par la CGT en 1906), qui prônent l'indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques, de l'État et des Églises, Léon Jouhaux s'oppose aux différentes tentatives de contrôle du syndicat par la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), en 1911, ou par les « bolchéviques », en 1922.
1914-1919, dans « l'union sacrée » Le , lors des obsèques de Jean Jaurès, Jouhaux prononce un discours dans lequel il affirme : B. Georges, D. Tintant, Léon Jouhaux cinquante ans de syndicalisme, discours de Jouhaux aux obsèques de Jaurès, p. 476-479. Selon les auteurs s'appuyant sur plusieurs témoignages, ce discours de Jouhaux et les positions qu'il prend n'ont pas été discutés auparavant avec d'autres militants. Beaucoup sont mobilisés, d'autres sont en proie à une émotion qui leur fait oublier la discussion.. Il veut exprimer ainsi le sentiment de « la classe ouvrière au cœur meurtri » et se résigne alors à rallier la CGT dans l'Union sacrée. Mais Jouhaux ne part pas aux armées. Maintenu en sursis d'incorporation, pour des raisons politiques, car considéré comme garant de la paix sociale, il promeut durant toute la durée de la guerre une ligne syndicale de participation à l'union sacrée, et entame aux côtés du ministre Albert Thomas une politique de présence dans les organisations économiques mises en place par l'État. Il refuse pourtant un poste ministériel que lui propose Clemenceau à l'automne 1917B. Georges, notice du Maitron..
En 1918, Jouhaux présente un projet de Conseil national économique chargé d'examiner tous les problèmes posés par le retour à la paix, et dont le rôle ne serait pas que consultatif. Mais il faut attendre la constitution de la du pour que soit donné un statut constitutionnel à ce Conseil économique (devenu aujourd'hui le Conseil économique, social et environnemental). En 1919, il prend une stature internationale. Déjà participant des conférences ouvrières interalliées de 1915 à 1918, il fait partie des négociateurs de la Conférence de la Paix, prend part à la mise en place de l'Organisation internationale du travail (OIT) et au Bureau international du travail à la tête duquel est nommé son ami Albert Thomas. Il se rend pour cela aux États-Unis. En Europe (essentiellement) il participe à la mise en place de la Fédération syndicale internationale (FSI) créée, après une première conférence à Berne () à Amsterdam en , et dont il est élu vice-président.
Scission et réunification du syndicalisme, 1920-1935 vignette|Léon Jouhaux (Agence Meurisse, 1933, Paris, BnF). En 1920 est créée à Moscou, l'Internationale syndicale rouge (ISR)Le de l'ISR n'a lieu qu'en juillet 1921.. Cette création a une influence importante dans les débats qui agitent la CGT au sortir de la guerre. En effet la politique menée par Jouhaux entre 1914 et 1918, se trouve vigoureusement contestée par une minorité comprenant diverses sensibilités, syndicalistes révolutionnaires, anarchistes et communistes mais se retrouvant dans l'hostilité au réformisme du secrétaire général. De congrès en congrès, cette minorité gagne du terrain. Lors du confédéral tenu à Orléans en , l'adhésion à l'Internationale d'Amsterdam l'emporte par contre 552. Au congrès suivant, tenu à Lille à l'été 1921, la motion d'orientation défendue par Jouhaux recueille , mais les minoritaires lui opposent . Dès lors la scission de la CGT se met en marche. Une fraction importante de celle-ci se retrouve dans la CGTU, Jouhaux reste maître de la CGT, mais le syndicalisme sort amoindri de cette séquence. Sous sa direction de 1922 à 1936 son organisation demeure cependant la première force syndicale, creusant l'écart avec la CGTU malade de divisions fondatrices puis de l'alignement inconditionnel sur un parti communiste stalinisé. Lorsqu'en 1935-1936 triomphe le mouvement vers la réunification syndicale, il est le leader incontournable de la CGT réunifiée. En , au congrès de Toulouse, le bureau confédéral constitué comprend six « confédérés » et deux « unitaires ».
En 1932, Jouhaux participe à la Conférence du désarmement, en tant que membre de la délégation française. Lors de son travail au sein d'une commission sur le commerce et la fabrication des armes, il défend une vision assez radicale du désarmement. Il milite pour la suppression totale des entreprises d'armements, excepté les entreprises étatiques. Il propose aussi un système de contrôle de la production d'armement par les ouvriers eux-mêmes, via les syndicats, et un système de protection internationale pour les « lanceurs d'alerte ».
Du Front populaire à la guerre 1936-1940 vignette|Léon Jouhaux figure au sein du nouveau conseil général de la Banque de France, dans le cadre de la réorganisation de l'institution voulue par le Front populaire en 1936 (Agence Meurisse, 1936, Paris, BnF).