Geraint (ou Gereint) ou plus tard Érec est l'un des compagnons d'Arthur et plus tard des chevaliers de la Table Ronde.
Étymologie et origines historiques Son nom gallois Gereint est aussi connu sous sa forme latine Gerontius et la forme bretonne Wereg Rosalind Field, Phillipa Hardman et Michelle Sweeney, Christianity and Romance in Medieval England, Boydell & Brewer, 2010 , . Plusieurs personnages historiques de la période romaine tardive et des temps subromains ont porté ce nom en Armorique et en Prydein.
Les Gereint en Armorique
Gerontius, dux du Tractus Armoricanus (Littoral armoricain) vers la fin du Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne (1980). ou Weroc aussi appelé Waroc Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, 2024, p. 446. ( < *wer, « homme », au sens de « viril ») seigneur vannetais du Weroc ont donné leur nom à la région au Broërec ou Browereg en breton Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, 2024, p. 538. l'assimilation entre les noms Gerontius et Werec est telle qu'on doit se demander si Werec n'est pas seulement un surnom Alan-Joseph Raude, L'origine géographique des Bretons armoricains, Lorient, Dalc'homp Sonj, 1996 , Chronique de Saint-Brieuc, 72..
Ce royaume post romain, où régnait Waroc / Gereint, était aussi connu comme Gwened, se rapportant ainsi au nom d'Enid d'aprés Rachel Bromwich. L'histoire de ce couple fondateur aurait pu aussi inspiré Chrétien de Troyes, qui a puisé dans le répertoire de la "Matière de Bretagne" (Loomis, Celtic Myths and Arthurian Romance). Le personnage est représentatif de la transition entre traditions païennes celtes et traditions chrétiennes, Gereint / Erec étant à la fois un fondateur politique et un héros mythique (voir à ce sujet Philippe Jouët, L'Aurore celtique et Aux sources de la mythologie celtique, Yoran éd.). Le texte français (champenois) de Chrétien de Troyes accorde ces données à celles du christianisme Jessica V. Tomaselli, The Coexistence of Paganism and Christianity in the Arthurian Legends, Kutztown University of Pennsylvania, ProQuest, 2007, , p. 34-35.
Les Gereint brittoniques
Plusieurs personnages historiques brittoniques ont porté le nom de Gereint entre le VIe et le VIIIe ap JC :
Le plus célèbre est Geraint mab Erbin, dit « Llyngesic », seigneur dumnonien mort à Llongborth au début du VIe ap JC, qui a inspiré la poésie galloise primitive et aussi doute le personnage derrière le chevalier arthurien Erec. Gereint rac Dehau, autre prince de Dumnonia, mort à la fin VIe, et pour qui Aneurin a écrit une élégie dans Y Gododdin. Gereint ap Spectatus, noble de Gwynedd, connu par la pierre commémorative Llandanwg 3 (MR12) datée de la fin du VIe ap JC par Nancy Edwards
Le dernier roi de la Dumnonia unifiée au VIIIe se nommait Geraint Skene, W. F. (1988). Bryce, Derek, ed. Arthur and the Britons in Wales and Scotland (ill. ed.). Lampeter, Wales: Llanerch Press. .
Les Geraint dans la littérature galloise Gereint Hir ou Gereint le Grand (Triades)
D'aprés les Triades, un Geraint le Grand, fils de Cymmamon le Vieux, fait partie des trois hommes privilégiés de la cour d'Arthur. Ces trois guerriers étaient des plébéiens ou des fils de vassaux ; mais la parole de Gereint et sa disposition à l'honnêteté, à l'urbanité, à la douceur, à la sagesse, à la bravoure, à la justice, à la miséricorde et à toutes les qualités et connaissances louables, en temps de paix comme en temps de guerre, étaient si exemplaires que la cour et ses privilèges lui fut accordés sans restrictionTriads of Britain, collectées par Iolo Morganwg (1823), traduit par William Probert, 120. (lire en ligne, en anglais)..
Gereint rac Dehau (Y Gododdin)
Y Gododdin (A.84) conte la participation à Catraeth d'un Gereint historique, dont la fin doit donc se situer vers les années 590 .(Gereint rac deheu gawr a dodet « Gereint, son cri de guerre fut lancé devant les hommes du Sud » ; hael Gereint, « généreux Gereint »).
Gereint ap Erbin (Gereint ac Enid, Elégie de Gereint, Triades)
Le plus connu est le roi historique de Dumnonia Gereint ap Erbin mentionné dans les généologies Harleian et Boned y Saint. Ce dernier apparait comme le personnage titulaire du récit Gereint ac Enid, l'une des trois romances (Y Tair Rhamant), usuellement publiée avec les Mabinogion depuis leur traduction en anglais par Lady Charlotte Guest. Le conte expose l'accession du héros à la royauté par des épreuves trifonctionnelles et une cosmologique. Par ailleurs, plusieurs Triades galloises (œuvres présentant des trios de l'île de Bretagne sur différents sujets) évoquent Geraint. Il y est décrit comme un des trois armateurs de la flotte de l'île de Bretagne. Tandis que son fils Gadwy (Cadwy) y est décrit comme un des trois chevaliers de la cour du roi Arthur qui sont d'une grande courtoisie, les plus accueillants envers tous les hôtes et étrangers ; nul ne pouvait se voir refuser ce qu'il désirait de leur part, et leur générosité était telle envers chacun que ce qu'ils recevaient était comparable à ce qu'un ami leur avait accordé par pure amitiéTriads of Britain, collectées par Iolo Morganwg (1823), traduit par William Probert, 68 & 119. (lire en ligne, en anglais).Welsh Triads du Livre rouge de Hergest, Anonyme, traduit par John Rhys et (1868), 24. (lire en ligne, en anglais).
On connait également sa mort à Llongborth grâce à l'élégie par Llywarch Hen dans le livre noir de Carmarthen (21, 11. 26)Jean-Pierre Foucher, préface d'Erec et Enide dans Romans de la Table Ronde, Gallimard, 1970. Celle-ci le présente comme un ennemi de l'oppression (gormes), le « grand fils de son père » (Gereint vaur mab y tad). Ses chevaux sont ardents tels des aigles tachetés, noirs, rouges, blancs (blith, bv, coch, gvinn ; voir les strophes 10 à 13) et gris (llvit, strophes 16 et 17).
Dans la tradition classique : Érec et Énide
Gereint ap Erbin, bien connu de la tradition narrative du Sud-Ouest britannique, s'est ensuite trouvé intégré à la légende arthurienne en tant Erec. Il y est toujours le mari d'Énide (Enid) dans les textes aussi bien français et qu'allemands, et plus tard dans Idylls of the King d'Alfred Tennyson. La trame de l'histoire est elle aussi la même : après son mariage, Geraint oublie ses devoirs de chevalier. Énide se sent responsable, Érec se trompe sur ses intentions et l'entraîne dans de cruelles aventures, afin de tester sa loyauté. Érec est le fils du roi Lac dans Érec et Enide tandis que Geraint est fils d'Erbin.Thomas Malory ne mentionne pas ce personnage, mais il pourrait être identifié sous le nom Sir Garaunt Phyllis Ann Karr, King Arthur Companion: A Guide to the People, Places, and Things of Arthur's Britain, Chaosium, 1983, .
Le roi Arthur organise une chasse au cerf blanc le jour de Pâques. Érec n'y participe pas, mais escorte la reine Guenièvre. Sur le chemin, l'une des suivantes de la reine est malmenée par un nain. Érec le suit pour lui demander justice, arrive dans une ville où il rencontre Énide, en tombe amoureux et l'épouse après avoir vaincu son rival. Il reste ensuite un an auprès de sa femme, temps durant lequel il cesse de guerroyer, ce qui provoque des murmures sur son compte venant des autres chevaliers. Énide en vient à lui reprocher de demeurer auprès d’elle. Ces plaintes décident Érec à partir seul avec son épouse en aventure, mais en interdisant à celle-ci de lui parler. Énide viole à plusieurs reprises cet ordre pour sauver son mari, d’abord de chevaliers bandits, ensuite d’un comte malhonnête qui la désirait pour lui ; Érec affronte également deux géants. À la suite d’une autre péripétie, durant laquelle Énide repousse les avances d’un autre comte pendant que le héros passe pour mort, le couple se réconcilie définitivement. Dans une ultime épreuve, « La Joie de la cour », Érec vainc un chevalier condamné à combattre tous les visiteurs d’un jardin merveilleux à cause d’une promesse faite à sa femme. Le conte se clôt avec le couronnement en grande pompe des deux époux par le Roi Arthur lui-même, après la mort du père d’Érec.
Article lié Geraint de Domnonée
Personnalité portant ce prénom
Geraint Thomas, coureur cycliste britannique, né en 1986 à Cardiff (Pays de Galles).
Notes et références
Annexes Bibliographie Jean-Paul Allard, L'initiation royale d'Érec, le chevalier, Archè, 1987, 131 pages
Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la religion celtiques, Yoran, Fouesnant, 2012.
Catégorie:Chevalier de la Table ronde Catégorie:Monarque de Domnonée