L (en français : raz-de-marée) est un bombardement stratégique de grande envergure effectué depuis Benghazi en Libye par l’USAAF, le , contre le complexe pétrolier roumain de Ploiești, lequel était la principale source de carburant pour les forces allemandes, dans le cadre de la campagne de bombardements stratégiques alliés contre les ressources pétrolières de l'Axe.
Cette opération, deuxième incursion d’envergure de l’USAAF sur l’Europe, se traduisit par de lourdes pertes, malgré un certain succès dans les objectifs. Elle mit en évidence pour les Allemands certaines faiblesses dans leurs défenses et préfigure les combats d’envergure qui suivront en Roumanie l’année suivante, lorsque la 15th USAAF entamera une campagne de bombardements stratégiques qu’elle mènera à terme. Bien que taxée d'échec — à cause de ses lourdes pertes — cette mission demeure exceptionnelle sur bien des points, d’autant plus que certains mystères subsistent encore au début du .
Contexte L'approvisionnement en pétrole, comme lors de la Première Guerre mondiale, est un des points faibles de l'Allemagne« Les Alliés, maitre du jeu pétrolier », article de Jean Lopez, Guerres & Histoire , octobre 2012, page 38 à 43.. La guerre à l'Ouest la prive de ses sources habituelles (États-Unis et Indes occidentales néerlandaises). La production des États-Unis représente alors 61 % de la production mondiale. Les champs pétrolifères roumains sont le seul gisement important à portée du Reich. Dès 1938, l'Allemagne va s'employer à évincer Français et Britanniques et à placer l'économie roumaine et ses ressources sous la tutelle du Reich.
À l’issue de la Première Guerre mondiale et après l’indépendance de nouvelles nations européennes, la Roumanie regroupe presque tous les territoires habités par des roumanophones, et les réformes agraire et constitutionnelle des années 1921-1933 ont atténué de démocratie parlementaire une monarchie plutôt conservatrice, qui à partir de février 1938 s’efforce de contrôler, y compris par la force, les diverses formations politiques, mais ne peut imposer son autorité ni aux communistes, ni au parti de l’extrême droite, la Garde de fer dirigée par Corneliu Codreanu, que le roi Carol II fait exécuter le . La France avait garanti les frontières roumaines le , mais après la défaite française de juin 1940, Carol II cède aux pressions allemandes, nomme un gouvernement pro-allemand et, sur les instances de l’ambassadeur allemand von Killinger, laisse l’URSS (alors liée à l'Allemagne nazie par le Pacte germano-soviétique) occuper la Bessarabie et la Bucovine du nord le . Devant le mécontentement général suscité par sa faiblesse, Carol II subit un coup d’état de la part du général fascisant Ion Antonescu qui le force à abdiquer en faveur de son fils Mihail et à quitter définitivement le pays.
En janvier 1941, la Garde de fer fomente à son tour un coup d’État contre Ion Antonescu, mais Adolf Hitler ne fait pas confiance à ces fanatiques chrétiens et nationalistes roumains, auxquels il préfère un militaire pragmatique, un « homme fort » qui espère reprendre à l’URSS les territoires cédés par Carol II, quitte à s’allier au Troisième Reich, puissance industrielle à même de rééquiper de matériel moderne l’armée roumaine, en échange de livraisons de carburant. La Garde de fer se fait massacrer entre le 21 et le tandis que les troupes allemandes débarquent, d’abord composées d’instructeurs puis, après l’entrée en guerre de la Roumanie lors de Barbarossa, de soldats, notamment des servants de flak et des aviateurs de la Luftwaffe.
Après l’attaque nazie contre l’URSS et la fin des livraisons de carburant soviétique à l’Allemagne nazie, l’approvisionnement en carburant du Reich va dépendre de la Roumanie à 98,6 %« Aero Journal Hors-Série » (Christian-Jacques Ehrengardt), novembre-décembre 2009, édition Caraktère SARL. page 5.
Ploiești et ses défenses Le principal complexe pétrolifère se trouve dans la région de Ploiești, érigé à grands frais à l’aide d’investisseurs étrangers, notamment américains, néerlandais, français et italiens. Quarante-deux raffineries, rassemblées en huit grands complexes, furent ainsi bâties autour de la ville de Ploiești à partir de 1919.
La maréchal Ion Antonescu, dont le pouvoir est mal assuré, demande une aide militaire à Adolf Hitler dès sa prise de pouvoirJames Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 38 car l’opinion lui est en majorité hostile (à la suite de la dureté de l’occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale, elle est restée profondément anti-allemande et favorable aux Alliés). Par ailleurs, Antonescu cherche à séduire le commandement de l’armée : l’objectif principal de sa demande d’aide militaire est de moderniser les forces roumaines. La Roumanie conserve donc une certaine indépendance par rapport au Troisième Reich et n’est initialement pas en guerre contre les Alliés occidentaux, qui ne lui déclareront la guerre qu’en , soit 8 mois après le début de la guerre contre l’URSS. Conscient que la Roumanie est le talon d’Achille de la logistique allemande, Adolf Hitler décide de renforcer au plus vite ses défenses. Le , les premiers militaires allemands arrivent en Roumanie"Batailles aériennes" (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 9 sous le couvert d’assistance militaire. C’est la Deutsche Luftwaffe Mission in Rumänien (DLM), dirigée par le général Wilhelm Speidel"Batailles aériennes" (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 10L’auteur du du trimestriel Bataille aériennes a confondu le général Wilhelm Speidel avec le général Hans Speidel. En effet, le général Hans Speidel était un général de la Heer et se trouvait en poste à Paris pendant cette période. et par le colonel attaché de l’air à l’ambassade d’Allemagne en Roumanie.
Il fallut attendre une première série d’attaques soviétiques (3 bombardements sur Ploiești) pour que les premiers renforts allemands arriventJames Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 42. Une seconde vague de renforts arriva à la suite du bombardement américain du lors du projet Halverson (HALPRO). Les moyens de la mission du étaient destinés à l’origine à un bombardement du Japon à partir de la Chine mais après la prise de l’aérodrome de Benghazi en Libye, le général Hap Arnold ordonna le bombardement des raffineries de Ploiești, afin de frapper les sources d’hydrocarbures du Reich. Ce fut la toute première attaque américaine sur le sol européen. Entre-temps, la DLM n’ayant plus lieu d’être fut dissoute (janvier 1942) et le général Wilhelm Speidel fut réaffecté. Le général Alfred Gerstenberg fut nommé Commandant en chef de l’aviation militaire allemande en Roumanie (Kommandierender General und Befehlshaber der Deutschen Luftwaffe in Rumänien)Batailles aériennes (Cristian Craciunoiu), juillet-août-septembre 2003, Lela Presse, page 18 du au . Gerstenberg renforça les défenses du site de Ploiești en hommes et en matériels et organisa des manœuvres, profitant du calme de la zone au début de la guerre.
Les défenses de Ploiești étaient constituées de : La Flak comptant deux lignes de défense, l’une à 3 km des raffineries, l’autre à 15 km. Un commandement unique pour la DCA du secteur pétrolier de Ploiești fut créé et dirigé par le général Julius Kuderna de la Cinquième Flak-Division. Du fait de la création d’un commandement unique, le général Julius Kuderna eut sous ses ordres la 5. Flak-Division mais aussi des unités roumaines de lutte antiaérienne. Les canons allemands à eux seuls formaient 42 batteries (5 de 20 mm et 37 mm, 32 de 88 mm et 5 de 105/128 mm). L’Axe disposait aussi de deux trains de flak. Les canons roumains comptaient 40 batteries. Une autre source mentionne le nombre de 237 canons de tous calibresAero Journal Hors-Série (Christian-Jacques Ehrengardt), Novembre-Décembre 2009, édition Caraktère SARL. page 10. Ce dispositif était complété par 58 ballons avec une charge explosive et près de projecteurs de fumée ; l’ensemble était guidé par 16 stations radar de type « Freya » et « Würzburg »Batailles aériennes (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 29. L’aviation se composait du I. Gruppe de la Jagdgeschwader 4 allemande (sur Bf 109) dont 1 escadrille est roumaine ayant 2 désignations officielles, 1 allemande (IV./JG 4) et 1 roumaine (Escadrila 53 Vânătoare)Cette désignation signifie de chasse, du IV. Gruppe de la Nachtjagdgeschwader 6 (sur Bf 110) dont 1 escadrille est roumaine ayant 2 désignations officielles, 1 allemande (12./NJG 6) et 1 roumaine (Escadrila 51 Vânătoare de Noapte) et d’au moins 5 escadrilles roumaines (45, 52, 59, 61 et 62 Escadrila Vânătoare) équipées d’IAR-80, avion relativement moderne qui fera ses preuves lors de ce combat. Afin de préserver au maximum les raffineries en cas de bombardement et d'éviter la propagation du feu, des murs et 500 pompiers allemands sont placés à PloieștiJames Dugan et Carrol Stewart, Opération Raz de Marée sur les pétroles de Ploesti, J'ai lu, coll. leur aventure, no A84/85, Paris, 1964. page 52.
L’opération : causes et préparations Les succès de la stratégie anglo-américaine de 1942 (débarquement en Afrique du Nord et les victoires dans la Première bataille d'El Alamein et la Seconde bataille d'El Alamein) ont amené les Alliés à réfléchir sur la conduite des futures opérations Lieutenant-colonel Eddy Bauer et Colonel Rémy, La Seconde Guerre mondiale: Les Conférences, Éditions Christophe Colomb, Glarus, 1985. page 9. Une conférence fut organisée avec les Alliés (États-Unis, Royaume-Uni, Comité national français et Union soviétique mais celle-ci déclina l’invitation) afin de définir en commun la poursuite de la guerre. Cette conférence, plus connue sous le nom de conférence de Casablanca, se tînt au Maroc en janvier 1943 en présence de Roosevelt, de Churchill et pour le Comité national français, du général de Gaulle et du général Giraud. Les Britanniques, malgré leur réticence à ouvrir un second front, souhaitaient, si un débarquement s’avérait nécessaire, l’opérer dans les Balkans pour occuper un maximum de pays avant que Staline ne s’en empareBatailles aériennes (Cristian Craciunoiu), Juillet-Août-Septembre 2003, édition Lela Presse. page 25. Les Américains, quant à eux, souhaitaient débarquer en Europe occidentale et laisser Staline « libérer » l'Europe orientale (y compris des pays alliés comme la Pologne).
Toutefois, dans la guerre aérienne, il incombait aux Britanniques et aux Américains de mener rapidement des opérations contre les pétroles de Ploiești, ne serait-ce que pour assister indirectement l’Armée rouge, durement engagée dans de sanglants combats sur son territoire.
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Un compromis fut donc choisi : débarquer « entre les deux » en Sicile et puis en Italie continentale. L’idée d’un bombardement de grande ampleur sur le pétrole roumain naquit à cette occasion. L’intérêt d’une telle mission était de couper l’approvisionnement de carburant de l'Allemagne à sa source afin de causer de graves difficultés à l’ensemble de ses armées, que ce soit l’aviation ou la Wehrmacht encore très puissante à l’époque, malgré ses revers en URSS.
Pour cette opération, pas moins de cinq groupes de bombardement furent désignés, soit en tout près de 200 avions (bombardiers lourds Consolidated B-24 Liberator). La mission allait être effectuée par la 9th Air Force présente dans le désert libyen, renforcée à l’occasion par une partie de la 8th Air Force, basée jusqu’alors en Grande-Bretagne.