Anna Wintour, née le à Hampstead (Grand Londres), est une journaliste britannique, rédactrice en chef de l'édition américaine du magazine Vogue entre 1988 et 2025, directrice artistique de Condé Nast depuis 2013 et responsable du contenu mondial au sein du groupe depuis 2020.. Elle vit actuellement à New York..
À Londres, elle s'intéresse dès l'adolescence à la mode en conseillant son père, rédacteur du Evening Standard, sur la manière d'inciter les jeunes Londoniens du milieu des années 1960 à acheter son journal. Elle quitte le lycée à seize ans pour entrer dans le journalisme à Londres. Elle travaille à New York dans les années 1970 pour différents magazines, dont New York et , avant de retourner en Angleterre pour l'édition britannique de Vogue et enfin pour son homologue américain à New York.
Tout comme Diana Vreeland qui la précède, Anna Wintour devient au fil du temps une icône de la mode. Sa coupe au carré et ses lunettes de soleil sont désormais habituelles au premier rang des plus grands défilés de mode. Elle est une institution dans le monde de la modeAnna Wintour est-elle vraiment si diabolique ? - L'Express, 26 août 2011, tout comme son magazine. Mondialement réputée pour découvrir les nouvelles tendances et pour lancer de jeunes créateurs, sa froideur et son exigence lui valent son surnom de Nuclear Wintour (jeu de mots sur l'expression : « hiver nucléaire »).
Une de ses anciennes assistantes personnelles, Lauren Weisberger, a d'ailleurs écrit, en 2003, un roman inspiré de son expérience, Le Diable s'habille en Prada. Ce dernier a été adapté au cinéma en 2006, avec Meryl Streep dans le rôle de Miranda Priestly, dont le personnage est largement inspiré d'Anna Wintour. Le film est un gros succès commercial. Vingt ans plus tard sort la suite. Elle est également la figure centrale du documentaire The September Issue (2009).
Débuts vignette|Anna Wintour au Twenty8Twelve fashion show à Londres, le . Son père, Charles Vere Wintour, est rédacteur pour le tabloïd . Sa mère, Eleanor Trego Baker, fille d'un professeur de droit d'Harvard, est mariée au père d'Anna de 1940 à 1979. Son nom est inspiré de sa grand-mère maternelle, Anne Gilkyson Baker. Sa belle-mère est Audrey Slaughter, une rédactrice ayant fondé plusieurs magazines anglais comme Honey et .
Anna Wintour a quatre frères et sœurs, dont deux encore vivants : James Wintour, élu au conseil municipal d'une commune anglaise, Nora Hilary Wintour, secrétaire générale adjointe de l'Internationale des services publics (fédération syndicale internationale destinée aux syndicats des services publics) à Genève (décédée en ), Patrick Wintour, journaliste politique au Guardian et à l’Observer. Son frère ainé, Gerald Jackson Wintour, décède en 1951, renversé par une voiture alors qu'il se rend à l'école à vélo.
Elle suit sa scolarité à la North London Collegiate School, où elle conteste l'uniforme en vigueur en raccourcissant sa jupe. À quatorze ans, elle adopte la coupe au carré, qui est depuis devenue sa « marque de fabrique ». Dans le Londres branché des années 1960 (« »), elle s'intéresse de près à la mode en suivant assidument l'émission de Cathy McGowan , et son père la consulte régulièrement sur la manière d'accroître son lectorat auprès des jeunes.
Dans sa jeunesse, elle a des relations avec des hommes plus âgés qu'elle. Par exemple, à quinze ans, elle a une brève relation amoureuse avec l'écrivain Piers Paul Read, qui a alors 24 ans. À la fin de son adolescence, elle a une relation amoureuse avec le rédacteur mondain Nigel Dempster, et on les aperçoit ensemble dans toutes les grandes soirées londoniennes.
Carrière De la mode au journalisme Anna Wintour décroche son premier travail dans la boutique branchée Biba grâce à son père, à quinze ans. L'année suivante, elle quitte la North London Collegiate School. Elle décide alors d'arrêter ses études pour commencer une formation chez Harrods. Cependant, ses parents la contraignent à prendre des cours de mode dans une école proche du magasin, mais elle abandonne rapidement, prétextant que . À cette époque, elle continue à fréquenter des hommes plus âgés qu'elle, comme Peter Guitterman, le beau-fils du chef d'orchestre de l'Orchestre philharmonique de Londres, Georg Solti. Une autre de ses conquêtes, Richard Neville, lui donne un premier aperçu de son futur métier avec le magazine Oz.
Elle fait ses premiers pas dans le monde du journalisme de mode lorsqu'elle entre à l'édition britannique du magazine Harper's Bazaar en 1970. En effet, le magazine, qui vient juste de fusionner avec Queen, un magazine datant de 1862. pour devenir, pendant un temps, Harper's & Queen, recherche des assistantes éditoriales. Elle fait alors comprendre à ses collègues que son ambition est de devenir rédactrice chez Vogue. À cette époque, elle fait connaître le mannequin Annabel Hodin, une ancienne camarade de classe, et utilise ses relations pour la faire travailler avec des photographes reconnus comme Helmut Newton. Elle quitte le magazine en 1975 à cause d'une mésentente avec le nouveau rédacteur en chef, Min Hogg, poste qu'elle-même a alors souhaité obtenir. Elle se rend alors à New York avec son compagnon, le journaliste indépendant et playboy Jon Bradshaw.
New York Anna rejoint l'édition américaine de Harper's Bazaar en 1975 en tant que rédactrice de mode. Ses photos innovantes occasionnent des conflits avec le rédacteur en chef, Tony Mazzola, ce qui lui vaut d'être licenciée au bout de neuf mois. Elle fait alors la connaissance de Bob Marley, qui lui est présenté par un ami de Bradshaw, et disparaît avec lui pendant une semaine.
Plusieurs mois plus tard, Bradshaw l'aide à décrocher son premier poste de rédactrice en chef mode, au magazine Viva, créé par Kathy Keeton, la femme de Bob Guccione, le propriétaire du magazine Penthouse. Elle y travaille pendant deux ans et relate rarement cet épisode, compte tenu du lien de ce magazine avec Penthouse. C'est la première fois qu'elle dispose d'une assistante personnelle, et là commence alors sa réputation de patronne exigeante.
Lorsque Guccione liquide Viva fin 1978, elle décide de faire une pause. En effet, elle vit alors mal sa rupture avec Bradshaw et entretient une brève relation avec Eric Idle, membre des Monty Python. Elle entame alors une histoire avec le producteur musical français Michel EstebanDe la No Wave au Studio 54, deux mois à New York avec Patrick Vidal, Noisey Vice, 5 juin 2015., partageant son temps entre Paris et New York.
Retour à l'édition
Condé Nast Lors de son passage au New York, son travail est repéré par Alexander Liberman, directeur d'édition du groupe Condé Nast, qui possède Vogue. En 1983, elle devient directrice de la création, poste spécialement créé pour Anna et lui permettant de doubler son salaire. Puisque ses fonctions ne sont pas clairement définies, elle se permet souvent de faire évoluer l'orientation du magazine sans en référer à l'éditrice, Grace Mirabella, ce qui entraîne des tensions avec les autres journalistes.
À cette époque, elle fréquente le célèbre pédo-psychiatre , de treize ans son aîné et qu'elle a connu dans sa jeunesse à Londres. Ils se marient en et elle tombe enceinte peu après.
En 1985, elle remplace Beatrix Miller au poste de rédactrice en chef de l'édition britannique de Vogue. Elle en prend la direction en , peu après la naissance de son fils Charlie. Son entreprise finance sa maison, sa gouvernante ainsi que de nombreux vols en Concorde. En effet, son mari réside à New York, où il travaille sur un projet de recherche sur le suicide des adolescents.
Anna Wintour contribue largement à l'évolution de l'édition britannique de Vogue, traditionnellement excentrique, en l'orientant davantage vers le concept de l'édition américaine et s'inspirant également du modèle du magazine Savvy. Lors d'une interview au , elle déclare : From Venus To Minerva - Christina Larson, Washington Monthly, avril 2005. Wintour remanie son équipe et exerce davantage de contrôle sur le magazine que ses prédécesseurs, ce qui lui vaut le surnom de « Nuclear Wintour ». Les rédacteurs parlent alors de .
Liz Tilberis la remplace lorsqu'elle prend la direction du magazine à New York. En effet, ce dernier s'est laissé devancer par le magazine Architectural digest. Elle obtient carte blanche pour redresser sa situation. Wintour en profite donc pour faire des remaniements radicaux du personnel et sur le du magazine. Selon un rédacteur en chef licencié, , ajoutant qu'elle a dépensé deux millions de dollars en une semaine. Elle y introduit tellement de photos de mode que certains plaisantins renomment le magazine (Maison & Vêtement au lieu de Maison & Jardin), ou encore Vanity Chair (référence au magazine Vanity Fair) en raison des nombreux sujets traitant des célébrités.
Cependant, tous ces changements ne profitent pas au magazine. Lorsque celui-ci est renommé HG en couverture du numéro de , de nombreux abonnés de longue date pensent qu'il s'agit d'un nouveau magazine et le mettent de côté en attendant leur magazine habituel. Finalement, le magazine subit de nombreux désabonnements, et lorsque les annonceurs de mode l'investissent, bon nombre d'annonceurs « traditionnels » se retirent.
Au bout de dix mois, le groupe Condé Nast transfère Anna Wintour à un poste qu'elle attend depuis longtemps : la direction de Vogue. Du temps de Grace Mirabella, le magazine est alors davantage centré sur le style de vie que sur la mode. Elle va révolutionner le magazine et publie, pour le premier numéro sous sa responsabilité une couverture avec Michaela Bercu en jeans, et une couverture avec un mannequin Noir pour le premier « spécial mode » : précise-t-elle.
Anna Wintour est en marche et va devenir , augmentant par la même occasion les ventes du magazine (le tirage est alors à 1,3 million d'exemplaires), faisant du Vogue américain le leader de toutes les éditions mondiales (notamment par rapport à ses équivalents français et italien) et un grand pourvoyeur de publicités (300 millions de dollars de recette annuelles publicitaires)Godfrey Deeny, « Anna Wintour - La glaçante impératrice de la mode », Le Figaro Magazine, semaine du 16 août 2013, p. 50-53..
En , pour sa contribution à la réélection de Barack Obama, elle est pressentie pour le poste d'ambassadrice des États-Unis en France ou au Royaume-UniGodfrey Deeny, « Anna Wintour, en mode diplomatique ?», Le Figaro, samedi 22 / dimanche 23 décembre 2012, .. Finalement, cumulant avec son poste de rédactrice en chef à Vogue, elle est nommée au début de l'année suivante comme directrice artistique de toutes les publications du groupe Condé Nast ; elle procède rapidement à plusieurs remaniements à des postes d'édition importants. Quelques années plus tard en , Anna Wintour devient directrice du contenu de Condé Nast au niveau mondial. Mais ces années d'hégémonie ne se font pas sans critiques : elle est accusée d'avoir cédé aux puissants annonceurs publicitaires et d'avoir fait en supprimant la fonction même de « critique ».
Départ du poste de rédactrice en chef Le , Anna Wintour annonce qu'elle quitte le poste de rédactrice en chef de l'édition américaine de Vogue. Elle conserve néanmoins un rôle éditorial important quant au contenu publié dans le magazine, ainsi que dans le groupe Condé Nast..
Vie privée Famille Anna Wintour a deux enfants avec , Charles (Charlie) et Katherine (connue sous le nom de Bee), qui blogue pour le Daily Telegraph. Le couple divorce en 1999.
En , elle devient grand-mère pour la troisième fois, d'un petit garçon nommé Olivier Carrozzini, né du mariage de sa fille Bee Shaffer avec Francesco Carrozzini, fils de Franca Sozzani.
Philanthropie