L'église Saint-Étienne de Beauvais est une église catholique paroissiale située à Beauvais, chef-lieu du département de l'Oise, rue de l'Étamine. Sa fondation à la fin du est due à saint Firmin. L'on ignore son premier vocable, mais elle a longtemps été dédiée à saint Vaast d'Arras, et un chapitre a existé sous ce titre de 1072 à 1742. Même avant le début de la construction de l'église actuelle au début du , l'église Saint-Étienne est le centre de la vie municipale, et bien que située en dehors de la cité épiscopale, sa paroisse est l'une des plus importantes de la ville. Sa nef et son transept sont de style roman, hormis les deux premières travées de la nef reconstruites après un incendie à la fin du , et les murs orientaux du transept en grande partie remaniés au . Dans la nef, l'on trouve une élévation à trois étages avec triforium. Le voûtement d'ogives des bas-côtés a vraisemblablement commencé vers 1120, mais l'on suppose que le chœur roman terminé avant cette date était voûté d'ogives dès le départ. Si l'église Saint-Étienne n'était pas pionnière dans le voûtement d'ogives dans la région, rôle qui incombe à l'abbatiale Saint-Lucien de Beauvais démolie après la Révolution française, elle représente néanmoins la plus ancienne église en France en dehors de la Normandie conçue d'emblée pour être voûtée d'ogives. C'est en même temps l'une des églises romanes les plus considérables qui subsistent aujourd'hui au nord de Paris. Le chœur, bien connu grâce à des fouilles pendant les années 1950, a été démoli successivement pendant le premier quart du pour être remplacé par une vaste construction de style gothique flamboyant, qui est rapidement embellie par des vitraux historiés confectionnés par les meilleurs maîtres-verriers de la région. Même sous la Révolution dont l'iconoclasme a fait des ravages dans l'église, ces vitraux ont été respectés et font la célébrité de l'église Saint-Étienne, avec la façade septentrionale de style roman fleuri richement décorée et les vieilles voûtes. L'architecture du chœur avec son chevet plat n'a longtemps pas été appréciée à sa juste valeur ; pourtant, il est très élancé et très lumineux : la hauteur sous voûtes atteint les , et les fenêtres hautes d'une superficie de plus de chacune remplissent toute la place disponible entre les piliers. L'église a très tôt été classée au titre des monuments historiques par arrêté du .. Sa restauration commence bientôt après, mais les campagnes de restauration peuvent rarement être menées à terme, et l'état global de l'édifice ne cesse de se dégrader jusqu'à la restauration générale de la nef au début du . Déjà proche de la ruine lors du bombardement du 8 et , le chœur est enfin restauré après-guerre.
Histoire Les origines thumb|upright|left|Saint Étienne sur une plaque de bois.
Selon des traditions ancrées très fortement dans la région et que l'on ne peut guère mettre en doute dans leur essence, la fondation de la première église sur le lieu est due à saint Firmin. Quand il prêche en Anjou, il apprend que les Chrétiens du Beauvaisis sont toujours persécutés par les magistrats romains, et se rend lui-même à Beauvais afin d'apporter son secours. Mais peu de temps après son arrivée, il est jeté en prison. Depuis son cachot, il continue de convertir les païens. Les habitants parviennent à le libérer et la légende dit que Firmin convertit lui-même son cachot en église. En tout cas il quitte rapidement la ville pour gagner Amiens, dont il devient l'évêque. Il est difficile de situer cet épisode dans le temps, car l'on hésite entre une datation au début du et à la fin du . L'église de Pampelune dont Firmin est originaire a toujours eu la certitude que les évènements eurent lieu au début du . Dans ce cas, ce n'est pas Firmin lui-même qui a pu assister à l'érection de l'église, car des thermes retrouvés lors de fouilles au début du occupent encore une bonne partie de son emplacement à cette époque. Les habitants auraient donc bâti l'église eux-mêmes à une date ultérieure afin de commémorer le passage de saint Firmin. Si toutefois le saint est venu à Beauvais à la fin du , les thermes sont déjà détruits par un incendie (pendant le dernier quart du ) et c'est Firmin lui-même qui a pu s'occuper de la fondation de l'église. Elle a dû être construite en bois, et aucun vestige n'en a encore été retrouvé.. thumb|upright| Châsse-reliquaire de saint Just et de saint Vaast.
Tout porte à croire que l'église Saint-Étienne est la plus ancienne église de Beauvais. Du fait de sa situation en dehors de l'enceinte gallo-romaine, son cimetière est utilisé par toutes les paroisses de Beauvais et demeure longtemps l'unique cimetière de la ville. Pour le début du , les textes disent que l'église est partiellement construite en pierre, mais ne fournissent pas de renseignements plus précis. L'édifice est incendié par les Vikings en 851 puis reconstruit. L'on ignore la première dédicace de l'église. Saint Étienne n'est vénéré dans la région qu'au et ses reliques n'apparaissent qu'en 415. Au , l'église est placée sous l'invocation de saint Vaast d'Arras. Compte tenu du fait que l'évêque d'Arras avait provisoirement occupé le siège épiscopal de la ville pendant une vacance, son culte est très vivant dans tout le Beauvaisis. Entre juin 882 et le , les reliques de saint Vaast d'Arras sont mis à l'abri dans l'actuelle église Saint-Étienne, ce qui permet de penser qu'elle est désormais intégrée dans l'enceinte fortifiée. Entre-temps, en 886, un incendie non imputable aux Vikings, détruit une partie du trésor de l'église. Le titre de Saint-Vaast continue d'être utilisé comme second vocable sous tout l'Ancien Régime.
Une dernière reconstruction avant le début du chantier pour l'église actuelle est attribuée par la tradition à , évêque entre 986 et 998. À cette époque, la plupart des églises de Beauvais tombent en ruine, et les paroisses les remplacent par des édifices plus vastes et plus beaux. L'église Saint-Étienne devient le centre d'un important faubourg occupé par les commerçants, en compétition avec le centre-ville délimité par l'enceinte gallo-romaine. En 1072, l'église est dotée d'un chapitre par l'évêque Guy afin de remédier au mauvais service paroissial rendu par les deux curés. En effet, l'un, Roscelin, est en même temps chantre de la cathédrale, et l'autre, Nivelon, est chanoine de Compiègne. La charte de Guy n'est confirmé par le pape Urbain II qu'en août 1095. Parmi les douze chanoines du chapitre dit de Saint-Vaast, onze sont à la nomination de l'évêque et un de l'abbaye Saint-Quentin de Beauvais. Le chapitre possède le patronage de l'église Saint-Sauveur de Beauvais. Du fait de l'ancienneté de l'église Saint-Étienne, elle domine bientôt toutes les églises du faubourg, et une charte d'Alexandre lui confirme ce privilège ainsi que le droit à la présentation à sa propre cure, ainsi qu'à celles de Saint-Sauveur, de La Madeleine, de Saint-Thomas, de Saint-Martin, de Saint-Gilles et de Notre-Dame de Marissel..
La construction de l'église actuelle thumb|Vue depuis le sud.
Aucun document d'époque sur la construction de l'église actuelle ne subsiste. Seule l'analyse archéologique permet de dire que le chantier a dû être lancé autour de 1100.. La datation exacte ne fait pas l'unanimité, et des avis extrêmes veulent que la construction du chevet jusqu'à la sixième travée de la nef soit achevée dès la fin du (David J. Mc Gee) ou le début du , ou bien seulement peu avant le milieu du (Millard Fillmore Hearn). Plus communément, l'on hésite entre deux approches moins éloignées : achèvement du chœur en 1109, mais voûtement d'ogives seulement après l'achèvement du transept quelques années plus tard, ou bien achèvement du chœur vers 1120 y compris les voûtes d'ogives, et achèvement de la nef jusqu'à la troisième travée (en progressant d'est en ouest) au cours des années 1130Pour davantage de détails et les références, voir le chapitre Description..
Indépendamment des divergences de point de vue sur la datation, l'on distingue quatre campagnes de travaux pour l'église romane. La première porte sur le chœur qui était long de sur de large, ainsi que sur les parties orientales du transept. La deuxième voit la construction du reste du transept, ainsi que de la sixième travée de la nef et des bas-côtés. Seulement les bas-côtés dont voûtés dès le départ. Ce n'est que par la suite que les voûtes des croisillons sont lancées ; peu importe si l'on considère cette phase comme faisant partie de la seconde ou de la troisième campagne. Celle-ci concerne l'édification de la cinquième, de la quatrième et de la troisième travée de la nef et des bas-côtés, ainsi que le portail septentrional. Les bas-côtés sont une fois de plus voûtés dès le départ. En dehors des campagnes de construction telles que définies habituellement, le mur-pignon du croisillon nord est doté d'un riche décor sculpté vers 1145.
La quatrième campagne se situe seulement à la fin du ou au début du , mais l'on évite de se prononcer sur des éléments antérieurs intégrés dans cette campagne, qui commence à la suite d'un incendie en 1180. Il ravage une partie de Beauvais et affecte également le progrès du chantier. La date n'est pas tout à fait certaine, et certaines sources avancent l'année 1188, quand le pays est souffre d'une grande sècheresse. Presque tous les historiens de Beauvais prétendent que toutes les églises du faubourg sont entièrement détruites, mais ceci est au moins faux en ce qui concerne Saint-Étienne, car le transept et les quatre dernières travées de la nef et des bas-côtés datent incontestablement d'avant 1180.. Indiscutablement, toutes les voûtes de la nef ainsi que les deux premières travées proviennent de cette campagne. Le portail occidental clairement gothique n'est ajouté que tout à la fin de la quatrième campagne, voir ultérieurement.
La vie de la paroisse à la fin du Moyen Âge
En 1099 au plus tard, une commune se constitue à Beauvais. Le mouvement communal naît dans le faubourg, car la cité est surtout habitée par le clergé et les clients de l'évêque, et l'artisanat et le commerce n'y jouent pas un rôle prépondérant. Toutes les solennités de la vie municipale se tiennent en l'église Saint-Étienne, et les pairs de la commune sont élus chaque année dans le cimetière attenant à l'église. Le maire y prête serment sur un simple tertre pendant les premières décennies, puis une « tribune aux harangues » y est élevée, appelée aussi plus simplement « commune ». En 1390, une horloge est installée sur le clocher de Saint-Étienne afin de réguler les horaires de travail des artisans, dont l'activité de la plupart est liée à l'industrie et au commerce des draps. La commune dispose également de sa propre cloche dans le clocher..