René Rémond, né le à Lons-le-Saunier, mort le dans le , est un historien français.
Ses travaux sur l’histoire politique, intellectuelle et religieuse de la France contemporaine, par leur souci d’ouvrir l’histoire politique à la science politique et de dégager les tendances de long terme des courants de pensée et de la vie politique, ont contribué au renouvellement du domaine à partir des années 1970.
Il est le père d'une typologie des « Droites en France », issue de l'ouvrage Les Droites en France, en trois familles héritées des conflits du : , et , qui a fait date.
Il a joué également un rôle important dans la constitution en France du courant historiographique de l’histoire du temps présent.
Il est élu à l'Académie française en 1998.
Biographie Origines familiales vignette|gauche|Plaque commémorative sur la façade de sa maison natale.
Son grand-père Émile Rémond est chef de gare et employé dans la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée. Son père Paul Rémond, né en 1893 à Corgoloin, mort en 1973 à Paris, est dessinateur industriel devenu ingénieur puis chef d'entreprise. Il est réformé lors de la Grande Guerre en raison d'une tuberculose. En 1917, il épouse à Paris Cécile Godbillion, professeure de musique.
Il est le frère de l'ingénieur Claude Rémond, créateur de la norme d'électricité NF C 15-100, qui régit les normes de sécurité en France.
Il est le neveu de Paul Rémond, évêque de Nice de 1930 à 1963. Le , il préside à Nice la cérémonie de remise par Yad Vashem de la médaille de Juste parmi les nations à son oncle.
René Rémond épouse en 1946, dans le , Josette Navarro-Crespo. De leur union naît Bruno Rémond, haut fonctionnaire.
Formation René Rémond effectue ses études secondaires au lycée Carnot, où il obtient le baccalauréat section lettres en 1935, puis fait quatre années de classes préparatoires littéraires au lycée Condorcet, où il est l'élève des historiens Léon Cahen et Maurice Crouzet. Mobilisé en 1939-1940, il fait une dernière année de khâgne au lycée Louis-le-Grand et est admis à l’École Normale Supérieure en 1942. Il est reçu à l'agrégation d'histoire, le deuxième, en 1945. Il s'engage dans la Résistance durant l'Occupation.
Il reste rue d’Ulm en tant qu’agrégé préparateur (). Parallèlement, il s'engage à la Conférence Olivaint.
Entré à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dans les années 1930, il devient son secrétaire général en 1943. En 1946, il est élu secrétaire général du Centre international de documentation et d'information, créé par la JEC pour asseoir une présence internationale. La même année, il cofonde avec Pierre Juneau la JEC Internationale (JECI-IYCS), qui joue le rôle de coordination internationale des mouvements JEC.
Carrière universitaire Assistant de Pierre Renouvin à la Sorbonne au sortir de la guerre, il soutient en 1959 son doctorat ès lettres avec sa thèse sur « les États-Unis devant l’opinion française (1815-1852) », dirigée par Charles-Hippolyte Pouthas, et publiée en 1962. Durant la rédaction de sa thèse, il a également préparé ce qui devient son ouvrage le plus connu, La Droite en France de 1815 à nos jours, qu’il publie en 1954.
Il est assistant à l’université de Paris et devient, en 1956, directeur d’études et de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et maître de conférences, puis professeur des universités à l'institut d’études politiques de Paris.
En 1964, il est nommé à la nouvelle Faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Paris, à Nanterre, où il occupe la première chaire d’« histoire du » créée en France. En mai 68, il adopte une position prudente face au mouvement. D'abord opposé au Mouvement du 22-Mars et victime, le , d'une interruption agitée de son cours, événement qu'il communique, sans dramatiser ni détailler tous les incidents, au doyen Pierre Grappin, il est en voyage en Italie (prévu de longue date) du 5 au . Dirigeant du Centre catholique des intellectuels français (CCIF), dont il délègue la gestion à Jean-Marie Mayeur, il conseille à ce dernier de s'abstenir de toute déclaration, pro ou contra, concernant le mouvement. À son retour, il est élu par l'assemblée du à la tête du « Comité des huit » du département d'histoire, structure exécutive paritaire joignant professeurs, assistants et étudiants, et bien qu'étant le membre le plus à droite de cette structure, participe à l'élaboration d'une nouvelle organisation universitaire.
Son attitude en mai-, faite de négociations avec les plus réformistes des contestataires et de maintien de ses principes politiques, contribue à sa popularité, tant chez les étudiants et assistants que parmi les professeurs (malgré quelques crispations éparses). En , le doyen Paul Ricœur l'invite à le seconder, Rémond lui succédant en après son départ pour raisons de santé. En , il est élu président de la nouvelle université de Nanterre, poste qu'il conserve jusqu'en 1976. Il est membre du Conseil supérieur de la magistrature de 1971 à 1974, premier vice-président de la Conférence des présidents d’université, de 1974 à 1976 et directeur de la Revue historique, de 1973 à 1998. Par ailleurs, il est nommé en au conseil d'administration de l'ORTF.
Dès cette époque, il intervient fréquemment à la télévision, à la radio et dans la presse pour commenter l’actualité politique, notamment lors des soirées électorales, et siège dans divers conseils d’administration d’organismes publics de radio-télédiffusion.
En 1978, il participe à la création de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) dont il est le premier président de 1979 à 1990.. Il est également, de 1988 à sa mort, président du Conseil supérieur des archives..
En 1981, il succède à François Goguel à la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques, poste qu’il quitte le au profit de Jean-Claude Casanova.
Élection à l'Académie française Après une tentative manquée en 1993, à cause notamment du ressentiment de quelques immortels créé par son rapport sur les soutiens catholiques de Paul Touvier, il est élu, le , au premier fauteuil de l’Académie française, où il succède à François Furet, élu et mort l’année précédente avant d’avoir siégé. Il y est reçu le par Hélène Carrère d'Encausse.
Lors de sa réception, il prononce donc le double éloge de François Furet et de son prédécesseur, Michel Debré..
Reconnaissance par ses pairs Le prestige de René Rémond conduit plusieurs de ses pairs à faire appel à lui pour présider l'association Liberté pour l'Histoire à l'automne 2005, lors de la période délicate de l'affaire Olivier Grenouilleau.
Mort et hommages René Rémond meurt le « René Rémond est mort », Le Figaro.fr, . dans le de Paris.. Le , le conseil d’administration de la FNSP baptise du nom de René Rémond l’immeuble situé au 13, rue de l’Université, ancien siège de l’École nationale d’administration. Ses obsèques ont eu lieu le à l’église Saint-Pierre-de-Montrouge. Y assistaient de nombreuses personnalités telles que François Bayrou, Louis Schweitzer, Valéry Giscard d'Estaing, des membres de l’Académie française dont le secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d'Encausse, qui a prononcé un des éloges funèbres. Il repose à Paris au cimetière du Père-Lachaise (). Son épouse Josette meurt le ..
Une plaque est apposée dans le hall principal des Archives nationales à Pierrefitte, mentionnant .
Travaux René Rémond est l'auteur une trentaine d’ouvrages d'histoire politique, intellectuelle et religieuse de la France aux .
Il a publié en 1954 son ouvrage le plus célèbre, La Droite en France de 1815 à nos jours : continuité et diversité d'une tradition politique, devenu un classique des sciences humaines, et renommé les Droites en France pour sa quatrième et dernière édition, en 1982. Il y dresse une typologie de la droite française en trois familles héritées des conflits du , la droite ou libérale, la droite ou autoritaire, et la droite ou réactionnaire, et postule leur pertinence jusqu’à nos jours. La démarche illustre le profit que les sciences sociales peuvent tirer d’une fécondation réciproque de l’histoire politique et de la science politique, ainsi que l’importance de la compréhension des grands mouvements et des mentalités rémanentes pour comprendre la politique , ce qu’Hélène Carrère d'Encausse résume ainsi lorsqu’elle accueille Rémond à l’Académie un demi-siècle plus tard : Réponse au discours de M. René Rémond, séance publique de l’Académie française, palais de l'Institut (Paris), 4 novembre 1999 . En 1992, Jean-François Sirinelli, ancien élève de Rémond et de Jean Touchard, dirige une grande Histoire des droites en France en trois volumes qui s’inscrit dans la lignée de l’ouvrage de Rémond, et montre les perspectives d’une étude historique de la droite française ouverte aux concepts de culture politique et de sensibilité. Par la suite, une partie de l'historiographie française affine et remet en cause la typologie de René Rémond, comme le signale Jean Vavasseur-DesperriersJean Vavasseur-Desperriers, Les droites en France, Paris, Puf, 127p, 2006.. En 2005, René Rémond a d'ailleurs publié un ouvrage prolongeant Les Droites en France et intitulé Les Droites aujourd'hui qui répondait à ces critiques.
À partir des années 1960, René Rémond est l'une des grandes figures du renouveau de l’histoire politique, cible de la critique des Annales, avec à la fois les historiens et ceux de l’Institut d'études politiques de Paris, où il enseigne également. En 1988, il dirige l'ouvrage collectif Pour une histoire politique, à visée de manifeste par lequel de grands politistes français exposent les transformations de leur domaine, en réaffirmant leur pertinence au sein des sciences sociales en général et de l’histoire en particulier, et soulignent les champs encore à explorer.
Plus largement, ce renouveau profite de l’éclosion nouvelle de la science politique, en particulier à l’IEP de Paris avec les travaux de Jean Touchard, François Goguel, Alfred Grosser, Raoul Girardet, Maurice Duverger — et Rémond lui-mêmeCe séminaire sur les années 1930, dirigé collectivement par René Rémond, Jean Touchard et Raoul Girardet, se rattachait à réflexion plus générale qui faisait l’objet d'un cours assuré en alternance par ces trois spécialistes sur le mouvement des idées politiques dans la France contemporaine..
René Rémond contribue à ouvrir l’histoire aux événements contemporains en aidant à la constitution en France d’une , notamment avec la création en 1978 de l’Institut d’histoire du temps présent avec François Bédarida et la publication d’ouvrages comme les trois volumes de l’Introduction à l’histoire de notre temps dans la collection de poche du Seuil (1974), et celle de Notre siècle (1988).
Au nombre de ses ouvrages importants compte L'Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours (1976). Il est également l’auteur d'un manuel très répandu dans les premiers cycles universitaires, La Vie politique en France, publié en deux volumes dans la collection d’Armand Colin (1966-1969).
Également spécialiste des croyances et catholique conciliaire proche de Témoignage chrétien, René Rémond s’inquiétait de « l’appauvrissement du catholicisme en ressources humaines » dont une des conséquences est le repli de l’engagement des catholiques sur les « besoins de l’Église » au détriment du service de la société (Chroniques françaises 1973-2007, Bayard)Chroniques rémondiennes, François Quinton, nonfiction.fr, 15 janvier 2008.
Publications Travaux d’histoire politique , , , . Forces religieuses et attitudes politiques dans la France depuis 1945 (direction), Paris, Armand Colin, 1965. Atlas historique de la France contemporaine (direction), Paris, Armand Colin, 1966. Léon Blum, chef de gouvernement (direction), Paris, Armand Colin, 1967. La Vie politique en France, tome 1 : 1789–1848, tome 2 : 1848–1879, Armand Colin (« U »), Paris, 1964–1969. Le Gouvernement de Vichy et la Révolution nationale (direction), Paris, Armand Colin, 1972.