La deuxième bataille de Höchstädt, également appelée bataille de Hochstett ou encore bataille de Blenheim, livrée le , est un affrontement majeur de la guerre de Succession d'Espagne qui opposait le royaume de France et l'Électorat de Bavière à la Grande Alliance rassemblant l'Angleterre, les Provinces-Unies, le Portugal et le Saint-Empire. Elle a été livrée sur un front d’un peu plus de en Bavière, de Höchstädt an der Donau à Blenheim.

, cherchant à évincer l' du conflit, tente de s'emparer de Vienne, capitale du Saint Empire germanique des Habsbourg, pour obtenir un règlement de paix favorable. La menace contre Vienne est sérieuse : l'électeur de Bavière et les forces du maréchal de Marsin en Bavière convergent depuis l'ouest tandis que l'armée du duc de Vendôme, déployée dans le Nord de l'Italie, fait peser un autre sérieux danger en menaçant d'une offensive par le col du Brenner. Vienne est également menacée à l'est par l'insurrection hongroise déclenchée par Rákóczi. Réalisant la gravité de la situation, le duc de Marlborough se résout à faire marcher ses forces au sud de Bedburg (Bas-Rhin westphalien) pour conserver l'empereur Léopold au sein de la Grande Alliance.

Une heureuse combinaison de feintes et de magistrale conduite des opérations permet à Marlborough de parcourir discrètement quelque depuis les Pays-Bas jusqu'au Danube en cinq semaines. Après avoir pris Donauworth sur le Danube, le duc anglais cherche à engager les armées de l'électeur et de Marsin avant que le maréchal de Tallard ne puisse amener des renforts depuis la Forêt-Noire. Cependant, le commandement franco-bavarois refusant le combat avant de s'être assuré la supériorité numérique, Marlborough adopte une politique de la terre brûlée en Bavière, visant à forcer la main à ses adversaires. Sa tactique échoue, mais quand Tallard arrive pour renforcer l'armée de l'électeur et que de son côté le prince Eugène survient avec des renforts pour les Alliés, les deux armées se rencontrent sur les rives du Danube, dans et autour du petit village de Blenheim.

Avant la bataille, le duc de Marlborough et le prince Eugène décident d'attaquer chacun un flanc de l'armée française menée par le maréchal de Tallard. Le duc doit attaquer l'aile droite française sous le commandement direct de Tallard, alors que le prince doit attaquer l'aile gauche sous les ordres de Marsin et de l'électeur de Bavière. Pendant la bataille, le lieutenant général de Clérambault commet une grande erreur en ordonnant aux soldats sous ses ordres de se replier dans le village de Blenheim, ce qui permet à Marlborough de contenir avec seulement . De son côté, le prince Eugène ordonne plusieurs charges de cavalerie pour empêcher l'aile gauche française de porter secours au corps d'armée principal attaqué par les forces de Marlborough, supérieures en nombre. Ces dernières percent le centre ennemi, ce qui oblige les Français à se retrancher près du village de Blenheim, puis capturent le maréchal de Tallard. Quant au prince Eugène, après plusieurs charges, il parvient lui aussi à déborder les forces adverses. Au terme de la bataille, qui se termine à la nuit tombante, les pertes françaises sont sévères : plus de , blessés, disparus et prisonniers contre environ 12 000 pour leurs adversaires.

Blenheim entre dans l'histoire comme un des tournants de la guerre de Succession d'Espagne : l'écrasante victoire alliée met Vienne à l'abri de l'armée franco-bavaroise et empêche ainsi l'effondrement de l'Alliance. La Bavière est par ailleurs éliminée de la guerre, privant de tout espoir d'une victoire rapide. Le commandant en chef de l'armée française, le maréchal de Tallard, capturé, est emmené en Angleterre. Quand la prend fin, les Alliés ont pris Landau, et les villes de Trèves et Trarbach sur la Moselle en prévision d'une éventuelle campagne en France même.

Contexte militaire et politique En , la guerre de Succession d'Espagne en est à sa quatrième année. L' a été une réussite pour la France et ses alliés, et plus particulièrement sur le Danube, où le maréchal de Villars et Maximilien-Emmanuel de Bavière ont créé une menace directe sur Vienne, la capitale des Habsbourg. La capitale autrichienne n'a dû son salut qu'à des dissensions entre les deux commandants, conduisant au remplacement du brillant Villars par le moins dynamique maréchal Marsin. Néanmoins, en , la menace est toujours réelle : l'insurrection hongroise menée par Rákóczi menace déjà les marches orientales de l'Empire, et les forces du duc de Vendôme font peser celle d'une invasion depuis le Nord de l'Italie. Aux cours de Versailles et de Madrid, la chute de Vienne est anticipée avec confiance, un événement qui aurait immanquablement mené à l'effondrement de la Grande Alliance.

Pour prévenir toute intervention des Alliés sur le Danube, les du maréchal de Villeroy espèrent arrêter les hollandais et anglais du côté de Maastricht dans les Pays-Bas, tandis que le général de Coigny protège l'Alsace contre toute surprise avec un autre corps. Les seules forces immédiatement disponibles pour la défense de Vienne sont constituées par les du prince Louis de Bade stationnées sur les lignes de Stollhofen pour observer le maréchal de Tallard à Strasbourg ; une force de sous les ordres du maréchal de camp comte Othon de Limburg-Styrum est postée en observation à Ulm.

Tant l'ambassadeur du Saint-Empire à Londres, le comte Wratislaw, que le duc de Marlborough réalisent les implications de la situation sur le Danube. Les Hollandais, cependant, qui comptent désespérément sur leurs troupes pour la protection de leur pays, restent opposés à toute aventure militaire aussi lointaine vers le sud que dans la direction du Danube et n'auraient dès lors jamais volontairement permis un affaiblissement majeur de leurs forces dans les Pays-Bas espagnols. Marlborough, réalisant qu'il n'y aurait d'autre recours que celui du secret et de la ruse pour forcer la main des Hollandais, trompe ses alliés en prétendant vouloir simplement déplacer ses troupes vers la Moselle mais une fois-là, il s'empresse de faire sa jonction avec les forces autrichiennes dans le Sud de l'Allemagne.

Préliminaires à la bataille La marche des belligérants vers le Danube

thumb|upright=1.5|alt=Carte (de pays européens) parsemée de traits pleins et en pointillés|La progression du duc de Marlborough depuis Bedburg, près de Cologne, jusqu'au Danube. Sa marche de pour empêcher Vienne de tomber entre les mains ennemies est un chef-d'œuvre de dissimulation, de planification méticuleuse et d'organisation.

La marche de Marlborough débute le près de Bedburg, à vingt kilomètres au nord-ouest de Cologne. Son armée, rassemblée par son frère le général Charles Churchill, compte de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie et mortiers, totalisant . Cette force voit grossir ses rangs en chemin, tant et si bien que le duc atteint finalement le Danube avec quelque ( et ). Cependant que Marlborough menait son armée, Lord Overkirk maintenait une position défensive dans les Provinces-Unies pour le cas où Villeroy passerait à l'offensive. Le duc a assuré aux Hollandais qu'il serait promptement de retour si les Français lançaient une attaque mais il a spéculé que s'il marchait vers le sud, son adversaire se lancerait à sa poursuite. Marlborough a vu juste : Villeroy l'a poursuivi avec répartis en et .

Les dangers militaires d'une telle entreprise sont nombreux, les lignes de communication de Marlborough le long du Rhin étant dangereusement exposées à des actions françaises avec les généraux de contrôlant la rive gauche du fleuve et ses approches centrales. Une telle marche entraînerait par ailleurs immanquablement d'importantes pertes en hommes et en chevaux du fait de l'épuisement et de la maladie. Toutefois, Marlborough est convaincu de l'urgence : écrit-il à Godolphin.

Alors que les préparatifs des Alliés vont bon train, les Français cherchent à soutenir et à ré-approvisionner le maréchal de Marsin. Il a opéré avec l'électeur de Bavière contre le commandant impérial, le prince Louis de Bade, et se retrouve quelque peu isolé de la France, ses lignes de communication passant au travers des passes rocheuses de la Forêt-Noire. Néanmoins, le , avec une grande maîtrise, le maréchal de Tallard réussit à amener en renforts et d'importantes quantités de provisions et de munitions à travers ce terrain difficile, manœuvrant habilement le baron de Thüngen, le général impérial qui cherche à bloquer sa marche. Tallard revient avec ses forces sur le Rhin, trompant une fois encore les efforts de Thüngen pour l'intercepter, toute l'opération constituant un brillant succès militaire.

Le , Marlborough atteint Coblence, où la Moselle se réunit au Rhin. S'il suppute une attaque le long de la Moselle, le duc doit maintenant marcher vers l'ouest, mais, tout au contraire, son armée passe le lendemain sur la rive droite du Rhin, s'arrêtant un moment pour attendre et Prussiens. « Il n'y aura pas campagne sur la Moselle, les Anglais se sont tous portés en Allemagne » écrit Villeroy, qui a pris une position défensive sur le Rhin. Une seconde option menace maintenant les Français : une incursion des Alliés en Alsace et une attaque contre la ville de Strasbourg. Marlborough entretient habilement cette appréhension en faisant construire des ponts sur le Rhin à Philippsburg, une ruse qui non seulement encourage erronément Villeroy à venir en aide à Tallard dans la défense de l'Alsace, mais qui de ce fait paralyse le plan français du mois de mars contre Vienne du fait de l'incertitude.

Avec Villeroy talonnant Marlborough au plus près, les craintes hollandaises d'une attaque française immédiate contre leurs positions affaiblies dans les Pays-Bas s'avèrent donc infondées. Dans tous les cas, Marlborough a promis de revenir aux Pays-Bas si une attaque française y survient, en transférant ses troupes sur le Rhin par barges au rythme d'étapes quotidiennes de cent trente kilomètres. Encouragés par ce sentiment de sécurité, les États généraux des Provinces-Unies acceptent promptement de libérer le contingent danois de et pour renforcer Marlborough. Le duc atteint Ladenburg, dans la plaine du Neckar et du Rhin, sans encombre et s'arrête pendant trois jours pour permettre à sa cavalerie de se reposer et laisser l'infanterie et les canons la rejoindre. Le , il arrive à Wiesloch, au sud de Heidelberg et dès le lendemain, l'armée alliée s'éloigne du Rhin vers les collines du Jura souabe et le Danube au-delà : la destination ultime de Marlborough est donc enfin établie sans plus de doute.

Les choix stratégiques

Le , le duc rencontre pour la première fois le président du Conseil de la guerre impérial, le prince Eugène de Savoie dans le village de Mundelsheim, à mi-chemin entre le Danube et le Rhin. Le , le commandant en chef impérial, le prince Louis de Bade, les rejoint à Großheppach. Les trois généraux sont désormais à la tête d'une force de près de . Lors de la conférence, il est décidé qu'Eugène de Savoie reviendrait avec sur les lignes de Stollhofen près du Rhin pour garder un œil sur Villeroy et Tallard et les empêcher de venir à l'aide de l'armée franco-bavaroise sur le Danube. Pendant ce temps, Marlborough et les forces du margrave de Bade se réuniraient en une masse de pour marcher sur le Danube et débusquer l'électeur de Bavière et Marsin avant qu'ils ne puissent être renforcés.