Josquin Lebloitte, dit Josquin des Prés, également connu sous Iosquinus Pratensis et Iodocus a Prato, né peut-être à Beaurevoir vers 1450-1455 et mort à Condé-sur-l'Escaut le , souvent désigné simplement sous le nom de Josquin, est un compositeur picard de l'école franco-flamande de la Renaissance. Il est le compositeur européen le plus célèbre entre Guillaume Dufay et Palestrina, et est habituellement considéré comme la figure centrale de l'école franco-flamande. Josquin est largement considéré par les spécialistes comme le premier grand maître dans le domaine de la polyphonie vocale des débuts de la Renaissance, style qui allait poursuivre son développement au cours de sa vie.

Pendant le , Josquin a graduellement acquis la réputation de plus grand compositeur de l'époque. La maîtrise de sa technique et de son expression étaient universellement admirées et imitées. Des auteurs aussi divers que Baldassare Castiglione ou Martin Luther ont écrit au sujet de sa réputation et de sa renommée. Des théoriciens comme Glaréan et Gioseffo Zarlino ont jugé son style comme le meilleur représentant de la perfection Rob C. Wegman, « Who was Josquin? », dans ..

Il était tellement admiré que beaucoup de compositions anonymes lui ont été attribuées par des copistes, probablement pour augmenter leurs ventesReese, Grove (1980).. Au moins lui sont imparties Rob C. Wegman, « Who was Josquin? », dans . ; c'est seulement à l'arrivée des méthodes modernes d'analyse que certaines de ces attributions erronées ont pu être révélées, sur la base de la comparaison avec les caractéristiques de son style et de son écriture. Le seul autographe qui nous soit parvenu est son nom, gravé à la main sur le mur de la chapelle Sixtine et nous ne connaissons qu'une mention relative à son caractère dans une lettre à , duc de Ferrare. La vie de douzaines de compositeurs moins connus de la Renaissance est mieux documentée que celle de Josquin Rob C. Wegman, « Who was Josquin? », dans ..

Il a écrit de la musique sacrée et profane dans toutes les formes vocales propres à l'époque. Elle comprend des messes, des motets, des chansons et des frottoles d’origine italienne. Au , il était vanté pour son important apport mélodique et son usage de dispositifs techniques ingénieux. À l'époque moderne, les spécialistes ont cherché à compléter sa biographie et ont essayé de définir les caractéristiques principales de son style pour corriger les erreurs d'attribution, tâche particulièrement difficile. Comme Stravinsky plus de plus tard, Josquin aimait résoudre des difficultés compositionnelles de différentes manières dans ses œuvres successives. Il écrivait parfois dans un style austère dénué de toute ornementation et composait d'autres fois une musique requérant une virtuosité considérable. Glaréan écrivait en 1547 que Josquin n'était pas seulement un virtuose magnifique mais qu'il était aussi capable de « moqueries » en utilisant la satire de manière très efficaceGlaréan, cité dans .. Au cours de ces dernières années, de nombreux spécialistes se sont préoccupés de retirer des œuvres du corpus de Josquin pour les réattribuer à ses contemporains. Cela ne l'empêche pas d'être le compositeur le plus célèbre et le plus représentatif qui nous soit parvenu de la première Renaissance.

Biographie Naissance et début de la carrière On connaît peu de choses des premières années de la vie de Josquin. L'essentiel est surtout déductif et spéculatif bien que de nombreux indices aient été relevés dans ses œuvres et dans les écrits de compositeurs contemporains, de théoriciens et d'auteurs des générations suivantes. On suppose que Josquin serait né en Picardie, près de Saint-Quentin dans le Vermandois, peut-être à Beaurevoir. Il parle de la Picardie dans un bon nombre de chansons et de textes, ce qui pourrait démontrer une forte affiliation avec sa province natale. On a également supposé qu'il aurait pu naître dans le Comté de Hainaut (partagé aujourd'hui entre Belgique et France moderne). En effet, Pierre de Ronsard, dans sa préface au Livre de Meslanges publié par Le Roy et Ballard en 1560, le qualifie de « Hennuyer de nation ». De plus, nous savons que son père et son grand-père étaient tous deux officiers de police dans la région d’Ath, dans le Hainaut. Il a cependant été, plusieurs fois dans sa vie, légalement considéré comme Français. De plus, les sources le qualifient comme un compositeur picard et non hainuyer.

On a longtemps daté sa naissance sur la base d'une confusion erronée avec un personnage au nom voisin, Josquin (Juhinus) de Kessalia, également repris dans des documents sous le nom de « Judocus de Picardia », né autour de l'année 1440, qui a chanté à Milan de 1459 à 1474, et est mort en 1498. Des examens récents réévaluant sa carrière, son nom et ses antécédents familiaux ont établi que Josquin des Prés est né vers 1450, au plus tard en 1455, ce qui fait de lui un contemporain proche des compositeurs Loyset Compère et Heinrich Isaac, et l'aîné de quelques années de Jacob Obrecht.

Vers 1466, peut-être à la mort de son père Gossart Lebloitte dit des Prez, Josquin est désigné comme leur héritier par son oncle et sa tante, Gilles Lebloitte dit des Prez et Jacque Banestonne. Selon Matthews et Merkley, « des Prez » était un surnomLora Matthews et Paul Merkley, Josquin des Prez, dans The Journal of Musicology, été 1998..

Selon Claude Hémeré, ami et bibliothécaire du cardinal de Richelieu dont le témoignage d'après les registres de la basilique de Saint-Quentin date de 1633Gustave Reese et alii, High Renaissance Masters. New York: W.W. Norton & Company, 1984., Josquin est devenu chantre à Saint-Quentin probablement autour de 1460, et était responsable de la musique de l'église collégiale. De nouveaux éléments situent Josquin comme enfant de chœur à l'église Saint-Géry de Cambrai où l'on identifie un « Gossequin de Condé » qui y accomplit son service en mai-juin 1466.

Il a pu avoir étudié le contrepoint avec Ockeghem, qu'il a beaucoup admiré durant toute sa vie : c'est ce que suggèrent au les témoignages de Gioseffo Zarlino, Lodovico Zacconi et l'éloquente déploration de Josquin sur la mort d'Ockeghem en 1497, Nymphes des bois /Requiem æternam, fondée sur le poème de Jean Molinet. Tous les registres de Saint-Quentin ont été détruits en 1669 ; toutefois la cathédrale était un centre important de production musicale, pour toute la région, placé en outre sous la protection royale. Jean Mouton et Loyset Compère y ont été enterrés, et il est possible que les futures relations de Josquin avec la chapelle royale aient été initiées lors de ses premières expériences à Saint-Quentin.

Les premières traces certaines de ses engagements sont datées du , sur un registre prouvant qu'il était chantre à la chapelle de René, duc d'Anjou, à Aix-en-Provence où il est certainement resté au moins jusqu'en . Il n'existe pas de trace certaine de ses déplacements pour la période allant de jusqu'en 1483, mais s'il est resté au service du roi René, mort en 1480, il a probablement suivi les autres chanteurs affectés en 1481 par Louis XI à la Sainte-Chapelle de Paris. Un des premiers motets de Josquin, le Misericordias Domini in æternum cantabo, suggère d'ailleurs une relation directe avec . En 1483, Josquin retourne à Condé-sur-l’Escaut pour réclamer l'héritage de son oncle et sa tante qui ont pu avoir été tués en par l'armée de qui avait enfermé et brûlé vive la population dans l'église lors du siège de la ville.

Milan Dans une chronologie qui n'est pas claire, Josquin des Prez semble se lier à la cour milanaise et entre au service des Sforza au début des années 1480, peut-être peu après sa visite de 1483 à Condé. On le retrouve en tout cas en comme aumônier et membre de la maison du cardinal Ascanio Sforza, fraîchement élevé au cardinalat et résidant alors à Milan.

Toujours au service des Sforza, il fait un ou plusieurs voyages à Rome et probablement aussi à Paris tandis qu'à Milan il fait la connaissance de Franchini Gaffurio, maestro di cappella (maître de chapelle) de la cathédrale. En 1489, après une possible période de voyages, il est encore à Milan qu'il quitte cette année-là.

Une résidence à Ferrare au début des années 1480 pourrait expliquer la Missa Hercules dux Ferrariæ composée pour Ercole d'Este mais qui ne correspond pas stylistiquement aux œuvres de la période 1503-1504 à laquelle on situe habituellement Josquin à Ferrare. Une autre hypothèse est fondée sur un document romain du milieu du décrivant la cour hongroise de l'époque et incluant Josquin comme un des musiciens présent ; elle suggère que Josquin aurait passé une partie de ce temps en Hongrie.

Rome

De 1489 à 1495, Josquin est membre du chœur papal, d'abord sous , et plus tard, avec l'avènement des Borgia, sous le pape . Il a alors pu faire l'objet d'un échange de chantres avec Gaspar van Weerbeke qui est parti à Milan en même temps. Il se pourrait qu'il ait lui-même gravé dans le mur de la chapelle Sixtine le « JOSQUINJ » récemment découvert par des ouvriers qui restauraient la chapelle. Il était habituel que les chantres gravent leur nom sur les murs, des centaines de noms y ont été inscrits entre les . Les probabilités sont très fortes pour que Josquin soit à l'origine de ce graffiti, auquel cas il s'agirait du seul autographe qui nous soit parvenuPietschmann.

Le style de Josquin a évolué vers la maturité pendant cette période. De même qu'à Milan il avait reçu l'influence de la musique profane, à Rome il affine sa technique de la musique sacrée. Plusieurs de ses motets datent des années qu'il a passées à la chapelle papale.

Départ de Rome, puis la France

Comme le démontre un échange de lettres entre la Maison Gonzague et la famille Sforza, Josquin est très probablement retourné au service des Sforza autour de 1498. Il n'est sans doute pas resté longtemps à Milan, puisqu'en 1499 emprisonnera les anciens employeurs de Josquin lors de la conquête de Milan, quand il envahit le nord de l'Italie. Bien que la documentation relative à la carrière de Josquin au tournant du siècle manque, on peut penser qu'il est revenu en France à cette époque. C'est sans doute avant de quitter l'Italie qu'il a écrit l'une de ses compositions de musique profane les plus célèbres, la frottole El Grillo (Le Grillon). Sa mise en musique du psaume 30 : In te Domine speravi (qui adopte de manière inhabituelle un style semblable) date également de cette époque. Cette dernière composition peut être une allusion voilée au réformateur religieux Jérôme Savonarole (Girolamo Savonarola) qui avait été brûlé sur le bûcher à Florence en 1498 et pour qui Josquin semble avoir eu une vénération particulière. Le texte, d'espérance en Dieu, était le psaume préféré du moine qui en a laissé une méditation inachevée, rédigée en prison avant son exécutionMacey, ..

On a tenté de dater certaines des compositions de Josquin, telles que la fanfare instrumentale Vive le roy, peut-être écrite autour de 1500, quand il était en France. Le motet Memor esto verbi tui servo tuo fut, selon Glarean, écrit dans le Dodecachordon de 1547, composé comme rappel courtois au roi de tenir sa promesse d'accorder à Josquin un bénéfice que le monarque avait jusqu'alors « oublié ». Selon le récit de Glarean la manœuvre a réussi : la cour a applaudi et le roi a remis son bénéfice à Josquin. Pour sa réception, Josquin a, dit-on, écrit un motet sur le texte Benefecisti servo tuo, Domine pour montrer sa gratitude envers le roiDavid W. Barber, If It Ain't Baroque: More Music History as It Ought to Be Taught, Sound and Vision, Toronto, 1992, ..

Ferrare

vignette|Hercule d'Este était un important mécène de la Renaissance italienne et fut l'employeur de Josquin en 1503 et 1504.