l'Arménien (en grec : ), né vers et assassiné le , est un empereur byzantin de à . D'origine arménienne, il vient d'Asie Mineure et s'élève par la voie des armes. Il participe à la révolte avortée de Bardanès Tourkos mais parvient à rester proche du milieu impérial. Finalement, il profite de la défaite de contre les Bulgares en pour le renverser et s'emparer du trône.
Son règne est presque exclusivement consacré à deux missions. Tout d'abord, il doit lutter contre les Bulgares qui ont infligé deux graves défaites consécutives aux Byzantins. Presque assiégé par Kroum à son arrivée sur le trône, il ne peut guère l'affronter directement mais bénéficie de sa mort brutale qui écarte le danger. Par la suite, il remporte une victoire contre le khan Omourtag et peut signer une paix honorable qui, si elle consacre l'existence d'un État bulgare indépendant, préserve Constantinople d'une menace potentiellement mortelle.
Sur le front de la politique intérieure, sa grande œuvre est le retour de l'iconoclasme, soit la condamnation du culte des icônes. Après le rétablissement de ce culte par Irène l'Athénienne en , il estime que les difficultés rencontrées par l'Empire sont dues à cette forme d'idolâtrie. Néanmoins, ce sont plus des raisons politiques que religieuses qui expliquent ce choix. Il lui permet d'asseoir son pouvoir en l'appuyant sur des victoires militaires qui légitiment son revirement théologique. S'il essaie d'abord de persuader les principales autorités ecclésiastiques, dont le patriarche , de professer l'iconoclasme, il n'hésite pas ensuite à user de la répression pour imposer ses vues. Pour autant, une part notable de la population de l'Empire, principalement parmi le clergé, reste hostile à cette doctrine.
Finalement, il est renversé et assassiné en par un de ses anciens compagnons d'armes, , qui poursuit sa politique iconoclaste.
Sources L'époque iconoclaste a pour particularité de recouvrir la période des siècles obscurs en matière de production littéraire byzantine. Les sources sont plus éparses et les chroniques sont souvent composées ultérieurement et par des auteurs favorables au culte des images, ce qui introduit un biais dans leurs analyses. Le principal chroniqueur de l'époque, Théophane le Confesseur, ne va pas au-delà de 813. Toutefois, une chronique dont l'auteur est anonyme, mais composée à l'instigation de , celle de Théophane continué, entend prendre sa suite. La première partie couvre la période 813-867. La source qui se focalise le plus sur le règne de Léon est le Scriptor incertus de Leone Armenio, un texte dont l'auteur est inconnu lui aussi et dont la nature a fait l'objet de débats assez nourris dans la communauté scientifique sur sa proximité avec d'autres chroniques. Aujourd'hui, elle est généralement appréhendée comme un travail indépendant et, quoi qu'il en soit, hostile à l'iconoclasmeSur le problèmes soulevés par cette chronique, voir, entre autres :
.. Elle a pour particularité d'être composée bien après la mort de Léon, de même que la chronique de Génésios qui court de l'avènement de Léon jusqu'à la mort de ou celle de Syméon le Logothète. Enfin, le Synopsis Historion, ouvrage majeur de l'historiographie byzantine écrit par Jean Skylitzès au , couvre aussi le règne de Léon. Il a notamment donné lieu à une reproduction, la Chronique de Skylitzès de Madrid, connue pour ses miniatures..
Concernant l'iconoclasme en tant que tel, différents écrits de personnalités ecclésiastiques ont survécu et éclairent sur le contexte et les arguments des uns et des autres, même si ce sont principalement les textes iconodules qui ont survécu. En effet, les manuscrits iconoclastes ont généralement été détruits au moment de la restauration du culte des images au milieu du . Pour le règne de , les écrits de Théodore Studite et du patriarche sont particulièrement importants. Au-delà, les hagiographies sont une source de documentation de plus en plus utilisées.
Origines Les origines de Léon l'Arménien sont partiellement connues. Il semble être né en-dehors des frontières de l'Empire, dans l'Arménie occupée par le califat abbasside. Son père, Bardas, est apparemment d'ascendance princière, souvent rattaché aux familles arméniennes Arçrouni et Gnouni. Le patriarche a écrit, à propos de Léon, qu'il est le descendant d'. Or, les deux familles précitées revendiquent cette ascendance assyrienne. La documentation de l'époque ne permet pas de trancher entre les deux familles, mais les prénoms de « Bardas » et « Gregorios » sont les traductions des prénoms arméniens « Vardan » et « Grigor », portés par des princes Arçrouni. Quoi qu'il en soit, Léon reçoit sûrement l'éducation de base qui lui permet d'acquérir la culture nécessaire à une ascension sociale au sein de l'Empire byzantin. Il est décrit comme de petite taille, barbu, aux cheveux bouclés et doté d'une voix forte. Les chroniqueurs lui reprochent parfois sa sévérité ou son mauvais caractère, mais c'est plus un trait que les Byzantins prêtent aux Arméniens qu'une réalité certaine, d'autant que les auteurs sont souvent hostiles à Léon en raison de son iconoclasme.
Sa famille pourrait avoir fui les terres musulmanes lors d'un exode massif de à la fin du . Son père s'installe dans les Anatoliques où il reçoit des terres militaires. Léon a également deux cousins connus, Bardas (mort en 821), duc de 813 à 820, et Grégorios (mort en 823), stratège.
Accession au trône
se distingue comme militaire au sein du thème des Anatoliques, l'un des plus exposés aux assauts arabes. Il semble être devenu proche de Bardanès Tourkos qui, après la prise du pouvoir de en 802, devient commandant des cinq principaux thèmes d'Asie Mineure. Il devient un de ses spathaires, son garde du corps. Avec Michel l'Amorien et Thomas le Slave, il fait partie de ses plus proches lieutenants mais tous les trois, après l'avoir soutenu dans sa rébellion en 803, finissent par se détourner de lui et contribuent à l'échec de son soulèvement. Léon est récompensé en devenant tourmarque des Fédérés, le deuxième officier le plus important des Arméniaques. Peu à peu, il se rapproche de Michel Rhangabé, le beau-fils de Nicéphore, qui devient le parrain de son premier fils Symbatios, et intègre les cercles du pouvoir impérial.
Léon progresse dans la hiérarchie et devient stratège des Arméniaques mais, en 811, il se rend coupable de négligences lors d'un raid des Arabes et est exilé sur ordre de l'empereur. Néanmoins, Nicéphore meurt tragiquement lors de la bataille de Pliska à l'été de la même année, ce qui permet à Léon de revenir sur le devant de la scène. Il est rappelé par qui devient empereur après le règne éphémère de Staurakios et lui confie le poste de stratège des Anatoliques, le plus puissant thème de l'Empire. C'est à ce poste qu'il obtient son succès militaire le plus significatif contre les Arabes en 812. Il repousse une attaque du gouverneur de Tarse, tuant dans la bataille avant de raser un fort ennemi situé à la frontière, Ṯābit ibn Naṣr al-Ḳuzā'ī (#7224).. S'il semble être son homme-lige, il pourrait bien l'avoir trahi lors de la bataille de Versinikia en 813, contre les Bulgares de Krum. La réalité de cette défection reste incertaine car Théophane le Confesseur, seul chroniqueur contemporain, ne la mentionne pas et meurt avant le tournant iconoclaste de Léon. Les sources ultérieures, moins favorable à cette doctrine religieuse, ont peut-être inventé ou exagéré la déloyauté de Léon lors de la bataille, alors que les troupes de Michel auraient été en passe de l'emporter. Quoi qu'il en soit, la défaite est un coup très dur pour l'empereur car Constantinople est sous la menace directe des envahisseurs. Michel fuit vers la capitale tandis que l'armée se tourne vers Léon. Celui-ci semble avoir répugné à se soulever mais ce pourrait être une posture plus qu'une réelle hésitation. Quoi qu'il en soit, son compagnon d'armes, Michel l'Amorien, le presse d'accepter et Léon finit par céder et conduire ses troupes sous les murailles où Michel finit par abdiquer. Il est couronné le . Les historiens voient parfois dans la réussite de ce soulèvement la meilleure illustration de la souplesse du système impérial byzantin à cette époque. Face à une situation militaire proche de la catastrophe, l'armée parvient à porter sur le trône un personnage compétent et énergique à la place d'un empereur, en l'occurrence , incapable de s'opposer aux Bulgares, 194-195..
Léon prend soin d'écarter les principaux personnages du règne précédent. Il est relativement clément avec Michel qu'il exile dans un monastère où il meurt tardivement, en 844. Il fait castrer ses fils pour éviter qu'ils ne deviennent des prétendants au trône au nom de leur père, 185-186.. Il écarte aussi Théoctiste le Magistre, l'un des principaux ministres de Michel, qui devient lui aussi moine Friedhelm Winkelmann, Ralph-Johannes Lilie, Claudia Ludwig, Thomas Pratsch, Ilse Rochow et Beate Zielke, Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit: . Abteilung (641–867), walter de Gruyter, 2000, 576., ainsi que le domestique des Scholes, Étienne. Dans le même temps, il confie les postes les plus importants à des hommes de confiance. Il nomme stratège des Anatoliques un Arménien du nom de Manuel, précédemment protostrator tandis que Thomas le Slave devient tourmarque des Fédérés et Michel l'Amorien commandant des Excubites, l'un des principaux régiments impériaux après les Scholes..
Lutte contre les Bulgares
face à l'offensive de Kroum thumb|left|Illustration de la bataille de Pliska dans la Chronique de Skylitzès de Madrid. thumb|Carte de l'expansion bulgare sous Kroum. Dès son arrivée au pouvoir, Léon est confronté au péril bulgare. Après la défaite de Pliska en 811 lors de laquelle Nicéphore périt, Kroum est devenu le principal ennemi de l'Empire. n'a pas été en mesure de l'arrêter et après la défaite de Versinikia, il est désormais en mesure de menacer directement Constantinople. À l', une partie de l'armée bulgare assiège Andrinople mais Kroum se dirige directement vers la capitale byzantine. Léon passe ses premiers jours d'empereur à préparer la ville à un siège. Le , les Bulgares sont devant les murailles. En face, l'armée byzantine, meurtrie par deux défaites, est désorganisée et démoralisée. Cependant, la ville peut compter sur ses puissantes murailles. En outre, les Byzantins ont encore le contrôle des mers. Sans armes de siège, ni marine pour encercler totalement Constantinople, les Bulgares ne peuvent espérer s'emparer de la cité.
Kroum, conscient de la difficulté de prendre la ville d'assaut, se décide à négocier avec les Byzantins. accepte de le rencontrer à l'extérieur des murailles, accompagné de trois hommes non armés, tout comme le khan bulgare. En réalité, il s'agit d'un piège pour tenter d'éliminer Kroum, mais il échoue. Kroum, peut-être blessé d'une flèche, parvient à s'échapper et pille la Thrace orientale en représailles. Tous les alentours directs de la capitale sont dévastés, notamment les places de Selymbria, Athyras ou Rhaedestus. Il réussit aussi à vaincre la résistance d'Andrinople et déporte sa population (autour de ) dans le territoire bulgare. Au cours de l'hiver, il s'attaque à la Thrace du nord, s'empare de Sozopolis et d'Arcadiopolis et capture près de . Un temps arrêtés par la pluie, les Bulgares continuent leur œuvre de destruction, mais commencent aussi à s'emparer de territoires entiers, en particulier autour de Serdica, d'Anchialos et de Philippopolis, jusque-là tenus par les Byzantins. En déportant la plupart de la population byzantine de ces régions, Kroum s'assure de mieux les contrôler. Néanmoins, pour espérer mettre à bas toute résistance des Byzantins, il doit s'emparer de Constantinople. Pour cela, il profite des services d'un transfuge qui a les connaissances suffisantes pour élaborer des armes de siège.