François Willi Wendt, né le à Berlin (Allemagne) et mort le à Châtillon, Hauts-de-Seine (France) est un peintre non figuratif français d’origine allemande, appartenant à la nouvelle École de Paris.
Après avoir définitivement choisi la peinture, il arrive en 1937 en France, sa future terre d’exil et d’adoption ; il y deviendra (Roger Van Gindertael)Van Gindertael, Roger, ’’François Wendt n’est plus’’ in: Les Lettres françaises, , 27 mai 1970.. Dans les expositions collectives auxquelles il fut invité à participer, il fut régulièrement associé aux peintres les plus en vue de la nouvelle École de Paris, notamment Roger Bissière, André Lanskoy, Serge Poliakoff, Nicolas de Staël, Pierre Soulages.
Biographie Formation en Allemagne Issu d’un modeste milieu socialiste, François Willi Wendt devient boursier et poursuit ses études secondaires au lycée berlinois Zum grauen Kloster jusqu’au baccalauréat, qu’il obtient en 1928. De 1928 à 1934, il étudie la philosophie (notamment auprès de Karl Jaspers et de Martin Heidegger), la littérature anglaise et allemande et l’histoire de l’art dans les universités de Berlin, Heidelberg et Fribourg-en-Brisgau. Parallèlement, il commence à dessiner et à peindre et fréquente un temps l’atelier du peintre Julius Bissier.
Son adhésion aux idées novatrices de l’art abstrait s’est associée à la défense des libertés démocratiques, notamment de la liberté de création contre laquelle les idées nazies s'opposent. Dès 1928, il adhère au parti socialiste et fait partie de l'Union des étudiants socialistes (Sozialistischer Studentenbund) et rejoint ensuite le « Groupe rouge des étudiants » (Rote Studentengruppe - RSG). François Willi Wendt se liera d'amitié des éditeurs, des écrivains (notamment Herwarth Walden), des peintres et des militants. Il sera emprisonné puis placé sous la surveillance de la police, tandis que ses camarades connaîtront le même sort, ou les premiers camps d’internement. Il quitte l’Université au niveau du doctorat en 1934, pour des raisons politiques. En 1936, il obtient l’autorisation de voyager en Italie pour approfondir ses connaissances en archéologie, travaille avec le peintre A. Fleischmann qui y séjourne, et choisit définitivement la peinture.
Exil en France
En 1937, son opposition au régime hitlérien le décide à l’exil. Il quitte l’Allemagne pour Paris où il arrive en novembre avec son amie, la peintre Greta Saur ; il fréquente un moment l’atelier de Fernand Léger et entre en relation avec Vassili Kandinsky, Robert Delaunay, Otto Freundlich et Serge Poliakoff ; il participe à des expositions de groupe et, jusqu’à la déclaration de la guerre, travaille également comme décorateur, professeur de langue et journaliste. En 1938, interné à la prison de la Santé comme « étranger indésirable », il est libéré sur l’intervention de Robert Desnos et obtient avec l’appui complémentaire de Robert Delaunay l’autorisation de séjourner à Paris comme réfugié politique.
Situation pendant la Seconde guerre mondiale
Dès , il est interné dans plusieurs camps réunissant des apatrides : d’abord à Orléans et Cepoy (verreries de Montenon) près de Montargis, puis aux Milles et enfin à Nîmes, d’où il s’échappe avec quelques camarades au cours de l’été 1940 ; il se réfugie alors dans une clandestinité précaire à Marseille, où il travaille notamment dans un atelier de céramique. « Allemand en fuite », il sera à nouveau interné d’ à au camp de travail d’Aubagne où il sera incorporé comme « prestataire » au GTRE et d’où, déclaré « inapte », il sera libéré pour des raisons de santé. Après l'entrée des troupes allemandes en zone sud à la fin de l’année 1942, il décide de se réfugier de façon irrégulière à Grenoble au printemps 1943. François Willi Wendt sera encore incarcéré en pendant quatre semaines dans la prison disciplinaire du fort de Chapoly à Lyon ; recommandé par des membres actifs de la Résistance française au Professeur Robert Minder de la Faculté des Lettres de Grenoble, ce dernier lui assure sa protection en lui obtenant de faux papiers et en le recrutant comme assistant. François Willi Wendt vivra à Grenoble et à La Tronche, puis à Monestier-de-Clermont jusqu’à la fin de la guerre sous le nom de François Aymon et, notamment, y préparera au baccalauréat des élèves du lycée Champollion de Grenoble placés dans l'impossibilité de fréquenter leur établissement.
Il rencontre à la villa Brise des Neiges (La Tronche) où son amie Greta Saur a trouvé asile après son internement au camp de Gurs, une jeune réfugiée alsacienne, Charlotte Greiner, qu’il épousera après la Libération, dès son retour à Paris en 1945. Tout au long de ces années périlleuses et de grande précarité, François Willi Wendt fait partie de ceux aidés par le Comité Inter-Mouvements Auprès Des Évacués (CIMADE), et aussi par le pasteur P.C. Toureille, directeur de l'Aumônerie Protestante Pour les Étrangers en France.
Suite de sa carrière de peintre en France Après la guerre, il reprend des études universitaires, travaille notamment sur l'expressionnisme allemand et poursuit ses recherches picturales, orientées dans les milieux d’art abstrait d’avant guerre, et se réinscrit très vite dans le mouvement artistique qui se reconstitue. Il expose au Salon des surindépendants et participe, dès sa fondation en 1946, au Salon des Réalités Nouvelles ; il prend dans ce dernier une part active pour qu’y soient accueillis les peintres allemands qui, après avoir été stigmatisés voire persécutés par le régime hitlérien, ont poursuivi leur activité créatriceZu Salm-Salm, Marie-Amélie, “Échanges artistiques franco-allemands et renaissance de la peinture abstraite dans les pays germaniques après 1945” (Édition L'Harmattan), 2004Schieder, Martin, “Im Blick des Anderen, die deutsch-französischen Kunstbeziehungen 1945-1959” (Passages - Centre allemand d'histoire de l'art - Akademie Verlag), 2005.
Après la naissance de sa première fille Marthe en 1946, il trouve un logement et un atelier en banlieue parisienne à Châtillon (rue Hoche), où il s’installe avec sa famille ; il y concevra une grande partie de son œuvre et y résidera jusqu’en 1960. Un fils, Claude, naît en 1947.
En 1949, il se lie d’amitié avec Roger Van Gindertael, cofondateur et ancien rédacteur en chef de la revue Cimaise ainsi que des pages parisiennes des « Beaux-Arts » de Bruxelles et critique d’art au journal « Combat ». Les conditions de vie sont toujours précaires, et le statut d’apatride ne donnent droit qu'à des autorisations temporaires de séjour. Néanmoins grâce à ses premières expositions (de groupes et personnelles), la carrière de François Willi Wendt connaît une ascension fulgurante, et lui obtient la reconnaissance de ses pairs. En 1950, il demande à être naturalisé français, ce qui lui sera refusé en 1954.
Le peintre Karskaya se souvient : «…c’était le peintre le plus authentique, le plus fidèle à soi même ; il pouvait ne pas signer ses tableaux, il suffisait d’en avoir un dans « l’œil » pour les trouver sans chercher sa signature, dans ces salons babyloniens…»Catalogue de l'exposition rétrospective organisée par Châtillon-des-Arts et la commune de Châtillon, 1971, ..
En 1960, naît sa seconde fille, Anouk ; il emménage rue G. Péri, toujours à Châtillon, mais garde son atelier rue Hoche. La réalisation de son œuvre se poursuit dans un grand anonymat, mais avec le soutien de son épouse Charlotte et de quelques amis fidèles. En l’absence de notoriété, il devra se résoudre tout au long de son activité de créateur à consacrer une partie de son énergie à des activités salariées ; ainsi, il sera notamment professeur d’allemand à l’École Boulle, puis à partir de 1964, au Lycée technique et commercial de Cachan (Hauts-de-Seine).
Il obtiendra finalement en 1968 la nationalité française, grâce notamment aux interventions, appuis et témoignages de Robert Minder, professeur au Collège de France, de Bernard Dorival, conservateur en chef du Musée national d’art moderne, de Roger Van Gindertael, critique d’art, d’Olivier Debré, Roger Bissière et Pierre Soulages, artistes peintres. Il meurt brusquement le à son domicile de Châtillon.
Sur son œuvre L'artiste lui-même
(dans l'Album du Salon des Réalités Nouvelles, 1947). (dans le Catalogue de l'exposition rétrospective organisée par Châtillon-des-Arts et la commune de Châtillon, 1971, . (Le Soleil Noir. Premier Bilan de l’art actuel 1937-1955, 1953, ). (dans l'article “Wendt” par Roger Van Gindertael, in Cimaise , .
Les critiques
Roger Van Gindertael (1971) in Catalogue de l'exposition rétrospective organisée par Châtillon-des-Arts et la commune de Châtillon, 1971.
Expositions Expositions de groupe 1938 « Point 38 par les jeunes » à la galerie L’Équipe (dir. : Joseph Lacasse) 1943 « Grand Salon de printemps » à Monte-Carlo, expose sous le nom de François Aymon (organisation : P. Andry-Farcy, conservateur du musée de Grenoble) 1945 et 1946 Salon des Surindépendants 1946 à 1970 Salon des Réalités Nouvelles 1949 « Les Réalités nouvelles » à la Chapelle du lycée Ampère à Lyon 1949 et 1950 « Hostudstillingen » à Copenhague et Arhus (Danemark) 1952 et 1953 Salon d’octobre 1953 Galerie Suzanne Michel, Paris : Constant, Gilbert, Claude Goulet, Jean Pons, Selim, Jocelyn ChewettArt d'aujourd'hui série 4 , mars 1953 1954 Invité au Salon de Mai 1954 « Divergences » à la galerie Arnaud - Paris (organisation : R. Van Gindertael) 1955 Studio Paul Fachetti : Appel, Benrath, Boille, Calcagno, Olivier Debré, Joe Downing, Shirley Goldfarb, Pierre Graziani, Nicolas Ionesco, Shirley Jaffe, Maggy Kaiser, Laubiès, Levée, Signori, Ting, Tsingos, Van Haardt, Wendt 1955 « Phases de l'art contemporain » à la galerie R. Creuze - Paris (organisation : Édouard Jaguer) 1955 « Ausgewanderten Maler - Peintres émigrés en France» (avec Jankel Adler, Lou Albert-Lasard, Eduard Bargheer, Max Beckmann, Francis Bott, Heinrich Campendonk, Henri Davring (Heinrich Davringhausen), Max Ernst, Otto Freundlich, Johnny Friedlaender, Hartung, Paul Klee, Moise Kogan, Jeanne Kosnik-Freundlich, Rudolph Levy, Rolf Nesch, Max Peiffer Watenphul, Hans Purrmann, Joseph Sharl, Kurt Schwitters, Springer, Emma Stern, François Willi Wendt et Wols au Städtisches Museum de Leverkusen - Schloss Morsbroich (Allemagne) 1955 « Six peintres actuels » à la Galerie Craven - Paris : Istrati, Kolos-Vary, Wilfrid Moser, Nallard, Vulliamy et Wendt (organisation : R. Van Gindertael) 1956/1957 "Pentagone" à la galerie Arnaud -Paris (artistes sélectionnés par Michel Ragon, Pierre Restany, Roger Van Gindertael, Herta Wescher et Julien Alvard) 1957 Invité au Prix Lissone (Italie) 1957 « 50 ans de peinture abstraite » à la Galerie Greuze - Paris à l’occasion de la publication du « Dictionnaire de la peinture abstraite » de Michel Seuphor (Édition Fernand Hazan) 1958 « École de Paris - Französische Malerei des Gegenwart» au Kunsthalle de Mannheim - Allemagne (organisation : G. Fuchs et R. Van Gindertael) 1959 « Neues aus der neuen Malerei » au Städtisches Museum de Leverkusen (Allemagne) - Groupe du Studio Paul Fachetti (organisation : C. Schweicher) 1960 « Permanence et actualité de la peinture » avec Chafik Abboud, Bissière, Bryen, Chapoval, Gauthier, Istrati, Lanskoy, Milo, Moser, Nallard, Pougny, Soulages, de Staël, Vulliamy et Wendt à la Galerie Raymonde Cazenave - Paris (organisation : R. Van Gindertael) 1961 « Artistes du Salon des Réalités Nouvelles » à la Drian Gallery (Londres - Grande-Bretagne) 1961, 1962 et 1963 «La Vache Noire », Groupe « Ligne 4 », Salon de Montrouge, Montrouge, Hauts-de-Seine) 2006 Galerie Drouart à Paris (France), "Réalités Nouvelles, 1949-1955" (dir. Arthur Cavanna et Daniel Shidlower)
Expositions personnelles 1951 Galerie Colette Allendy à Paris (France) 1954 Galerie Parnass (dir. Rolf Jährling) à Wuppertal (Allemagne) 1955 Centre d’études françaises de Düsseldorf (Allemagne) 1955 Galerie L’Entracte (dir. Ernest Genton) à Lausanne (Suisse)