On dénombre une soixantaine de races ovines en France, dont certaines sont aujourd'hui des races dites de conservatoire et beaucoup classées par le Bureau des ressources génétiques (BRG) dans la liste des races en danger.
Une classification des races offre à la fois un intérêt culturel et un intérêt pratique : Sur le plan culturel, il s'agit d'offrir une compréhension d'un univers de races pouvant apparaître comme disparate à un simple observateur. Sur le plan pratique qui prolonge le précédent, une classification permet d'introduire le volet élevage et aptitudes plus ou moins commun à chaque groupe de races. Ce volet se retrouvera, plus développé, dans l'article de chacune d'elles. De fait, cette classification peut être un portail d'entrée à la connaissance des races ovines et de l'élevage ovin. Ce volet sera abordé dans cet article au travers du paragraphe consacré à une vision d'ensemble de la sélection des races ovines.
On ne perdra pas de vue que les croisements entre races sont plus nombreux en élevage ovin qu'en élevage bovin et que le nombre de femelles issues de croisement y est relativement élevé. L'article comprend quatre parties : La population ovine en France ; La liste des races ovines de France ; La classification des races ovines ; La sélection des races ovines.
La population ovine en France Effectif En 2013, le cheptel ovin de France comptait ,dont allaitantes (production bouchère) et laitières (production de lait)http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Gaf14p152-170.pdf GraphAgri France 2014. Consulté sur le site Agreste le 17 décembre 2015.. En 2017, il comptait , dont s allaitantes et laitières.
Initialement, le mouton fournissait lait, viande, cuir et laine. Aujourd'hui, seules les deux premières aptitudes sont à l'origine des productions marchandes de la filière ovine, produits carnés et fromages pour l'essentiel. En France, le prix de la laine vendue ne couvre pas les frais à payer pour la tonte. L'exploitation pour la laine se fait soit dans des pays possédant une main-d'œuvre à moindre coût, soit dans des pays disposant de grands troupeaux et de grandes surfaces.
Le nombre d'exploitations agricoles détenant des ovins a chuté depuis 2000 : elles étaient en 2017 contre en 2013 et en 2000.
Évolution En 1970, on comptait , en 1979, en 1988, en 2000, en 2011, en 2012 et en 2013Sources : Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Agreste - Recensements agricoles, enquêtes cheptel. In GraphAgri France 2012, op. cit., volet « Productions animales », .. De 1980 jusqu'en 2017, ce cheptel a enregistré un déclin continu en France comme dans les autres pays européens. En France, ce déclin concerne surtout le cheptel élevé pour la viande.
Ceci n'est pas sans rappeler la dépécoration ou chute des effectifs de moutons (du latin pecus, pecoris : le bétail et plus particulièrement le petit bétail) observée en France à la fin du et au jusqu'en 1946, en rapport avec la chute des prix de la laine et la réduction de la main-d'œuvre en agriculture.
Le déclin de la production ovine, en France et en Europe sur les trente dernières années, est à relier au fait qu'historiquement et jusqu'à ce jour, elle a été insuffisamment prise en compte dans la Politique agricole commune au regard de son importance environnementaleAutorité de la Concurrence : Avis n° 11-A-03 du 15 février 2011 relatif à un accord interprofessionnel dans le secteur ovin.
Jusqu'en 1980, le marché français bien qu'au sein de la CEE est resté très protégé contre la concurrence étrangère. Les importations de viande ovine anglaise, irlandaise ou néo-zélandaise sont restées très limitées du fait de l'absence de règlement communautaire ovin. Le déclin a de fait commencé avec l'adoption du règlement communautaire ovin en 1980, les aides compensatrices (primes à la brebis) se sont révélées insuffisantes, au moins jusqu'en 2010, pour compenser la chute des prix à la production, contrairement à ce que l'on a pu constater pour l'élevage bovin allaitant. Selon les professionnelsInterview de Serge PREVERAUD, Président de la FNO "La relance se fera par le prix", la réévaluation des aides ovines consentie depuis 2009 dans le cadre du Bilan de santé de la PAC ne suffira pas à modifier la tendance sans un relèvement des prix de vente de l'agneau (Voir sur ce sujet les avis exprimés sur le site officiel de la Fédération nationale ovineSite de la Fédération nationale ovine).
Liste des races ovines de France La liste officielle des races ovines reconnues sur le territoire national est définie par un arrêté ministériel du 27 février 2018 modifiant l'arrêté du 29 avril 2015Arrêté du 27 février 2018 modifiant l'arrêté du 29 avril 2015 fixant la liste des races des espèces bovine, ovine, caprine et porcine reconnues et précisant les ressources zoogénétiques présentant un intérêt pour la conservation du patrimoine génétique du cheptel et l'aménagement du territoire , sur le site legifrance.gouv.fr.. 58 races sont répertoriées. Parmi celles-ci, l'arrêté distingue et liste les races locales et les races à petit effectif : Une race est dite locale si des liens suffisants avec un territoire spécifique sont démontrés, notamment si 30 % des effectifs sont situés dans un seul département ou 70 % dans trois départements limitrophes deux à deux. Les effectifs sont ceux des femelles reproductrices présentes sur le territoire national selon les données du dernier recensement agricole. Une race est dite à petit effectif si elle présente sur le territoire national un effectif de moins de 8 000 femelles reproductrices pour les ovins et caprins, de pour les bovins et de pour les porcins. Ces effectifs sont déterminés à partir des données du dernier recensement agricole et éventuellement complétés par ceux de l'institut technique chargé de l'espèce concernée. 27 races sont mentionnées par l'arrêté ministériel du 26 juillet 2007 comme étant des races à petit effectif.
Liste alphabétique des races ovines répertoriées sur le territoire français Cette liste énumère les races ovines présentes sur le territoire français et sa région d'origine.
Liste alphabétique, nombre de reproductrices et statut par race en 2005 Le Bureau des ressources génétiques (BRG) avait mis en ligne en 2005 une fiche d'informations pmpar race ovine, livrant entre autres les informations chiffrées contenues dans le tableau qui suit. Outre les effectifs, ce tableau donnait le lien d'accès à la fiche BRG de la race et le statut de chaque race (en danger ou non, avec un programme de maintien ou non) à la date de 2005. Depuis cette date, la plupart de ces effectifs ont diminué du fait de la diminution constatée du cheptel ovin.
Race lien vers fiche BRG de 2005 Photographie lien vers article WikipediaNombre total de reproductrices estimation de 2005 StatutAure et CampanAure et CampanNon en danger MaintenueAvranchinAvranchin767En danger MaintenueBarégeoiseEn danger MaintenueBasco béarnaiseNon en danger Non-MaintenueBelle-Île163Critique MaintenueBerrichon du Cher (non cohérent)Non en danger Non-Maintenue En dangerBizet Non en danger Non-MaintenueBlackfaceNon en dangerBlanc du Massif CentralNon en danger Non-MaintenueBleu du MaineEn danger BoulonnaiseEn danger Maintenue Brigasque532En danger MaintenueCastillonnaiseEn danger MaintenueCaussenarde des GarriguesCaussenarde des GarriguesEn danger MaintenueCausses du Lot Non en danger Non-MaintenueNon en danger Non-MaintenueCommune des AlpesCommune des AlpesNon en danger Non-MaintenueCorseCorseNon en danger Non-MaintenueCotentinNon en danger Non-MaintenueDorset DownEn dangerEst à laine MérinosNon en danger Non-MaintenueFinnoise255En danger MaintenueGrivetteGrivetteNon en danger Non-MaintenueHampshireNon en danger Non-MaintenueÎle-de-FranceNon en danger Non-MaintenueINRA 401Non en danger Non-MaintenueNon en danger Non-MaintenueLacaune viandeLacaune viandeNon en danger Non-MaintenueLandaiseLandaise850En danger MaintenueLandes de Bretagne850En danger MaintenueLimousineLimousineNon en danger Non-MaintenueLourdaise900En danger Non-MaintenueManech tête noireNon en danger Non-MaintenueManech tête rousseManech tête rousseNon en danger Non-Maintenue MartinikEn danger MaintenueMérinos de Rambouillet130Critique MaintenueMérinos d'ArlesNon en danger Non-MaintenueMérinos précoceEn danger MaintenueMourerousNon en danger MaintenueMouton CharollaisNon en danger Non-MaintenueMouton VendéenNon en danger Non-MaintenueNoir du VelayNon en danger Non-MaintenueOuessantNon en danger MaintenuePréalpes du SudNon en danger Non-MaintenueRaïoleRaïoleEn danger MaintenueRavaNon en danger Non-MaintenueRomanovRomanovNon en danger Non-MaintenueRouge de l'OuestNon en danger Non-MaintenueRouge du RoussillonRouge du RoussillonEn danger MaintenueRoussin de la HagueEn dangerSolognoteEn danger MaintenueSouthdownEn danger Non-MaintenueSuffolkSuffolkNon en danger Non-MaintenueTarasconnaiseNon en danger MaintenueTexelNon en danger Non-MaintenueThones et MarthodEn danger MaintenueXaxi Ardia520En danger Non-Maintenue
Classification des races ovines
Principes de classification
À l'instar de ce qui existe en élevage bovin, on peut classer les races ovines en se fondant : soit sur les relations phylogénétiques qui les unissent soit sur leurs aptitudes.
Fondements d'une classification des races ovines sur la base de relations phylogénétiques Les relations phylogénétiques entre les races ovines sont fondées sur la plus ou moins grande proximité génétique des races et sur l'identification des populations originelles dont elles dérivent. Elles peuvent être établies à partir de deux sources d'informations : soit anciennes et qualifiées d'historiques, soit contemporaines et issues d'analyses génétiques voire morphométriques.
Les données historiques Ce sont, à ce jour, celles qui livrent l'essentiel de l'information permettant de fonder une classification. Elles sont fournies par les ouvrages des zootechniciens sur une période allant de 1820 à 1920, en relation avec l'émergence progressive du concept de race au sens où nous l'entendons aujourd'huiLe terme race est utilisé dans des écrits du , comme dans le cours complet d'Agriculture de l'abbé Rozier (1793), mais pour désigner un type d'animal, en fonction de son origine géographique notamment (comme les bêtes à laine d'Espagne). La notion de collectif animal organisé, soumis à une conduite dirigée de la reproduction et cadre de la sélection animale, est surtout présente en Angleterre à cette époque, au milieu du et au fur et à mesure que de telles races ont été identifiées à partir des populations locales ou ont été créées.
A. SansonAndré SANSON : Les Moutons. Histoire Naturelle et Zootechnie, Librairie Agricole de La Maison Rustique - 1878 - Paris, en 1878, est le premier à avoir établi une classification en la fondant sur la morphométrie principalement crâniométriqueVoir l'article André Sanson. On retiendra que les regroupements opérés par Sanson ont conservé de la pertinence, indépendamment de ses positions dogmatiques, fixistes, qui le conduisaient à affirmer l'impossibilité de créer véritablement des races nouvelles. Par exemple Sanson niait que les métis de la Charmoise et les métis Dishley-Mérinos puissent former de nouvelles races (Charmoise et Île-de-France), tout en l'étayant largement par les données issues de la géographie et de l'histoire régionales des populations animales concernées.
P. Diffloth adopte cette classification, en 1909, dans ses ouvrages de zootechniePaul DIFFLOTH : Zootechnie vol. V, Moutons, Chèvres, Porcs, 1 vol., in-18, avec figures, J.-B. Baillière et fils, ed, Paris, 1909 qui fournissent des informations intéressantes sur les races ovines identifiées comme telles au tout début du .