Un retournement final ou twist final (de l'anglais ) « Twist endings Quiz », guardian.co.uk. est une structure narrative utilisée le plus souvent au cinéma dans laquelle une fin inattendue amène le spectateur à voir l'histoire sous un angle différent et le pousse vers une nouvelle interprétation de l'ensemble. Cette technique appartient au renversement de situation propre à toute mise en scène.

Le retournement final

L'intérêt d'un retournement final consiste à ce que la personne cible, donc lisant, assistant au film, à une pièce de théâtre ou à un jeu vidéo, ne s'attende pas à la fin présentée. Il s'est déjà produit pour certaines œuvres que des indices soient parsemés tout au long de l'histoire. Il peut s'agir d'allusions ou d'apparences plus ou moins directes, plus ou moins exactes. Tout autant, les éléments peuvent aussi être distillés de telle manière que ce que l'on croit en comprendre soit erroné. Ces procédés scénaristiques peuvent s'apparenter au coup de théâtre, deus ex machina, chutes et autres principes littéraires ou du domaine du spectacle relevant de l'effet de surprise.

Le retournement final peut ainsi être le fruit d'une narration volontairement tronquée par l'auteur, dont un exemple littéraire qui a fait grand bruit en son temps fut Le Meurtre de Roger Ackroyd, paru en 1926, le troisième ouvrage d'Agatha Christie mettant en scène Hercule Poirot. Par la suite, l'un des premiers films à utiliser cette technique originale d'une altération narrative est Le Grand Alibi, film d'Alfred Hitchcock narrant en 1950 les suites d'un meurtre retracé dans un flashback qui s'avèrera mensonger. La révélation du véritable déroulement de la scène du meurtre constitue ainsi le retournement final. Paradoxalement, ce faux flashback, qui fut en son temps décrié comme une erreur de réalisation, sera réemployé en 1995 dans Usual Suspects qui sera, lui, encensé par la critique.

Tout au long de sa carrière, Agatha Christie s'est nettement démarquée. Sa créativité scénaristique fut foisonnante tant pour les thèmes employés, la complexité des personnage de ses histoires. Pléthore de ses ouvrages sont restés dans la mémoire collective pour leurs fins toutes particulières (Le Meurtre de Roger Ackroyd, Le Crime de l'Orient-Express, Ils étaient dix, Un meurtre sera commis le..., Hercule Poirot quitte la scène pour n'en citer que quelques uns particulièrement marquants).

Alfred Hitchcock et Henri-Georges Clouzot, quant à eux, furent en leur temps de grands utilisateurs de thèmes novateurs, surtout dans le thriller, et cela vaut pour la très grande partie de leur filmographie.

Ainsi, en 1960 aux États-Unis, à la sortie de Psychose, Hitchcock théorisa l'impact publicitaire du retournement final en demandant aux spectateurs de ne pas raconter la fin (très particulière) à leurs amis. En France cinq ans auparavant il fut également expressément demandé aux spectateurs du film Les Diaboliques de ne pas rendre public les deux coups de théâtre finaux de l'histoire.

Dans l’histoire du cinéma, l’utilisation du retournement final a été assez rare par les autres réalisateurs ou scénaristes jusqu'au début de la décennie 1990. Avant cela, il s'agissait surtout de surprendre les spectateurs par la destinée du protagoniste (assassiné subitement ou mourant de ses blessures par exemple).

Depuis lors, le style narratif du retournement final abonde dans de multiples techniques de présentation. Plusieurs réalisateurs actuels en sont friands, s'en faisant même une spécialité. On citera entre autres, parmi les modernes, Christopher Nolan (Memento, Le Prestige, Inception) et M. Night Shyamalan notamment au travers de ses films, Incassable, Le Village, Sixième Sens.

La saga Saw qui comporte six épisodes est originale pour contenir un retournement final dans la toute fin de chacun de ses films. En effet, la saga contient de nombreuses intrigues et certains personnages ont des destins qui s'entrecroisent, aucun détail n'est en fait laissé au hasard. Par exemple, le docteur Lawrence Gordon est un personnage qui disparaîtra à la fin du premier film Saw, et dont on ignorera durant toute la saga ce qu'il a pu advenir de lui jusqu'à la révélation finale de Saw 3D : Chapitre Final (soit six chapitres après le premier Saw). Lors de ce retournement final, on s’apercevra que de nombreux indices sur son existence avaient été laissés dans chaque épisode. Mais si pour le premier film le spectateur ne s'y attendait pas nécessairement, pour les suites la surprise était moindre.

La technique du retournement final a également été utilisée dans plusieurs séries télévisées comme Alias, Alfred Hitchcock présente, et surtout La Quatrième Dimension, la série à chutes par excellence. En effet, dans cette anthologie télévisée, la chute finale des épisodes est souvent une manière d'interpeller le spectateur qui revoit tout l'épisode d'un autre œil et réfléchit quant à sa portée philosophique ou sociale (dictature de la beauté dans L’œil de l'admirateur ou Portrait d'une jeune fille amoureuse, méfaits de l'alcool dans Étape dans une petite ville, définition du réel dans Peine capitale, etc.)

Dans la série télévisée Lost, la plupart des épisodes des trois premières saisons contiennent des flahsbacks sur les personnages principaux. Lors de l'ultime double épisode de la troisième saison, le spectateur a l'impression de voir un flashback sur le personnage de Jack, mais il s'agit en réalité d'un flashforward, un « anti-flashback » montrant le futur d'un personnage et non son passé. C'est un exemple emblématique de retournement de situation à la télévision où l'habitude narrative est bouleversée.

Types de retournements finaux

Sur les lieux C'est par l'identité découverte ou révélée d'un lieu que se crée le retournement final (La Planète des singes où la planète visitée est la Terre dans le futur ; Dark City ; V'Ger qui se trouve être la sonde Voyager dans Star Trek, le film ; Oxygène où la protagoniste est dans une capsule de survie dans l'espace ; dans The Truman Show, le protagoniste Truman Burbank a été enfermé toute sa vie dans un studio aseptisé et va découvrir ce qu'est réellement cette place)

Sur le moment des faits Un voyageur temporel reprend conscience dans le futur (Interstellar de Christopher Nolan) Boucle temporelle (Déjà vu de Tony Scott) Flashback mensonger (Le Grand Alibi d'Alfred Hitchcock) Tromperie sur l'époque à laquelle se passe l'histoire (Le Village de M. Night Shyamalan) Une personne qui a des flashs d'actions inconnues comprend qu'elle reçoit le futur par bribes (Premier contact) Le protagoniste est un voyageur temporel. Aux portes de la mort, il se rendra compte qu'une scène de meurtre à laquelle il avait assisté enfant et qui l'avait fortement marqué était en réalité sa propre mort programmée (L'Armée des douze singes) Modification du passé, du présent et du futur via des voyages temporels multiples, ce qui modifie donc à différentes échelles la narration de l'histoire, son déroulement, et crée diverses altérations temporelles plus ou moins marquées (la trilogie des Retour vers le futur ; la saga des Terminator)

Sur la narration de l'histoire Le récit principal présenté comme avéré est en fait le délire d'un fou qui n'a même pas la moindre conscience de sa folie (Le Cabinet du docteur Caligari) Le récit principal présenté comme avéré est en fait une affabulation faite par le personnage principal afin d'induire la police (et le spectateur) à l'erreur sur son comportement et ses motivations (Usual suspects) Le récit principal présenté comme avéré est en fait altéré par le narrateur afin d'induire le lecteur à l'erreur sur son comportement et ses motivations (Le Meurtre de Roger Ackroyd) Le récit principal présenté comme avéré est en fait dû à une amnésie dissociative dont le narrateur se libère petit à petit (The Machinist) Le récit principal que le père du narrateur racontait à son fils enfant était un mensonge complexe dont la finalité fut à double tranchant (La vie est belle) Hallucination ou rêve (Mulholland Drive, Blue Velvet, Lost Highway de David Lynch; Ouvre les yeux; Vanilla Sky) Le quatrième mur est franchi (Monty Python : Sacré Graal !) Deus ex machina / bouclier du personnage (scène finale de la série Il était une fois… l'Espace ; le sauvetage miraculeux des humains survivants dans Jurassic Park) La narration non-linéaire modifie complètement la compréhension de l'histoire (Pulp Fiction de Quentin Tarantino ; Irréversible de Gaspar Noé) Imposture sur le narrateur de l'histoire (Ori and the Blind Forest et sa suite Ori and the Will of the Wisps) Narrateur surprise (Kim Boggs, dans Edward aux mains d'argent) Une plage d'un lieu inconnu possède la capacité mystérieuse de faire viellir prématurément et les personnages envoyés là-bas sont au prise avec une firme pharmaceutique dévoyée (Old) Deux tueurs en série possèdent une télécommande particulière qui leur permet de figer le temps et de le remettre en arrière afin de s'assurer d'assassiner toutes leurs victimes et de ne pas mourir eux-mêmes (Funny Games) Plusieurs fins alternatives de jeux vidéos sont présentes en fonction des actions réalisées pendant la narration de l'histoire et les conséquences qui en découlent (les jeux vidéos du monde Oddworld ; la saga des Fable de Lionhead Studios ; les divers Lost in Blue...)

Sur le personnage concernant la compréhension du comportement du/des personnage(s) Des traductions selon le pays de visionnage font varier de tout au tout l'identité du personnage principal, jusque là anonyme ( « L’Étranger » a été précédemment assassiné en version originale anglaise ce qui le rend donc fantastique, fantomatique ; tandis qu'il est le frère du personnage assassiné pour d'autres langues étrangères dans L'Homme des hautes plaines de Clint Eastwood) Le personnage présenté comme protagoniste était en fait antagoniste depuis le départ (Usual suspects ; Irréprochable ; Le Fil) La protagoniste était présentée de manière fallacieuse comme antagoniste tout le long du film (Maléfique) Le protagoniste est héroïque au-delà de toute mesuremilitaire incompris de tous et très fortement maltraité par les siens, il prouve sa nature héroïque en sauvant véritablement des dizaines de ses camarades militaires qui pour beaucoup d'entre eux avaient été ses tortionnaires et qui étaient laissés à mourir par une hiérarchie incompétente (d'après une histoire vraie, Tu ne tueras point) Le protagoniste, de base sincèrement respectable, va devenir assassin pour venger un acte criminel sur sa personne ou sur autrui (Carrie dans Carrie au bal du diable ; Irréversible ; Le Convoyeur) Identité véritable (Fabrice dans Jean-Philippe, dont on comprend qu'il est d'un monde parallèle où Johnny Hallyday n'a jamais été célèbre ; Je n'ai rien oublié ; Le Prestige). Incertitude concernant la culpabilité ou l'innocence véritable d'un personnage jugé pour la mort d'une personne (Anatomie d'une chute dont la réalisatrice Justine Triet a rendu public qu'elle connaissait véritablement le sens caché entre la personne morte et sa façon de mourir) Lien secret entre deux personnages (Quentin Costa et Kit McGraw, dans la saison 3 de Nip/Tuck , Booker DeWitt et Zachary Comstock, dans BioShock Infinite) Motivation cachée (Adrian Veidt / Ozymandias, dans Watchmen : Les Gardiens; le prince Hans, en réalité antagoniste, dans La Reine des neiges) Inversion des valeurs et des comportements entre les protagonistes Ma vie est un enfer (une mortelle devient démone, un démon devient mortel) agent double (Nina Myers, dans la saison 1 de 24 heures chrono; Sens unique; Hans Akkermans dans Black Book ; Severus Rogue dans la série Harry Potter) Imposture sur un personnage principal (on croit jouer le héros principal, alors que ce n'est pas lui) (Venom Snake, dans le jeu vidéo Metal Gear Solid V : The Phantom Pain) Imposture sur l'identité véritable de l’antagoniste (Le Docteur Lerne, sous-dieu)