Jackson Pollock, né le à Cody dans le Wyoming et mort le à Springs dans l'État de New York, est un peintre américain de l'expressionnisme abstrait, mondialement connu de son vivant.

Il réalise plus de 700 œuvres, peintures achevées, essais peints ou sculptés et dessins ainsi que quelques gravures et a une influence déterminante sur le cours de l'art contemporain.

La pratique du all-over ainsi que du dripping, qu'il a beaucoup employé de 1947 à 1950, l'a rendu célèbre grâce aux photos et aux films de Hans Namuth, réalisés plus ou moins dans le feu de l'action.

Sa reconnaissance, tardive après toute une vie dans le dénuement, a coïncidé avec l'émergence de New York comme nouvelle capitale mondiale de la culture, peu après la Seconde Guerre mondiale entre 1948 et 1950. Pollock fut le premier de la troisième vague d'artistes abstraits américains à être enfin reconnu, le premier à « briser la glace » (selon l'expression de Willem de Kooning), en ouvrant un passage dans le milieu des collectionneurs aux autres artistes de l'école de New York.

En 1945, Pollock épousa l'artiste peintre Lee Krasner qui a une influence décisive sur sa carrière et sur la valorisation de son œuvre.

Biographie 1912-1937 Jackson Pollock naît dans l'Ouest américain. Il s'identifie à ces territoires peuplés de natifs américains avec leurs espaces et leur caractère indompté, sauvage, qui seront à la base de ses premiers travaux. Ses quatre frères, plus âgés que lui, prirent toujours soin de lui avec plus ou moins de bonheur. La famille change huit fois de domicile entre 1912 et 1928, en Californie et en Arizona notamment. Sa mère, Stella, surprotège son petit dernier, bien qu'elle eût préféré avoir enfin une fille… Les initiatives de Stella ne coïncident pas avec les moyens et le savoir-faire de son époux. Celui-ci, après des années de galère dans ses diverses entreprises agricoles, se voit contraint de trouver du travail sur des chantiers éloignés du toit familial. Il deviendra alcoolique, et ses cinq garçons aussi. Jackson restera timide, parlant très peu en public ; il est mal à l'aise, voire brutal, avec les femmes.

En 1924, Jackson, alors âgé de onze ans, « fait quelques rencontres occasionnelles avec des groupes d'Indiens ». À cet âge-là, il n'a aucune idée de leur art ; par contre il assiste, de loin, à un rituel. Deux de ses frères, Charles et Sand, font bientôt preuve d'un certain talent en dessin d'observation et, au cours des années suivantes, lui communiquent des informations, des revues sur l'art moderne parisien. Jackson entreprend de les suivre, mais ses résultats le désolent.

Durant l'été 1927, Jackson montre les premiers signes d'alcoolisme. Pendant cette année, il suit les cours de la High School de Riverside (Californie) avec difficulté ; il quitte d'ailleurs le lycée en 1928 sans avoir achevé ses études secondaires. En septembre, il s'inscrit à l'école des Arts manuels, mais il en est renvoyé pour avoir critiqué, dans un journal étudiant, l'enseignement qui y est dispensé. Il partage des convictions d'extrême gauche et entend parler d'un art — muraliste — de gauche. Cela ne l'empêche pas de se frotter à la théosophie de Krishnamurti.

En , il est emmené par un de ses aînés, Charles, au Pomona College en Californie pour y voir des fresques peintes par Orozco. En septembre, il s'installe avec ses frères Franck et Charles à New York. Il s'inscrit à l'Art Students League of New York pour suivre des cours donnés par le peintre réaliste Thomas Hart Benton. Il rencontre José Clemente Orozco, dont il a découvert l'œuvre murale peu avant, et qui travaille avec Benton à la réalisation de fresques. Durant les deux années qui suivent, il se réinscrit aux cours de Benton en classe de peinture murale, puis en modèle vivant et composition murale. Dans cet enseignement, l'accent est mis sur l'expression du volume dans le dessin au trait hachuré, comme dans les dessins de nus de Michel Ange. Par ailleurs, Benton propose des solutions de composition picturale sous forme de graphiques que Pollock retiendra et sur lesquelles il reviendra toute sa vie.

Son père meurt en 1933 d'une crise cardiaque. Durant le printemps et l’été, Jackson continue à se former à la sculpture et travaille avec le tailleur de pierre Ahron Ben Shmuel.

Dans les années de crise économique, avec la politique du New Deal de Roosevelt, le Federal Art Project de la WPA soutient les artistes tant dans la création que dans l'enseignement. La composition murale est une des façons d'intégrer l'artiste à la société et de nombreuses commandes de décoration d'édifices publics leur sont passées par la WPA. À partir de 1935, Pollock bénéficiera de ce soutien aux artistes. D'abord admis dans la section « peinture murale », Pollock en est exclu pour absentéisme en 1938. Il est réintégré dans la section « peinture de chevalet » et il en bénéficie jusqu'en 1942. La réflexion sur le format sera ainsi au cœur de ses recherches.

En 1940, Pollock passe par l'atelier de David Alfaro Siqueiros, où sont réalisées collectivement des bannières et des sculptures de char pour la manifestation du . C'est dans ce contexte qu'il découvre l'aérographe, le pochoir et le goût pour la recherche de matières (en particulier avec les peintures industrielles) et des techniques nouvelles.

1937-1944 En , après la lecture de Primitive Art and Picasso, Pollock fait la rencontre de l'auteur de l'article : John Graham (de son vrai nom Dombrowski, véritable gourou dans le milieu new-yorkais). Celui-ci, embauché par la directrice de la collection Guggenheim parle à Jackson de son œuvre favorite, une peinture de Picasso, datant de 1932, Jeune Fille devant un miroir, très graphique et comme fragmentée en facettes. Ce tableau sera donné par Olga Hirsch au Museum of Modern Art (MoMA), lorsque le musée (dirigé par Alfred Barr depuis sa fondation en 1929) s'installe, considérablement enrichi, à son emplacement actuel en 1939.

Les années 1938-1946 donnent ainsi à Pollock l'occasion de se frotter à son « maître » d'alors : Pablo Picasso. De nombreuses proximités entre les deux artistes ont été repérées, ainsi qu'avec Miro, Masson et Hans Hofmann par Ellen G. Landau.. L'exposition de Guernica, à partir de , à la Valentine Galerie, puis, à l'automne, la rétrospective Picasso (avec Les Demoiselles d'Avignon et la fameuse Jeune Fille devant un miroir), au MoMA, sont les temps forts de ce moment d'émulation où Pollock dessine beaucoup. Il accumule les figures dessinées avec une ligne expressive (Studies, Number 11Dans la collection du Centre Pompidou : 1939, graphite, crayon de couleur, aquarelle et encre sur papier, .). Elles évoquent des entités protéiformes, des Minotaures de Picasso (la revue Minotaure avec la couverture de Picasso date de 1933), des figures hybrides surréalistes (la mode est à L'Interprétation des rêves de Sigmund Freud), et où se mêlent des références aux sculptures des Indiens de la côte Ouest. Tout ce bestiaire se retrouve, souvent filiforme, dans les dessins et les peintures datés approximativement des années 1938-1943. D'autre part, au cours des années 1940 (mais probablement dans les premières années, selon David Anfam), Pollock s'intéresse fortement au livre de D'Arcy Wentworth Thompson (1860-1948) On growth and form. pour ses illustrations de formes naturelles, souvent observées au microscope, mais aussi des cornes de bélier, etc. que Pollock s'approprie par le dessin en en faisant des formes méconnaissables.

En , Pollock suit une cure de désintoxication et commence une thérapie, la première d'une longue série, avec Joseph Henderson, un psychanalyste formé directement auprès de Carl Gustav Jung. vignette|Brume de Lavande, National Gallery of Art, Washington, 1950. En 1937, Pollock se passionne toujours pour l'art primitif qui, selon Graham, repose sur des « émotions spirituelles ». Ce point est très important pour l'artiste dans sa pratique plus que jamais expressionnisteEt il n'est pas le seul : les artistes de l'expressionnisme abstrait ont cette passion. Cf. Kirk Varnedoe dans Le Primitivisme dans l'art du , vol. 2, .. La contemplation de l'art des Indiens d'Amérique du Nord, en particulier lors de l'exposition « Indian Art of the United States », (commissaire ), au MoMA en 1941, est décisive pour son évolution. Il fera plus tard allusion aux sculptures Kwakwaka'wakwOn peut se reporter à la galerie de Wikimedia commons et aux liens qui en dépendent. Le montage réalisé en 1901 restitue un « équivalent approché » de l'expérience de l'exposition de 1941, dans l'espace consacré aux arts de la côte Nord-Ouest. Les totems produits par assemblage de « masques » imbriqués trouvent un écho dans les dessins de Pollock de ces années., dont l'un des « totems » gigantesques ornait l'entrée du musée à cette occasion, p. 28.. Le travail d'interprétation de ses propres dessins, entrepris avec son analyste junguien, Henderson, trouve aussi un écho dans leurs discussions où ils évoquent les sculptures indiennes qui passionnent Henderson tout autant que Pollock.

Durant l'exposition, des démonstrations de peintures de sable (et aussi avec des pollens, des pétales ou de la farine) sont réalisées par des artistes Navajos. Voir aussi : . fut l'un des premiers universitaires à reconnaître la valeur artistique propre aux réalisations des peuples autochtones d'Amérique, d'Afrique et d'Océanie. était conservateur, avant de devenir celui du MoMA, en 1949. Le conservateur du MoMA en 1941 étant Alfred H. Barr, Jr .. Les peintures exécutées au sol sont cernées par un cadre ou « gardien ». Dans la pratique chamanique, le membre de la communauté qui est soigné est ensuite placé au centre de cette peinture. Puis celle-ci est détruite : elle sert à frotter le malade puis est jetée loin du villageLa proximité des Demoiselles d'Avignon, (œuvre incontournable pour Pollock, comme il l'a reconnu ensuite) au MoMA dans le même temps doit nous rappeler que Picasso lui-même avait parlé de la réalisation de sa peinture comme d'un « exorcisme ».. Hubert Damisch, dans le catalogue de 1982, y fait référenceArticle titré « Détruire la peinture ». mais de manière non explicite pour interpréter la démarche de Pollock.. Selon cette conception, c'est l'action de réaliser la peinture et non l'objet peinture qui est essentiel. L'expression « action painting » tient compte de cette référence, mais a vu son impact considérablement amplifié après la diffusion du film de Hans Namuth, en particulier dans les écoles d'arts des États-Unis, dans les années 1950.

Birth (« naissance »Plusieurs spécialistes de l'artiste signalent que celui-ci est né avec le cordon ombilical autour du coup, suffisamment étranglé pour en avoir été bleu ce jour-là ; sa mère le disant « noir » : , qui cite de l'édition anglaise.), 1942 : des fragments de figures déformées et stylisées réassemblés verticalement comme un totem composent la première peinture de Pollock visible dans une exposition collective, « American and French Painting », en , organisée par J. Graham et qui montre aussi des peintures de Lee Krasner. L'intrication des figures fragmentées est alors le premier pas vers ce qui deviendra ensuite l'accumulation de figures par superposition, sous forme de « voiles » superposés, et leur disparition totale dans les drippings. Cette thèse est reprise par Donald Wigal dans Jackson Pollock : l'image dissimulée.. Un exemple évident de dissimulation a été relevé par Karmel. : le « tableau » inscrit au centre de Guardians of the Secret (1943). Retourné, il présente de nombreuses figures filiformes comme certains dessins de Picasso de la fin des années 1930. En position normale, les gardiens, monumentaux, sont assez bien identifiables mais le tableau au centre est devenu « abstrait ».