Le bardage désigne à l'origine un mode de transport par bard. Le verbe barder a très vite pris les trois sens différents suivants : charger, couvrir régulièrement, amonceler jusqu'à l'effondrement catastrophiqueCes trois significations sont encore comprises à la fin du . Résumons les définitions du Grand Larousse universel de Claude Augé parue en 1922 : i) charger, transporter sur un bard, d'où "barder des matériaux" et l'emploi argotique barder au sens de "travailler avec effort". ii) couvrir un cheval de bataille d'une barde. Le mot barde proviendrait ici de l'italien barda, armure au sens global ou plus particulièrement "lame de métal de fer". Le cheval de guerre est surtout protégé au niveau du haut des membres, de sa croupe, de son poitrail et de son cou. L'adjectif bardé signifie "couvert", le verbe se barder "se couvrir, être couvert". L'acception est générale, comme l'exemple d'un élève maladroit qui se barde d'encre. Un sens culinaire en rôtisserie peut être ajouté : barder, envelopper de tranches de lard. La barde est une tranche mince de lard ou de gras, servant à enrober les pièces de gibier ou de volaille, pendant leur cuisson. iii) une expression "ça va barder", interprétée de façon militaire "le combat sera violent". Notons que la seconde signification élaborée, proposée dans ce Larousse est susceptible de provenir de l'arabe barda'a, désignant le bât, la selle enveloppante. Les mots féminins "barde" ou "bardelle", désignant des "selles rembourrées", attestés en moyen français, ne peuvent être rattachés à la racine du "bard" masculin. Les deux racines se seraient influencées inextricablement. Ainsi le bardot ou bardeau, proche de l'italien bardotto, est-il une bête de somme, au sens de simple cheval de bât ou de petit mulet robuste destiné au portage des charges ou du bagage ? Mais nous pouvons garder un second sens de couverture moins élaborée, le dictionnaire Du Gange mentionne, outre "couvrir un cheval d'une armure", une seconde signification commune au "couvrir, recouvrir une surface avant le pavage", par exemple "barder et paver de bonnes pierres". Le bardage désigne expressément la préparation d'une surface plane, à l'aide de sables, pour recevoir mais il inclut le transport et la première pose des pavés. L'opération de pavage permet d'unifier et solidariser la surface pavée, à l'aide d'un liant ou mortier..

Définitions Suivant cette première acception, le bardage correspond à un chargement, suivi d'un transport de matériaux plus ou moins lourds. Le débardage équivaut à leur décharge, et par extension, indique précisément le transport du lieu d'extraction aux premiers lieux de dépôt ou d'entreposage. Ainsi les débardeurs d'antan étaient les ancêtres des dockers et autres manœuvres manutentionnaires ou de carrière d'aujourd'hui.

Suivant la seconde acception, le bardage est une couverture d'un matériau sous forme d'unités élémentaires ajustéesUn chargement pour qu'il soit stable doit être entrepris avec méthode. L'empilement ordonné, en couches compactes spécifiques, est probablement à l'origine du second sens, "couvrir". Le troisième sens proviendrait de l'amoncellement en vrac, devenant imposant et susceptible de s'ébouler à partir d'une taille critique. ou superposées (pierres taillés ou pavés, planchettes de bois appelées bardeaux ou essis, planches en ramée, parements divers...) sur une surface préalablement définie, sol, mur ou toit d'habitation... Charpentiers, architectes et autres constructeurs ont gardé cet emploi spécifique.

Quant à la troisième acception, elle ne s'est préservée que par l'emploi, aujourd'hui mystérieux et obscur, souvent figuré, du verbe intransitif barderLe sens premier "charge et transport" est souvent retrouvé a posteriori à un niveau (sur)naturel par l'effet d'un bouleversement "de fond en comble" du paysage connu. Que ce soient après une bataille meurtrière transformant un paysage champêtre et bucolique en espace de désolation et de mort, une tempête côtière effaçant radicalement les repères familiers de navigation, une inondation catastrophique ravageant les rives forestières et les méandres d'autrefois.... Les héritiers des mondes paysans ou marins ne profèrent-il pas sentencieusement, devant un signe de danger météorologique, la découverte d'une situation précaire ou d'insécurités menaçantes, l'évidence des paroles ou gestes provocateurs attestant un équilibre ou une paix précaire : "ça va barder !"

Un vocabulaire technique ancien et souvent oublié Le bard, assemblage de bois destiné à transporter des charges diverses, apparaît sous forme écrite en ancien français au . Il est écrit communément bar en 1239. Il est précocement confondu avec le baiart, mot attesté fin qui est une civière spécifique, pour porter à bras des matériaux ou des objets humides, ruisselant d'eau, voire coupants et très lourds en les soulevant le moins possible. Un bard paysan peut se définir en principe comme une surface plane ou une caisse plus ou moins profonde, en planches, qui peut être portée à l'aide de deux longues branches ou brancards. Il servait à remonter la terre dans les champs en terrasses ou en pente, à évacuer ou répandre le fumier, à apporter les amendements, ainsi qu'à tous types de transports d'objets lourds. Le bayard ou béart, héritier du baiart, possède un niveau de planches portantes, souvent à claire-voie, bien plus bas que le niveau des brancards. Il s'agit de protéger le haut du corps des porteurs, de l'eau ou de limiter le danger de choc ou de coupure, en cas de renversement ou de maladresse.

Le bard, connu sous cette graphie dans le dictionnaire de Trévoux en 1751, se définit souvent comme une grande civière pour le transport à bras, de fardeaux, de pierre, de bois, de grosses charges... Il est parfois conçu pour être tracté ou traîné par un attelage, il peut s'agir d'un simple plancher robuste qui est tiré sur le champ, par exemple pour ôter les racines de betteraves ou d'un système de traîne, simplifié pour accrocher une grume ou une grosse pierre, en partie découpée ou emmener un outil particulier. Avec l'évolution technique, il a pu évolué vers un traîneau à patin robuste ou revenir, via l'adjonction d'une roue, vers une forme de brouette basseDonnons quelques mots techniques de la même famille. Le bardeur, à ne pas confondre avec le travailleur de force, infra, peut désigner un chariot, un wagon, un train servant au transport de blocs. Lors des chantiers, en particulier de fortifications militaires, à la Belle Époque, le bardeur était un véhicule sur rail servant à transporter les blocs de béton. Un bardeau, apparent diminutif de bard, a longtemps dénommé un petit train de bois flotté (avant de devenir un petit train à vapeur transportant du bois). .

Le verbe barder, attesté en 1638, signifie dans le champ lexical du transport, "charger quelque chose ou quelqu'un sur un bard, puis le transporter". La charge d'un bard ou bardage correspond à une bardée. Mais, déjà dès les temps modernes, bien avant 1680 et plus encore au siècle des Lumières, le verbe s'applique à tous chargements sur chariot, charrette, traîneau, bateau ou en train de flottage... que ce soit pour l'évacuation locale d'un chantier de pierre vers le pied du tas, ou les besoins du transport en général. Le bardeur ou débardeur est le manœuvre qui charge ou déchargeLe bardeur est à l'origine porteur de bard ou de fardeaux. Dans le dictionnaire françois de Richelet paru en première édition en 1680, le bardeur est "celui qui traîne les pierres sur les petits chariots dans les grands ateliers des maçons".. Le dictionnaire de Trévoux, en 1751, restreint la signification du verbe barder à "charger et transporter des matériaux lourds sur un bard de chantier ou de mines". Le sens du mot bardage, signifiant ce type de transport lourd, est déjà vieilli en 1837. Le bardage n'est plus que la charge d'un bard, et, à l'instar du monde des traîneaux et du portage, l'ensemble du vocabulaire spécifique tombe en déchéance, son emploi s'efface mis à part dans quelques métiers du transport et les contrées paysannes marginales. Le verbe barder prend une acception argotique "travailler dur, trimer, porter des charges lourdes" reconnue entre 1889 et 1894 dans les écrits de presse. Durant la Belle Époque, la tâche pénible devient de plus en plus dangereuse. En 1920, l'expression "aller à toute barde", soit à toute allure pour un véhicule mal stabilisé ou brinquebalant ressort aussi de l'argot régional. thumb|Façade en tavaillons ou bardeaux. Pour justifier le bardage ou pose de bardeaux ou de revêtements spécifiques, il faut revenir à des formes anciennes du verbe barder, signifiant "couvrir régulièrement, planchéier une surface, poser un revêtement dur, par exemple de pierre, sur le sol aplani". Le bardage s'applique aussi, à l'époque moderne dans le monde de l'architecture, à un revêtement protecteur, parfois provisoire, aménagé autour d'un ouvrage d'art. Notons que les bardeaux, sous les appellations diverses d'essentes, aisseaux ou essis, tavillons ou tavaillons... sont des petites planches de forme définie utilisée, parfois sous les tuiles, et surtout en revêtement, sur voliges, de couverture et/ou de façade exposée, autrefois dans les régions montagnardes. Aujourd'hui le bardage s'applique à tous revêtements de couverture ou de façade, à base de matériaux plus ou moins larges, épais, lourds, y compris pierreux comme les ardoises. Le bardage désignait encore pour les charpentiers la pose de planches plus ou moins longues, pour créer un plancher sur les solives d'un étage. Dans les mines, le bardage consistait en la pose de cloison protectrice, dénommée globalement un bardeau, entre deux chambres ou tunnels.

Origine des termes bard, barder, bardage Ils appartiennent à la racine indo-européenne, qui a pris les formes barr, bart, bard, barzCette explication est proposée en particulier par Pol corvez, option cité. Le dictionnaire étymologique et historique du français d'Albert Dauzat, Henri Mitterand et Jean Dubois choisit tantôt une origine obscure tantôt ancrée sur le portage d'un "béart" ou "bayard".. La famille, souvent en rapport d'origine avec les morceaux en bois ou objet confectionné en planches, est vaste. En breton, barr désigne "la branche, le sommet parmi d'autres sommets"barrey désigne plus précisément la branche., barazh "le baquet", barazher "le faiseur de baquets ou de barattes" ou encore "le tonnelier". En français, elle compte "la baratte"La baratte est à l'origine une simple batte en forme de planchette avec laquelle l'opérateur frappe ou bat la crème pour provoquer mécaniquement une inversion de phase et fabriquer du beurre., "le baril", "la barrique". L'anglais connaît board, à l'origine "la planche", le verbe to board "embarquer", aboard "à bord". Avant de devenir la couchette sur un bateau, le terme berth ne signale qu'une simple planche en claire-voie. Le gallois bord désigne une planche ou une table, bar la barre. Le norois bord désigne "la planche, l'arête du navire".