Le Montréal Screwjob fait référence à l'incident non scénarisé qui s'est produit pendant l'évènement principal du pay-per-view Survivor Series 1997, le , au Centre Molson de Montréal, Québec. Lors du match de WWF Championship entre Bret Hart et Shawn Michaels, Vince McMahon, le propriétaire de la World Wrestling Federation avait secrètement prévu une fin de match différente avec l'adversaire du : Shawn Michaels. Le plan fut exécuté quand l'arbitre du match, Earl Hebner, sous les ordres de McMahon, sonna la cloche et arrêta le match bien que Hart, à qui Michaels portait une prise de soumission, n'eût pas abandonné. Michaels fut déclaré vainqueur et nouveau Champion de la WWF, laissant Bret Hart et ses fans outrés.
À l'origine, le screwjob était une réponse à la décision de Hart de quitter la WWF pour son principal concurrent, la World Championship Wrestling. Hart avait proposé de perdre le WWF Championship à n'importe quel moment et face à n'importe quel catcheur, sauf face à son adversaire de toujours : Shawn Michaels. Citant une clause de son contrat à la WWF qui lui garantissait un « contrôle raisonnable sur les décisions », Hart refusait fermement de perdre face à Michaels, a fortiori dans un match qui se tenait chez lui au Canada. McMahon insista pour que Hart perde face à Michaels à Montréal, craignant que sa fédération périclite si la WCW récupérait le Hitman avec le WWF Championship. Hart et McMahon arrivèrent à un compromis sur le match qui permettait à Hart de conserver le titre. Mais McMahon était déterminé à enlever le titre à Hart, même sans son consentement.
L'impact de cet évènement a été tel qu'il fut par la suite utilisé dans d'autres matchs et storylines de « l'Attitude Era » de la WWF, et conduisit à la création du très populaire personnage du patron diabolique, "Mr. McMahon". Hart resta en mauvais terme avec la WWF, alors que McMahon et Michaels continuèrent à recevoir des plaintes de la part de fans pendant plusieurs années. Cependant, la relation entre Hart et McMahon s'améliora dans une certaine mesure et permit l'introduction de Bret Hart dans le Hall of Fame de la fédération le .
Historique
Hart décide de quitter la WWF thumb|left|150px|Bret "The Hitman" Hart.
Bret Hart débuta dans les années 1980 en tant que membre de la Hart Foundation. Il rencontra un énorme succès en solo dans les années 1990, remportant le Championnat de la WWF cinq fois. Très populaire et respecté à la WWF, il était alors le catcheur des main-events. Mais sa domination commença à être remise en cause par le clan formé par Kevin Nash, Shawn Michaels, Scott Hall, Sean Waltman et Triple H, qui gagnaient en influence dans les décisions de la compagnie. Moins présent sur les rings, Hart quitta la fédération pendant plus de sept mois après WrestleMania XII. Il profita de cette période pour négocier un nouveau contrat avec la WWF, mais aussi pour étudier une offre de la fédération rivale, la WCW. En , Hart refusa une offre de de la part de la WCW, optant pour la proposition de McMahon de signer un contrat de vingt ans à la WWF, qui faisait de lui le catcheur le mieux payé et lui assurait par ailleurs un rôle important dans la fédération après sa retraite. À la mi-1997, la WWF faisait face à des difficultés financières dues en partie à la rude concurrence de la WCW, qui était devenue la fédération la plus importante aux États-Unis. Par conséquent, McMahon se vit obligé de limiter les contrats à long terme et il regretta la prolongation du contrat de Hart. McMahon commença à différer les versements de salaire d'Hart, prétextant la "situation financière périlleuse" de la WWF.
McMahon encouragea Hart à trouver un emploi à la WCW. Quand McMahon l'informa qu'il différait tout paiement à une date indéterminée, Hart entra donc en négociation avec la WCW. Pendant que Hart réfléchissait à une offre de 3 millions de dollars lancée par Eric Bischoff, McMahon revint sur sa position et informa Hart que la fédération voulait honorer leur contrat. Cependant, les discussions autour de futurs plans et storylines se soldaient par des réponses vagues et un manque de propositions de la part de McMahon. Dans la phase finale de leur négociation, McMahon exprima de nouveau des doutes sur le fait d'honorer son contrat. Hart était en outre mécontent de son nouveau gimmick de heel et l'importance croissante de l'Attitude Era à la WWF. Convaincu qu'il ne faisait pas partie des futurs plans de McMahon, Hart le notifia à la WWF et signa un accord avec la WCW le . Quand Hart demanda à McMahon s'il serait parodié et moqué (ce qui était arrivé auparavant avec des catcheurs de la WWF partis à la WCW), McMahon lui assura que rien de tel n'arriverait. Le président de la WWF promit aussi que les portes de la fédération lui resteraient ouvertes. Hart croyait partir en bons termes, malgré le sentiment que McMahon l'avait poussé vers la sortie.
La passation du titre thumb|150px|Vince McMahon. Le départ imminent de Bret Hart vers la WCW créa une situation de tension, car le catcheur avait remporté le WWF Championship au SummerSlam 1997 face à The Undertaker. Le contrat d'Hart à la WCW débutait le , un mois après l'annuel Survivor Series de la WWF, qui se déroulait en 1997 à Montréal. Shawn Michaels, le meneur de l'équipe émergente D-Generation X, devait y affronter Hart dans un match de championnat. McMahon, craignant qu'Hart ne laisse tomber le titre, chercha à le convaincre de perdre face à Michaels. Hart refusa, arguant de sa popularité au Canada, où il se sentait vu comme un héros national. Hart, qui avait été à la tête de la Hart Foundation, une équipe anti-US et patriotique canadienne, ne voulait pas perdre le titre au Canada. D'autant que, parallèlement, pour le bien de leur rivalité, Michaels insultait à de nombreuses reprises le drapeau du Canada et les fans canadiens. Hart soutenait qu'un revers dans son propre pays serait humiliant pour lui et ses fans, et affecterait considérablement la suite de sa carrière à la WCW.
Les fans connaissaient aussi les différends personnels qui s'accumulaient entre Hart et Michaels :
Hart n'avait pas apprécié que Michaels déclare forfait pour un match de championnat dans un épisode de RAW, épisode qui conduisit à l'annulation d'un match à WrestleMania 13, où Michaels était censé laisser le titre à Hart. Beaucoup suspectèrent Michaels d'avoir simulé une blessure à un genou pour éviter ce match. Les deux ont été impliqués dans un combat réel après que Michaels ait accusé Hart d'avoir des relations avec une manageuse de la WWF, Sunny. La récente rivalité entre eux vit Michaels faire des remarques insultantes envers le père de Hart, Stu Hart, ce qui énerva Bret et les autres membres de sa famille. L'offre de 3 millions de dollars de la part de McMahon pour un contrat avec Hart en 1996.
McMahon, de son côté, se rappelait le catastrophique départ de la WWF Women's Champion Alundra Blayze vers la WCW en 1995, qui avait jeté la ceinture de championne féminine de la WWF dans une poubelle en direct lors de WCW Monday Nitro. Il craignait un nouveau désastre de ce genre et insista pour que Hart perde face à Michaels à Montréal. Bret Hart refusa, proposant de perdre son titre n'importe où aux États-Unis avant les Survivor Series, ou d'abandonner le titre à McMahon dans un épisode de Monday Night RAW le lendemain des Survivor Series, à Ottawa. Après plusieurs désaccords, McMahon, Michaels et Hart arrivèrent à un accord sur une proposition d'un officiel de la WWF de terminer le match sur une disqualification, qui serait le résultat d'une bagarre entre les alliés de Hart, Owen Hart et Davey Boy Smith avec les alliés de Michaels, Triple H, Rick Rude et Chyna, qui allaient intervenir dans le match pour aider Michaels. Hart abandonnerait ensuite le titre le lendemain à RAW ou le perdrait face à Ken Shamrock. Hart obtint aussi de la part de McMahon la permission d'expliquer ses actions et son personnage de heel, tout en faisant l'éloge de McMahon et de la WWF, afin de partir en bons termes avec la fédération et les fans.
Le plan officiel Pat Patterson, du fait de sa proche relation avec Hart, fut tenu à l'écart du screwjob. C'est ainsi que Hart et Michaels le rencontrèrent pour discuter de la préparation du match selon le plan accepté par Hart. Le match allait se dérouler de cette manière : Michaels porterait le Sharpshooter, alors que l'arbitre serait inconscient. Hart attraperait le pied de Michaels et renverserait la prise, le plaçant à son tour dans le sharpshooter. Michaels abandonnerait, mais l'arbitre toujours inconscient serait incapable de valider cette issue. Hart lâcherait la prise et irait tenter de réveiller l'arbitre, ce qui permettrait à Michaels de porter sa prise de finition sur Hart, le Sweet Chin Music, et de réaliser le tombé. Un second arbitre arriverait alors en courant avec Owen Hart et Davey Boy Smith derrière lui. Ce nouvel arbitre commencerait à faire le compte, mais Hart et Smith le stopperaient. L'arbitre de départ se réveillerait et ferait à son tour le décompte, mais Hart se dégagerait. S'en suivrait cinq minutes de bagarre qui donneraient une disqualification.
Préparation et exécution Le mercredi précédant les Survivor Series (qui se déroulent le dimanche), McMahon eut un rendez-vous avec Michaels, Triple H et un cercle fermé de conseillers dans un hôtel à Montréal. Ils y préparèrent le screwjob. Le nombre de personnes au courant de l'imminent screwjob reste indéterminé, mais Gerald Brisco et Sgt. Slaughter furent impliqués dans le plan. Michaels suggéra plus tard à McMahon que le screwjob soit exécuté quand il porterait Hart dans le sharpshooter, avec l'arbitre qui se réveillerait et ferait sonner la cloche, comme si Hart avait abandonné sur la prise. Selon le récit de Michaels sur l'évènement dans son autobiographie sortie en 2005, Heartbreak and Triumph: The Shawn Michaels Story, l'arbitre du match Earl Hebner n'a été informé (par Michaels) du plan que le dimanche soir, au moment où le Survivor Series était sur le point de débuter.
La tension et l'excitation étaient à son comble alors que les catcheurs et les officiels étaient rassemblés pour le Survivor Series. Hart n'était pas confiant sur l'issue du match et fut averti de l'éventualité d'un screwjob par son demi-frère et membre de la Hart Foundation, Jim Neidhart, ainsi que par Leon White, qui avait vécu une situation semblable dans sa carrière. Neidhart et White prévinrent Hart de rester sur ses gardes, de se dégager rapidement des tombés pour éviter un décompte trop rapide, et de ne pas se laisser placer dans une prise de soumission. Dans son documentaire de 1998, Hitman Hart: Wrestling with Shadows, Hart expliqua que ses craintes étaient modérées, car l'arbitre Earl Hebner était un de ses proches amis et qu'il lui faisait complètement confiance. Interrogé par Hart, Hebner a juré sur son fils qu'il ne tromperait jamais Hart et qu'il préférait plutôt quitter son poste que de participer à un screwjob.