Louis Jouvet est un comédien, metteur en scène et directeur de théâtre français, professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, né le à Crozon (Finistère) et mort le dans le .

Par son activité d'acteur, de metteur en scène et d'enseignant, ainsi que par ses écrits, Louis Jouvet a contribué à la formation de générations d'acteurs en France et à l'étranger, y compris parmi ceux qui ont fondé l'Actors Studio.. Il est considéré comme l'un des acteurs français majeurs du ..

Biographie Origines familiales et formation Jules Eugène Louis Jouvet naît à Crozon le à du matin, de Louis Léon Jouvet (1852-1902), Il s'agit de l'âge déclaré sur l'acte de naissance par le père en mairie de Crozon, qui semble donc légèrement incohérent (un an d'écart) avec l'âge qu'on peut calculer avec l'année de naissance mentionnée ci-contre entre parenthèses., conducteur de travaux, et d'Eugénie Victoire Séjournet (1859-1937), , son épouse, sans profession. En 1887, son père, Louis Léon Jouvet, se trouve dans le Finistère dans le cadre de la construction du fort de LandaoudecCe fort est aujourd'hui abandonné : voir , à Crozon, bourg côtier de l'océan Atlantique qui compte alors environ .

Devenue veuve en 1902, lorsque le jeune Louis Jouvet est âgé de , la mère part avec ses enfants s'installer à Rethel, dans les Ardennes, où vivent ses deux frères, Gustave, pharmacien à Rethel, et Jules, médecin à Revin.

Louis poursuit sa scolarité à Rethel dans un établissement catholique : le collège Notre-Dame. En 1905, il a dix-huit ans, c'est l'année du bac réussi brillamment et la découverte du théâtre. L'examen en poche, il doit céder à la pression familiale, devenir pharmacien. À Rethel, dans l'officine de l'oncle Gustave c'est l'époque de son premier stage; il confessera plus tard s'y être beaucoup ennuyé.

Il entretient une correspondance passionnée avec une certaine Aline Bordas qui vit à Saint-Etienne. On découvre dans ces lettres de jeunesse un Louis entreprenant, amoureux, impatient face à cette vie qui commence qu'il voudrait formidable et consacrée au théâtre.

Influencé par sa famille, Louis entame des études de pharmacie, , à Paris. Il travaille quelque temps dans la prestigieuse pharmacie du 45, rue du Faubourg-Saint-Denis.

Mais il consacre la plus grande partie de son temps libre au théâtre : d'abord dans la troupe de Léon Noël ; puis celle du théâtre d'Action d'art de 1908 à 1910 (il part avec elle en province jouer devant ) ; celle du théâtre des Arts ; enfin à l'Odéon et au Châtelet.

En parallèle, il se présente au concours d'entrée du Conservatoire d'art dramatique de Paris, où il échoue à trois reprises.

De la faculté au Vieux-Colombier En 1912, son diplôme de pharmacien obtenu, il court les cachets et fait ainsi une courte apparition dans un film, Shylock (1913), aux côtés de Harry Baur.

En 1913, il est engagé avec son ami Charles Dullin par Jacques Copeau, alors directeur du théâtre du Vieux-Colombier. C'est un véritable tournant dans sa carrière : il y est régisseur, décorateur, assistant et enfin comédien.

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate, Louis Jouvet est engagé volontaire. Il est ambulancier, puis pharmacien auxiliaire. Démobilisé en 1917, il retrouve la troupe du Vieux-Colombier.

En , la troupe du Vieux-Colombier s'installe pour deux saisons au Garrick Theatre de New York. Le succès obtenu n'est pas à la hauteur des attentes ; les relations entre Jouvet et Copeau se dégradent.

En 1920, c'est le retour à Paris : le Vieux-Colombier rouvre ses portes.

Entre-deux-guerres En 1922, Jouvet rompt avec Jacques Copeau. Engagé par Jacques Hébertot, qui dirige alors le théâtre des Champs-Élysées et la Comédie des Champs-Élysées, en qualité de directeur technique de ces deux salles, il participe à la scénographie du troisième théâtre, le Studio des Champs-Élysées, et se voit confier des mises en scène, en alternance avec Georges Pitoëff. L'année suivante, en , il remporte son premier grand succès avec Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains, qu'il joue fois.

À la fin de 1924, plusieurs comédiens venus du théâtre du Vieux-Colombier le rejoignent. Jacques Hébertot s'éloigne. Louis Jouvet devient directeur de la Comédie des Champs-Élysées, où il demeure jusqu'en 1934.

En 1928, il rencontre Jean Giraudoux, dont il crée plusieurs pièces. Pendant deux années il dirige le théâtre Pigalle où il présente avec succès Donogoo Tonka de Jules Romains le , puis en 1931 Judith de Jean Giraudoux. À partir de 1934, il dirige le théâtre de l'Athénée, où il donne la première de La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935) et celle dOndine (1939).

Gaston Baty, Charles Dullin, Georges Pitoëff et Jouvet fondent le une association d'entraide, le « Cartel des Quatre », qui dure jusqu'en 1940. Leur objectif est de faire en sorte que le théâtre crée une poésie qui lui soit propre, et de jouer des auteurs contemporains.

Entre-temps, Jouvet a commencé parallèlement à ses activités théâtrales une carrière au cinéma avec Topaze de Louis Gasnier en 1933, et la même année, triomphe déjà avec Knock, qu'il coréalise lui-même. Il y poursuit une carrière brillante jusqu'à sa mort, en en fermant le cycle avec une reprise de Knock signée par Guy Lefranc en 1951.

Il est nommé professeur de déclamation dramatique au Conservatoire de Paris en 1934, succédant à Jules Leitner.

On lui propose la direction de la Comédie-Française, qu'il refuse car il est trop occupé par celle de son propre théâtre. À l'Athénée, il triomphe avec des pièces de Molière et de Giraudoux, et d'autres œuvres du répertoire classique.

Seconde Guerre mondiale Pendant la Seconde Guerre mondiale, à la suite de l'occupation allemande, Louis Jouvet et la troupe du théâtre de l'Athénée effectuent en 1941 une première tournée en Suisse, puis il revient se produire en France en Zone libre, avant de revenir en Suisse pour une seconde tournée. Ensuite, toujours avec la troupe du théâtre de l'Athénée, il parcourt l'Amérique latine entre 1941 et 1945La construction d'une mémoire au lendemain de la guerre : Louis Jouvet et le théâtre de l'Athénée en Amérique latine 1941-1945, Denis Rolland, (1995), Persée. De ses séjours en Suisse, du au , Louis Jouvet déclare dans son livre de souvenirs : . Louis Jouvet, lors de son séjour, enregistre aussi des pièces du répertoire classique dans les studios de radio-Lausanne. La production, en suisse romande, d'un film inspiré de L'École des femmes de Molière, sous la direction de Max Ophüls, fut même commencée, mais la réalisation, bientôt interrompue, ne fut jamais terminéeLe point du jour, il y a 35 ans, le retour de Louis Jouvet, Nouvelle Revue de Lausanne (page 11), 11 janvier 1980. Archive de la Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne). En Amérique latine, il se produit à Buenos Aires (Argentine), où est installé son cousin, l'acteur . Il y représente Ondine, de son ami Jean Giraudoux, pièce qu'il a créée deux ans auparavant à Paris. Il emmène la pièce en tournée à Montevideo, São Paulo et à Rio de Janeiro. Il crée dans cette ville L'Annonce faite à Marie de Paul Claudel en 1942, dans laquelle joue l'actrice belge Madeleine Ozeray (1908-1989), comédienne de sa troupe devenue sa compagne.

À la Libération en 1945, il rentre en France pour diriger La Folle de Chaillot avec Marguerite Moreno (1871-1948) en hommage à Jean Giraudoux, décédé l'année précédente.

À la tête du théâtre de l'Athénée Louis Jouvet reprend la direction du théâtre de l'Athénée, qui devient plus tard le théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet. C'est là qu'il crée La Folle de Chaillot (1945). Le , il reçoit la Légion d'honneur.

Le , c'est lui qui lit la prière de Willette à la messe du mercredi des Cendres, célébrée en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois en présence du nonce apostolique Angelo Giuseppe Roncalli (le futur pape Jean XXIII), du cardinal Maurice Feltin, et d'une foule d'artistes. Cette messe et sa prière s'adressent à ceux qui vont mourir dans l'année. Sa disparition six mois plus tard marque les esprits, au point que l'année suivante elle fut dite par trois récitantsPère Propos recueillis par le Père Jacques Benoist pour son encyclopédie Catholicisme, du Père Roland Letteron, aumônier diocésain des artistes et du frère Jean-Marie Guillerm dit Godefroy.

Il aide également les nouvelles figures du théâtre et de la décentralisation théâtrale, Maurice Sarrazin, André Barsacq, Jean-Louis Barrault et Jean Vilar notamment, et met en scène, au théâtre Antoine à Paris, Le Diable et le Bon Dieu, pièce écrite par Jean-Paul Sartre en 1951. Le soir de la première il est à Toulouse, où il prodigue ses conseils au jeune directeur du nouveau Centre dramatique, Sarrazin.

Vie privée Louis Jouvet se marie le avec Else Collin (1886-1967), avec laquelle il a trois enfants : Anne-Marie (1914-1998), Jean-Paul (1917-1978) et Lisa Jouvet (1924-2004).

Il est ensuite le compagnon de la comédienne Madeleine Ozeray.

Puis, dans les années 1940 et jusqu'à sa mort, il a une longue liaison avec la comédienne Monique Mélinand.

Mort Malade du cœur, Louis Jouvet est pris d'une syncope le mardi alors qu'il dirige une répétition de la pièce La Puissance et la Gloire, d'après Graham Greene, (adaptation de Pierre Bost) qui devait être jouée en automne. Intransportable au vu de la gravité de son état, il est étendu sur son divan. Cinq médecins restent à son chevet toute la journée de mercredi. Aux troubles pulmonaires intervenus dans la nuit vinrent s'ajouter des complications cérébrales. Un neurochirurgien est appelé, mais on doit se contenter de faire des piqûres de morphine en espérant une amélioration qui permettrait son transport à l'hôpital. Le lendemain il se trouve dans le coma avec une température de 40,5 degrés, selon le professeur Mouquin. Il meurt à 20h15 le sans avoir repris connaissanceMort de Louis Jouvet, Feuille d'avis de Lausanne (page 8), 17 août 1951. Archive bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne), dans la pièce qui lui sert de bureau, dans son théâtre, au 24, rue de CaumartinLe 24, rue de Caumartin est l'adresse d'une entrée secondaire qui se trouve à l'arrière du théâtre de l'Athénée (dont l'entrée principale se trouve sur le square désormais appelé square de l'Opéra-Louis-Jouvet). L'adresse rue de Caumartin est celle à laquelle a été enregistré l'acte de décès par la mairie du arrondissement, ceci décrivant probablement la méthode d'accès des personnes ou services venus rechercher le corps du directeur du théâtre..

thumb|redresse|Tombe de Louis Jouvet, de son épouse et de ses trois enfants au cimetière de Montmartre (division 14). Les obsèques ont lieu le à l'église Saint-Sulpice à Paris. Selon son vœu, l'office a été très simple et identique à celui de Christian Bérard, célébré dans la même église deux ans plus tôt. Le cercueil de Louis Jouvet a passé la nuit précédente dans une crypte de l'église, posé sur un catafalque. La messe a été dite par le R.P. Laval, aumônier de l'Union catholique des artistes, qui devait être le conseiller de Jouvet pour la mise en scène de la La Puissance et la Gloire. Le gouvernement de la République s'est fait représenter par Georges Bidault, vice-président du Conseil, et André Marie, ministre de l'Éducation nationale. À l'issue de la cérémonie religieuse, André Cornu, secrétaire d'État aux Beaux-arts, et Jean-Louis Barrault, ont prononcé un discours sur le parvis de l'égliseLes obsèques de Louis Jouvet, Feuille d'avis de Lausanne (page 4), 22 août 1951. Archive bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne). Ce dernier déclare notamment : Louis Jouvet 1951 – L'adieu à Louis Jouvet (L'Écran Français), Site hommage, Marcel Carné. Une nombreuse foule est présente devant l'égliseEnterrement Jouvet et "Folle de Chaillot", INA, 23.08.1951.

Il est enterré au cimetière de Montmartre (division 14) à Paris. Il y est rejoint par son épouse Else Collin, ses deux filles, son fils, ainsi que sa bru.

Jouvet et le cinéma