Salò ou les 120 Journées de Sodome () est un film italien réalisé par Pier Paolo Pasolini en 1975. Prévu comme le premier épisode de sa Trilogie de la mort, il s'agit du dernier film du cinéaste, assassiné moins de deux mois avant sa sortie en salles à Rome. Il n'a d'ailleurs pas eu le temps d'en finir le montage, d'où une dernière partie écourtée (à la suite d'une disparition ou d'un vol de bobines).
C'est une libre adaptation, transposée au , de l’œuvre du marquis de Sade (1740-1814), Les Cent Vingt Journées de Sodome, dont l’action se passait, elle, à la fin du règne de (mort en 1715).
Synopsis L'action commence à Salò, ville près du lac de Garde où, en , les nazis installèrent Benito Mussolini, qu'ils venaient de libérer. Quatre notables riches et d'âge mûr, fascistes et libertins, y rédigent leur projet macabre. Elle se poursuit par la capture de neuf jeunes garçons et neuf jeunes filles dans la campagne et quelques villages alentour.
Les quatre notables, le Duc, l’Évêque, le Juge et le Président, entourés de divers servants armés et de quatre prostituées, ainsi que de leurs femmes respectives (chacun ayant épousé la fille d'un autre au début du film), s'isolent dans un palais des environs de Marzabotto, dans la république de Salò.
Divisé en quatre sections, comme dans l'œuvre du marquis de Sade, qui prennent le nom de cercles infernaux, comme dans l'œuvre de Dante Alighieri, le film met en scène les adolescents (garçons et filles) choisis par ces notables devant endurer cent vingt jours de manipulation, maltraitance, torture, domination sexuelle et mentale. Antinferno (le « Vestibule de l'enfer ») : dans cette première partie du film, le réalisateur plante le décor ; il s'agit du moment où les notables choisissent leurs victimes et les emmènent dans le palais où se dérouleront les cent vingt jours de détention. Les règles sont simples : désormais les adolescents choisis n'ont plus de vie, ils ne sont ici que pour le plaisir des notables et ne doivent espérer rien d'aimable ou de compatissant de leur part. Tout adolescent ne respectant pas les règles se verra sévèrement réprimandé. Girone delle manie (le « Cercle des passions »). Deuxième partie du film où ont lieu diverses scènes de viol et de domination sexuelle sur les adolescents. Girone della merda (le « Cercle de la merde »). Troisième partie du film où les matières fécales sont désormais l'objet d'attirance et de désir. Les victimes doivent notamment s'asseoir dans un baquet d'excréments, manger ceux du Duc ou encore des plats fécaux au cours d'un grand banquet aménagé pour l'occasion. Girone del sangue (le « Cercle du sang »). Dernière partie du film. Les quatre notables découvrent que certaines de leurs victimes agissent secrètement et détournent les règles. Tout au long du film, les notables ont rédigé le nom de ceux qui désobéissaient. L'heure est venue d'appliquer leur châtiment. Des adolescents rebelles sont tués par balle, et d'autres sont violemment torturés à la vue de tous. Cette partie du film est l'occasion de diverses tortures et mutilations (langue coupée, yeux énucléés, scalpations, marquages au fer et au briquet de tétons et de sexes).
L'ensemble du film est montré crûment dans une mise en scène qui reprend le cérémonial sadien.
Fiche technique Titre français : Salò ou les cent-vingt journées de Sodome Titre original : Réalisation et scénario : Pier Paolo Pasolini, sur une idée de Sergio Citti et Pupi Avati Inspiré par Les Cent Vingt Journées de Sodome du marquis de Sade ainsi que par la Divine Comédie de Dante Producteurs : Alberto De Stefanis, Antonio Girasante, Alberto Grimaldi Photographie : Tonino Delli Colli Décorateur : Osvaldo Desideri Costumes : Danilo Donati Montage : Nino Baragli Musique originale : Ennio Morricone Musique additionnelle : Voir section Musiques BibliographieFigure au générique de début. Source : IMDB. Roland Barthes : Sade, Fourier, Loyola Maurice Blanchot : Lautréamont et Sade Simone de Beauvoir : Faut-il brûler Sade ? Pierre Klossowski : Sade mon prochain - Le Philosophe scélérat Philippe Sollers : L'Écriture et l'expérience des limites Pays : Genre : Film dramatique Durée : 117 minutes Dates de tournage : du au Date de sortie : France : (Festival du Film de Paris) ; (sortie nationale) Italie : Classification : Italie : Interdit aux moins de . France : Interdit aux moins de lors de sa sortie en salles, puis automatiquement ramené à en 1990 après la réforme des seuils d'interdiction Québec : Classé et plus (violence, érotisme) par la Régie du cinéma. Royaume-Uni: Interdit aux moins de depuis 2000 Affiche : Jouineau Bourduge (France)
Distribution Les notables : Paolo Bonacelli (VF : René Arrieu) : le Duc (Duca)Le « duc de Blangis » du roman. (doublé par Giorgio Caproni ; VF : Alain Mottet) : Monseigneur (Monsignore)L’évêque, frère du duc. (VF : Michel Piccoli) : Son Excellence (Eccellenza) le jugeLe « président de Curval » du roman. (doublé par Marco Bellocchio ; VF : Michel Delahaye) : le Président (Presidente)Le financier « Durcet » du roman. Caterina Boratto (VF : Anouck Ferjac) : Madame Castelli Hélène Surgère (doublée par Laura Betti ; VF : Hélène Surgère) : Madame Vaccari Sonia Saviange : la pianiste Elsa De Giorgi (VF : Micheline Boudet) : Madame Maggi Ines Pellegrini : la jeune servante noire
L'actrice incarnant la première victime parmi les neuf filles (qui implore madame Castelli de l'aider à s'échapper au début du film, qui tente de se défenestrer durant le premier récit de madame Vaccari et qui finit égorgée dans l'autel religieux) n'est pas créditée au générique ; son prénom n'est pas mentionné au cours du film.
Musiques
Aucun crédit ne figure au générique.
Prélude en do mineur et Prélude en mi mineur de Frédéric Chopin, interprétée par (piano) Carmina Burana (III. Veris Laeta Facies) de Carl Orff, dirigé par Rafael Frühbeck de Burgos Son tanto triste, écrit par Franco Ansaldo et Alfredo Bracchi, dirigé par Ennio Morricone Pastorale in fa majeur, BWV 590, de Jean-Sébastien Bach, interprétée par Arnaldo Graziosi (piano) Inno a Roma de Giacomo Puccini, interprétée par Arnaldo Graziosi (piano) Stelutis Alpinis (Canto del Friuli) d'Armando Zardini, interprété par Coro Rosalpina Sul ponte di Perati, bandiera nera (chant militaire)
Doublage et langues du film Les actrices françaises Hélène Surgère et Sonia Saviange ont été choisies par Pier Paolo Pasolini parce qu'il les avait remarquées dans le film Femmes Femmes (1974) de Paul Vecchiali : ces deux actrices reprennent (toujours en français) le sketch « Femmes femmes » dans Salò ou les 120 journées de Sodome, sketch qu’elles interprétaient déjà dans le film homonyme. Hormis ce sketch, le rôle de Sonia Saviange est muet.
La version originale parlant italien et sous-titrée en français (VOSTF) est la seule qui soit sortie sur grand écran en France. Conformément aux habitudes de production italiennesPar exemple, dans le film La Nuit américaine (film français réalisé par François Truffaut, sorti en 1973), un réalisateur français est aux prises avec une actrice italienne incapable ou peu s’en faut de dire le moindre texte., certains rôles sont doublés dans cette version originale parlant italien. Une version « officielle » parlant français et due à Jean-Claude Biette a été éditée par la suite en DVD. Biette a précisé dans le générique de cette version « officielle » :
Dans la quatrième partie, on entend à la radio une œuvre d’Ezra Pound (1885-1972), poète américain qui trahit son pays au profit de Mussolini.
Commentaire Le film est inspiré de l'œuvre du marquis de Sade (1740-1814) Les Cent Vingt Journées de Sodome et des événements qui se sont déroulés dans la ville de Salò, au nord de l'Italie, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque Mussolini y est installé par les nazis et y fonde une république fasciste fantoche, la République sociale italienne.
C'est le film le plus sombre et le plus désespéré de Pasolini. Il est minutieusement construit comme une descente progressive à travers différents cercles de la perversité, à l'image de l'œuvre de Sade. Selon Jean-Luc Douin, dans Le Monde, après avoir réalisé une série de films exaltant la sexualité dans l’allégresse (Trilogie de la vie), Pasolini considère la libération sexuelle comme une tromperieJean-Luc Douin, « L’Enfer selon Pasolini », Le Monde, 9 mai 2009, présentation du DVD.. Il s’élève contre la société de consommation et le capitalisme, qui asservissent la sexualité, qui devrait être libératrice, et expose les vies privées. Il dénonce dans son film, une nouvelle fois, les horreurs de la société bourgeoise : la sexualité, auparavant vue comme une grâce pour l’humanité, devient une marchandise à consommer, sans égard pour la dignité humaine. Les dernières scènes, particulièrement difficiles à soutenir, sont vues à travers des jumelles, afin d’installer une distance.
Accueil Le film fait scandale lors de sa sortie. Plus de après sa sortie, le film est considéré comme l'un des plus scandaleux et des plus violents jamais réalisés. La sévérité de ses images et leur réalisme cru ont contribué à établir l'aura du film, à lui conférer son caractère mythique, et le considèrent comme un véritable classique du cinéma mondial.
Interdictions Il est interdit ou censuré dans de nombreux pays pendant plusieurs années, y compris en Italie.
En , sa projection est interdite à Zurich, en Suisse, à la suite de plaintes (la polémique éclate après que le journal gratuit 20 Minuten a stigmatisé la programmation de Salò dans une église de Zurich dans le cadre d'une rétrospective consacrée au cinéaste italien ; le film devait être projeté dans le temple protestant en raison des travaux de rénovation du cinéma Xenix). Finalement, quelques jours plus tard, la censure est levée sous la pression des défenseurs de la liberté d'expression.
Au Royaume-Uni, la British Board of Film Classification jugea en 1976 que ce film était susceptible de violer les lois sur l'outrage aux bonnes mœurs, qui à l'époque n'admettaient aucune défense artistique à l'inverse de Obscene Publications Act 1959, que toute coupe amoindrirait les horreurs et donc le message et que par conséquent il ne pouvait pas donner de visa d'exploitation, notant cependant que des projections en clubs pouvaient être organisées. L'évolution des lois et des mœurs fit que ce film fut autorisé en projection publique pour les majeurs.