Gaspard Monge, comte de Péluse, né le à Beaune registre paroissial de Beaune 1745-1746, FRAD021_057_MI05R027, vue /281. et mort le à Paris (ancien )Fiche /51, État civil reconstitué de Paris, Archives de Paris., est un mathématicien et homme politique français.
Son œuvre considérableFonds Monge numérisé de l'École polytechnique. Son ouvrage principal, Géométrie descriptive (1799), contient la méthode de représentation plane d'une figure de l'espace, dite méthode de Monge (par opposition à la méthode des plans cotés), par utilisation des projections orthogonales de la figure donnée sur deux plans perpendiculaires (plan horizontal et plan frontal de projection) constituant l'épure. mêle géométrie descriptive, analyse infinitésimale et géométrie analytique.
Il concourt avec Berthollet, Chaptal et Laplace à la création de l'École d'arts et métiers. Il est, avec Jacques-Élie Lamblardie et Lazare Carnot, un des fondateurs de l'École polytechnique. Il est également membre de la commission des sciences et des arts lors de la campagne d'Italie (1796-1797), et chargé de mission dans l'expédition d'Égypte (1798–1799).
Biographie Enfance Baptisé le jour de sa naissance, Gaspard Monge est le fils de Jacques Monge (1718-1775), marchand forain haut-savoyard qui devint bâtonnier de la confrérie des merciers de Beaune, et de Jeanne Rousseaux (1726-1781).
Formation Monge étudie au collège des oratoriens de Beaune avec ses deux frères : Louis, qui participe brièvement (du au ) à l'expédition de La Pérouse, et JeanJean Monge (1751–1813), est professeur de mathématique, consul de France à La Corogne (1792-1795), professeur de navigation à Nantes (1798) et d'hydrographie à Anvers (1799–1810).. Il y reçoit de la part des religieux une éducation libérale, puisqu'en plus des humanités, il est instruit en histoire, sciences naturelles et mathématiques. Il montre dès lors les premiers signes de son excellence, au point que le directeur le qualifie de « puer aureus » (enfant d'or). À l'âge de quatorze ans, il construit une pompe à incendie, dont les effets suscitent l'admirationPairault 2000.. De 1762 à 1764, il part terminer ses études au collège de la Trinité de Lyon, où il donne aussi un cours de sciences physiques.Louis de Launay : « Bientôt, ils lui confient, malgré sa jeunesse, une chaire de physique qu'il occupe jusqu'à l'été de 1764. », in Un grand Français, Monge, fondateur de l'École polytechnique, éditions Pierre Roger, 1933..
Revenu à Beaune, Monge dessine un plan de la ville qui lui vaut d'être remarqué par le lieutenant-colonel du Vignau de l'École royale du génie de Mézières où il est bientôt engagé comme dessinateur en 1765. Il y fait la connaissance de Charles Bossut, le professeur de mathématiques de l'École, avec qui il peut discuter de ses idées sur la géométrie. Cependant il ne peut pas devenir officier du génie puisqu'il n'est pas de famille noble. Un an après son arrivée, on lui confie la réalisation de plans de fortifications. En 1766, Bossut le choisit comme répétiteur de mathématiques, chargé de suppléer ses cours. Monge fait entrer la géométrie descriptive dans l'enseignement de l'école. C'est dans le cadre de l'École royale du génie qu'il devient membre de la franc-maçonnerie., initié à la loge L’union parfaite du corps royal du génie de cette école militaire...
Grands débuts du scientifique À travers la correspondance que Monge entretient avec diverses personnalités liées aux mathématiques , on voit qu'il approfondit sa connaissance de la géométrie analytique et de la géométrie différentielle dès 1768, année d'élection de Bossut à l'Académie des sciences. C'est à cette époque qu'il prend connaissance de l'œuvre du Suisse Leonhard Euler et du Français d'origine turinoise Joseph-Louis Lagrange. Il cherche alors à étendre à l'espace le calcul des variations que ces mathématiciens avaient développé pour le plan.
L'année suivante, Monge entre en contact avec d'Alembert et surtout Condorcet. À l'invitation de d'Alembert, de Bossut et de Vandermonde, entre 1771 et 1772, il rédige six mémoires. Il en présente la plupart à l'Académie des sciences de Paris et à celle de Turin. À cette époque, il établit les principes qui vont guider ses recherches sur la géométrie différentielle, sur plusieurs types de surfaces dans l'espace, sur des équations différentielles et sur le calcul intégral. À partir de 1771, il devient aussi professeur de physique à l'École de Mézières. Il y développe son intérêt pour d'autres domaines de la science, tels que la géologie, la météorologie et la chimie. En , il devient le correspondant de l'Académie des sciences de Paris, grâce aux rapports favorables de d'Alembert, Bossut et Vandermonde..
Au printemps de 1774, Gaspard Monge rencontre un puissant protecteur, le marquis de Castries. Il commence à nouer une très longue amitié avec le fils du concierge de ce dernier, Jean-Nicolas Pache.
Le , Monge est élu membre de l'Académie des sciences de Paris, en tant que géomètre-adjoint, en remplacement de Vandermonde. Cette nomination l'oblige à résider à Paris au moins cinq mois par an pour pouvoir assister aux sessions. L'abbé Bossut fait en sorte que Monge puisse conserver son poste d'enseignant à l'École royale du Génie de Mézières. Pendant ses mois d'absence, il sera remplacé par son frère Louis, mathématicien. D'autre part, Bossut lui demande de l'assister dans ses cours d'hydrodynamique qu'il donne à l'Académie des sciences, au Louvre.
Il y fait la connaissance de Berthollet, qui deviendra son meilleur ami et qui lui est lié par des liens familiaux (leurs deux épouses sont cousines), et avec lequel ils partageront les aventures révolutionnaires et napoléoniennes.
En , le maréchal de Castries, ministre de la Marine, choisit Gaspard Monge comme examinateur des gardes-marine, pour remplacer Étienne Bézout décédé. Cette nomination représente un tournant considérable dans sa vie professionnelle. Il doit renoncer à une nomination très probable à la chaire d'hydrodynamique à l'Académie des sciences et, de plus, abandonner définitivement l'École de Mézières. Il gardera cette charge d'examinateur des gardes-marine jusqu'au début de la révolution de 1789, mais n'abandonne pas ses activités scientifiques. Pendant plusieurs années, il alterne les voyages d'inspection dans les différents ports du pays hébergeant des écoles de la Marine, avec la rédaction de ses mémoires en mathématiques, physique et chimie.
Chaque année, à date fixe, Monge part organiser les examens à Alès et Vannes, plus tard à Brest, Rochefort et Toulon. Pour Monge, la façon dont se déroulent les examens n'est pas indifférente : ce n'est pas tant la masse de données mémorisées qui l'intéresse, que le raisonnement des élèves et leur capacité à appliquer ce qu'ils ont appris. Ce nouvel esprit se reflète dans son système d'évaluation, qui prend en compte divers aspects du candidat avant de conclure. Il note avant tout la façon dont le candidat a répondu aux différentes parties de l'examen . Puis il évalue aussi bien son intelligence que son caractère. Enfin, il préserve la plus grande équité entre les candidats et se montre totalement insensible aux lettres de recommandation. Cette mission, aussi bien à Paris que dans les différents ports, lui permet d'entrer en contact avec une administration qu'il ne va pas tarder à avoir sous ses ordres en tant que ministre de la Marine. Au cours de ses voyages il visite les mines, les fonderies et tous les arsenaux les plus importants. Il approfondit sa connaissance des questions techniques qui se révéleront cruciales au moment de la Révolution française..
En 1784, le maréchal de Castries lui demande de réécrire le cours élémentaire de mathématiques de Bézout considéré comme obsolète. À l'été 1786, Monge écrit un traité de statique qui doit former le premier volume d'un cours complet de mathématiques. Après avoir présenté le traité à l'Académie des sciences début 1787, il l'envoie au ministre en s'engageant à écrire le cours complet. Le Traité élémentaire de statique est publié en 1788, mais les autres traités restent à éditer. Cet ouvrage exerce une grande influence et est traduit en différentes langues, dont l'allemand, l'anglais et le russe..
Mariage et descendance Pendant la période où il exerce comme professeur à Mézières et correspondant de l'Académie des sciences de Paris, Monge s'éprend d'une femme de trente ans, Marie-Catherine Huart, veuve de Jacques Horbon, lui-même propriétaire d'une fonderie à Couvin. Il l'épouse le et le couple réside à Rocroi. Ils auront trois filles : Jeanne-Charlotte-Émilie (1778–1867), née à Rocroi, qui épouse le conventionnel Nicolas-Joseph Marey, dont sept enfants, notamment le général Guillaume Stanislas Marey-Monge ; Louise-Françoise (1779–1874), née à Mézières, qui épouse Joseph Eschassériaux, baron de l'Empire, dont deux enfants, Lucile (1798–1874) et Camille (1800–1834) ; Adélaïde (1780–1783), née à Mézières. Son mariage avec Catherine Huart, qui appartient à une famille bourgeoise des Ardennes, l'introduit dans un nouveau milieu. Il devient propriétaire d'une fonderie et s'intéresse dès lors à tout ce qui concerne la sidérurgie et la métallurgie. Son réseau de proches et d'amis s'étend, ce qui favorise sa rapide ascension sociale..
Monge et la Révolution : l'organisateur vignette|Gaspard Monge (musée François Rude de Dijon). La Révolution française, qu'il soutient dès 1789, change complètement le cours de sa vie, alors qu'il est un des scientifiques les plus importants de France. Vraisemblablement vers le mois de , il adhère, comme beaucoup de ses collègues académiciens, à un premier club modéré, la société patriotique de 1789, située au Palais-Royal. Puis il entre à la Société patriotique de la section du Luxembourg avec ses amis Jean-Nicolas Pache, Alexandre-Théophile Vandermonde, Jean-Baptiste Marie Meusnier et Jean-Henri Hassenfratz. Il devient finalement membre du Club des jacobins.
Pourtant, la Révolution ne l'empêche pas d'exercer ses fonctions d'examinateur ni de siéger à l'Académie des sciences, qui reçoit très vite la mission d'établir les bases d'un système de mesures unifié sur une base décimale. En , Monge est nommé ministre de la Marine, en tant que scientifique reconnu, partisan de la cause populaire et examinateur des gardes-marine. Après le début des activités de la Convention le , il conserve son poste de ministre de la Marine dans la Première République naissante. Une de ses premières décisions est de limiter ses privilèges de ministre et de partager sa résidence de fonction de la rue Royale avec des officiers de marine. La Marine française est complètement désorganisée en raison de la fuite de nombreux cadres, l'insubordination dans les arsenaux et la difficulté de recrutement. Il doit aussi freiner la vague de démissions que beaucoup de fonctionnaires lui présentent et ne peut éviter le départ de nombreux officiers. En , il fait face, en tant que ministre de la Marine, à la déclaration de guerre à l'Angleterre. Le , il démissionne de son poste de ministre de la Marine, dépassé par les querelles politiques, et retourne à l'Académie des sciences, mais celle-ci est dissoute par la Convention en août de la même année. Il est l'un des promoteurs du calendrier révolutionnaire, avec Fabre d'Églantine..