Les Béothuks (, parfois orthographié Béothucks) étaient les habitants autochtones de l’actuelle région de Terre-Neuve au Canada lors de la colonisation européenne au . Le peuple est officiellement déclaré éteint en tant que groupe ethnique distinct en 1829 avec le décès de Shanawdithit, la dernière survivante répertoriée.
Ethnonymie Béothuk était le nom utilisé par ce peuple autochtone en référence à lui-même. Dans leur langue, le mot Béothuk signifiait «le peuple» ou encore «le vrai peuple», montrant ainsi comment ils se définissaient au sein de leur territoireTuck, J. A., Gallant, D. J., & Filice, M. (2025, septembre 12). Beothuk. The Canadian Encyclopedia. https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/beothuks . Béothuk correspond non seulement à « Amérindien rouge de Terre-Neuve » mais est également l'expression générique du mot « Amérindien » et du mot composé haddabothic, qui signifie corps, Homme ou encore ventre. Comme beaucoup d'autres peuples se désignant par le terme Homme, les Béothuks ont fait de même. L'ethnologue Robert Gordon Latham croyait que Béothuk signifiait « bonne nuit » dans leur langue tribale, s'identifiant par « les Amérindiens Bonne Nuit », puisque le vocabulaire de Demasduit utilisait béothuk pour « bonne nuit ». Les Béothuks utilisaient d'autres formes de salutation comme le mot betheoate, une forme du verbe baetha signifiant « s'en aller chez soi » et ainsi le sens du mot Béothuk devrait être l'expression « je m'en vais chez moi » (être humain).
La forme orthographique et la prononciation du nom varient : Béthuks, Béothuks, Béothuc, Béothucks, Béothiks, Béothicks, Bœothukcs, Bœothicks, Bœthicks, Béhathooks et Béathooks. Les linguistes soutiennent l'usage de Béothuk mais la forme Béothuck est toujours populaire et était proposée par des auteurs comme James P. Howley.
Le nom Béothuk apparaît dans la littérature vers la fin du . Avant cette période, les explorateurs, les pêcheurs et les colonisateurs surnomment le peuple Indiens Rouges ou les Peaux-Rouges (Red Indians en anglais) en raison de l'important usage de l'ocre rouge. L'expression Peaux-Rouges a été employée plus tard en référence aux Amérindiens en général.
Territoire Avant que des hommes occupent en permanence Terre-Neuve, il a fallu que la calotte glaciaire disparaisse et que le dégel du pergélisol permette l'installation de la forêt. La plupart des groupes passaient les mois d'été près du rivage afin de collecter du poisson, des mammifères marins, des oiseaux de mer, etc. À l'intérieur des terres, ils chassaient le caribou et des animaux à fourrure pendant l'automne et l'hiver (Cf. fragments d'arcs, outils de pierre puis de fer). Les Béothuks utilisaient aussi l'éventail des ressources végétales (racines, baies et fruits) de l'île au gré de la saison. L'exploitation des ressources, saisonnière tant pour les végétaux que les animaux marins qui migrent, nécessitait des déplacements sur leur territoire. Les sites de campement le long de la rivière montrent l'importance de cette voie de circulation au moyen de canoës.
Les Béothuks, chasseurs-cueilleurs, ont dû constamment s'adapter à leur environnement pour survivre. La relative rareté des mammifères terrestres à Terre-Neuve, à la différence du Labrador, a dû rendre les Béothucks plus vulnérables à l'évolution de leur environnement. De plus, l'orignal, le porc-épic et de nombreuses autres espèces continentales n'étaient pas présentes sur l'île lors de l'installation des premiers peuplements. Le caribou a donc été une part importante du régime alimentaire des Béothuks, qui chassaient également l'ours, le lièvre arctique, le castor, le renard, la martre et la loutre. Le retrait glaciaire Au dernier maximum glaciaire (env. ), Terre-Neuve est totalement couverte par les glaces venues du Labrador et la banquise s'étend jusqu'au Grands Bancs sur l'ensemble de la plate-forme continentale. Il y a , le secteur des Grands Bancs, à l'est de l'île, est libéré des glaces. Vers , le retrait glaciaire libère largement le golfe du Saint-Laurent et quelques petits secteurs côtiers au nord de celui-ci sur Terre-Neuve (baie de Saint-George). Il y a , la majorité de la bordure côtière est accessible sauf sur la péninsule de Saint-John et dans la portion où l'inlandsis rejoint encore le Labrador et l'archipel. Vers , toutes les côtes sont libérées des glaces mais un inlandsis recouvre encore la majeure partie des terres intérieures (voir série de cartes du retrait glaciaireNatural Ressources Canada, Geographic change in the glacial period, 2006 Shaw J., Piper D.J.W., Fader G.B, King E.L., Todd B.J., Batterson M.J., Liverman D.J.E., 2006 - A conceptual model of the deglaciation of Atlantic Canada. Quaternary Science Reviews, 25, 2059-2081).
Ce sont donc les côtes qui ont pu être visitées saisonnièrement par les Amérindiens pendant quelques milliers d’années à la fin de la période glaciaire. Puis la remontée du niveau marin a modifié le trait de côte et des terres précédemment libérées ont disparu. Le retrait des glaces et le dégel du pergélisol ont été cependant trop lents pour que le territoire puisse offrir toutes les ressources naturelles potentielles même encore lorsque les Béothuks connurent leurs premiers contacts avec les Européens.
La présence de la calotte glaciaire a exercé un influence sur le climat local jusqu'à il y a . Les données de l'analyse pollinique, entre autres, montrent une migration des biomes durant l'Holocène de l’ordre de par année. La reconquête de la végétation forestière dans l'ensemble de la région du Golfe du Saint-Laurent a commencé par l'épicéa, le peuplier, le bouleau et le pin entre . La végétation de toundra persistait alors sur les sommets de l'ouest et du sud-ouest de Terre-Neuve. De petites phases de rafraîchissement ont ponctué ce début de l'Holocène et ont modifié la distribution des essences forestièresMacpherson J.B., 1995 - A 6 ka BP reconstruction for the island of Newfoundland from a synthesis of Holocene lake-sediment pollen records. Géographie physique et Quaternaire 49: 163-182Andersona Thane W. , 2007 Cooling in the Gulf of St. Lawrence and estuary region at 9.7 to 7.2 14C ka (11.2–8.0 cal ka): Palynological response to the PBO and 8.2 cal ka cold events, Laurentide Ice Sheet air-mass circulation and enhanced freshwater runoff. Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology 246, 1, 75–100Dyke Arthur S., 2005 - Late Quaternary Vegetation History of Northern North America Based on Pollen, Macrofossil, and Faunal Remains. Géographie physique et Quaternaire, 59, 2-3, 211-262.
La côte Les recherches archéologiques ont montré que les Béothuks ou leurs ancêtres Little Passage ont vécu dans toutes les grandes baies de l'île. Des sites de campement et de sépultures ont été trouvés sur la côte sud à Burgeo, dans les baies de Couteau, d'Hermitage, de Plaisance et d'Espoir. Un petit outillage lithique vient de la péninsule d'Avalon (Passage à Ferryland, South Dildo, Bull Arm dans la baie Trinity). D'autres artefacts ont été trouvés sur les plages du cap Fréhel, Gambo Pond et dans la baie de Bonavista (voir cartes territoriales des campements et sites funérairesDistribution and Size of the Beothuk Population, Leadership and Communal Activities, 2012 (d'après Ingeborg Marshall, A History and Ethnography of the Beothuk. Montreal, McGill-Queen's University Press, 1996)Historica ).
L'intérieur
Histoire Préhistoire La dernière glaciation
Les premiers Homo sapiens modernes seraient arrivés en Amérique du Nord durant la dernière glaciation, la Glaciation wisconsinienne ()Pierre-André Bourque (Université de Laval), Planète Terre (2010) - Les glaces du Pléistocène Pierre-André Bourque (Université de Laval), Planète Terre (2010) - Le retrait des glaces wisconsiniennes, les Grands Lacs, la Mer de Champlain et le fleuve Saint-Laurent . La date de la première arrivée est toujours le sujet de débats. D'une part, la croissance des calottes glaciaires fait baisser le niveau de la mer d'environ , ce qui crée de vastes ponts terrestres, dont celui du détroit de Béring, la Béringie (reliant l'Alaska et Sibérie sur plus de de long) et d'autre part, parce que l'extension de l'inlandsis de l'Alaska était moindre que celle du Canada et qu'un passage était possible entre les deuxGoebel Ted , 2008 - The Late Pleistocene Dispersal of Modern Humans in the Americas. Science 319, 1497 () . De grands mammifères s'y sont aventurés, suivis par les humains.
Le territoire de Terre-Neuve est totalement couvert par l'inlandsis laurentidien à l'époque où les premiers hommes traversent le détroit de Béring. L'inlandsis s'étend jusqu'au sud des grands lacs américains actuels lors du maximum glaciaire ( - ). Le front glaciaire à la fin du Wisconsinien et au début de l'Holocène amorce son retrait il y a une vingtaine de milliers d'années. Un inlandsis couvre encore Terre-Neuve au Tardiglaciaire vers . La fonte de la calotte glaciaire de Terre-Neuve s'achève à l'Holocène.
Occupations holocènes La déglaciation libère progressivement les territoires du nord du Québec, du Labrador et de Terre-Neuve. Entre et AD, le Québec méridional n'enregistre pas de traces d'occupation humaine tandis que la région des Grands lacs correspond à la culture du Paléo-indien (entre et AD). La culture de l'Archaïque puis des groupes de l'Archaïque maritime se répandent dans les provinces maritimes de Nouvelle-Angleterre et au-delà du détroit de Belle Isle.
La colonisation végétale de la toundra gagne les régions côtières dès qu'elles sont libérées des glaces, puis la forêt boréale s'installe. Les chasseurs-cueilleurs investissent rapidement l'espace et s'y adaptent en particulier sur les côtes riches en ressources alimentaires. Au huitième millénaire, les marges orientales du Québec-Labrador sont ainsi peuplées (tandis que l'Arctique ne le sera que vers AD).
Si des sites sont datés entre et AD sur la partie continentale, aucune date aussi ancienne ne correspond aux premiers signes de présence humaine sur l’île de Terre-Neuve. Il apparaît encore difficile de dire si le peuplement de Terre-Neuve s'est fait par la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard ou par la Gaspésie et la Moyenne-Côte-Nord. La plupart des sites de l'Archaïque maritime datent de à AD et se répartissent dans la région côtière du Labrador, de Belle-Isle et de l'ouest de Terre-NeuveDuhaime Gérard (dir.) 2001- Atlas historique du Québec. Les presses de l'université de Laval.
Dans le sud du Labrador, les petits tumulus funéraires de l'Archaïque maritime sont les plus anciens d'Amérique (Cf. L'Anse Amour daté de 7530 ± 140 BP). La centaine de sépultures de Port-au-Choix à Terre-Neuve a livré des éléments d'une remarquable culture (objets décorés et sculptés en pierre, coquillages et bois), indiquant une société prospère et hiérarchisée. La culture des pêcheurs et chasseurs d’animaux marins montre également un usage abondant de l’ocre rouge.
Cette civilisation se serait éteinte il y a , probablement à la suite de la submersion du plateau continental.
Vers -850, arrivent les paléo-inuits qui occupent l’île durant environ . D'origine asiatique (Sibérie), ces Inuits ont émigré il y a plusieurs milliers d'années en traversant le détroit de Béring et se sont établis en Amérique du Nord. Ils sont supplantés par les représentants de la Culture de Dorset et simultanément par ceux de la culture « Recent Indian », ancêtres possibles des Béothuks. Ces deux nations occupent l’île pendant le millénaire suivant.
Les contacts avec les Européens Les Vikings Les côtes méridionales furent probablement explorées pour la première fois autour de l'an mil par Leif Erikson, fils d'Érik le Rouge, un Viking originaire d'Islande. Les Vikings d'Érik le Rouge avaient créé des colonies sur la côte ouest du Groenland mais au début du , elles disparurent à la suite, entre autres, du refroidissement climatique (début du Petit âge glaciaire).