Le burnous (en berbère , abernus, en kabyle , ibidi ou ividi ou abernus, en chleuhⴰⵙⵍⵀⴰⵎ aslham ou aselham ou abernusDictionnaire des racines berbères communes, Mohand Akli Haddadou ; en arabe maghrébin bernus) est un manteau d'origine berbère en laine, long, sans manche et avec une capuche pointue, porté essentiellement chez les Maghrébins et était le vêtement traditionnel des spahis.
Origine et dénominations
Origine Le vêtement est général en Afrique du Nord, chez les citadins et surtout dans les campagnes, aussi bien chez les berbérophones que les arabophones. Ibn Khaldoun, à propos des Maghrébins de son époque, dit qu’il est le vêtement porté par les Berbères. La tradition du burnous est si ancienne qu'il est difficile pour les chercheurs et universitaires d'en retracer précisément l'origine.
L'ancienneté du burnous est une question restée en suspens et non totalement résolue jusqu’au jour où A. Berthier et F. Logeait mirent au jour les gravures rupestres de Sigus, au sud de Constantine, où l'une figure des représentations de personnages qui portent une ample cape à capuche. Durant l'Antiquité, ce vêtement portait le nom de byruss Numidicus, ce qui signifie « manteau à capuche numide », Il est notamment mentionné ainsi dans Expositio totius mundi et gentiumWilson, Andrew. "Archaeological evidence for textile production and dyeing in Roman North Africa." Purpureae Vestes. Textiles y tintes del Mediterráneo en época romana (2004): 155-164..
Saint Augustin mentionne un manteau du nom de birrus, birrum ou burrus, porté en Afrique à son époque, d'autant plus que le même manteau figurait dans la liste des produits dont le prix est fixé par l’édit de Dioclétien à la fin du IIIe siècle. gauche|vignette|Gravure rupestre de Sigus, au sud de Constantine Selon l'Encyclopédie berbère, Procope de Césarée relate que les Maures portaient d’épais manteaux qui s'éloignent toutefois de la description du burnous car il est . Corippe (poète épique romain du ) dit que les Maures s’enveloppaient d’une couverture rugueuse, une description qui rappelle le tissu en poils de chèvre de certains burnous bruns (burrus).
On sait qu’au moment de la conquête arabe, ils distinguèrent chez les Berbères deux groupes bien distincts, les Branes et les Botr. Il est tentant de rapprocher le nom des premiers de celui du burnous (pl. branes). L'hypothèse séduisante de William Marçais est ainsi que .thumb|Burnous de couleur blanche confectionné en Tunisie|274x274px
Il existe d'ailleurs une idée reçue selon laquelle Ibn-Khaldoun appelait en arabe les Berbères: asḥaab al-baraanis, soit « le peuple au burnous » une fausse légende qui est à attribuer en réalité à un historien marocain du .
Georges Marçais atteste aussi d'une vieille coutume dès l'époque romaine qui est d'offrir un vêtement similaire au burnous aux chefs auxquels on voulait témoigner de l'amitié. Elle est toujours attestée à l'époque byzantine en Afrique du Nord. Le calife ommeyade El-Hâkim II enverra à Ordono IV roi de León un burnous broché d’or avec un capuchon d’or massif et enrichi de pierreries. Cette coutume est toujours d’actualité en Algérie à l'époque des deys qui remettent un burnous aux cheikhs comme signe du commandement qui leur est confié. L'usage en est conservé durant la période coloniale.
Dénominations et étymologie Plusieurs hypothèses existent pour l'étymologie du terme . Selon l'Encyclopédie berbère, une des hypothèses est que « le nom du burnous pourrait dériver du latin burrus qui désigne une cape de couleur brune ». Cette racine latine aurait également donné en français le mot « bure ». Dans son Dictionnaire des racines berbères communes, Mohand Akli Haddadou mentionne l'existence d'une racine commune aux langues berbères qui donne les mots , ou ...
La racine pan-berbère BRNS donne les mots : abernuh, au pluriel ibernah en touareg, abernuz, pl. ibernaz en zénète du Touat et en taytoq, abernus, pl. ibernas en nefoussien, abernus, pl. bernus en ghadamssien, abernus, pl. ibernas en mozabite et en ouargli, abernus, pl. ibernas en tamazight du Maroc central, chleuh et rifain, abernus , pl. ibrenyas en kabyle, abernus, plur. ibernas en chaoui.
En fonction des régions, le burnous a aussi d'autres dénominations dialectales et/ou isolées : abidi (en Kabylie, dans le Mzab et l'Oued Righ en Algérie), aâlaw, selham, ou aselham (au Maroc), ahitus (au Moyen Atlas), azennaṛ (au Haut Atlas oriental), etc. La pluralité des termes employé pour désigner le terme en berbère peut faire douter de l'origine latine du mot. Saint Augustin mentionne un manteau du nom de birrus, birrum ou burrus, porté en Afrique à son époque, le même manteau figurait dans la liste des produits dont le prix est fixé par l’édit de Dioclétien à la fin du IIIe siècle il était donc connu dans l’ensemble de l’Empire.
En arabe algérien, le terme Branès, désignant une branche des Berbères est le pluriel de burnous. L'hypothèse est ce que ce nom rassemblait toutes les tribus porteuses de ce vêtement par opposition aux autres groupes berbères vêtus de tuniques courtes, les Botr.
D'après Georges Marçais, l'origine étymologique est incertaine. Il avance deux théories l'origine arabe et l'origine latine. Il relève qu'une racine birrus existe en latin, mais que le terme burnous est . gauche|vignette|Midjelès d'Oran dans les années 1850, les hommes portant le burnous. .
Usages En Afrique du Nord On porte un burnous blanc, rarement noir ou bleu, comme manteau lorsqu'il fait froid. Les burnous sont tissés de laine très fine. En Égypte, le burnous était porté par les Mamelouks. Au Maroc le burnous est également désigné par le terme de selham.
En Algérie left|upright=0.9|thumb|Abd el-Kader portant un burnous Le burnous est un vêtement typique et traditionnel, mais aussi un symbole emblématique en Algérie, symbole de dignité, de statut social et de noblesse.
Le burnous marron à poils de dromadaire, dit aussi louabri (une appellation tirant sa racine du mot loubar en arabe وبر qui signifie « laine » de chameau en arabe), léger et d'une extrême finesse, est une spécialité exclusive de l'oasis de Messaad, située au sud-est de Djelfa en Algérie. Il est généralement prisé dans tout l'Atlas saharien, particulièrement dans les monts des Ouled Naïl et des Amour, considérés comme des ateliers séculaires de tissage et de confection de ce classique par des femmes au foyer. Il s'agit d'un manteau d'homme avec capuche tissé à la main à partir de la laine brune de dromadaire, une fibre épaisse, douce et frisée obtenue une fois par saison après la tonte. Sa production sur un métier à tisser traditionnel obéit à un processus complexe comportant une chaîne d'opérations longues et fastidieuses : l'extraction des impuretés, le lavage, le séchage, le démêlage et l'amollissement de la laine afin d'aboutir à une filature propre et prête pour le tissage, selon une armature à plusieurs modes d'entrecroisement de fils. Toutes ces opérations, exténuantes pour les femmes ouvrières, nécessitent une dextérité et une mémorisation des gestes. Symbole du pouvoir, il a acquis ses lettres de noblesse dans les sphères de l'État et de la haute société algérienne.
La ville de Mascara était spécialisée dans la fabrication de burnous noirs, appelés zerdani, burnous noir qui était le vêtement de cérémonie des dignitaires de la régence d'Alger. Ces burnous, confectionnés à partir d'un drap de laine de mouton noir (khidous), sont toujours produits dans l'ouest algérien. Le burnous de Mascara, en particulier, se distingue par sa légèreté et sa solidité.. Durant la période ottomane, ce burnous a été adopté par les Turcs et était exporté dans tout le bassin méditerranéen, de la Turquie jusqu'en Égypte.
En Kabylie, le burnous est réalisé à base de laine de mouton ou de brebis. Traditionnellement confectionné à la maison par les femmes, le métier s'y transmet de mère en fille. Souvent de couleur blanche, il peut être de couleur marron. Porté par les hommes, les femmes portent également un habit du même genre mais différent car confectionné en coton. Lors du mariage algérien, la femme porte un burnous spécifique.
L'une des célèbres œuvres du sculpteur français Charles Cordier dépeint un Arabe d'Algérie portant le burnous. Réalisée en 1856, le titre de cette sculpture exposée au Musée d'Orsay est « Arabe d'el-Aghouat en Burnous ».
Le burnous est également un symbole de paix et de pureté. Cet habit traditionnel a survécu à la modernité et continue d'être un habit prisé dans tout le pays. En plus d’être porté dans les Aurès, en Kabylie ou encore dans les zones steppiques et sur les hautes plaines sétifiennes, le burnous est encore arboré lors des cérémonies et fêtes de mariage algériennes. En effet, les petits garçons le portent encore pendant leur circoncision. Lors de fêtes de mariage, le jeune marié endosse avec fierté le burnous blanc tout comme sa dulcinée franchit le seuil de la maison familiale habillée souvent de burnous et sous un pan du burnous du patriarche (son père ou l’aîné de la famille), ce dernier relève le capuchon en guise de sa bénédiction.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Suelburnus, personnage d'Astérix (faire « suer le burnous » = faire travailler des Maghrébins sans les payer). Abaya (vêtement masculin en Oranie, porté sous le burnous)
Bibliographie El Briga, « Burnous », Encyclopédie berbère, tome 11, éd. Edisud, Aix-en-Provence, 1992, Étienne Cécile Édouard Villot, Mœurs, coutumes et institutions des indigènes de l'Algérie, 1888
Hamdan Khodja, Le Miroir : Aperçu historique et statistique sur la Régence d'Alger, 1833, coll. Sindbad,
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