Pinus pinaster, le pin maritime, pin des Landes, pin de Bordeaux, pin de Corte ou pin mésogéen, est une espèce de conifères de la famille des pinacées. Il est parfois confondu avec le pin d'Alep ou le pin de Calabre.

Description vignette|gauche|Rhytidomes du pin maritime. vignette|gauche|Cône mâle de pin maritime. vignette|gauche|Pomme de pin maritime (cône femelle).

Appareil végétatif C'est un arbre qui peut atteindre de haut (en général de 20 à ), qui arrive à maturité vers 40 ou 50 ans et qui peut vivre jusqu'à 500 ans.

L'écorce, gris pâle chez les sujets jeunes, devient rougeâtre puis rougeâtre-noir au fil de l'âge. Épaisse, elle se crevasse avec les années et les rhytidomes forment de grandes écailles. Le tronc du pin maritime est « flexueux » : il présente des courbures en différents sens.

Les aiguilles, épaisses et rigides, sont groupées par deux (géminées). Leur section transversale a une forme semi-circulaire. Elles mesurent de 10 à 20 cm de long, sont persistantes, de couleur vert foncé et luisantes. La base des deux aiguilles jumelles est entourée par une gaine. Elles deviennent fauves en mourant, puis tombent. Elles se décomposent très lentement et forment une épaisse litière au pied de l'arbre.

Les arbres jeunes ont une forme assez régulière, conique. Les plus âgés, dégarnis à la base, ont un houppier plus dispersé, une cime irrégulière, plutôt plate et étalée.

L'enracinement est d'abord plongeant, puis traçant.

Appareil reproducteur Cette espèce est monoïque ; les organes reproducteurs apparaissent vers 6 à 8 ans après le semis. Ce sont des cônes soit mâles, soit femelles, mais présents tous les deux sur le même individu. La floraison a lieu en France vers avril ou mai.

Les cônes mâles de 20 à 22 mm de long sont ovoïdes, écailleux, de couleur brun-orangé à maturité. Ils se forment à la base des pousses longues de l'année et produisent une grande quantité de pollen jaune, dispersé par le vent (plante anémogame). Certaines années, la quantité de pollen produit est telle que près des arbres, les grains jaunes semblent pleuvoir. Ce phénomène est localement dénommé « pluies de soufre ».

Les cônes femelles se forment dans la zone de la couronne supérieure des rameaux. Petits et discrets au départ, ils se transforment une fois fécondés (habituellement en début d'été de leur deuxième année) en cônes presque sessiles de 10 à 18 centimètres de long. Tant qu'il reste sur l'arbre, ce cône est oblong, luisant et de couleur rougeâtre puis brun-roux. Les écailles portent sur leur côté externe une sorte d'écusson un peu saillant, caréné et épais.

L'ouverture des écailles libère des graines noires de forme ovale et légèrement aplaties de 8 millimètres de long et de 3 à 5 millimètres de largeur. Elles sont dotées d'une ailette trois fois plus longue que la graine qui permet la dissémination par anémochorie. Le poids de mille grains est de 30 à 70 grammes. Le pouvoir germinatif des graines disparaît au bout de deux à trois ans.

Amélioration génétique Depuis 1960, l'INRA travaille à l'amélioration génétique du pin maritime pour obtenir des arbres ayant une meilleure rectitude au niveau du tronc et une meilleure croissanceL'Amélioration Génétique du Pin Maritime - Planfor.

Depuis 2012, des vergers à graines de troisième génération (VF3) sont productifs. Cette amélioration génétique a contribué à augmenter la productivité moyenne du Massif landais depuis les années 60. Le rendement a ainsi triplé en 50 ans en passant de en 1960 à en 2015 avec une rectitude améliorée de 40 %. Rendement également amélioré par la fertilisation phosphatée à la plantation et en différé à 3-4 ans, le contrôle de la végétation adventice et des éclaircies précoces et plus rapprochées.

Répartition et habitat Le pin-maritime est originaire du Bassin méditerranéen-Macaronésie. Il est présent sur la majeure partie du territoire de la France-métropolitaine (10 % de la surface boiséeSource ONF), à l'exception du Grand-Est (Savoie et majeure partie de la Picardie incluses, Marne et Nord-Alsace exceptés)Répartition du pin-maritime en France-métropolitaine.

Il est considéré comme espèce envahissante dans quelques pays (Afrique du Sud, Australie, Chili …).

Historique Dans les landes de Gascogne Ausone () a écrit sur le gemmage dans l'AquitaniaOrganisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Non-wood forest products from conifers. Resin sur fao.org.

En France, le goudron extrait des pins fut un matériau stratégique au et , quand la marine prit son essor sous l'impulsion de Jean-Baptiste Colbert. Presque tout le goudron du commerce était tiré des forêts de la Suède, Colbert eut l'idée d'en faire avec les pins de la France. Il appela des ouvriers suédois, deux maîtres brûleurs suédois, Ericson et Porfrey Asoer en 1664, puis un directeur général des manufactures de goudron, Elias Ahl, qualifié d'abord maître brûleur, et il donna l'entreprise à un nommé Lombard. Il fit apprendre les procédés de la fabrication aux habitants des landes de Gascogne, de l'Auvergne et de la Provence et réussit sinon partout du moins dans les Landes à rendre cette industrie nationaleEmile Levasseur Guillaumin et cie., La renaissance et la Ligue. Colbert et Louis XIV. Le dix-huitième siècle. Pièces justificatives, 1859. Lire en ligneProsper Boissonnade, Colbert, le triomphe de l'étatisme: la fondation de la suprématie industrielle de la France, la dictature du travail (1661-1683), M. Rivière, 1932..

La térébenthine, la résine pure du pin maritime est récoltée par gemmage. Distillée dans des alambics ou des fours spécialisés elle produit la colophane et de l'essence de térébenthine. Une fois coupé l'arbre produit encore du bois d'œuvre et ce qui reste est transformé par pyrolyse en goudron de pin, charbon de bois et noir de fumée. Un pin maritime, d'un pied de diamètre rend sans beaucoup de frais dix à douze livres de colophane chaque année, pendant dix ans ;

Quand cette résine coule fluide de l'arbre on l'appelle galipot (la définition du galipot peut varier selon les ouvrages); celle qu'on laisse sur l'arbre s'y dessèche en masses jaunâtres et se nomme barras. L'une et l'autre sorte sont ordinairement fondues ensemble dans de grandes chaudières ; on laisse épaissir suffisamment, et quand la résine a acquis la consistance convenable on la passe à travers des nattes de paille, elle est reçue dans des moules en sable et on en forme des pains, le colophane (le nom d’« arcançon » qu'on donne souvent au colophane vient probablement du nom d'Arcachon où il était fabriqué/expédié). Les Provençaux distillent en grand le galipot, et l'huile volatile qu'ils en retirent est l'essence de térébenthineEdmond Pelouze, Traité de l'éclairage au gaz tiré de la houille, des bitumes, des lignites, de la tourbe, des huiles, des résines, des graisses. Maison, 1839 Lire en ligne (on trouve dans la littérature ancienne les noms d’huile de raze, ou esprit de raze). Les troncs et les racines de ce même pin par un autre procédé fournissent le goudron de pin. Pour l'obtenir on arrange les bois en un vaste tas que l'on recouvre de gazon. On met le feu au tas ; l'huile que la chaleur dégage du bois ne pouvant se volatiliser à travers l'enveloppe de gazon va se condenser dans des bacs, où la conduit une gouttière appropriée. Il sort d’abord une certaine quantité d’eau rousse, ensuite vient le goudron, une substance noire, un peu liquide, mais épaisse et gluante qui est reçue dans des tonneaux qu’on arrange dans la fosse au-dessous d’une gouttière qui termine le canal. Le goudron liquide peut encore donner deux substance distinctes qui feront partie des pharmacopées européennes: reposée assez longtemps dans des vaisseaux convenables, il nage au-dedans une liqueur fluide, noire, huileuse, pix nigra liquida, la poix noire liquide ; Si on fait cuire la partie la plus grossière du goudron jusqu’à siccité, il se forme la poix noix sèche, pix nigra seca. L'industrie du goudron périclita avec l'apparition des sous-produits de la distillation de la houille (le goudron de houille) puis du raffinage du pétrole, et le remplacement des vaisseaux en bois par ceux en fer.

Le grand hiver de 1709 causa la mort d'une grande partie des pins des Landes de Gascogne, et par suite 9 de leurs produits. Dans la crainte de cette hausse de prix il fut défendu de laisser passer ces produits en Hollande, mais l'exportation financièrement avantageuse du brai et de la résine pour l'Espagne continua comme par le passé. Plus tard, le Conseil de commerce, se fondant sur le prix excessif du goudron et sur la crainte que l'on en manque dans le royaume, décida de limiter les exportations de térébenthine, de résine et de brai. Cette cherté des matières résineuses en France eut aussi pour effet inévitable d'ouvrir les ports français aux produits étrangersJ. Delmas, Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, 1870. Lire en Ligne.

En France, à l'instigation de l'agronome François Jules Hilaire Chambrelent, de nombreux pins maritimes furent plantés dans la forêt des landes de Gascogne au . Le but était multiple : assainir le sol marécageux, retenir les dunes, et fournir un arbre intéressant à exploiter à une population ayant à l'époque assez peu de sources de revenu. Le pin maritime existait de manière endémique dans la région des Landes et de la Gironde, sur environ un douzième de la superficie d’occupation actuelle, surtout dans les zones de marécage. Ce n'est qu'après les travaux d'assèchement réalisés par Napoléon III, et un ensemencement que la forêt est devenue ce qu'elle est. Bon gestionnaires de leur forêt, les Français font, au début du , l'admiration des Américains qui ont, dans une même entreprise de production de goudron, englouti leur forêt de pin des marais, en Virginie d'abord, en Caroline du Nord ensuite.

Culture Le pin maritime apprécie une exposition en plein soleil, dans un sol ordinaire mais toujours non calcaire (espèce calcifuge ; la présence de calcaire dans le sol provoque une chlorose).

Il présente une bonne adaptation aux sols acides (podzols, sables dunaires) et pauvres (espèce oligotrophe), voire à l'hydromorphie (pour les individus de provenance aquitaine) ; il préfère les sols profonds, bien drainés, sur lesquels la croissance est plus rapide.

Le pin maritime exige des précipitations annuelles de 800-1000 mm. Il tolère des températures supérieures à 40 °C pendant une longue période mais ne supporte pas les froids très rigoureux et durables (Zone USDA 7-10).

Ses habitats types en France sont les bois méditerranéens sempervirents, les landes de Gascogne, et les zones sableuses en général. Il faut éviter de le planter sur les sols limono-sableux riches et sur les terres agricoles (plus adaptés au Pinus taeda) où il présente des défauts de forme et se montre très sensible aux attaques de la pyrale du tronc (Dioryctria sylvestrella). Il est de plus sensible aux fortes gelées (notamment les individus de provenance portugaise) et au bris de branches.

Problèmes phytosanitaires Le polypore du rond des pins (Heterobasidion annosum) est un champignon racinaire qui provoque la mortalité du pin maritime à tous les âges.

Les sténographes, pucerons et les tordeuses de tiges sont aussi des ravageurs du Pin maritime. Cette espèce est aussi la cible de la chenille processionnaire et de la cochenille du pin (Matsucoccus feytaudi)Note de la Direction Régionale de l’Alimentation de l’Agriculture et de la Forêt de Midi-Pyrénées.