Le gang des Traction Avant est une bande de malfaiteurs des années d'après-guerre spécialisée dans les attaques à main armée. Certains sont issus de la Carlingue ou « Gestapo française de la rue Lauriston » dirigée par Bonny et Lafont. D'autres ont fait partie de la Résistance française. Le gang est indissociable de la personnalité de son chef Pierre Loutrel, dit Pierrot le Fou. Celui-ci a fait partie de l'équipe de René Launay, qui pourchassait les résistants pour le compte de la Gestapo, après quoi il a opportunément intégré un réseau de résistance à Toulouse.
Présentation Après la guerre À l'issue de la guerre, Pierre Loutrel s'associe avec deux anciens de la rue Lauriston (Georges Boucheseiche et Abel Danos), un FFI (Raymond Naudy), un ancien combattant de l'Armée des Alpes (Marcel Ruard ou Ruart) et un rescapé de Mauthausen qu'il a connu aux Bat' d'Af' (Jo Attia)Roger Colombani, Flics et voyous, "La descente aux enfers", RMC Édition 1985. L'historien Grégory Auda cite par surcroît Henri Fefeu (Feufeu) et Julien Le Ny parmi les membres du gangGrégory Auda, Les Belles Années du "milieu" 1940-1944, éditions Michalon, 2002.. Roger Borniche limite le gang à cinq malfaiteurs : Loutrel, Attia, Naudy, Boucheseiche et DanosRoger Borniche, Le Gang, éditions Fayard, 1977.. Alphonse Boudard parle de Loutrel, Naudy, Attia, Boucheseiche, Ruart, Danos et FefeuAlphonse Boudard, Les Grands Criminels, éditions Belfond, 1989.Information confirmée par le magazine Historia qui consacra deux articles sur ce sujet dans un hors série () paru en 1973. Hubert Lassier (Le Roi du non lieu) et François Delatour (Mort et Survie de Pierrot-le-fou) citent Loutrel, Attia, Boucheseiche, Naudy, Ruard, Fefeu et "épisodiquement" Danos..
Spécialisé dans les attaques à main armée menées à bord de la Citroën éponyme, le gang des Tractions Avant commet un certain nombre de vols à main armée dans la région parisienne, sur la Côte d'Azur et en Provence, aussi violents qu'audacieux entre février et . Ces opérations se caractérisent par une préparation minutieuse, une action et un repli rapides et un butin considérable : il s'élève en quelques mois à plus de de francs 1946Roger Colombani parle de de francs, in Flics et voyous "La descente aux enfers", RMC Édition 1985, soit plus de d'euros.
Premiers méfaits L'attaque du fourgon du Crédit lyonnais, le , avenue Parmentier à Paris, constitue le premier méfait du gang. À bord de deux Citroën Traction Avant, Loutrel, Boucheseiche, Attia, Naudy et Feufeu s'emparent de trois millions de francs. Aucune victime n'est à déplorer.
Trois jours plus tard, c'est une camionnette des PTT qui est braquée gare de Lyon. Le butin s'élève à huit millions. La bande se sépare : Loutrel se rend sur la Côte d'Azur et à Marseille avec sa maîtresse Marinette Chadefaux et ses complices Naudy et Marcel Ruard. Il s'entoure de nouveaux complices : Christian Laurent qu'il a connu dans l'équipe de Launay, Sauveur Porcu revenu de captivité, Léon Bianchi qui a été déporté, André Girardi, Roger Christophe, Maurice Laguerre anciens résistants, et quelques comparses. Le , quatre encaisseurs sont attaqués à Laragne et cinq cent mille francs dérobés. Le , Loutrel et des complices agressent deux employés de l'EDF à Nice et leur dérobent un million deux cent mille francs. Attia est resté à Paris avec les autres membres du gang et ils procèdent le à l'arrachage de la sacoche du trésorier-payeur d'une usine à Issy-les-Moulineaux pour un butin de sept millions.
Attaques à main armée sur la Côte d'Azur Le , Loutrel, accompagné de Ruard, attaque un encaisseur des Établissements Borie, boulevard de Longchamp à Marseille. Celui-ci s'accrochant à sa serviette – qui contient sept cent mille francs –, est abattu à bout portant. L'agresseur semblait en état d'ébriété. L'assassinat de l'encaisseur émeut la population et provoque rafles, perquisitions et interpellations dans la région.
Le , le gang attaque le Comptoir d'escompte à Aix-en-Provence pour un maigre butin de quarante-cinq mille francs. Une semaine plus tard, deux encaisseurs du Crédit Lyonnais de Gap sont dévalisés. Le , à Cagnes-sur-Mer, à l'issue d'un vol de coffre-fort, Loutrel, Naudy et Feufeu échappent à un barrage en blessant un gendarme..
Le , renseignés par un postier nommé Gérard, Loutrel, Naudy et plusieurs complices pénètrent dans l'hôtel des Postes de Nice et braquent les postiers présents dans la chambre forte. Ils prennent la fuite dans une Traction Avant où les attendent Ruard et Maurice Laguerre. L'opération a duré un quart d'heure et rapporté de francsSelon Alphonse Boudard, il s'agit du butin le plus important réalisé en France, jusqu'alors, au cours d'une attaque à main armée (Les grands criminels, éditions Belfond, 1989, ).
Après quelques jours de repos à Bandol, Loutrel, Naudy, Laguerre et Ruard sont surpris par un coup de filet à l'hôtel Maxim's à Cassis, le . Les malfaiteurs auraient été dénoncés par le « milieu » marseillaisJérôme Pierrat, Une histoire du milieu, éditions Denoël, 2003.. Une fusillade s'ensuit, Laguerre est interpellé, Ruard et deux policiers sont blessés. Naudy et Loutrel déposent le blessé chez un médecin ami qui le soigne. Ruard est cependant arrêté le . Il est condamné en à vingt ans de travaux forcés pour sa participation au hold-up de Nice, au meurtre de l'encaisseur à Marseille et à trois autres braquagesLe Monde 17.12.49 Ruard et Christophe s'en tirent avec vingt ans de bagne.
Loutrel et Naudy se cachent à Marseille. Sorti pour acheter des cigarettes, Loutrel est interpellé rue Thubaneau et conduit à l'hôtel de police. Avant que les policiers aient pu l'identifier, il s'échappe de l'Évêché en dérobant l'arme d'un agentRoger Borniche, Le Gang, éditions Fayard, 1977. L'anecdote est reprise par Alphonse Boudard (Les grands criminels, Belfond-Le Pré-aux-Clercs, 1989). Selon Marcel Montarron (Les truands sous l'occupation, Historia hors série , 1973), l'évènement se situe en 1945, soit un an avant la formation du Gang des Traction Avant..
Retour à Paris De retour à Paris, Loutrel retrouve Naudy, ainsi qu'Attia, Boucheseiche et Danos. Entre le et le mois de septembre, le gang y enchaîne cinq braquages : le rue de Rivoli, le gang s'empare de de francs en interceptant un fourgon de la Société générale, le , attaque à main armée de la Société d'approvisionnement de la SNCF située avenue de Suffren. Après neutralisation des employés, le coffre-fort est vidé de son contenu de de francs, le , le gang connaît un échec en voulant dérober d'or au Comptoir des métaux précieux rue Dareau, le , attaque d'un fourgon postal rue de Maubeuge et vol de de francs, le , agression d'un caissier à Saint-Denis pour de francs, en septembre, agression de deux encaisseurs à Champigny-sur-Marne pour de francs.
La police ne commence à identifier Pierre Loutrel comme l'instigateur de tous ces braquages qu'à partir de l'attaque de l'hôtel des Postes de Nice (). Avec Naudy, Fefeu et Boucheseiche, il est formellement reconnu par un témoin après le braquage de la rue de Maubeuge (). Le milieu se méfie de lui, de sa violence et de son caractère imprévisible, notamment quand il a bu. De plus les coups de filet de la police, en réponse aux braquages du gang, désorganisent les activités « traditionnelles » de la prostitution et du proxénétisme. Le , le journal France-Soir cite pour la première fois les noms de Loutrel et Attia. Le ministre de l'intérieur Édouard Depreux ordonne la coordination de l'ensemble des forces de l'ordre contre le gang des Tractions Avant et exige des résultats.
Siège de Champigny Courant septembre, une information parvient aux policiers : le gang fréquenterait l'auberge Les Marronniers à Champigny-sur-Marne près de Paris. Le , 350 policiers sous les ordres des commissaires Casanova et Pinault et de l'inspecteur Nouzeilles investissent l'auberge. Aucun gangster ne s'y trouve, cependant les policiers localisent Boucheseiche, Fefeu et Attia dans un établissement proche, L’Auberge. Sous les ordres du préfet Charles Luizet, les forces de l'ordre font le siège de L’Auberge mais sont repérées par les malfaiteurs. Une fusillade s'ensuit. Des renforts de police interviennent, incluant notamment deux automitrailleuses.
Loutrel ne se trouve pas à L’Auberge. Informé de l'affrontement entre ses complices et les policiers, il approche l'établissement au volant d'une Delahaye, force les barrages, récupère Attia et Feufeu puis prend la fuite en échangeant de nombreux coups de feu avec la police. Le véhicule est abandonné, criblé de balles et les pneus crevés, dans les boisAlexandre Bonny, Les rois du crime, , First, 2009. Les trois malfaiteurs volent un cabriolet à Saint-Maur-des-Fossés, tombent en panne dans la forêt d'Armainvilliers, s'emparent d'un camion et se retrouvent à Auvers-sur-Oise où ils ont une planqueSelon Alphonse Boudard, il y a des variantes à ce récit. Demeurent incontestables le siège de L'Auberge, la fusillade, l'intervention de la Delahaye (au volant de laquelle a pu se trouver Attia et non Loutrel) et l'exfiltration des membres du gang se trouvant dans l'établissement..
Le bilan du préfet Luizet se limite à quelques obscurs comparses. Boucheseiche a échappé à l'arrestation en se cachant au fond d'un puits et en respirant avec une paille. Deux malfaiteurs de peu d'envergure ont été tués dans la fusillade.
Mort de Loutrel et fin du gang Le , Henri Fefeu est appréhendé par la brigade criminelle dans un café de Montmartre. Il a été localisé en téléphonant à un garage de La Ferté-sous-Jouarre surveillé par la police. Il meurt en prison de la tuberculose en 1953<ref>Il se serait inoculé lui-même la maladie en avalant des crachats de malades afin d'être transféré dans un sanatorium d'après Alphonse Boudard, Les Grands Criminels, éditions Belfond, 1989 - Serge Garde, Rémi Gardebled, Valérie Mauro Guide du Paris des faits divers : du Moyen Âge à nos jours'''', Le Cherche midi, 2004 - https://criminocorpus.org/expositions/16847/</ref>. En octobre, Loutrel, Attia et Naudy attaquent un transporteur de fonds à Bercy et s'emparent de la recette d'un groupe de négociants en vins. À la suite d'un quiproquo, ils échappent de peu à un piège tendu par l'inspecteur Borniche à d'autres malfaiteurs ce même jour.
Début novembre, une tentative de braquage d'employés de la Banque de France à Versailles échoue à la suite d'une panne de voiture. Le 5 novembre, en fin d'après-midi, Loutrel, qui se trouve apparemment en état d'ébriété, braque une bijouterie au 36, rue Boissière. Le bijoutier, du nom de Sarafian se défend et, dans des conditions mal définies, Loutrel est blessé d'une balle dans l'abdomen. Il est possible qu'il se soit blessé lui-même en remontant dans la Citroën où l'attendent Attia et BoucheseicheCette version des faits a été adaptée (avec d'autres protagonistes) par José Giovanni dans son roman Ho !, puis dans le film homonyme de Robert Enrico.. Quoi qu'il en soit, les médecins qui le soignent attestent que la balle a été tirée de haut en basLe Monde, « Les médecins qui soignèrent Pierre Loutrel confirment les circonstances de sa mort », 13 mai 1949.. Le bijoutier, grièvement blessé par Loutrel puis renversé par une voiture devant son magasin, décède avant d'arriver à l'hôpital.