Entr'acteCe n’est qu’en 1932-1935 que l’Académie française opta pour la graphie entracte. est un court métrage français réalisé par René Clair, sur un scénario de Francis Picabia, sorti en 1924.

Prévue le , la première du film eut lieu le au théâtre des Champs-Élysées, durant l’entracte de Relâche, un ballet instantanéiste orchestré par Francis Picabia, sur une musique d’Erik Satie et chorégraphié par Jean Börlin. Il représente à ce titre la première intervention du cinéma dans un spectacle de danseLaurent Le Bon (dir.), Dada, Éditions du Centre Pompidou, Paris, 2005, indique comme date de projection en novembre 1924. Dans quelle source lit-on le 4 décembre ?.

Synopsis Le film est une suite de scènes relevant de l'esprit DadaQui le dit ? en 1924 ?, comme celle de la poursuite folle d’un corbillard ou de la danseuse barbue filmée en contre-plongée.

Le film est clairement divisé en deux parties. La première se passe principalement sur le toit et aux alentours du théâtre des Champs-Élysées. La deuxième est l’enterrement et la poursuite folle du corbillard qui s’ensuit.

Fiche technique

Titre : Entr’acte Réalisation : René Clair, assisté de Georges Lacombe Production : Rolf de Maré Scénario : Francis Picabia Adaptation : René Clair Musique : Erik Satie Direction musicale : Roger Désormière Orchestration : Henri Sauguet Chorégraphie : Jean Börlin Photographie : Jimmy Berliet Production : Rolf de Maré Société de production : Les Ballets suédois Pays de production : Format : noir et blanc - muet (sonorisé en 1968Musique seulement) Date de tournage : Date de sortie :

Distribution

La distribution inclut aussi des apparitions de Francis Picabia (le serveur du canon), Erik Satie, Man Ray et Marcel Duchamp (ces deux derniers jouant aux échecs).

Références du film

La scène de la ballerine est sûrement inspirée du film Ballet mécanique, réalisé la même année par Fernand Léger, où l’on peut voir une danseuse. Le rythme du film avec la caméra qui tourne autour du sujet fait penser à la danseuse vu de dessous qui tourne, la différence étant que, dans Entr’acte, ce n’est pas la caméra qui tourne mais bien le sujet René Clair a inséré une courte scène avec des allumettes animées qui fait directement référence au film Les Allumettes fantaisistes d’Émile Cohl de 1912. Elle peut aussi faire référence à Francis Picabia pour son portrait de femme aux allumettes de 1920 La scène des ballons à tête de personnage fait, elle aussi, référence à Georges Méliès (Clair étant un fan de Méliès), mais pour un autre film, L'Homme à la tête en caoutchouc, de 1901, film de moins de deux minutes et demi où une tête se fait gonfler avec un soufflet La fin d’Entr’acte se termine en beauté, le mot « Fin » apparaît, mais le magicien passe à travers l’écran. La séquence est alors rembobinée en marche arrière pour que le mot « Fin » puisse réapparaître. Cette scène fait référence au film Les Affiches en goguette de Georges Méliès (1907) où des personnages représentés sur des affiches prennent vie et s’échappentCette scène fut sans doute reprise par le performeur Saburô Murakami dans sa première exposition du mouvement Gutaï en 1955 où une multitude d’écrans de papiers sont destinés à être déchirés par le premier visiteur de l’exposition. L’ensemble du film fait référence à l’univers de la foire, à la fête foraine, aux spectacles de rue, au monde du cirque, qui étaient très en vogue depuis le fin du : la femme à barbe, peut-être référence aux « bêtes de foire » le chasseur, tir forain, tir à la carabine le chameau du cortège les montagnes russes du Luna Park.

Entr’acte est à son tour sujet d’inspiration, notamment pour le film de Dziga Vertov avec L'Homme à la caméra.

Production

Voici la note qui servit de fil directeur au film, écrite par Francis Picabia à René Clair sur deux feuillets de papier, avec pour en-tête Maxim's :

« Mercredi soir,

Mon cher ami, je vous envoie inclus la partie cinématographique du ballet,

Bien sympathiquement votre Francis Picabia.

Lever de rideau :

Charge d’un canon au ralenti par Satie et Picabia, le coup devra faire le plus de bruit possible. Durée totale : .

Pendant l’Entr’acte :

Assaut de boxe par des gants blancs sur écran noir : durée . Projection écrite pour l’explication : Partie d’échecs entre Duchamp et Man Ray, jet d'eau, manœuvré par Francis Picabia balayant le jeu. : durée Jongleur et Père La Colique : durée Chasseur tirant sur un œuf d’autruche sur jet d’eau. De l’œuf sort une colombe. Elle vient se poser sur la tête du chasseur ; un deuxième chasseur tirant sur elle, tue le premier chasseur ; il tombe, l’oiseau s’envole : durée . Projection écrite: 11 personnes couchées sur le dos présentent le dessous de leurs pieds : . Projection manuscrite : Danseuse sur une glace transparente, cinématographiée par en dessous : durée . Projection écrite : Gonflage de ballons et de paravents en caoutchouc sur lesquels seront dessinées des figures accompagnées d’inscriptions : durée Un enterrement : corbillard traîné par un chameau durée : . Projection écrite : ».

René Clair en écrit un scénario :

« Un rêve d’enfant. Des cheminées penchées en tous sens. Le ciel à la place de la terre. Des poupées dont la tête se gonfle et explose. Une danseuse si légère qu’elle ne touche pas terre. Un bateau de papier qui flotte sur les toits et fait naufrage. Un chasseur comique qui ne peut arriver à casser un œuf dansant sur un jet d’eau. L’œuf se dérobe, se divise, enfin reste à peu près en place. Le chasseur de brise. Une colombe sort de l’œuf et se pose sur la tête du chasseur, enchanté. Un autre chasseur survient, veut tuer la colombe, mais tue le chasseur. L’enterrement du chasseur a lieu aussitôt. Une foule de grotesques dansants suit le cortège qui prend de la vitesse et s’emballe. Le cortège se disperse dans la campagne. Une poursuite insensée à laquelle se mêlent des cyclistes, des avions, des bateaux. Enfin, le cercueil tombe. Le chasseur en sort, transformé en magicien. À l’aide de sa baguette il fait disparaître les poursuivants, un garçon de banque, une vieille dame, un coureur à pied. Puis il se fait disparaître lui-même. Il ne reste plus qu’un paysage. Le rêve s’est effacé. »

Analyse

Pendant une vingtaine de minutes, on peut voir plusieurs effets spéciaux comme des gens courant au ralenti, des séquences en temps inversé, un œuf soutenu par un jet d’eau, se transformant instantanément en oiseau, ou une personne qui disparaît.

Le film est en deux parties (les indications de durées sont approximatives, car à l’époque de la première, aucune technique cinématographique ou musicale ne permettait une synchronisation exacte au cours d’une performance publique) : une séquence d’environ 90 secondes, avec Satie et Picabia chargeant un canon au-dessus d’un immeuble. Cette séquence apparaît aussi, sans musique, au début du ballet, juste après l’"Ouverturette" et avant le lever de rideau "Rideau". La musique de cette première partie est appelée "Projectionnette" et on la retrouve en seconde partie dans la partition de Relâche. Il n’y a apparemment aucun effort de synchronisation entre le film et la musique dans cette partie. "Projectionnette" était probablement jouée deux ou trois fois avant d’enchaîner sur la partie "Rideau" le reste du film était projeté pendant l’entracte du ballet. La partition de cette seconde partie n’est pas incluse dans la partition de Relâche, mais fut écrite par Satie dans une partition séparée intitulée Cinéma. Cette partie de la musique contient des séquences répétées plusieurs fois pour faire correspondre certains passages musicaux avec des événements du film. C’est un des premiers exemples de synchronisation de la musique avec un film. Dans la partition, Satie nomme dix sections associées aux scènes du film.

Autour du film Entr’acte, film dadaïste, pré-surréaliste figure aujourd’hui parmi les films dits « de répertoire », tout en étant un hommage aux films burlesques de l’époque.

La partition d’Erik Satie est composée en suivant scrupuleusement le rythme des images du film en un temps où le film était encore muet.

De ce court métrage d’avant-garde, Picabia disait « qu’[il] ne respecte rien, si ce n’est le droit d’éclater de rire », quand l’écrivain Alexandre Arnoux, le revoyant de nombreuses années plus tard, déclare : « Ce film est toujours jeune. Aujourd’hui encore on a envie de le siffler. »

Notes et références

Annexes Articles connexes Cinéma dada Bibliographie

Francis Picabia, Écrits critiques (éd. Carole Boulbès), Mémoire du Livre, 2005

Carole Boulbès, Relâche : Dernier coup d'éclat des Ballets suédois, Les Presses du réel, 2017

Arnauld Pierre, Francis Picabia. La peinture sans aura, Gallimard, 2002

Claudine Amiard-Chevrel, Théâtre et cinéma des années vingt, tome 2, L’Âge d’Homme, 1990 Vincent Lajoinie, Erik Satie, L’Âge d’Homme, 443 p. 1990 Jean-Jacques Lévêque, Les Années folles (1918-1939). Le triomphe de l’art moderne, ACR Édition, 1992 Hans Richter, Viking Eggeling, Man Ray, René Clair, Fernand Léger et Dudley Murphy (réal.), Dada cinéma + 1 brochure (33 p.), édition du Centre Pompidou, 2005 Hélios Azoulay, Scandales ! Scandales ! Scandales ! : Histoire de chefs-d’œuvre que l’on siffle, Jean-Claude Lattès, 2008 Josiane Mas, Arts en mouvement. Les Ballets suédois de Rolf de Maré : Paris 1920-1925, Presses universitaires de la Méditerranée, 2008 Nicole Brenez, Christian Lebrat, Jeune, Dure et Pure : une histoire du cinéma d’avant-garde et expérimental, Cinémathèque française, 2001 Dominique Noguez, Éloge du cinéma expérimental, Édition Paris Expérimental, 2010 Patrick de Haas, Cinéma intégral : De la peinture au cinéma dans les années vingt, Transédition, 1985. Patrick de Haas, "René Clair/Francis Picabia", cat. Amitiés (dir. B. Chavanne et J-J. Lebel), Marseille, Mucem, 2022

Liens externes

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