Émile Driant, né le à Neufchâtel-sur-Aisne et mort le à Beaumont-en-Verdunois, est un officier de carrière, écrivain sous le pseudonyme de commandant Danrit ou capitaine Danrit, et homme politique français. Il est le gendre du général Boulanger. Il meurt à Verdun à la tête des 56 et de chasseurs, en février 1916.

Biographie Carrière militaire vignette|gauche|redresse|Le sous-lieutenant Driant au d'infanterie. Émile Driant naît le , à Neufchâtel-sur-Aisne, où son père est juge de paix. Élève au lycée de Reims, il obtient le premier prix d'histoire au Concours général. Contrairement au souhait de son père de le voir lui succéder, Émile désire être militaire, marqué par la défaite de 1871 et le passage des troupes prussiennes.

Après avoir obtenu un double baccalauréat ès lettres et ès sciences, il intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr à , en 1875. Sorti quatrième de sa promotion, deux ans plus tard, il commence une carrière militaire des plus méritantes : « petit, mais solide, santé à toute épreuve, très actif et toujours prêt ; monte fort bien à cheval et a un goût très prononcé pour l'équitation, très intelligent, a devant lui le plus bel avenir » écrit l’un de ses supérieurs. À sa sortie, le sous-lieutenant Driant choisit l’infanterie. Il est alors affecté au d'infanterie à Compiègne et se voit détaché quelque temps, en 1880, dans le fort lorrain de Liouville, qui sera le théâtre de son premier roman, La Guerre des Forts. Il est ensuite affecté au d'infanterie, avec lequel il débarque le à Sousse, en Tunisie, pour une mission avec la topographique.

En , il devient officier d’ordonnance du général Georges Boulanger, qui commandait la division d’occupation en Tunisie. Il reste au service du général, aux mêmes fonctions, lorsque celui-ci devient ministre de la Guerre en 1886. Il le suit ensuite à Clermont-Ferrand, toujours en tant qu'officier d'ordonnance, lorsque Boulanger est nommé à la tête du . Il est mis fin à ces fonctions le , quelques mois avant que Boulanger cesse d'exercer son commandement et soit mis en non-activité, le .

Driant regagne alors la Tunisie en tant que capitaine au , en garnison à Tunis. vignette|gauche|redresse=0.6|Son épouse, Marcelle Boulanger, fille du général Boulanger. Le , Driant épouse, en l'église Saint-Pierre-de-Chaillot à Paris, Marcelle Boulanger, l’une des filles du général Boulanger. Il ne prend cependant jamais part aux activités politiques du courant boulangiste. Fin 1892, il prend toutefois huit jours d’arrêts pour avoir défendu la mémoire de son beau-père dans Le Figaro après la chute et le suicide de celui-ci.

Il devient capitaine-instructeur à Saint-Cyr en 1893. Chef de bataillon en Tunisie à partir de 1896, le commandant Driant est nommé en chef de corps du de chasseurs à pied en garnison à Troyes. Il exerce son commandement avec mérite, relatent ses subordonnés et la presse locale, et fait du premier bataillon, un bataillon d’élite bientôt connu dans toute l’armée française sous le nom de « bataillon Driant »Jacques Isorni, Histoire véridique de la Grande guerre, , Paris, Flammarion, 1970, ..

Promis aux plus hauts postes de la hiérarchie militaire, trois affaires successives lui en enlèvent tout espoir. L’affaire des fiches, en 1904, provoque un scandale. De 1900 à 1904, un système de hiérarchie parallèle illustre la lutte entre le radicalisme et la franc-maçonnerie d'un côté et le catholicisme au sein de l’armée. Le ministère avait fait établir pour chaque officier une fiche de renseignements politiques et confessionnels indépendante des notes attribuées par les supérieurs hiérarchiques, bloquant l'avancement des officiers de confession catholique.

Driant crée deux ligues après l’affaire des fiches : la ligue antimaçonnique, ne comprenant que des hommes, et la ligue de Jeanne d'Arc, réservée aux femmes. Ces deux ligues fusionnent en 1906 avec l'Union française antimaçonnique, dirigée par Paul Copin-Albancelli. La nouvelle entité prend alors le nom de Ligue française anti-maçonniqueLes sociétés secrètes catholiques, mais elle éclate en 1909 et Copin-Albancelli fonde la Ligue de défense nationale contre la franc-maçonnerieRevue Politica hermetica, , 1990, Maçonnerie et antimaçonnisme : de l'énigme à la dénonciation, Texte en ligne.

Certes, le général André, ministre de la Guerre, démissionne, mais Driant manifeste haut et fort devant ses officiers son indignation. Il fait aussitôt l’objet d’un rappel à l’ordre de la part du ministre qui, par ailleurs, l’écarte du tableau d’avancement pour l’année suivante.

Parcours politique

Émile Driant, dit le capitaine Danrit, quitte l’armée à 50 ans, le , prenant ses droits à la retraite. Bien noté mais ayant publiquement pris position sur son institution en étant défenseur intransigeant de l’armée et ennemi de toute concession faite à l’Allemagne, il se lance sans tarder en politique.

En 1906, il tente sans succès de se faire élire en Seine-et-Oise. Mais, proche du député de la première circonscription de Nancy, Louis Marin, il est élu aux élections législatives de 1910 dans la troisième circonscription de Nancy, sous l’étiquette de l’Action libérale. Il renouvelle son mandat quatre ans plus tard.

Il fait partie des membres des réseaux bonapartistes de Meurthe-et-Moselle, le prince Victor Napoléon étant le parrain de son petit-fils Jacques Driant. Il consacre ces législatures aux questions militaires comme membre actif de la commission de l’Armée. Ami de Paul Déroulède et de Maurice Barrès, il devient rapidement un des principaux intervenants contre la gauche dans les débats parlementaires portant sur l’armée et la défense.

Assidu aux séances de la Chambre des députés, mêlant le catholicisme social d'Albert de Mun aux idées de Vogüé et de Lavisse, il intervient pour faire voter les crédits militaires et soutient Barthou lors du vote de la « loi de Salut ». qui porte à trois ans le service national. Il s'insurge contre le déclassement des places fortes frontalières (il parvient à sauver celle de Lille en 1912) et s'intéresse avant guerre à la toute récente aéronautique militaire.

Concernant la Marine, Driant rejoint le vice-amiral Aube et le journaliste Gabriel Charmes et s'associe au courant de pensée navale de la Jeune école. Driant s'oppose aux thèses de Briand et de Jaurès, s'appuyant sur des exemples tirés des événements de Russie. L'armée doit jouer un rôle essentiel, avant tout comme instrument d'éducation des classes populaires et le cas échéant comme instrument contre-révolutionnaire. C'est le concept de l'armée-école et de l'apostolat social, qui s'inscrit alors dans la mouvance des Dragomirov, Art Roë et Lyautey. Il s'intéresse ainsi aux luttes sociales, dans la mesure où elles peuvent compromettre la Défense nationale.

Il soutient le syndicalisme indépendant, dit « jaune », fondé par Pierre Biétry avec l'appui de l'industriel Gaston Japy. Ceux-ci prônent l'association entre le capital-travail et le capital-argent. Les textes de Driant défendent le principe de la liberté par la propriété individuelle, au moyen de la participation progressive des ouvriers au capital des entreprises. Parmi les principaux votes du député Driant, durant la législature 1910-1914, figurent des résolutions telles que la journée de dix heures, les retraites, les libertés syndicales, et diverses mesures d'aide sociale.

Écrivain Très tôt, encore à l'armée, Émile Driant se lance dans la littérature sous le nom de « capitaine Danrit », anagramme de son nom pour échapper à la censure de ses chefsJean-Pierre Guéno, Dans la peau du soldat inconnu, Magnaville, le Passeur, 2014, 187, ., dans ce genre nouveau du roman d’anticipation dont Jules Verne a ouvert la voie et qui s’alimente des progrès que connaît l’époque (électricité, moteur à explosion, débuts de l’aviation…)

Driant aborde les thèmes militaires les plus divers en écrivant près de trente romans en vingt-cinq ans, et le succès est au rendez-vous.

Ses récits s'inspirent du modèle vernien de roman d'aventures, mais revu à travers la défaite de Sedan et l'expansionnisme colonial français. La découverte du monde et de ses merveilles devient l'évocation de richesses à puiser ou de menaces à circonscrire ; les machines extraordinaires, qui permettaient, chez Verne, de voyager à travers les airs et les mers, sont désormais avant tout des engins de guerre, pour détruire l'adversaire. Son œuvre est caractéristique du roman d'aventures coloniales de la fin du à la logique plus spécifique des années précédant la Première Guerre mondiale. Ses écrits, où il accorde une vaste place à l'armée, affirment son goût des grands hommes et sa défiance des parlementaires, sont le reflet d'une opinion publique obsédée par la menace d'une guerre. Ils accompagnent les discours quotidiens de la presse, toujours attentive aux incidents internationaux. vignette|redresse|gauche|La Guerre de demain. vignette|redresse|L'Invasion noire. Son premier livre paru en 1892, La Guerre de forteresse, met en avant la valeur stratégique des forts construits sur la frontière est de la France, forts qui préservent le pays d’une attaque surprise et qui, en résistant quelques jours, permettent aux armées françaises de se mobiliser et de rejoindre les frontières. Le fort de Liouville qu’il décrit dans son livre connaîtra effectivement le feu en .

Son deuxième roman, La Guerre en rase campagne, donne un exemple de mobilisation, de transport des troupes par mer et par voie ferrée. Le troisième, La Guerre en ballon, apporte un peu d’apaisement à sa préoccupation majeure qui est la prochaine guerre. Cette trilogie porte le nom générique de La Guerre de demain.

Dans cette œuvre romanesque, Driant exalte sans cesse le service de la France, l’exemple de l’officier, la mission à accomplir. Cette obsession de la guerre se poursuit en 1894, avec L'Invasion noire, où les populations d’Afrique noire, soulevées par les Turcs, envahissent l’Europe et ne seront stoppées que par des gaz asphyxiants lâchés des dirigeables français.

Cet état d’esprit inspire des ouvrages plus pédagogiques avec l’Histoire d’une famille de soldats, une trilogie courant de la Révolution à l’époque de l’auteur qu’il écrit à partir de 1898 : Jean Tapin, où il évoque la période de 1792 à 1830 et démontre, au travers de l’histoire d’un jeune tambour, la nécessité de s’instruire pour prétendre commander les hommes ; Les Filleuls de Napoléon, sous le Second Empire, qui souligne le rôle d’éducateur de l’officier ; et Petit Marsouin, qui parle de cette armée de la Troisième République en pleine refondation avec la généralisation de la conscription. vignette|gauche|redresse|Affiche promotionnelle pour La Guerre fatale, 1901. En 1898, il échafaude La Guerre fatale qui se déroule, d’abord sur les mers contre la perfide Albion (sans-doute influencé par la grave crise diplomatique franco-anglaise liée à l’affaire de Fachoda, puis pendant la seconde guerre des Boers) avec le rôle prédominant du sous-marin. Driant défend et illustre ainsi les thèses de l’amiral Aube et de la Jeune École.

En 1905, très fortement impressionné par la victoire japonaise sur la flotte russe, lors de la bataille des îles Tsoushima, Driant conçoit L’Invasion jaune, ouvrage inscrit dans la lignée du « péril jaune »Maurice Tournier, « Les jaunes : un mot-fantasme à la fin du 19ème siècle », Des mots sur la grève, Lyon, ENS Éditions, 2002, — sur OpenEdition., où les Japonais soulèvent la masse humaine chinoise et indienne contre l’Europe. Le roman se termine par le succès des armées sino-japonaises sur la meilleure armée européenne, celle de l’Empire allemand, entraînant la fin de la prédominance de l’Europe. vignette|redresse|Publication de L'Aviateur du Pacifique dans le Journal des voyages.