Constanța (prononcé
est une ville portuaire de l'Est de la Roumanie, située sur les rives occidentales de la mer Noire. Après Odessa et Sébastopol, c'est le troisième grand port de la mer Noire. Elle est le chef-lieu du județ de Constanța, en Dobrogée. Fondée autour de l’an 600 avant notre ère comme colonie ionienne, c'est l'une des plus anciennes villes de Roumanie.
La municipalité de Constanța compte une population de en janvier 2023. (la cinquième du pays par le nombre d'habitants), mais l'agglomération compte environ avec les communes limitrophes sur une superficie de , soit la seconde agglomération du pays après Bucarest.
Étymologie
Le nom de Constantiana lui a été donné par l'empereur romain Constantin (274-337) en hommage à sa sœur Constantia. Auparavant la cité se nommait en grec ancien Tomis ou Tomes signifiant , qui selon les archéologues et historiens Theodor Capidan, George Vâlsan et Adrian Rădulescu aurait désigné la forme du port antique, aujourd'hui enfoui sous la gare maritime moderne, qui tranchait la ligne côtière, à l'ouest de ce qui était alors la presqu'île de Tomis. Sur les portulans (livres d’instructions nautiques) génois du , la cité apparaît sous le double nom de ou . Son nom roumain est Constanța prononcé « konˈstánt͡sa », son nom grec , turc (prononcé Queustendjé), aroumain Custantsa, bulgare et arménien .
Mythologie La mythologie grecque relie le nom antique Tomis à deux légendes. La première est celle de Jason et des Argonautes, qui, s'enfuyant de Colchide (l'actuelle Géorgie) avec la toison d'or, et avec Médée et Absyrte, enfants du roi Éétès, auraient été poursuivis par la flotte de ce dernier. Sur le point d'être rattrapés, les Argonautes auraient mouillé ici, tué et tranché Absyrte en morceaux et dispersé ceux-ci afin de retarder Éétès, obligé de les rechercher et de les ramasser pour donner des funérailles honorables à son fils.Francis Vian, « Poésie et géographie : les retours des Argonautes », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 131-1, 1987, (en ligne).. Une seconde légende rapportée par Cassiodore et Jordanès relie le nom antique de la ville à Tomyris, reine des MassagètesJordanès, Origine et actions des Goths, chap. 10 - ..
Histoire gauche|redresse|vignette|Constanța en 1893 (carte du Service hydrographique de la Marine française). gauche|vignette|Quartier balnéaire de Mamaia. gauche|vignette|Port de Constanța. gauche|vignette|La mer Noire gelée en hiver autour du casino de Constanța.
Durant la préhistoire, la presqu'île de Constanța abritait un village de pêcheurs mésolithiques, ayant laissé des traces d'habitations, d'outils et de coquilles antérieures aux Gètes (Thraces septentrionaux). Au , la cité Ionienne de Tomis prospère : elle atteint son apogée au . Le poète romain Ovide y est exilé en 8 et y meurt en 17. Entre-temps arrivent des Scythes, qui se mêlent aux Gètes, aux Grecs et aux Romains. La région est alors surnommée Scythie Mineure et fait partie de la province romaine de Mésie.
En l'an 311, lorsque l'empereur romain Galère décrète la liberté de religion pour les chrétiens, la ville est élevée au rang de métropole de la Scythie mineure (patrie de Jean Cassien), avec 14 évêchés. On y parle et écrit alors autant le grec que le latin.
Du , la région, appelée « Paristrie » ou « Paradunavie » (« auprès de l'Istros ou Danube ») et défendue par l'Empire romain d'Orient, résiste aux invasions des Goths, Huns, Slaves, Avars et autres. Mais à la bataille d'Ongal en 680, le khanat bulgare du Danube victorieux conquiert les Balkans et la ville est abandonnée : plus aucune mention n'est parvenue des quatre siècles suivants, jusqu'à ce que l'Empire romain d'Orient (ultérieurement appelé byzantin) en reprenne le contrôle en 977 et la relève, car c'est un abri naval important entre Constantinople et les bouches du Danube. Des populations grecques, valaques, bulgares et arméniennes laissent alors des inscriptions et sont signalées par les chroniques byzantinesJean Skylitzès : Synopsis historiôn..
Après les invasions russes et petchénègues, le royaume des Bulgares et des Valaques (dans les documents de l'époque), indépendant de Byzance depuis 1186, hérite de la ville, mais la grande invasion mongole de l'Europe de 1223 la réduit à nouveau en cendres. Entre 1325 et 1389, la Dobrogée est indépendante et Constanța devient une escale génoise (comme de nombreux autres ports en mer Noire et sur le Bas-Danube).. La ville fait partie pendant une trentaine d'années, entre 1389 et 1422, de la principauté de Valachie, qui doit la céder à l'Empire ottoman. À partir du la ville décline et ne compte plus, selon les recensements ottomans du , qu'une centaine de foyers : ce sont des pêcheurs ou charpentiers de marine grecs pontiques, des bergers roumains (les « Mocans »), des jardiniers bulgares, des marchands arméniens (les « Hermins ») et des militaires turcs, soit tout au plus mille habitants.
Du à 1812, la région devient entre la Russie et l'Empire ottoman ce qui dépeuple encore plus la ville, qui n'est plus qu'un village de pêcheurs. De 1812 à 1856 et après 1878, la Russie ayant annexé la Bessarabie, l'Empire ottoman a désormais une frontière commune avec l'Empire russe. En 1850, le journaliste français Adolphe Joanne décrit Kustendgé comme étant Adolphe Joanne, Voyage en Orient, volumes 1, Ixelles Lez Bruxelles : Delevingue et Callewaert, 1850, p. 22 (lire en ligne).. La guerre de Crimée ravage à nouveau Köstence et le médecin français Camille Allard la trouve quasi-déserte en 1855. mais ensuite le lieu devient un refuge, où aux pêcheurs grecs s'ajoutent des Lipovènes, des Tatars chassés de Crimée par la conquête russe et des bergers et jardiniers roumains (que le géographe George Vâlsan appelle « Diciens »George Vâlsan, Graiul românesc, I, 1927, , , Opere postume, Bucarest 1936, Ion Penișoară, « Unele aspecte dialectale în entopica dobrogeană » (« Des aspects dialectaux de la toponymie dobrogéenne ») in Dacoromania n° 7-8 (nouvelle série, années 2002-2003), pp. 193-196, consulté le 17 février 2023.). En 1861, pour écouler les grains de la Valachie par la mer, la compagnie britannique Danube and Black Sea Railway construit un chemin de fer de Cernavodă sur le Danube jusqu'à Constanța dont elle modernise le port. C'est le début d'une expansion urbaine à laquelle seules les deux guerres mondiales mettent provisoirement des coups d'arrêt.
Lors de la guerre russo-turque de 1877-1878, les principautés unies de Moldavie et de Valachie combattent du côté russe et y gagnent la reconnaissance internationale de leur indépendance qui s'étend sur les de la Dobroudja du Nord : Constanța devient le principal port maritime roumain et évolue en prospère centre industriel et commercial grâce à des capitaux britanniques, français et allemands. La ville est le port d'attache de la flotte du Service maritime roumain. En 1893, elle retrouve l'étendue qui fut la sienne à son apogée antique, au , puis dépasse rapidement ce périmètre. Constanța fut parmi les premières villes d'Europe à utiliser l'électricité pour l'éclairage public.. Dans l'Entre-deux-guerres, Odessa et les autres ports soviétiques périclitent en raison de la guerre civile russe, de la terreur rouge, des famines et des grandes Purges : Constanța devient alors le port le plus fréquenté de la mer Noire, avec plus de 70 % du trafic de celle-ciAnton Bejan, Carmen Atanasiu, Raymond Stănescu, Neculai Pădurariu, Dicționar Enciclopedic de Marină, ed. Semne, 2006.. C'est aussi l'un des terminus de l'Orient-Express, qui dépose les touristes occidentaux fortunés à la gare maritime, d'où les paquebots Dacia, Împăratul Traian ou Medeea (construits à Saint-Nazaire) les emmènent à Istanbul, Smyrne, Le Pirée, Alexandrie, Haïfa, Beyrouth et retour« SMR Dacia » in Romanian Armed Forces in the Second World War sur [WorldWar2.ro] et en français « Sur la trace de Dacia du SMR » in :Archives maritimes sur ..
Comme toute la Roumanie, Constanța est soumise, de février 1938 à décembre 1989, aux régimes dictatoriaux carliste, légionnaire, fasciste et communiste. Entre autres, Nicolae Ceaușescu alors commissaire politique du parti communiste roumain au sein des forces armées, débute ici sa carrièrePierre du Bois de Dunilac, Ceaușescu au pouvoir, enquête sur une ascension, éd. Georg Chêne-Bourg 2004.« Nicolae Ceaușescu » in : Membrii CC al PCR 1945-1989, dicționar, éd. Consiliul Național pentru Studirea Arhivelor Securității, editură Enciclopedică, Bucarest 2004 - , p. 140..
Pendant les 45 ans de la guerre froide, Constanța est soumise aux restrictions d'une « ville frontalière » ouverte sur une mer par où on aurait pu s'enfuir en bateau (ce qui explique l'absence de toute navigation de plaisance ou de pêche privée) et d'où aurait pu venir une , mais après 1970, le patron communiste français Gilbert Trigano parvient à ouvrir à Mamaia un village de vacances pour touristes français, très difficile d'accès pour les indigènes, mais rentable tant pour l'investisseur français que pour l'État roumain (pour ce dernier, surtout en termes d'image) : pendant vingt ans, par charters, des milliers de Français s'y succèdent pour des vacances insouciantes, sans percevoir la réalité vécue par les Roumains alentour ; d'autres villages semblables fonctionnaient à Roussalka en Bulgarie et à Sotchi en URSS« Le Club au pays des Soviets » in Il était une fois le Club Méditerranée - . Après la chute des régimes communistes en Europe, l'ouverture du rideau de fer et le rétablissement de la démocratie, Constanța s'ouvre sur tous les plans et devient une ville très dynamique au niveau de vie parmi les plus élevés du pays, dont elle devient la seconde agglomération après Bucarest. Cependant, suite de la crise financière mondiale débutant en 2007, au regain régional de tension internationale, à la crise de Crimée et à la guerre du Donbass, ainsi qu'au mandat à Constanța même, du maire controversé Radu Mazăre qui finit condamné pour des faits de corruption et association de malfaiteurs.., les activités de la ville déclinent fortement et la ville, surnommée Mazaristan par ses habitants, perd sa prospérité et son rang de seconde agglomération du pays, que revendiquent en 2020 la métropole moldave de Iași et la métropole transylvaine de Cluj..
Géographie Climat Constanța possède un climat semi-continental (Köppen : Dfa), (Trewartha: Doak).
Démographie
Ethnies
Ethnie 1853. 1895. 1913. 2002. 2011Roumains 279 5,4 % 24,1 % 57,6 % 92,2 %83,1 %Tatars 35,6 % 21,1 % 2771,0 % 2,8 %2,6 %Turcs 104 2,0 % 9,0 % 2,9 %2,3 %Grecs 29,6 % 23,6 % 11,6 % 5460,2 %Bulgares 342 6,5 % 10,1 % 940 3,4 % 48> 0,1 %Juifs 344 6,6 % 855 8,2 % 4,6 % 44> 0,1 %Roms 127 2,4 % Données indisponibles 0,95 %Total 100,0 % 100,0 % 100,0 % 100,0 %100,0 %
Religions
Lors du recensement de 2011, 83 % des habitants de Constanța ont déclaré être de tradition orthodoxe et 5 % de confession musulmane, 1,5 % pratiquant une autre religion et 10,5 % n'ayant pas souhaité répondre à cette question..
En raison de son passé ottoman, la ville abrite près d'un quart de la population musulmane de Roumanie , ainsi que la plus grande mosquée du pays, bâtie en 1911 par le roi Carol .
Politique et administration
+ Élections municipales de 2020. Parti Sièges Parti national libéral (PNL)10 Alliance 2020 USR-PLUS (PSD)9 Parti social-démocrate (PSD) 8
Économie