Henri Joseph Leblanc (né à Tourcoing le Archives du Nord, acte 302, vue 528 / 1870. et mort dans la même ville le Archives du Nord, acte de décès n°843, vue 217 / 397.), de son nom complet, fut le directeur du Collège de Tourcoingactuelle Institution libre du Sacré-Cœur. de 1858 à 1901. Abbé, professeur et écrivain, il s'opposa toute sa vie à ce qu'il considérait comme l'un des vices de la laïcisation, l'anticléricalisme et l'irreligion.

Il fut élevé au titre de Prélat de Sa Sainteté en 1901.

Biographie Principal du Collège communal de Tourcoing Après le , qui voit la mort de maladie d'Augustin Lescouf, directeur du Collège de Tourcoing, les autorités universitaires sont à la recherche d'un nouveau principal. On s'intéresse alors à un jeune professeur connu pour son érudition, l'abbé Henri Leblanc, docteur ès Lettres, qui accepte de prendre en main les rênes de l'établissement.

Henri Leblanc accepte et se retrouve donc à la tête du Collège de Tourcoing, établissement déjà ancien puisque fondé par les pères récollets en 1666.

Le Collège communal de Tourcoing jouit à cette époque d'un statut particulier parmi les autres établissements de la région : en effet, un équilibre parfait y est maintenu entre l'élément laïc et l'élément ecclésiastique, avec huit professeurs laïcs et huit professeurs-prêtres. La primauté de l'élément ecclésiastique est cependant visible par le fait que le poste de Directeur est réservé à un religieux, à la suite d'un accord entre la ville de Tourcoing et le diocèse de CambraiLille ne sera le siège d'un évêché qu'à la toute fin du ..

Henri Leblanc, hostile aux « réformettes » qui surchargent les programmes scolaires et au jeu des chaises musicales25 ministres en vingt ans de 1862 à 1882. au ministère de l'Instruction publique, oppose une résistance courtoise mais ferme aux velléités d'intervention des autorités universitaires dans son école. Il développe un programme axé autour de l'étude des Humanités : les langues anciennes, le latin et le grec), qu'il considère comme les matières permettant la plus grande ouverture d'esprit. Son projet éducatif, affirme-t-il, est de former des hommes, pas de transformer ses élèves en encyclopédies superficielles.

Leblanc met l'accent sur trois notions qui dirigent toute son action pédagogique : L'instruction : la formation intellectuelle et culturelle des enfants qui lui sont confiés. L'éducation : participer et encadrer les sentiments, le comportement et le caractère, en d'autres termes forger le cœur des futurs hommes. La foi : l'aboutissement des deux notions précédentes, la formation philosophique, chrétienne et religieuse, qui s'adresse à l'âme.

Doté d'une autorité et d'une volonté peu communes, l'abbé Leblanc était, disait-on, une "main de fer dans un gant de velours". Il considérait l'enseignement aux jeunes générations comme une mission intrinsèque à ses vœux de religion, et conscient de la dignité de sa fonction et de son Collège, il fut un grand constructeur, notamment la Grande chapelle (inaugurée en 1859 et consacrée à la Vierge en hommage à la dévotion particulière qu'avait pour elle un ancien directeur (1838-1855), Albert Lecomte.

Le collège de Tourcoing impliqué dans l'unification italienne et la fin des États pontificaux Durant le Second Empire (1852-1870), l'aide apporté par la France à l'unification italienne divise les catholiques français qui voient avec appréhension la claire volonté du Piémont-Sardaigne d'annexer les États pontificaux et de faire de Rome la capitale du nouveau Royaume d'Italie. thumb|200px|Vers l'unification italienne... Pour Leblanc, l'attitude de la France est empreinte d'hypocrisie parce que d'une part, il y a soutien militaire aux forces piémontaises qui ne cachent pas leur objectif de conquérir Rome en symbole d'apothéose de l'unification italienne, et d'autre part, Napoléon III fait stationner des troupes autour de la Ville Éternelle pour dissuader les Italiens de tenter une action contre le Pape. Ce qui n'empêche pas les Italiens de s'attaquer aux régions périphériques des États pontificaux, comme la Romagne et les Marches : des volontaires de tous les pays s'engagent dans les armées du Pape Pie IX, qui n'entend pas se laisser déposséder du Patrimoine de Saint-Pierre sans combattre.

C'est ainsi qu'un jeune professeur du Collège, Henry Wyart, âgé d'une vingtaine d'années, et qui hésitait sur sa vocation religieuse, partit pour Rome avec la bénédiction de Leblanc et intégra le bataillon des Zouaves Pontificaux, sous les ordres du général de Lamoricière. Son exemple fut suivi par plusieurs dizaines d'anciens élèves et de professeurs du Collège. Leur conduite valeureuse fit grand honneur à l'établissement, notamment à la bataille de Castelfidardo où les troupes pontificales internationales se battirent avec courage contre l'écrasante supériorité numérique italienne.

Cette épopée, toute relative qu'elle soit, souleva l'enthousiasme parmi les élèves du Collège qui écrivirent une lettre de soutien et de fidélité au Pape. L'abbé céda à l'enthousiasme et partit pour Rome avec deux autres professeurs ecclésiastiques porter sa supplique au Souverain Pontife. Henry Wyart obtint une audience privée avec Pie IX et celui-ci, heureusement surpris, remercia l'abbé et écrivit immédiatement une réponse courte et chaleureuse, qu'il concluait par ces mots : "Timete Dominum et Nihil Aliud", "Craignez le Seigneur et rien d'autre".

Cette formule devint la devise du Collège de Tourcoing, tandis que, de retour chez lui, l'abbé Leblanc consacrait l'établissement au Sacré-Cœur de Jésus.

L'aventure d'Italie prit fin lorsque Rome tomba entre les mains des Italiens : le Pape licencia alors ses chers zouaves qui retournèrent chez eux amers de la défaite mais couverts de gloire, dans une France vaincue et humiliée par la guerre de 1870. Quant à Henry Wyart, il resta à Rome auprès du pape Pie IX qui l'ordonna prêtre en 1871, avant de l'envoyer comme frère trappiste à l'Abbaye du Mont des CatsAbbaye dont il devint le père abbé en 1883..

Des relations de plus en plus tendues avec la Ville et l'Université Timete Dominum et Nihil Aliud n'était pas une parole vaine, au contraire. Le pape connaissait les difficultés que la laïcisation imposait aux établissements d'enseignement tenus par des religieux, et l'abbé Leblanc avait pu lui expliquer la situation de son collège.

Les premières difficultés vinrent de l'Université qui souhaitait, par diverses manœuvres administratives, changer le rapport des forces en faveur des laïcs dans la composition du personnel de l'établissement. L'Université saisit un prétexte pour lancer la querelle : trois professeurs laïcs, pères de familles et ayant d'autres occupations en dehors de leur emploi, étaient déjà assez avancés en âge pour subir les contraintes de celui-ci : aussi avaient-ils conclu avec d'autres enseignants ecclésiastiques un accord interne à l'établissement stipulant que chaque professeur laïc serait remplacé les 2/3 de son temps contre seulement 1/3 du traitement du professeur laïc. Ce qui permettrait aux laïcs concernés d'avoir beaucoup plus de temps libre pour se reposer et se soigner, tandis que les ecclésiastiques, qui n'avaient pas besoin d'une paye aussi importante que les laïcs du fait de leur mode de vie et de leur logement au Collège même, les remplaçaient partiellement. Le laïc versait donc le tiers de sa paye à l'ecclésiastique qui le suppléait aux deux tiers du temps. Et l'arrangement stipulait que, lorsque les professeurs laïcs seraient arrivés à l'âge de la retraite, les ecclésiastiques remplaçants obtiendraient à titre officiel et définitif les postes libérés par les laïcs. Quand arriva la retraite des laïcs, les autorités universitaires réagirent brutalement en annulant la nomination des ecclésiastiques et en imposant au directeur l'arrivée de nouveaux professeurs laïcs de diplôme moindre que les candidats religieux, qui avaient pourtant déjà douze ans d'ancienneté dans la maison. Ceci se passait en 1872. L'abbé Leblanc, bien que scandalisé de cette injustice, accepta pour cette fois la décision de l'Université.

L'Université adopta par la suite comme attitude de tout mettre en œuvre pour réfuter les candidatures ecclésiastiques et de favoriser les candidats laïcs. La tension entre le Collège, qui "émet des réserves" sur la politique menée au niveau national, et l'Université, qui mène cette politique, s'accentue.

La Ville, alors dirigée par le conservateur M. Roussel-Defontaines, soutint l'abbé Leblanc contre les menées de l'Université, en affirmant qu'il "serait plus que regrettable que l'Université renouvelle la faute commise à Hazebrouck"Quelques années auparavant, le collège communal d'Hazebroucq, dans la même situation que celui de Tourcoing, s'était séparé de l'Université et était devenu une Institution libre.. Cependant, la Ville avait des problèmes budgétaires, à la suite des grands travaux qui avaient été effectués à l'époque pour répondre à la Révolution industrielle. Le Collège, pour sa part, était florissant et prospère, grâce à sa bonne gestion. Le Conseil Municipal enviait la situation financière de l'établissement, et cherchait un moyen de récupérer un peu de cette prospérité pour financer les projets communaux. Ce qui n'était pas pour plaire à l'abbé Leblanc, garant des intérêts du collège, et qui s'apprêtait à construire de nouveaux bâtiments pour accueillir le nombre croissant d'élèves. On décida d'augmenter la rétribution collégiale, la somme que chaque élève devait verser à la Ville pour être scolarisé. En quelques années, elle est quasiment doublée tandis que le budget alloué au Collège n'augmente pas.

En 1872, un article paru dans le journal lillois L'Écho du Nord agite tout Tourcoing : il y est déclaré que "la Ville de Tourcoing cherche actuellement à transformer actuellement son Collège Communal en établissement laïc pour la prochaine rentrée scolaire d'octobre". Le Conseil Municipal dément avec énergie, et une commission d'études sur la situation de l'école. Le rapporteur de la commission, M. Victor Hassebroucq, conclut ainsi son document élogieux sur le collège dirigé par l'abbé Leblanc : Il est important de conserver l'équilibre entre l'élément ecclésiastique et l'élément laïc de l'établissement [...] et qu'il est de bon augure d'espérer que le Collège vivra encore longtemps à l'ombre d'un régime qui ne lui a jusqu'à présent attiré que des mérites. L'Université reste alors muette et l'affaire en reste là.

De 1872 à 1881 s'ouvrent neuf années de calme et de bonne entente entre les trois protagonistes : le Collège, la Ville et l'Université. En 1877, la Ville renouvelle sa confiance à l'abbé Leblanc en signant un nouveau contrat d'association avec le Collège, qui devait durer vingt ans : une clause spéciale faisait en sorte que l'une des deux parties pouvait mettre fin au contrat tous les cinq ans, c'est-à-dire aux échéances de 1882, 1887, 1892 et 1897. À la condition sine qua non de dénoncer le contrat un an exactement avant l'échéance.

La rupture et la transformation de l'établissement en Institution libre Les bons rapports entretenus pendant presque dix ans n'étaient qu'une embellie, fragile et susceptible d'être renversée au moindre changement de donne. Le changement viendra tout d'abord de l'Université, en 1879 : l'arrivée au pouvoir au niveau national, des députés républicains accélèrent le processus de laïcisation déjà enclenché depuis plusieurs années.