Les TuvaluL'usage hésite entre le féminin pluriel (par ellipse de « îles Tuvalu ») et le masculin singulier. L'Institut géographique national de France (IGN) préconise le pluriel dans sa référence (), tandis que d'autres ouvrages comme le Petit Larousse entérinent la tendance populaire vers le singulier. L'étymologie du nom (« huit ensemble ») et son caractère d'État archipélagique donnent des arguments pour une forme plurielle. Somme toute, le nom est en fait à la fois féminin pluriel et masculin singulier, tout comme le sont la plupart des noms de villes, par exemple : « Tous les noms de ville en général [sont masculins] […] Néanmoins, quand on personnifie une ville, on en met ordinairement le nom au féminin […] Dans ce cas il y a ellipse du mot ville ». (prononcé : ), en forme longue lÉtat des Tuvalu., en tuvaluan , en anglais et (anciennement connues sous le nom dîles Ellice), sont un État et un archipel polynésien, situés dans l'ouest de l'océan Pacifique Sud, au sud de l'équateur, à au sud-sud-est de l'atoll d'Arorae, la plus méridionale des îles Gilbert (Kiribati), et à au nord de Vanua Levu, aux îles Fidji. Il est indépendant depuis 1978.

C'est un archipel constitué de neuf atolls qui sont tous habitésNiulakita a été longtemps inhabitée, et ce jusqu'en 1949, ce qui explique le nom du pays (qui fait référence à « 8 »).. Vaiaku en est le village principal, à Fongafale sur l'atoll de Funafuti qui fait de long. L'endroit le plus large de l'atoll, abritant l'aéroport international dont la piste est d'environ , avoisine les . C'est là que vit la moitié de la population de l'État..

Compte tenu de la montée des eaux, Tuvalu pourrait être d'ici 2050 le premier État sans territoire habitable..

Étymologie « » signifie en tuvaluan « huit ensemble », au sens de « huit atolls », valu étant le nombre cardinal pour huit. Ce nom a été choisi pour désigner les huit îles et atolls occupés par les Tuvaluans (Funafuti, Nanumaga, Nanumea, Nui, Niutao, Nukufetau, Nukulaelae et Vaitupu) ; un neuvième, Niulakita, est occupé de manière permanente depuis 1989.

Histoire

Installation des populations austronésiennes de l'Asie continentale au Pacifique

En , les ancêtres des Austronésiens, habitant alors le littoral de l'actuelle Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencèrent à traverser le détroit de Formose pour s'installer à Taïwan. Vers , des migrations ont lieu de Formose vers le Japon méridional et les Philippines. De nouvelles migrations suivirent des Philippines vers Célèbes et Timor et de là, vers les autres îles de l'archipel indonésien. Vers , un autre mouvement, la civilisation Lapita, mène des îles de l'Amirauté vers les îles du Pacifique, y compris l’Océanie lointaine. Les Austronésiens, dont font partie tous les Tuvaluans/tuvaluens, sont parmi les plus anciens navigateurs de haute mer de l'histoire de l'humanité. La plupart sont Polynésiens et sont arrivés tardivement de Samoa (surtout), certains sont des Micronésiens et semblent avoir été les tout premiers installés avant d'être envahis par les Polynésiens (le cas de Nui étant l'exception tardive contraire). Leur provenance est vraisemblablement le sud des îles Salomon ou le nord du Vanuatu, sans qu'il soit possible de préciser davantage.

Avant le

Les Tuvalu sont habitées depuis le début du Elles semblent avoir été notamment peuplées par des populations polynésiennes (branche océanique des populations austronésiennes), en provenance des Samoa, qui étaient un centre de diffusion de cette culture ; ces Polynésiens se sont mélangés avec des Micronésiens déjà présents.

Vers le milieu du , les Tuvalu furent visités par des Tongiens. Il n'est pas certain que ceux-ci s'y soient installés. Les Tuvalu demeurèrent dans la zone d'influence culturelle, politique et militaire tongienne avec de nombreux contacts entre les deux ensembles d'îlesDonald G. Kennedy, "Field Notes on the Culture of Vaitupu, Ellice Islands", Journal of the Polynesian Society, vol. 38, 1929, ..

Les étroits et fréquents contacts maintenus avec les voisins gilbertins (I-Kiribati), de langue micronésienne, expliquent la population actuelle de Nui. Cette dernière, baptisée « isla de Jesús » est visitée pour la première fois par un Européen en , avec l'arrivée de l'Espagnol Alvaro de Mendaña y NeyraSource : On Islands and Men, 1968, Henry Evans Maude.. L'archipel sera globalement baptisé du nom d'Ellice (un homme politique et marchand britannique, propriétaire du navire Rebecca, Edward Ellice, nom d'abord uniquement attribué à Funafuti par le capitaine Arent DePeyster en 1819) lors de l'expédition de Charles Wilkes (navires Peacock et Flying Fish).

Du à aujourd'hui Dans les années 1860, des missionnaires samoans de la London Missionary Society s'installèrent sur l'île de Vaitupu. Ils y apportèrent le christianisme, ainsi que l'alphabétisation à travers des Bibles en langue samoaneDonald G. Kennedy, "Field Notes on the Culture of Vaitupu, Ellice Islands", Journal of the Polynesian Society, vol. 38, 1929, ..

Bien qu'aucune colonisation ne fût établie avant 1892, les marchands d'esclaves et les baleiniers venaient parfois dans ces îles avant le protectorat britannique, pour en razzier la population ou en piller les ressources.

En 1892, les îles deviennent le protectorat britannique des îles Ellice. Le protectorat devint la colonie des îles Gilbert et Ellice en 1916 par réunion avec le protectorat des îles Gilbert.

En 1974, les différences ethniques et linguistiques et de développement dans la colonie poussèrent les Polynésiens des îles Ellice à voter pour la séparation d'avec les îles Gilbert (appelées désormais les Kiribati).

L'année suivante, le , les îles Ellice deviennent la colonie britannique des Tuvalu, en adoptant un nom autochtone.

L'indépendance fut accordée en 1978 sous la forme d'un dominion, la reine restant le chef de l'État en tant que reine des Tuvalu (titre distinct pour le monarque d'un nouvel État souverainPlus précisément, le monarque du Royaume-Uni ne règne pas aux Tuvalu. C'est le monarque des Tuvalu qui y règne. Il s'agit bien de la même personne, mais les prérogatives de en tant que roi du Royaume-Uni ne s'exercent pas aux Tuvalu. Ses fonctions sont définies et limitées par la Constitution tuvaluane. Les Tuvalu sont un royaume du Commonwealth, au même titre que le Canada par exemple.). Formellement, les Tuvalu sont donc un royaume du Commonwealth, avec pour chef d'État le roi .

Le , à la suite d'une brève crise constitutionnelle, le gouverneur général, Sir Iakoba Italeli, limoge le Premier ministre Willy Telavi, qui ne disposait plus d'une majorité parlementaire, et nomme Enele Sopoaga Premier ministre par intérim "GG appoints Sopoaga as Tuvalu's caretaker PM" , Islands Business, août 2013.. Le , le Fale i Fono confirme Sopoaga au poste de Premier ministre, par huit voix contre cinq. Il prête serment et nomme son gouvernement le lendemain "Enele Sopoaga Sworn-in Today as Tuvalu's New PM" , Islands Business, 5 août 2013..

Avec l'établissement de la capitale et des services gouvernementaux à Funafuti, les Tuvalu connaissent un phénomène d'exode depuis les autres atolls : en 2015, Funafuti regroupe 47 % de la population tuvaluane (contre 7 % en 1884).

Politique

Les Tuvalu sont une démocratie et une monarchie parlementaire. Le roi est le chef de l'État, représenté sur place par le gouverneur général, actuellement Tofiga Vaevalu Falani (depuis 2021). Le Fale i Fono est le pouvoir législatif monocaméral du pays. Ses députés sont élus au suffrage universel et le Premier ministre, chef du gouvernement, est issu de la majorité parlementaire.

En 1986, un référendum est organisé aux Tuvalu pour ou contre le passage de la monarchie à une république. Les habitants se prononcent pour le maintien de la monarchie..

Le , le Premier ministre Maatia Toafa a annoncé la fin d'un long processus de consultation et l'organisation d'un nouveau référendum pour ou contre le maintien d' comme chef de l'État. Le référendum eut lieu en avril 2008. Le taux de participation fut faible (à peine plus de 20 %) ; optèrent pour le statu quo, et 679 pour une république. En conséquence est demeurée reine des Tuvalu.. Une nouvelle consultation publique sur ce sujet est lancée en 2021.

Le pays ne possède pas d'armée. La sécurité et les fonctions de surveillance maritime sont assurées par la force de police des Tuvalu. En novembre 2023, le pays signe avec l'Australie un traité qui rend l'Australie garante de la sécurité intérieure et de la défense des Tuvalu. Les Tuvalu s'engagent, en retour, à ne signer aucun accord de sécurité ou de défense avec un pays tiers sans l'accord de l'Australie "Albanese opens borders in landmark "climate refuge" deal with Tuvalu", The Australian Financial Review, 10 novembre 2023..

Géographie

Îles

vignette|redresse=1.1|Localisation des Tuvalu en Océanie. vignette|redresse=1.1|Carte des Tuvalu, avec les différents atolls et îles.

Bien que les Tuvalu n'aient pas de subdivision administrative, le pays comporte neuf îles ou plus exactement des atolls. Certains atolls se subdivisent à leur tour en « îles » ou « îlots ». Les neuf atolls sont : Funafuti (la capitale), Nanumea, Nanumaga, Niutao, Nui, Niulakita (inhabitée avant la fin de la Seconde Guerre mondiale), Nukufetau, Nukulaelae et Vaitupu.

Agriculture L'eau potable aux Tuvalu est rare : l'eau douce provenant des lentilles d'eau souterraines (une sorte de nappe d'eau) des atolls est souvent impropre à la consommation en raison de la pollution (élevage de porcs). L'eau potable est importée ou récupérée à partir d'un système de récollection des eaux des pluies, installé dans les maisons. En 2011, en raison du phénomène La Niña, les Tuvalu subissent l'absence de précipitations pendant plusieurs mois consécutifs, ce qui entraîne une pénurie d'eau potable.

Sur cette terre peu fertile, le compost est l'engrais naturel idéal. La collecte des feuilles de cocotier ou de pandanus, utilisées notamment pour des plats de repas de fête, reste à organiser. De nombreux potagers sont installés devant les maisons.

La culture des légumes traditionnels, pulaka et taro géant des marais (Cyrtosperma), est devenue plus ardue. Leurs racines qui s'enfouissent profondément dans le sol supportent mal les infiltrations d'eau salée dans les terres à la suite de l'élévation du niveau des eaux marines. Ces légumes sont pourtant fréquemment consommés, faisant partie de la cuisine des Tuvalu.

Diminution de la surface des îles par la montée des eaux Les Tuvalu sont menacées par l'élévation du niveau de la mer provoquée par le réchauffement climatique.

Ce phénomène est lié au cumul de plusieurs facteurs. Ainsi, l'érosion côtière, aggravée par les activités humaines, affecte le niveau des eaux. Le facteur dominant est la hausse rapide du niveau de l'océan dans le Pacifique Ouest. Le phénomène est aggravé localement par l'ENSO. En effet, le basculement de l'oscillation pacifique décennale en phase négative et la plus grande fréquence des phases négatives de l'ENSO conduisent à la dilatation du Pacifique Ouest et à la contraction du Pacifique Est... Pour Tuvalu en particulier, le rythme de la hausse relative approche les deux millimètres +/- un mm/an, hors les effets d'érosion et de subsidence.

vignette|redresse=1.1|Inondations à Funafuti à cause des pluies et des marées en avril 2017.

En 2001, le gouvernement des Tuvalu a annoncé que les îles, dont le point le plus élevé est de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer, devraient être évacuées en cas d'élévation du niveau de l'océan, dû à la probable montée des eaux si le réchauffement climatique général de la planète se poursuit. Il se peut que l'affaissement des atolls soit également un facteur secondaire de l'envahissement progressif par les eaux de l'océan.