Le lojban (se prononce comme « loge-bane », en deux syllabes) est une langue construite, dont la morphologie et la grammaire sont conçues sur un modèle logique. Son ambition est d'éliminer toute ambiguïté de ses énoncés, au moins en ce qui concerne l'analyse grammaticale et morphologique (une certaine part d'interprétation restant inhérente à la sémantique, notamment aux mots composés tant qu'ils n'entrent pas dans le lexique figé de la langue). Par sa construction sans concession au service d'une idée militante, le lojban possède certains traits communs avec d’autres langues construites comme le láadan ou le toki pona.

Son étymologie de « langue logique » ne rend pas justice au but de ce langage : il n’est pas réservé à la logique formelle ni destiné à être utilisé uniquement en informatique, et convient tout aussi bien à une utilisation humaine, servant pour les communications courantes. Selon le degré d’abstraction ou les choix de construction voulus par le locuteur, le lojban peut se rapprocher du langage naturel, d’un langage de programmation ou de toute autre langue connue. Il peut par ailleurs être poétique, ambigu, précis ou neutre.

Le lojban dispose d'un vocabulaire de base de . Bien qu'elles soient inspirées au départ des langues naturelles, la très forte contrainte morphologique pesant sur ces racines rend le plus souvent cette origine méconnaissable, contrairement à l'approche prise par l’espéranto. Outre ce vocabulaire de base, le lojban permet de former des mots composés, ce qui donne à la langue un vocabulaire potentiellement illimité. De plus le lojban dispose de mécanismes pour importer des mots étrangers à la langue.

La grammaire du lojban est entièrement régulière, tous les mots toujours invariables, et il n'y a aucune exception. Des énoncés simples se traduisent par des constructions simples. La souplesse de la grammaire autorise des constructions variées suivant le style ou l'intention. Cependant, la contrainte de ne jamais permettre une analyse grammaticale ambiguë conduit rapidement à faire des distinctions très fines dans des cas plus complexes, par exemple dans le traitement des négations ou des pronoms. Le lojban dispose dans ce but d'un vocabulaire important de mots grammaticaux, entièrement artificiels, et d'une grammaire foisonnante. Cette grammaire très riche (l'édition anglaise, John Woldemar Cowan, The Logical Language Group. fait plus de trois cents pages), nécessaire pour traiter entièrement les différents cas possibles, reflète par contraste l'ambiguïté permise par celles des langues naturelles.

Le lojban dérive du loglan, du docteur James Cooke Brown. Après une longue période de discussion et d’expérimentation, ses fondations furent établies par la publication en 1998 de .

Présentation

Histoire

Le lojban est une refonte du loglan, lui-même créé par le linguiste James Cooke Brown dans les années 1960. Ce dernier espérait explorer l’hypothèse de Sapir-Whorf par la création d’une langue structurellement très différente des langues naturelles. Il est basé sur une construction mathématique, l’objectif étant d’analyser la façon dont est modifiée la capacité analytique de la personne parlant ce langage.

Cependant l’équipe de James Cooke Brown n’apprécia pas sa volonté de garder ce travail universitairement confidentiel et sous son seul contrôle. En 1987, quelques loglanistes actifs se sont séparés du projet de Brown en raison d’un désaccord sur les prétentions de ce dernier quant à un contrôle strict de ses droits d’auteurs sur la langue et le matériel d’apprentissage. Aussi créèrent-ils le (Groupe de langue logique) en 1987, afin d’accomplir les buts initialement posés par le loglan, de l’améliorer, le rendre praticable comme une langue de communication, et surtout de le rendre disponible librement.

La construction du lojban a commencé en 1987 à partir des mêmes bases logiques que pour le loglan, mais en partant d'un nouveau vocabulaire, composé à partir de la combinaison de , ceci pour poursuivre l’objectif original du loglan mais en l’utilisant de façon plus large dans la vie de tous les jours. Après une longue période de discussion et d’expérimentation, ses fondations furent établies par la publication en 1998 de . Il continue de s'enrichir. Finalement, lojban est devenu bien plus important que le projet original.

Il y a actuellement dans le monde quelques dizaines de lojbanistes actifs, principalement sur internet. Le (LLG ou la lojbangirz en lojban) est une association à but non lucratif qui tient son assemblée générale annuelle sur le canal irc de la communauté.

Origine du nom Le nom « lojban » est lui-même formé régulièrement en lojban. C'est un mot composé formé de loj (forme réduite de logji, logique) et ban (forme réduite de bangu, langage). Le qualificatif (contexte) précédant le mot (type) en lojban, « loj.ban » en lojban se comprend littéralement comme « langue logique ».

De plus, dans sa forme, lojban se termine par une consonne, ce qui en lojban est la caractéristique morphologique des noms propres. De ce fait, sa prononciation correcte en lojban est suivie d'un arrêt vocalique, marqué orthographiquement par un point (lojban.).

La racine bangu (langage) dispose de deux formes réduites, qui sont ban, qui se termine comme un nom propre, et bau, qui se termine comme un mot commun. La forme « lojban. » désigne donc spécifiquement « la » langue logique par excellence, par opposition à « une » langue logique, qui pourrait se dire lojbau en lojbanEntrée lojban. du Wiktionary ..

Principales caractéristiques Le cœur du projet initial ayant conduit au lojban était de disposer d'un langage permettant de discuter de l'hypothèse de Sapir-Whorf, supposant que les représentations mentales dépendent des catégories linguistiques, autrement dit que la façon dont on perçoit le monde dépend du langage. Dans ce but, les créateurs du langage ont volontairement créé un langage à la structure résolument inhabituelle.

Ce parti-pris ne se manifeste pas tellement dans la morphologie, surtout déterminée par la contrainte de pouvoir conduire une analyse morphologique sans ambiguïté. Chaque mot du vocabulaire dispose d’une racine que l’on peut combiner avec d’autres racines afin de créer d’autres mots à la manière de l'allemand ou du grec, ce qui rend le lojban extrêmement évolutif par la commodité de création de mots nouveaux compréhensibles par tous dès leur lecture.

L'originalité du parti-pris éclate en revanche pleinement dans la grammaire de la langue, qui s'inspire des mécanismes mathématiques du calcul des prédicats. Cette grammaire étant donc par construction très inhabituelle, des termes spécifiques empruntés au lojban lui-même sont utilisés pour en désigner les différents éléments. Au-delà de ses termes inhabituels pour un non-praticien, la grammaire du lojban est très simple à comprendre, et le fait qu’un mot puisse aussi bien servir de verbe que d’adjectif rend l’utilisation de la langue extrêmement riche et puissante.

Les textes lojban peuvent être analysés comme des textes de langages de programmation, n'utilisant que des grammaires formelles comme le PEG, YACC, et la forme de Backus-Naur.. Il y a plusieurs types d'analyses syntaxiques disponibles....

Utilisation

Outre son emploi initialement envisagé pour explorer l’hypothèse de Sapir-Whorf, le lojban suscite l'intérêt de quelques linguistes théoriciens pour analyser comment se fait l'apprentissage et l'évolution d'une langue.

Sa grammaire sans ambiguïté pouvant toujours être compilée par un analyseur syntaxique en fait un outil potentiel pour les interactions avec des systèmes de traitement automatisés du langage, traductions automatiques ou banques de connaissances.

Il se trouve également quelques personnes pour espérer que le lojban puisse être utilisé comme langue de communication internationale.

Le mot lojban vient de « langue logique », en lojban. En effet, la grammaire du lojban est basée sur les principes de la logique des prédicats. Mais pour ses défenseurs, le lojban a d’autres caractéristiques : le lojban est conçu pour être utilisé par des personnes pour communiquer entre elles, et éventuellement, dans le futur, avec des ordinateurs ; le lojban est conçu pour être culturellement neutre ; la grammaire du lojban est non ambiguë ; la prononciation du lojban et son orthographe sont directement liées, sans confusion possible ; le découpage d’un texte lojban en mots ne peut se faire que d’une seule façon ; le lojban est d'une structure simple, comparé aux langues naturelles, et facile à apprendre ; les du lojban peuvent facilement être combinés, de façon à former un vocabulaire de millions de mots ; la définition du lojban est rigoureuse et ne comporte pas d’exceptions ; le lojban tente de lever les restrictions qui peuvent exister pour exprimer des idées créatives et claires ; le lojban peut être utilisé dans des domaines différents, créatifs ou scientifiques, théoriques ou pratiques.

Prononciation

Notation et prononciation Le lojban est conçu pour pouvoir être lu comme il est écrit, et pour être écrit comme il est parléThe Lojban Reference Grammar, §3.1 : Orthography.. Cette correspondance biunivoque est le premier sens dans lequel il est dit ne pas être ambiguWhat do you mean by 'unambiguous'?, What Is Lojban?.. Dans ce but, notamment, tout ce qui se traduit par un ton de voix à l'oral, ou par une ponctuation ou une marque typographique à l'écrit, se traduit explicitement par des mots en lojban. L'objectif est ici de faciliter un éventuel dialogue homme-machine entre oral et écrit. La référence du lojban est phonétique ; de ce fait il peut être noté par n'importe quel moyen permettant de distinguer ses phonèmes.

L’alphabet lojban se prononce presque toujours comme en françaisThe Lojban Reference Grammar, §2.2 : Pronunciation.. Les lettres ont toujours une prononciation unique (ou plus précisément, une plage limitée de réalisations possibles) : le 'g' est toujours dur sinon ce serait un 'j', et le 's' n'est jamais voisé comme le 'z'. Certaines lettres ont une prononciation conventionnelle inhabituelle pour un lecteur francophone : c se prononce "ch" comme dans "cheval" x se prononce comme la jota espagnole ou le ch allemand dans Bach y est le "schwa", la voyelle moyenne centrale, proche du e dit muet comme dans "le" ou "petit" (ou le a dans l'anglais about). Il est toujours prononcé, car il sert de trait d'union sonore dans certains mots composés.

Les consonnes mixtes ('m', 'l', 'n', et 'r') peuvent prendre la forme de « voyelle consonantique » dans certains noms propres ou importés, où la consonne forme une syllabe par elle-mêmeWhat Is Lojban?: Chapter 2, Overview of Lojban Grammar, phonology.. Ainsi, « Hélène » est transcrit par el,n (deux syllabes), et « Burt » se transcrit brt, le 'r' faisant la durée de la syllabe.

Enfin, deux signes de ponctuation sont des « semi-lettres », qui font partie de l'orthographe : l'apostrophe ' est l'équivalent du "h" anglais (consonne aspirée, comme dans "mayhem"). Il ne se trouve qu'entre deux voyelles, et sert à les séparer par une légère expiration. Dans les décomptes de voyelles ou de consonnes, il n'est jamais décompté. le point ('.') marque une pause obligatoire, marqué par un petit coup de glotte, qui doit interrompre le flux d'air dans la gorge. Il n'est pas toujours marqué, parce qu'il est par exemple implicite avant tout mot commençant par une voyelle, ou après tout mot se terminant par une consonneThe Lojban Reference Grammar, §4.9 : Rules for inserting pauses. La virgule (',') n'a pas de prononciation, elle sert à séparer visuellement deux syllabes qui pourraient sinon se concaténer (ce qui permet de clarifier si nécessaire le rôle des consonnes 'l', 'm', 'n', ou 'r'). C'est la même fonction que celle du point en alphabet phonétique international.