Jacques Abeille, né le Notice de la BnF à Lyon et mort le à LibourneÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un écrivain français. Influencé par le mouvement surréaliste auquel il participera dans les années 1960-1970, il est principalement connu pour le cycle romanesque organisé autour d'un univers imaginaire initié par la publication au début des années 1980 des Jardins statuaires. Il a par ailleurs écrit plusieurs recueils de poésie et de nouvelles, et est l'auteur d'une œuvre érotique importante, publiée pour partie sous le pseudonyme de Léo Barthe.

Biographie Jacques Abeille est né le dans le 6e arrondissement de Lyon d'une relation bi-adultérine. Son père, Valentin Abeille (1907-1944) - engagé dans la Résistance et opposé au régime de Vichy - est le petit-fils d'un sénateur sous-préfet. Afin de pouvoir reconnaitre son fils (ce que la loi de l'époque n'autorisait pas), Valentin Abeille fait établir un faux certificat de famille par le réseau de résistance auquel il appartientEntretien avec Jérôme Goude, pour Le Matricule des anges, , novembre-décembre 2007..

Après la mort de son père en 1944, c'est le frère jumeau de celui-ci qui recueille Jacques Abeille, l'élevant, aux dires de l'écrivain, « à bien des points de vue [...] comme le fantôme de ce dernier », dont la perte l'a navréDaniel Launay, « Lectures de Jacques Abeille », in Le Dépossédé, .

Une fois la guerre terminée, Jacques Abeille accompagne son oncle, qui est haut fonctionnaire, dans les différents endroits où il est affecté et accomplit les années d'une enfance dont on devine, au fil des diverses allusions qu'il y fera par la suite, qu'elle ne fut pas heureuseDaniel Launay, « Lectures de Jacques Abeille », in Le Dépossédé, .

Après avoir séjourné quelque temps en Guadeloupe, c'est à Bordeaux que se fixe le futur écrivain en 1959. Le choc provoqué par le contraste entre cette ville et l'espace ultramarin où il avait vécu antérieurement devait, associé à des réminiscences littéraires de la Prague de Kafka et surtout de Gustav Meyrink être à l'origine de la création de Terrèbre, la capitale de l'empire des Contrées, telle qu'elle apparait dans Le Veilleur du jour.

Adhésion au surréalisme thumb|right|André Breton Jacques Abeille fréquente les milieux littéraires et artistiques bordelais liés au surréalisme, en particulier le mouvement Parapluycha, animé notamment par Pierre Chaveau, les frères Mimiague et Alain Tartas. Il correspond avec André Breton, dont l'entourage l'invite à se rapprocher du peintre et photographe Pierre Molinier, qui réside alors à Bordeaux, et dont il devient l'ami. Abeille participe également aux travaux de la revue surréaliste La Brèche, fondée par Breton en 1961Pierre Vilar, « Un surréaliste, même », in Le Dépossédé, ..

En , trois ans après la mort d'André Breton, Jean Schuster décrète la fin du surréalisme « historique » dans un article publié dans le journal Le Monde sous le titre de « Le Quatrième chant ». Jacques Abeille fait partie de ceux qui refusent la dissolution du groupe, et il rejoint le comité de rédaction du Bulletin de liaison surréaliste réuni autour de Micheline et Vincent Bounoure et de Jean-Louis Bédouin. Jacques Abeille écrit en tout quatre articles pour les dix numéros que compte la revue éditée entre 1970 et 1976Pierre Vilar, « Un surréaliste, même », in Le Dépossédé, ..

Cette activité au sein du mouvement surréaliste a toutefois laissé peu de traces : s'il est mentionné dans l'index de l'Histoire du mouvement surréaliste de Gérard Durozoi, publié en 1997, ainsi que dans L'Histoire de la poésie française du de Robert Sabatier, où il est mentionné au titre d'auteur surréaliste, il est en revanche absent du Dictionnaire du surréalisme et de ses environs dirigé par Adam Biro et René Passeron (1985), ainsi que de la base de données du site Mélusinemelusine-surrealisme.fr du Centre de recherches sur le surréalisme de l'université Paris IIIPierre Vilar, « Un surréaliste, même », in Le Dépossédé, ..

De la peinture à la littérature Dès son enfance, Jacques Abeille explique avoir ressenti le « lancinant désir d'être un artiste », désir contrarié par « une timidité confuse, indécise et angoissée », une incapacité et un obstacle vague dont il trouvera la clé au sortir de l'adolescence, lorsqu'à l'âge de vingt-et-un ou vingt-deux ans, à l'occasion de travaux pratiques de psychologie, Jacques Abeille se découvre daltonienDaniel Launay, « Lectures de Jacques Abeille », in Le Dépossédé, . « Ce fut une grande crise et un immense chagrin » expliquera l'auteur dans un entretien de 2007, qui le conduisit à abandonner la peinture pour se tourner vers l'écriture : « je suis un écrivain sur les bases d'un peintre raté », expliquera-t-il à un autre correspondant.

Le premier livre de Jacques Abeille est un récit érotique intitulé La Crépusculaire et publié en 1971 sous le pseudonyme de Bartleby aux éditions L'Or du temps dirigées par Régine Deforges. Ce texte, écrit entre 1967 et 1968, répondait à un défi lancé avec quelques amis de rédiger un ouvrage érotique. Cette expérience de l'écriture, dont la rapidité d'exécution le surprit, lui ouvrit de nouvelles perspectives, car il était englué alors dans des tentatives décevantes pour écrire des relations de rêves.

Jacques Abeille publiera par la suite un ensemble important de textes érotiques, sous son propre nom ou sous pseudonyme, le plus fréquent et le plus constant étant celui de Léo Barthe, qui apparaît par ailleurs en tant que personnage dans le cycle romanesque initié par Les Jardins statuaires.

Les Jardins statuaires et le Cycle des Contrées Les Jardins statuaires est un roman issu d'une double inspiration. Tout d'abord celle née de la rencontre d'un jardinier grattant la terre dans laquelle il fait pousser des courges, la vision de la plasticité de ces légumes inspirant à Abeille l'image de statues sortant du sol. À cette image se superpose le projet d'un essai prenant la forme d'une sorte de conte philosophique traitant de la création artistique, perçue non pas, ainsi que le veut une tradition littéraire représentée notamment par Gustave Flaubert, comme un processus technique, mais bien plutôt comme l'accompagnement par l'artiste d'une inspiration préexistant à tout travailIvanne Rialland, « Les Jardins statuaires : Le Surréalisme mémoriel de Jacques Abeille », Revue critique de fixxion française contemporaine, 2012.. En cours d'écriture, constatant l'absence de femmes dans le conte en cours de rédaction, ce qui lui semblait plutôt incongru pour un texte traitant de l'inspiration artistique, Abeille en vint à imaginer un récit prenant place dans un lieu, les jardins statuaires, d'où les femmes, cloitrées, sont exclues physiquement, gardées qu'elles sont dans des quartiers réservés et inaccessibles aux hommes ou bien reléguées dans des hôtels qui sont en réalité des maisons closesGil Pressnitzer, « Jacques Abeille. La quête sans fin des marges du monde », Esprits nomades, juin 2011.. thumb|right|Fontaine de la place Amédée-Larrieu à Bordeaux Les Jardins statuaires devait être publié par Régine Desforges, avec qui le contrat d'édition avait été signé. Mais la faillite de la maison d'édition L'Or du temps empêche cette publication« Note biographique », in Jacques Abeille, Petites proses plus ou moins brisées, Arfuyen, 2015, .. Abeille confie alors le tapuscrit du roman à Julien Gracq, avec lequel il est alors en relation, afin que celui-ci le remette à José Corti, éditeur historique des publications surréalistes. Mais le tapuscrit s'est semble-t-il perdu et n'arrivera jamais entre les mains de Corti« En France on condamne l'imagination », entretien avec David Caviglioli, BiblioObs, 19 novembre 2011.. C'est finalement Bernard Noël qui, plusieurs années plus tard, découvrant un autre exemplaire dactylographié du roman, entreprend de le publier chez Flammarion, où il est alors éditeur. Mais un retard de fabrication entrave la sortie du livre, qui pâtit de plus du départ de Bernard Noël de son poste d'éditeur en 1983. Diverses autres péripéties entraveront les éditions du roman qui inaugure le Cycle des Contrées, qui acquiert alors le statut de roman mauditAnne Besson, « Chronique(s) d'un cycle », in Le Dépossédé, .Anne Besson indique dans cet article qu'elle reprend « avec un peu de distance » cette « légende noire », observant en particulier que les récits des déboires éditoriaux des Jardins Statuaires, livre présenté comme longtemps introuvable, font l'impasse sur l'édition proposée en 2004 chez Joëlle Losfeld.

Jacques Abeille n'en publie pas moins en 1986, toujours chez Flammarion, un deuxième roman de ce qui devient alors un cycle romanesque, avec Le Veilleur du jour, qui est en quelque sorte le pendant des Jardins statuaires : l'action des deux romans est à peu près simultanée, et celle du dernier se situe à l'autre extrémité de l'empire imaginé par Abeille, dans la ville capitale de Terrèbre. Un troisième roman, dont la première ébauche date de 1977Anne Besson, « Chronique(s) d'un cycle », in Le Dépossédé, p. 112., évoque la période suivant l'invasion barbare dans l'attente de laquelle vivent les habitants de Terrèbre comme ceux des Jardins statuaires. Intitulé tout d'abord Un homme plein de misère, en référence à la célèbre formule de Pascal, il est finalement publié en 2011, sous la forme d'un double roman : Les Barbares et La Barbarie, aux éditions Attila.

La Clef des ombres, roman d'une tonalité sensiblement différente de celle des autres romans et nouvelles, quoique situé à Journelaime, ville des Contrées, n'a pendant un temps plus été inclus dans le cycle alors qu'il l'était lors de sa parution en 1991Anne Besson, « Chronique(s) d'un cycle », in Le Dépossédé, .. Après avoir envisagé d'en faire le premier volume d'un autre projet romanesque intitulé « Le Cycle des chambres« Le monde prend congé de moi au moment où je prends congé de lui », entretien avec Yann Etienne, revue Diacritik, 10 octobre 2020. », La Clef des ombres a finalement de nouveau été intégré au "Cycle des contrées" lors de sa réédition aux éditions du Tripode en 2020, année où a également été publié La Vie de l'explorateur perdu, dernier roman du cycle des contrées dans lequel réapparait Brice Cléton, le protagoniste de La Clef des ombres.

Le cycle inclut également trois recueils de nouvelles : Les Voyages du fils (publié pour la première fois sous ce titre en 2008 puis, dans une réédition augmentée, en 2016), Les Chroniques scandaleuses de Terrèbre (1995), recueil de nouvelles érotiques signées Léo Barthe et mettant en scène les personnages du Veilleur du jour, enfin Les Carnets de l'explorateur perdu, publié pour la première fois en 1993 puis en 2020 dans une édition augmentée. Par ailleurs, deux textes plus brefs, La Grande danse de la réconciliation, dont le narrateur est le même que celui des nouvelles des Voyages du fils (2016) et qui a ensuite été repris dans la nouvelle édition des Carnets de l'explorateur perdu, ainsi que Les Mers perdues (2010) sont incluss dans le cycle.

Une reconnaissance tardive