Le conservatoire à rayonnement départemental d'Orléans est une école de musique, de danse et de théâtre française située dans la ville d'Orléans, le département du Loiret et la région Centre-Val de Loire.
Depuis 2006, l'appellation officielle du conservatoire d'Orléans est conservatoire à rayonnement départemental de musique, de danse et de théâtre d'Orléans (CRD), après avoir été école nationale de musique depuis 1968.
Historique
L'enseignement musical avant 1790. Les Académies de musique On lit généralement que, dès 1670, une académie de musique a existé à Orléans. On sait peu de choses sur les débuts de cette académie. Il semble qu'elle ait été peu active et qu'elle ait disparu assez rapidement. À l'époque, l'enseignement et la pratique de la musique savante relevaient d'abord de l'Église : depuis des siècles, c'est là qu'étaient les véritables conservatoires. Orléans (comme la plupart des autres villes de France et d'Europe) comptait deux maîtrises principales, deux chœurs d'enfants dans lesquels l'Église formait de jeunes garçons. Plusieurs deviendraient chantres-choristes ou « joueurs d'instruments » (appelés « symphonistes ») dans le chœur de la cathédrale ou celui de la collégiale Saint-Aignan (lieux où ils avaient été formés). Nombre d'entre eux entreraient dans d'autres ensembles musicaux du royaume (des ensembles à destination religieuse ou profane, y compris théâtrale). Ce sera, par exemple, le parcours de l'orléanais Gabriel-Vincent Thévenard, né en 1669, qui chantera les rôles de basse-taille (baryton) à l’Académie Royale de Musique de Paris (l'Opéra), de 1690 à 1730.
Comme partout ailleurs à l'égliseSauf à la chapelle royale de Versailles sous Louis XIV., l'un et l'autre chœur orléanais était composé d'hommes adultes, tous professionnelsEn France, aucun castrat. Seul le roi Louis XIV recruta quelques castrats italiens et quelques voix féminines françaises pour sa chapelle.. Les garçons étaient intégrés à ces ensembles durant toute leur scolarité et rémunérés à la fin de leurs études. Ils tenaient la partie vocale de « dessus » (la partie de soprano), mais aussi, au cours des moments proprement liturgiques, faisaient entendre « les versets [de plain-chant], qu’il faut chanter sur un ton élevé et aigu »Dictionnaire de Trévoux. Article : Chœur.. Les futurs chantres apprenaient également à jouer d'instruments comme les claviers (orgue et clavecin), le serpent, le basson et la viole de gambe, dans la perspective de rejoindre ceux qui soutenaient ou accompagnaient les chantres du chœur. Beaucoup d'entre eux, devenus adultes, enseignaient ensuite leur art (en plus de leur temps de service), en donnant des leçons privées, en dehors du cadre de l'Église (ou de leur employeur principal). L'activité de maître du chœur et des enfants (de même que l'activité de choriste) favorisait les liens avec une autre composante du corps social : l'université et ses étudiants. C'est ainsi qu'Abraham Fourdy, maître de musique de Saint-Aignan pendant le premier tiers du , a pu être amené à chanter la haute-taille, accompagné au luth par un étudiant de la nation germanique (une des quatre nations qui regroupaient les élèves de ces « grandes écoles »)Cf., à la médiathèque d'Orléans, le recueil de transcriptions d'airs profanes pour voix et luth(s) Florida, sive Cantiones, de l'Anversois Joachim van den Hove (Utrecht, Roy et Rhenen, 1601)..
C'est souvent grâce au concours de ces musiciens d'église qu'en ville une pratique et des concerts privés se sont développés, dans l'aristocratie de même que dans la bourgeoisie. La musique et la danse avaient leur place dans les salons privés, tout comme dans les milieux populaires dont les chansons urbaines, d'inspiration traditionnelle ou non, se nourrissaient de rythmes de danses et d'emprunts au chant liturgique ou aux opéras de Jean-Baptiste Lully. L'air Amants, aimez vos chaînes, extrait de Cadmus et Hermione de Lully, est un exemple connu (1673, acte V, scène 3). Quelque temps après, on retrouve cet « air en menuet », lui-même d'inspiration traditionnelle, dans le Noël des paroisses d'Orléans, avec des paroles adaptéesSelon Victor Pelletier, le texte serait un peu plus ancien : il daterait des années 1645-1655. Cf. Victor Pelletier, Le Noël des paroisses d’Orléans…, Orléans, 1860, .. Ainsi, l'échange est réciproque. Des chansons spirituelles reprenaient des airs très répandus, d'origine populaire ou non, en pratiquant là aussi la technique de la parodie musicale (ce type de parodie ne comporte aucun aspect de caricature ou de moquerie). Un musicien formé à la collégiale Saint-Aignan d'Orléans dans les années 1680 et 1690, le compositeur Jean-Baptiste Morin, sera vers 1700 un des principaux créateurs de la cantate française, forme littéraire et musicale d'inspiration profane. Un air extrait de sa cantate Circé (Paris, Ballard, 1706), sera popularisé dès 1714 dans des arlequinades, sur les tréteaux du Théâtre de la foire (celles de Saint-Germain et Saint-Laurent), à Paris. En 1748, après beaucoup d'autres auteurs, l'orléanaise Marie-Madeleine Massuau, religieuse de l'abbaye de Voisins, près d'Orléans, reprit à son tour le motif musical de la morale (galante) qui termine cet air, dans un Recueil de Chansons morales et d’emblesmes Sur de petits Airs & Vaudevilles connus, parodiés par elle à des fins d'éducation et d'édification. Autre exemple, directement lié à la transmission orale, le plain-chant de Pâques, l'hymne O filii et filiæ, d'abord appris à l'église, se retrouve, complètement transformé mais reconnaissable, dans des chansons de quête ou des airs à danser issus d'une tradition séculaire. Aucun de ces univers musicaux n'était fermé.
Les académies provinciales naissantes, rares et parfois chancelantes, étaient donc loin d'être les seuls établissements d'enseignement pour la musique (il faudrait d'ailleurs ajouter la formation qui était dispensée au Collège des Jésuites, ancêtre du Lycée Pothier ; au cours des années 1620, c'est un compositeur novateur qui était responsable de la musique : le normand Charles d'Ambleville). Au , dans ses Recherches historiques sur la ville d’OrléansOrléans, A. Jacob, 1836-1845, 8 vol., l'historien et musicien local Denis Lottin donna quelques renseignements sur l'académie créée le . Il écrit qu'elle (« Même les pierres furent émues », référence au mythe d'Orphée). Il ajoute, à la date du : Lottin, op. cit., T. 2, ..
Plus loin, à la date du , Lottin donne d'autres indications : . Lottin relève qu'il a été Lottin, op. cit., T. 2, ..
Ainsi, dès son origine l'établissement connait une grande proximité avec la municipalité. C'était aussi le cas à Lyon, par exemple, où l'« Académie du concert » du « Palais des arts », très active de 1713 à 1773Laurent Guillo, Catalogue de la musique imprimée avant 1801, conservée dans les bibliothèques de Lyon, Grenoble et la région, Grenoble, 1986, ., était située sur la place des Terreaux, où se trouve également l'hôtel de ville.
De 1721-1722 à 1730, l'académie de musique d'Orléans, une nouvelle fois recréée, donne régulièrement des concerts ainsi que des cours. Elle est dirigée par son fondateur, le compositeur et maître de chapelle Louis Homet (1691-1767), alors choriste puis maître du chœur de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans. Contrairement à ce qu'on lit généralement, elle ne compte pas 70 exécutants (en 1722, c'est à Lyon, et non à Orléans, que leur nombre était de 70)Le chiffre de 70 exécutants résulte d’une erreur de lecture du Mercure de France faite par Michel Brenet. Michel Brenet, Les Concerts en France sous l’Ancien Régime, Paris, 1900, (Reprint : Da Capo Presse, New York, 1970) ; Le Mercure de France, octobre 1722, . Reprint .. À Orléans, on ignore en fait le nombre exact de ses membresFr. Turellier, Louis Homet (1691-1767), maître de musique à Orléans et à Chambord (1714-1731), Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, , 2004, , 8-9, 12..
Mais on a d'autres indications sur cette académie dirigée par Louis Homet. En 1808, un historien orléanais publie une recherche sur l'enseignement dans la ville et sa région. Il écrit : Jean-Jacques-François Pataud, Recherches historiques sur l'éducation nationale et les écoles publiques de l'Orléanais, Orléans, Huet-Perdoux, (1808), 23 p., ; Fr. Turellier, Christophe Moyreau (1700-1774) : organiste, claveciniste et compositeur orléanais, BSAHO, 2009, ..
Ce n'est qu'au début de l'année 1757 que le jeune maître du chœur de la cathédrale Sainte-Croix, le compositeur François Giroust, la fait renaître. Elle disparut vers 1770, après son départ pour Paris l'année précédente. Il est possible que le jeune homme ait appartenu dès cette époque à la franc-maçonnerie (il devint en tout cas « frère à talent » au cours de son existence).
Les concerts de l'académie étaient hebdomadaires. C'est seulement le , onze ans après le départ de Giroust, que les Annonces de l'Orléanois diffusèrent l'annonce suivante : (actuellement rue Dupanloup). Là encore, comme en 1757, l'initiative (lancée deux ans plus tôt) revenait à des francs-maçons de la villeUne souscription préalable avait été déposée presque deux ans auparavant (voir les Annonces du 25 décembre 1778, ). Claude Lion du Sablon avait été directeur de l’académie de musique (ou Concert d'Orléans), fondée en 1757. Le 10 novembre 1780, son beau-frère, Étienne Fleureau de Guillonville compta parmi les créateurs du Concert des Amateurs., liés au fils de l'intendant de la généralité (la province de l'Orléanais).
Faute de documents, on ne peut affirmer que l'académie créée par Giroust a diffusé un enseignement. Mais le « Projet de dépense » pour 1762 prévoyait qu'elle compterait parmi ses membresCe Projet pour l'exercice 1762 est le seul à avoir été conservé aujourd'hui. des musiciens qui étaient également « Maîtres d'éducation » : c'est le cas, par exemple, de l'organiste, claveciniste et compositeur orléanais Christophe MoyreauHenri Herluison et Paul Leroy, Notes artistiques..., (« Projet de dépense du Concert d’Orléans pour l’année 1762 »)., dont on sait qu'il enseignait, à l'église comme en villeFr. Turellier, Christophe Moyreau..., ; Id., Les orgues et les organistes de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, in : L’Orgue, Revue trimestrielle, , 2010-III, , 20.. On lit également le nom d'au moins un autre interprète et enseignant - lui aussi compositeur : (Jean-François) Foucard, basse-taille récitante (baryton soliste), membre du chœur de Sainte-Croix et compositeur de motets donnés, indifféremment, aux concerts de l'académieVoir par exemple les Annonces... de l’Orléanois, 27 janvier 1769, . « Concert ». et à l'église. On sait que Foucard a été, dans le même temps, professeur en ville, pour le chant et la guitareCf. différents numéros du Calendrier historique de l'Orléanais, des Étrennes orléanaises et de l’Almanach du département du Loiret.