Otrange (en néerlandais Wouteringen, en wallon Ôtrindje) est une section de la commune belge d'Oreye située en Wallonie dans la province de Liège.

C'était une commune à part entière avant la fusion des communes du 2 juillet 1964. Ce village se trouve sur le Geer, un affluent de la Meuse, à deux kilomètres au nord-est d’Oreye.

Toponymie Les noms de personnes ont mis du temps à trouver leur forme actuelle. Faute de document écrit (carte d'identité par exemple), leur graphie varie selon la prononciation et l'accent du porteur, d'après l'acuité auditive et le niveau d'orthographe du préposé aux écritures.

Au : Watrengen 1223, Wotrenges en 1250, Wotherînges en 1261 et Wantinges en 1272, Woutrenges, Wontrenges, Wotrenge en 1280.

Au : Wotrenge en 1309, et Woutreinges en 1345, Woutregnez en 1367 et Woytrenge en 1391, Wotrenges sor Geire, Woutenerges en 1363.

Au : Wolteringes en 1401, Woutrenges en 1414, Wotringes en 1422, mais Wottrenge en 1493.

Au : Wotrenge sur Gere et Wotrengne en 1540 et Otterengne en 1553.

Au : Wotrenge sur Geer 1694, Otrenge après 1666.

Au : Outrange en 1727, Otrenge sur Geer en 1738.

Ce n'est qu'au que va commencer à se généraliser la graphie « Otrange », sans le W et avec An.

Mais les avatars du nom n'en restent pas là ; ils seront dus aux événements géographiques et politiques. Pour la seule année 1917, et à quelques semaines d'intervalle, du au , on relève dans le registre du conseil communal quatre orthographes différentes : Otrangen, Wauteringen, Otringen et Otrange. Il faudra attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que triomphe et subsiste la graphie moderne et officiellement admise aujourd'hui : Otrange.

Ces variations sont liées à sa situation voisine de la frontière linguistique, le village a toujours eu son appellation en flamand : un nom qui a subi moins de variations dans cette langue et trouva plus tôt sa forme définitive. On relève : Woutelingen en 1262, Wantringen en 1272, Woutelingen en 1290, Wotelinghe en 1313, Wotringhen en 1317, mais déjà on avait dit et écrit « Wouteringen » dès 1382. Bien après cette date, on trouvera encore souvent : Wouteringen op den Jeker en 1455, Woudrichem en 1424 et Woutering vers 1664.

Étymologie

Formation Émile de Marneffe, ancien conservateur aux Archives du Royaume à Bruxelles, a consacré une étude sur la formation et la signification des noms de certaines localités du pays. Voici un extrait de ce travail intéressant pour les Otrangeois : "...Sigmaringen, par exemple, signifie, au sens le plus large: "Sigmar et ses gens". Les dérivés en -ING se forment du reste aussi sur les noms de pays, de rivières, etc." On admet aujourd'hui que ces noms désignent l'ensemble des gens dépendant, à un titre quelconque, de l'homme représenté par le radical, et qu'ils leur ont été donnés assez peu de temps avant d'être appliqués à l'endroit habité par eux. La question de ce suffixe présente encore beaucoup d'obscuritésM. Vincent et E. Ekwall, "English place-names in -Ing" (Lund.23).. Ce fait a amené certains auteurs à croire à l'existence de formes primitives en -INGA, génitif pluriel, analogues en somme aux noms de lieux formés d'un nom d'homme au génitif singulier et qui devrait donc se traduire par "le lieu de ceux de...".

Signification Dans les noms où -ING est suivi d'un substantif, -INGA est le génitif pluriel. BER-INGA-HEM pourrait signifier ici: "l'habitation de ceux de Bero".(cfr. M.Vincent). L'auteur cite comme exemples pour la seule Belgique : Bassenge (= de Basso), Beringen (= de Bero), Bevingen (= de Bavo), Budinghen (= de Bodo), Bullange (Bob), Buvingen (Bovo), Gobertange (Gobert), Hoepertingen (Hubert), Lantremange (Landramus), Libertange (Libert), Martelange (Martilius, nom romain), Mopertingen (Maubert), Oetinghen (Otto), On (=de Wado), Otrange (Walter), Romeldange (Rumold).

Ainsi donc Otrange, dont la forme Wotheringes date de 1261, signifierait : le lieu où habitent les gens qui dépendent d'un certain Walter". L'histoire n'a pas retenu de quel Walter il s'agit ; mais peu importe, chef ou seigneur, son nom a traversé les siècles.

Géographie

Topographie vignette|gauche|Tumulus d'Otrange avec chapelle Saint-Éloi Otrange est situé à de Liège et à de Tongres par la chaussée et d'autant, exactement, par les villages de Lowaige (Lauw) et Koninksem, (Conisêye). Via Oreye, la ville de Waremme est distante de , tandis que l'accès à l'autoroute Liège-Bruxelles E40, sur le territoire de Lantremange, se trouve à de l'église. Le territoire d'Otrange d'une superficie de , plus quelques autres depuis la fusion des communes et l'annexion du Brouck de Thys, confine aux villages d'Oreye et de Thys pour la région francophone, et aux communes limbourgeoises flamandes de Lowaige et Vechmael (en wallon: L'wèdje et Fîmâle).

La carte d'Otrange présente l'aspect d'un trapèze irrégulier dont le côté nord-ouest est formé par la ligne droite de la route nationale Tongres-Waremme, la chaussée, un tronçon de l'ancienne chaussée romaine Bavai-Cologne. Du côté d'Oreye, le tumulus de la chapelle St-Eloi, en bordure de la chaussée, est aux confins des deux villages avec la rue des Deux-arbres qui en descend et fait frontière. La limite sud, formée avant 1965 par le Geer, englobe aujourd'hui le quartier du Brouck, ancienne dépendance de Thys. À l'est, sa limite est déterminée par la "voie qui tent de Spinette à Nomerenge", qui descend de la chaussée jusqu'aux prairies communales.

Parallèlement au Geer court la route d'Oreye à Lowaige, la rue des Combattants, qui s'allonge à travers tout le village. À hauteur du Pont, elle est coupée par la route venant de Thys par le Brouck - ancien chemin royal - qui remonte par levée du Pont vers Vechmael en passant par la chapelle de Lourdes où s'en détache à droite la Brise voie. Après le moulin Renson, la rue du village est doublée au sud par la rue des Prés. Il s'en détache vers le nord quatre chemins qui mènent à la chaussée: la ruelle Falèze, la rue de la forge, la levée Côk et tout au bout la Spinette.

Le territoire d'Otrange appartenant par le versant nord du Geer au bassin hydrographique de la Meuse présente une déclivité assez régulière du nord vers le sud. Le point culminant ( d'altitude) est au nord-ouest, sur la chaussée romaine, près de la chapelle St-Eloi, du côté du lieu-dit Palimont. Le point le plus bas est au sud-est, sur le Geer, près de Nomerenge (). C'est au nord-est, al Spinette, que le terrain est le plus plat ; ce plateau atteint la cote 124, le point culminant de ce côté, près de la chaussée romaine.

Le Geer est bordé de prairies humides plantées de peupliers et ses rives présentent un aspect pittoresque. Le site du château d'Otrange, en amont, et le vallon vers Nomerenge, en aval, sont des oasis imprévues entre la sécheresse monotone des plaines hesbignonnes. Plusieurs sources d'eau très froides jaillissent à côté du Geer, l'une au moulin, les autres dans la rue des Prés. Au-dessus des prairies qui bordent le Geer et les rues parallèles, le sol se relève mollement et le tuffeau affleure en maints endroits ; c'est dans cette zone intermédiaire que s'est constituée l'agglomération d'Otrange.

Hydrographie

Le Geer Le Geer sort de terre dans les bosquets de Lens-Saint-Servais à l'altitude de . Lui qui était, paraît-il, jadis, (il y a 7-8 millions d'années) un fleuve côtier, se contente de n'être aujourd'hui qu'une simple, mais fière, rivière hesbignonne.

Bien des agglomérations se sont campées sur ses rives tout au long des quelque cinquante kilomètres de son cours. Outre son village natal avec un château-ferme, il arrose Geer, les broucks de Ligney et Darion, Hollogne s/Geer, évidemment, Grand-Axhe et Petit-Axhe, Longchamps, puis la ville de Waremme. Après, c'est Oleye, Lantremange, Bergilers, Grandville, Lens/Geer, Oreye, Otrange et Thys. Pénétrant en terre limbourgeoise, il s'en va par Lauw, Koninkshem, Tongeren, Nerem, Mal et Sluizen. Et ensuite il rentre en Wallonie pour six villages : Glons, Boirs, Roclenge, Bassenge, Wonck et Eben-Emael, à l'altitude de . Le Jeker retrouve la Flandre à Kanne, mais passant (en siphon) sous le canal Albert, il entre en Hollande à Nedercanne ; après quoi, c'est Maastricht et son confluent avec la Meuse, à l'altitude de .

Pour en savoir plus long sur le Geer et ses affluents, ses fermes et ses châteaux, ses prés et ses broucks, ses moulins et sucreries, ses champs et ses bois, ses étangs et toute sa vallée, on lira avec plaisir et profit : "Le Geer, rivière hesbignonne", de François Mahiels. Cet auteur cite une bibliographie très abondante sur le sujet. Au fil des années le Geer s'est appelé : Jacara (805), Gerbac (927), Jairam (1105), Jaira ou Jerra (1140), Gere (1300), Jerre (1583), Geer (1694), Jaar (1847)… En wallon, il se nomme "li Djèr" et les Flamands ne le connaissent que comme "Jeker" (voir le panneau fixé au pont de Nomerange).

Démographie

Sources:INS, Rem:1831 jusqu'en 1970=recensements, 1976= nombre d'habitants au 31 décembre

Histoire

Eugène Dethier recèle une mine précieuse de renseignements au village et aux coutumes de ses habitants de l'époque romaine jusqu'à ce jourEugène Dethier, 2000 ans de vie en Hesbaye, 1976..

Seigneuries et seigneurs Au Moyen Âge, Otrange faisait partie du pays de Liège, dans le comté de Looz. La seigneurie était un fief du comté de Looz qui était relevé à la Salle de Curange; elle devait fournir des hommes de corvée au comte dans son château de Curange. Le sort de la seigneurie fut, à deux reprises, lié à celui de la seigneurie de Thys.

De 1309 à 1325 : famille de Wotrenge Le premier seigneur connu est Robert d'Otrange, dit Brunekin, chevalier, qui était du lignage de Haneffe et dont il portait les armes "d'or à fleurs de lis de gueules". Il avait épousé la fille aînée de Godfroid de Blanmont, gendre de Guillaume de Montferrand, seigneur d'Oreye, le vieux. Il fut tué par ceux de Waroux et ce meurtre réconcilia les sires de Haneffe et Seraing avec ceux d'Awans. La demeure du seigneur Robert était à l'emplacement actuel du château.

De 1325 à 1421 : famille de Thys Catherine d'Otrange, veuve d'Eustache du château de Hamal, qui épousa (mort en 1349, inhumé à Thys) et lui apporta sans doute la seigneurie d'Otrange, paraît avoir été la sœur ou la fille de Brunekin. Le donjon aurait le plus souvent été occupé par des censiers.

Leur fils Louis de Thys, écuyer, seigneur de Thys et d'Otrange en 1343, fit relief des seigneuries en 1364. Il avait épousé Jutte de Rommershoven. Il mourut le . Inhumé à Thys, sa dalle funéraire est scellée dans le mur de la nef droite de l'église. Leur fils Robert, dit Brunekin, fit relief des deux seigneuries le par succession de son père. Le , , sa mère, relève son usufruit. Il mourut sans postérité en 1403.

Son frère Rigaud (ou Richard) de Thys, fait relief de la seigneurie d'Otrange, sauf l'usufruit de Jutte le .

De 1421 à 1439 : famille delle Motte de Horpmael La fille de Rigaud, , dame d'Otrange, apporte la seigneurie à son premier mari, Gilbert delle Motte, de Horpmael. Ils en font relief à la Salle de Curange. À la mort de Gilbert, le fief est relevé le par son frère, Tilman le Maire, au nom des enfants mineurs Rigauld et Isabelle.

Jutte de Thys épousa en secondes noces qui habita à Otrange. Il est cité comme seigneur en 1439. Il testa le et mourut sans hoirs le . À la mort de Jutte de Thys, le fief est relevé le par Guillaume de Hemricourt de Laminne, comme tuteur de Jutte et Elisabeth, enfants de qui est le même que Rigaud delle Motte.

Le , Guillaume de Tourinne, comme mari et tuteur de Jutte, fille de feu Richard d'Otrange, relève la seigneurie. Il est cité comme seigneur en 1459. Le registre paroissial , fol.174 (1725) mentionne : "Anniversaire de dam. Marie Juet, espeuse de Wylem de Torins".

De 1460 à 1484 : famille van Sprolant