L'oppidum d'Entremont est un site archéologique de . situé à Aix-en-Provence, à du centre-ville, à l'extrémité sud du plateau de Puyricard, au lieu-dit d'Entremont. Entremont était dans l'Antiquité la capitale de la confédération des Celto-Ligures. Elle est habitée à partir de , ce qui correspond à un habitat tardif en regard des autres oppida protohistoriques de la région, comme l'oppidum de Saint-Blaise ()Historiquement, le début de peuplement du plateau d'Entremont correspond à la période d'abandon des oppida de Teste-Nègre (Les Pennes-Mirabeau) et de Notre-Dame-de-Pitié (Marignane).. Avec la prise de l'oppidum par les Romains, en , le plateau est abandonné et les populations de l'oppidum viennent peupler la nouvelle ville romaine créée au pied du plateau : Aquæ Sextiæ.. Vers , la ville est totalement inhabitée. Sa période d'occupation aura donc été extrêmement courte : environ.

On distingue sur le plateau deux villes entourées de remparts. La première ville est la plus ancienne. L'archéologue Fernand Benoit la nommait « ville haute » — en raison de sa position sommitale — tandis que les archéologues lui préfèrent le terme de « » ; la « ville basse », aujourd'hui appelée « » est issue de la première et consiste en fait en un agrandissement de l'.

Les collections issues du site, statuaire et bas-reliefs, dont les impressionnantes têtes coupées, sont aujourd'hui exposées au musée Granet.

Toponymie Le nom « Entremont » n'apparaît qu'au Moyen Âge, sous la forme locale Antremons (transcrite Intermontes en latin). Il ne faut sans doute pas voir dans ce nom l'allusion à un site localisé entre deux collines, car Entremont ne correspond pas à ce genre de description. Il s'agit plus vraisemblablement du nom de famille de Tramonto, propriétaire d'une tourSelon Isidore Gilles (cf. infra), cette tour, comme celle de la Keyrié, plus à l'est, participait au système de défense d'Aix. Elle a été réparée en 1385 puis ruinée en 1396 et restaurée à nouveau. Elle sera définitivement rasée en 1600 (cf. Pitton ; Fauris de Saint-Vincent). sur le versant sud de la collineRobert de Tramonto a été notaire de la chambre des maîtres rationaux au .. En ce qui concerne sa forme antique, on ignore totalement la façon dont la population salyenne dénommait sa ville.. Pour Isidore Gilles (1904), Entremont est dérivé de Monte rotonde. Selon Fernand Benoit, un acte du cite le lieu Intermundo.. Ce nom remettrait donc en cause l'hypothèse de Tramonto.

Géologie Le sol d'Entremont est constitué d'un calcaire tertiaire du Miocène inférieur. On y trouve des rognons de silex. Le sol permet l'extraction plutôt aisée de pierres de construction ou de parement. La partie sud du site présente un sol différent, constitué de calcaire aquatique tendre (ou « calcaire d'Éguilles »), mieux adapté à la taille statuaire. Des analyses ont déterminé qu'avant l'installation humaine, le site était déboisé.

Histoire d'Entremont vignette|Carte des tribus gauloises de Provence. Entremont se présente comme typique des bourgades celto-ligures de son temps. Peuplée de Salyens (Salluvii) de l'arrière-pays marseillais, elle a été considérée dès le comme une polis antique constituée d'une agglomération et de son territoire. L'historien Léopold-Albert Constans considère Entremont « à la fois [comme] une ligue militaire et une confédération économique ».. L'oppidum est associé à un emporium, port économique où affluent les marchandises. En cette circonstance, les Salyens possèdent avec Entremont l'oppidum dont ils ont besoin pour assurer leur sécurité militaire. Arles est cet emporium qui assure la richesse de la confédération. Cette association assure la prospérité de la nation salyenne et assoit son pouvoir sur la Basse Provence. On estime que la population d'Entremont se situe alors entre et .

Diodore de Sicile évoque, avec l'arrivée de Caius Sextius Calvinus dans le pays d'Aix en , une concentration de troupes à Entremont. Pour être précis, il ne parle pas à proprement parler d'Entremont. Il parle seulement d'un « oppidum » (τὴν πὁλιν).. Tout porte à croire en tout cas qu'il s'agit bien d'Entremont. Cette concentration de troupes se déroule au moment où Sextius Calvinus se trouve chez les Voconces. Le but de cet attroupement est d'empêcher le passage de l'armée romaine dans la plaine d'Aix. On peut même supposer que la confrontation va jusqu'à une véritable bataille rangée entre les deux armées. L'historien Velleius Paterculus semble évoquer cette bataille lorsqu'il écrit : « Cassio autem Longinem et Sexto Calvino, qui Sallues apud Aquas, quæ ab eo Sextiæ appellantur, devicit »Velleius, I, 15.. Dès lors, il apparaît évident que Sextius doit achever son travail et s'attaquer à Entremont. Au moment de la prise de la ville, en , le roi (ou basileus) Teutomalios (ou Toutomotulus) fuit chez ses alliés allobroges en compagnie des princes (dunastai) salyens d'EntremontTite-Live, Abrégé du livre 61.. Il n'est pas invraisemblable que Sextius ait toutefois mis des années à rétablir la paix dans la plaine d'Aix. En effet, selon Tite-LiveTite-Live, Epit., 61., la victoire définitive de Sextius survient durant son proconsulat, non durant son consulat. Or, il est consul en . D'ailleurs, des auteurs comme Ammien MarcellinAmmien Marcellin, I, 15, 12. et StrabonStrabon, IV, 1, 15. évoquent les affrontements et les rixes régulières entre Romains et Salyens. On peut en déduire que le possible départ de Teutomalios chez les Allobroges se situe plutôt dans cette période de troubles que lors de la première attaque de l'oppidum.

Plusieurs chercheurs ont toutefois émis des doutes sur cette hypothèse, considérant que le véritable abandon de la ville provient d'une destruction militaire survenue vers 110 à . Une faible population continue d'habiter le bourg pendant vingt à trente ans, dans l'ombre d'Aquæ Sextiæ, même si Entremont n'est plus qu'une « ville pérégrine étroitement contrôlée par un præsidium romain »..

Description Le plateau d'Entremont présente une forme triangulaire et est en pente douce vers le nord. Son altitude maximale se situe à . La face sud est constituée de falaises donnant sur la vallée de l'Arc. Seule la partie nord présente une faiblesse stratégique et a donc dû être renforcée par un complexe de remparts. Le plateau se dresse au-dessus de l'antique voie héracléenne qui traversait la Provence d'est en ouest le long de la vallée de l'Arc. Face à Entremont, de l'autre côté de la vallée de l'Arc, se trouvent les oppida des Salyens de la Test de l'Ost, du Baou-Roux situés au contact des avant-postes massaliotes (oppida de Saint-Marcel, des Mayans, de Verduron). Suivent ceux de la Nerthe et de Berre. À l'est, ce sont ceux de la montagne Sainte-Victoire.

Le sanctuaire primitif Avant l'apparition de l'agglomération d'Entremont, un sanctuaire semble avoir existé dès le premier âge du fer. Les éléments de ce sanctuaire ont servi de remploi lors de la construction de la seconde et peut-être de la première agglomération. La pierre dans laquelle ont été taillés les piliers et les linteaux de ce sanctuaire provient des carrières de Bibémus, à l'est d'Aix-en-Provence. Ces éléments architecturaux sont décorés de gravures, de bas-reliefs et d'entailles céphaliformes. La pierre était sans doute peinte..

Des remplois ont été constatés dès les environs de Les entailles céphaliformes semblent avoir été destinées à accueillir le crâne — ou des éléments du crâne — de héros de la cité et non, comme on l'a longtemps supposé, d'ennemis vaincus dont on exposait le crâne. Les gravures d'épis de blé, symbole celte de la réincarnation, indiquent d'ailleurs à quel point le culte de la mort était présent chez les habitants d'Entremont.

Première agglomération () vignette|Murs de la ville haute. vignette|left|Four. Au fil des siècles, une structure d'habitat se met en place et le premier rempart est érigé vers . Les qui vont suivre constituent la première phase d'habitat de l'oppidum. La ville ne s'étend alors que sur un hectare environ et forme un parallélogramme à l'aplomb de deux abrupts : au sud et à l'ouest. L'érosion a détruit les vestiges situés en bordure du plateau et datant de cette première phase. Le rempart est fait de blocs grossièrement taillés et liés les uns aux autres avec de la terre argileuse. On pense que l'accès à la ville se faisait par le côté ouest..

L'intérieur de l'agglomération est agencé de manière ordonnée par des îlots de sur divisés en deux dans le sens ouest-est. En raison de la topographie des lieux, ces îlots présentent par moments des dimensions différentes. Chaque îlot est généralement divisé en deux rangées de sept pièces, avec quelques différences par endroits : ainsi, un mur peut être abattu pour permettre la création d'une pièce plus grande. On ne peut affirmer de façon certaine que les maisons d'Entremont comptaient des étages, même si cela semble probable. Dans la , les vestiges d'un escalier témoignent de l'existence possible d'un étage sur la maison attenante..

Les rues, de de largeur environ, permettent le passage de charrettes. Elles sont en terre battue, sans revêtement. Pourtant, quelques recharges de matériaux divers attestent de leur entretien régulier. Le niveau des rues s'est donc progressivement accru, tandis que celui des maisons restait le même. Il fallait donc surélever le seuil des habitations pour empêcher l'infiltration d'eau de pluie..

Seconde agglomération () vignette|Vue générale de l'oppidum d'Entremont. vignette|left|Vestiges d'Entremont. Rapidement, la ville doit s'agrandir et l'on procède à la construction d'un deuxième rempart qui va porter la superficie de la ville à environ. On est alors aux alentours de Ce rempart n'aura rien de commun avec le précédent : 6 à de hauteur, de largeur, renforcé de tours de 8 à tous les .. Ce rempart protège l'accès au plateau sur du côté nord.

Les fouilles n'ont pas encore dégagé une partie importante de la seconde agglomération. La structure en îlot de rappelle le premier habitat. Des égouts sont construits pour collecter l'eau de pluie dont la présence du rempart empêche l'évacuation naturelle.

À l'ouest, un espace dégagé, peut-être assimilable à une place, était bordé d'un petit édifice que l'on pense être une chapelle rituelle, au côté duquel se trouvait une construction non identifiée qui abritait des statues de héros accroupis tenant entre leurs jambes des trophées humains.

Les rues sont plus larges que dans la première ville : de 4,0 à pour la rue de rocade et de 2,5 à pour les autres rues. Les maisons aussi sont plus grandes et comptent jusqu'à cinq pièces. On peut penser que cette évolution dans l'habitat d'Entremont est liée au rapprochement avec les villes hellénistiques de Marseille et de ses colonies, à l'urbanisme similaire..

De nombreuses traces de pressoir, de type à arbre et poids, ont été observées. La fabrication d'huile semble caractériser la ville dans cette partie de son histoire. est d'ailleurs le plus représentatif de cette industrie. d'huile pouvaient y être entreposés.. Dans la de a été trouvé un contrepoids de pressoir à huile, décrit par Christian Goudineau en 1984..

Les habitants d'Entremont Contrairement à des oppidums contemporains, comme Glanum (Saint-Rémy-de-Provence) ou Saint-Blaise (Saint-Mitre-les-Remparts), les témoignages épigraphiques retrouvés à Entremont sont extrêmement rares. Tout au plus peut-on évoquer une coupe en céramique à vernis noirs découverte par Fernand Benoit en 1968, sur laquelle on peut lire l'inscription d'un certain Bal(omarios ?) Mardius. Cette inscription a l'intérêt de montrer les liens entre les Salyens et leurs voisins latins dans les derniers temps de la ville.

Historique du site et de ses fouilles Redécouverte et premières fouilles (1817-1943) vignette|left|Vestiges d'Entremont.