thumb|Relique de saint Hermann de Reichenau. thumb|Colonne de la flagellation, (basilique Sainte-Praxède, Rome). thumb|290px|Niche où sont exposées les reliques de chefs (crânes ou os de la tête) de 32 personnages ayant vécu entre le et le dans l'église Saint-Paul-Aurélien de Saint-Pol-de-Léon.
Les reliques (du latin reliquiae, « restes ») sont les restes matériels qu'a ou qu'aurait laissés derrière elle en mourant une personne vénérée : soit des parties de son corps, soit d'autres objets qu'elle a, ou avait, pour certains croyants, sanctifiés par son contact. Le culte des reliques reposant sur le possible transfert de la sacralité du corps saint sur la personne qui les touche, leur émiettement multiplie leurs bienfaits puisque chaque parcelle conserve la charge sacrale primitive. La conservation et le culte de dulie relative de ces restes (la vénération des reliques des saints), sont une pratique en vigueur dans plusieurs religions. Il en découle des croyances et des pratiques religieuses variées, mais aussi de vifs débats quant à leur authenticité, le commerce ou le culte quasi superstitieux dont elles ont été ou sont encore l'objet, les « détracteurs » des reliques qui pratiquent le scepticisme scientifique n’ayant souvent pas plus d’arguments décisifs pour prouver leur faussetéSi la fausseté de certaines reliques est bien établie (comme l'attestent les deux têtes (déclarées authentiques par le Vatican), et les 32 doigts de saint Pierre, les 12 têtes et 60 doigts de saint Jean, les 15 bras de saint Jacques, les 30 corps de saint George, les 8 bras de saint Blaise, 11 jambes de saint Matthieu, 14 saints prépuces et de nombreux morceaux du cordon ombilical de Jésus-Christ), les reliques les plus anciennes, telle la Vraie Croix ou les Saint-Suaires manquent de données historiques fiables pour trancher entre authenticité ou légende, les textes sur les reliques évangéliques ou hagiographiques pouvant mêler les deux aspects. Source : . ou cette superstition que les défenseurs pour prouver leur authenticité, leur virtus ou leur potestas réelles..
À partir du siècle des Lumières qui voit les philosophes et écrivains de l'Encyclopédie combattre l'obscurantisme religieux, il y a un glissement des reliques de saints vers les reliques profanes de grands personnages historiques.
Les grandes religions face à la vénération des reliques Aussi bien au sein du bouddhisme que du christianisme et de l'islam, la vénération des reliques crée spontanément plusieurs clivages. Certains croyants les vénèrent. Les autres croyants se divisent eux-mêmes en trois groupes. Les premiers encouragent ce culte tout simplement par cupidité, vu que la possession de telles reliques peut engendrer des revenus non négligeablesCette tendance est déjà combattue au sein du christianisme au par Guibert de Nogent au sujet d'une dent de lait de Jésus.. Les seconds le tolèrent, voire l'encouragent, dans la pensée qu'il faut garder prise sur la religiosité populaire en essayant de la canaliser vers des formes de vie religieuse plus évoluéesC'est par exemple le cas du clergé catholique de l'âge classique. Dans ce contexte, . Cf. .. Enfin un troisième groupe considère qu'il faut combattre la superstition sans complaisance, et sans hésiter à détruire les objets de la vénération populaire. C'est le cas surtout des protestants du , à partir de Luther et CalvinGuy Lobrichon, Le culte des saints, le rire des hérétiques, le triomphe des savants, dans les Actes du colloque international de l'Université du Littoral-Côte d'Opale (Boulogne-sur-Mer), ..
Il est évident que la relique remplit une fonction et que son existence répond à un besoin profond ou à une tendance de fond de la vie religieuse, puisque ce phénomène se manifeste spontanément au sein de sociétés très diverses, même antireligieuses. Ainsi, même le communisme athée soviétique conserve précieusement dans un mausolée sur la Place rouge de Moscou le corps momifié de Lénine dans un reliquaire de verre très semblable à celui de sainte Bernadette Soubirous, et on s'y rend en pèlerinage de tous les coins de l'ex-Union soviétique.
À qui servent donc les reliques ? Plusieurs réponses sont possibles selon le point de vue où l'on se place : théologique, psychologique, ethnologique ou sociologique. Chaque religion développe à ce sujet des arguments proprement théologiques, qui généralement font débat (parfois de manière très animée, jusqu'à la destruction des objets considérés)Boussel, Patrice, Des reliques et de leur bon usage, Balland, 1971, ..
Les grandes reliques en tant que palladium L'esprit moderne, qui considère la religion comme une affaire personnelle, a tendance à comprendre le phénomène du seul point de vue de la psychologie et de la religiosité individuelle. Or cet aspect des choses n'est pas premier dans l'histoire des religions. L'existence des reliques répond d'abord à un besoin collectif d'identité et de sécurité Jean-Marie Sansterre, Les justifications du culte des reliques dans le haut Moyen Âge, dans les Actes du colloque international de l'Université du Littoral-Côte d'Opale (Boulogne-sur-Mer), ..
Dans la tradition gréco-romaine, le palladium est une statue de Pallas-Athéna tombée du ciel et récupérée par le fondateur mythique de la cité de Troie. Elle rendait inexpugnable la cité qui le détenait, Athéna étant la déesse des citadelles. Selon la tradition grecque, le palladium avait été dérobé par Ulysse et Diomède pour s'assurer de l'issue de la guerre. Selon la tradition romaine, il est emporté par Énée en Italie et sera placé plus tard dans le temple de Vesta, à RomePalladium dans Imago mundi.
Par suite, on appelle palladium tout objet symbolique et sacré dont la possession et le culte soudent le groupe d'un point de vue religieux, et le préservent des menaces extérieures. Corrélativement toute menace sur l'objet devient une menace pour le groupeDéfinition de Palladium dans le Wiktionnaire. Ainsi, pour les reliques de saint Marc à Venise : elles ne sont pas seulement l'emblème de la cité, saint Marc est aussi le saint patron, c'est-à-dire le protecteur de l'État. C'est pourquoi aussi le roi David avait fait transférer à Jérusalem, la nouvelle capitale de l'état hébreu, l'arche d'Alliance.
. Ainsi, en 911, les Normands qui ravageaient impunément toute la France du Nord échouèrent devant les murs de Chartres, derrière lesquels le clergé du lieu portait en procession la sainte tunique de la Vierge Marie. De même à Thessalonique, où l'on conservait les reliques du saint martyr Démétrius : aux dires du chroniqueur local Jean Caminiatès, « ce sauveur de la patrie l'avait soustraite à maint péril, lui avait offert la victoire et, plein de compassion, avait souvent empêché qu'elle ne connaisse la guerre »Jean Caminiatès, Eustathe de Thessalonique et Jean Anagnostès, Thessalonique, chroniques d'une ville prise, textes présentés et traduits du grec par Paolo Odorico, Paris, Anarchasis, 2005, . La ville fut prise pour la première fois en 1185..
, comme la Perahera de Kandy, au Sri Lanka, où une dent de Bouddha est promenée dans les rues de la ville sur un éléphantSomptueuses processions religieuses à Esala Perahera, Kandy, Sri Lanka. Ainsi à Étampes, aujourd'hui en Essonne, comme dans tant d'autres villes européennes, du jusqu'à la Révolution française on promenait dans la ville, en présence de toutes les autorités constituées, la châsse de trois saints martyrs d'Aquilée du appelés, là comme ailleurs, les « Corps Saints »Voyez par exemple dom Basile Fleureau, Description de la Châsse (1668), édité par le Corpus Étampois.. En Limousin, les ostensions limousines restent une manifestation populaire, qui tous les sept ans réunit religieux et habitants de plusieurs communes, qui à l'occasion décorent les villes et sortent les reliques de leurs saints.
. Ainsi, à Naples, si, lors de la fête annuelle et de l'ostension des reliques de saint Janvier, le sang de ce martyr conservé dans une ampoule ne se liquéfie pas, toute une partie de la population redoute une catastrophe dans l'année, tremblement de terre ou épidémie. Toute menace sur les reliques majeures est par ailleurs considérée comme une menace sur le groupe social ou sur le corps politique. Ainsi la disparition provisoire d'un poil de la barbe de Mahomet au sanctuaire de Srinagar plongea en 1963 le Cachemire dans le chaos. La destruction récente par une attaque terroriste du dôme de la mosquée de Samarra en Irak, où sont censées se trouver les reliques de l'imam Ali, .
Les reliques en tant que talisman L'individu autant que le groupe ressent un besoin profond de maîtriser son destin et les menaces qu'il sent confusément peser sur lui. Chez presque tous les peuples on constate le besoin multiforme de détenir et de manipuler des objets dotés de pouvoirs magiques, qu'on appelle, avec des distinguos qui varient selon les auteurs, amulettes, talismans, fétiches ou grigris, voire porte-bonheur. Ces talismans dans certains cas étaient partiellement composés de restes humains. Les grandes religions ont progressivement converti ces usages.
Au Tibet, les pèlerins rapportaient chez eux entre autres des lambeaux de vêtements qui avaient été portés par le Bandchan de Djachi-LoumboHuc, Souvenir d'un voyage dans la Tartarie, le Tibet et la Chine pendant les années 1844, 1845 et 1846, , Paris, Le Clere, 1853, tome II, . En revanche la conservation et la vénération des excréments du dalaï-lama est dénoncé par le même auteur, ibid., ..
En Gaule mérovingienne, les guerriers francs gagnés au christianisme faisaient grand usage de talismans chrétiens, os de saints ou poussière de leur tombeau, cette dernière parfois ingérée par les malades.
Au et encore dans toute la première moitié du , le clergé catholique faisait une grande diffusion d'images pieuses où étaient collés un ou deux millimètres carrés d'une étoffe ayant touché les ossements d'un saint.
Les reliques dans le bouddhisme thumb|Reliques du Bouddha trouvées à Peshawar. À droite, trois fragments d'os; à gauche, reliquaire en forme de stupa, utilisé en 1910 pour transporter ces reliques à Mandalay (Birmanie).|alt= Le bouddhisme pratique le culte des reliques (sanskrit : dhatu; śarīra) depuis les temps les plus anciens Damien Keown, A Dictionary of Buddhism, Oxford University Press, 2004, .. Il est répandu dans l'ensemble du monde bouddhiste, tant en Asie du Sud-Est qu'en Asie de l'Est, et les pèlerins vénèrent depuis donc très longtemps un grand nombre et une grande variété de reliques du Bouddha Shakayamuni, le bouddha historique John S. Strong, Relics of the Buddha, Delhi, Motilal Banarsidass Publishers, 2007 ( 2004 - Princeton Univ. Press), , p. XIII-XIV.. Strong relève que de Kandy à Kyoto, on trouve difficilement un site n'abritant pas des restes physiques du Bouddha ou l'un ou l'autre objet lui ayant appartenu.
Ces reliques peuvent être de trois types: des restes de son corps, des objets qui lui ont appartenu, des représentations symboliques (par exemple, les empreintes de ses pieds, buddhapada ou l'arbre de la bodhi, sous lequel il s'est éveillé) Richard F. Gombrich, Buddhist Precept and Practice, Delhi, Motilal Banarsidass Publishers, 2008 , , p. 121-124..
Création et vénération des reliques vignette|Pèlerins au Rocher d'or (Birmanie). Le rocher tiendrait en équilibre grâce à un cheveu du Bouddha glissé sous lui. Les reliques seraient apparues après la mort du Bouddha, lorsqu'il est entré en parinivana. Plusieurs groupes se disputèrent, chacun réclamant une part des ossements calcinésAndré Bareau, En suivant Bouddha, Paris, Philippe Lebaud, 2000, .. L'épisode est resté connu sous le nom de « Querelle des Reliques », qui se termina cependant en un « Partage des reliques » en huit parts égales, ce qui évita un conflit armé entre les groupes présents..
vignette|Stupa n°3 à Sanchi (Inde).