vignette|Choix des documents numériques à créer proposés par OpenOffice.org. vignette|Interface ligne de commande (Deluge). Un document numérique est une forme de représentation de l'information consultable à l'écran d'un appareil électronique. L’affichage de ce type de document peut être apparenté au « document » même, ou à l’interface logicielle. Suivant l'intervention d'applications informatiques dans une partie de son contenu (bases de données, POO), les changements dans l'organisation logique de ses données peuvent être apportés. À l'inverse du document sur papier, qu'il soit manuscrit ou imprimé, le document numérique permet de séparer la présentation (les techniques de mise en page) de l'information (composition de texte, données). Des contenus multimédias ( fixes ou animées, vidéos, sons) peuvent être insérés à l’intérieur du document numérique. Sa technique de production et de communication se résume en quatre grandes familles de logiciels : les outils de traitement de texte, les tableurs, les logiciels de courriel, les logiciels de gestion documentaire.
Historique
Deux sources au document numérique peuvent être trouvées dans l'histoire. D'une part, la présentation du document numérique à l’écran évoque souvent chez certains chercheurs une association aux tablettes sumériennes en argile (3400-3200 av. J.-C.). La manière de faire défiler le texte est semblable à la lecture d’un manuscrit enroulé. Naturellement, comme tout dispositif sociotechnique, le document numérique s’inscrit dans la perspective d'un mode de communication rattaché à son support. D'autre part, la partie invisible du document, c’est-à-dire le codage de l'information, renvoie à l’étymologie du mot « numérique ». Apparu en 1616, il provient du latin numerus « qui a rapport aux nombres, qui appartient aux nombres » Étymologie du mot « numérique », Sermons du P. Coton dans R. Philol. fr., t. 44, p. 76-77. À cette époque, le codage de l'information n'était pas encore envisagé et les langages de description et d'encodage n'étaient pas non plus inventés.
Le document numérique commence à émerger avec le traitement de texte et, plus précisément, dans le domaine de la bureautique. Avant qu’il ne soit purement informatique, il a été mécanographique ou microphotographique. Bien des projets consistaient d’abord à automatiser le processus d’enregistrement de l’information visuelle ou sonore de façon analogue. Plus tard, les chercheurs voudront établir des relations entre cette automatisation et les idées produites par la matière grise.
C’est le 9 avril 1860, soit 17 ans avant le phonographe d'Edison et 28 ans avant le premier enregistrement connu (un oratorio de Haendel sur un rouleau de cireBenoît Habert, Construire ensemble des mémoires numériques durables : l'archivage numérique pérenne. In « Document numérique, entre permanence et mutations », Paris, Utopia, 2010, .), qu’un Français, Édouard-Léon Scott de Martinville, décide de mettre en œuvre l'ambitieux projet de transcrire visuellement le son de la chanson Au clair de la Lune. Cette transcription est effectuée à l’aide d’un appareil appelé phonautographe, qui utilise une bande de papier recouverte de noir de fumée, fixée sur un cylindre en rotation lenteL'article détaillé ici. Au , d’autres projets d’automatisation de l’information ont été entrepris par Paul Otlet (1934) et Vannevar Bush (1945), mais n’ont jamais vu le jour.
En 1963, Theodor Nelson« Ted » Nelson, philosophe et autodidacte en informatique à l’université Harvard. Il est l’auteur des termes Hypertext, Linktext et Jumptext ou Zapwrite. invente le terme Hypertext, synonyme d’hypermédia. Grâce au réseau électronique, le contenu du document numérique, qu'il soit textuel ou non, peut désormais être affiché à l’écran. Les travaux de Douglas Engelbart sur l’interactivité et les interfaces au SRI (Stanford Research Institute) contribuent au développement des systèmes hypertextuels.
Dans les années 1970-1980, l’arrivée de la microinformatique facilite le traitement de texte dans les bureaux. Le principe d’afficher le document à l’écran tel qu'il apparaitra lors de l’impression est nommé wysiwyg (What You See Is What You Get).
Dès les années 1980, le document structuré voit le jour. Il se dote de nouvelles caractéristiques : l’interactivité, l’insertion de nouveaux modes de communication dans les documents (images, sons, etc.) ainsi que l’utilisation de balises. En 1984, le logiciel Hypercard conçu pour Macintosh démocratise le concept d’hypertexte. L’arrivée du Web (en 1989, grâce à Tim Berners-Lee à Genève) marquera une nouvelle ère pour le document numérique, le rendant de plus en plus interactif et hybride, capable de décrire son contenu (titres, paragraphes, disposition des images) et d'y inclure des hyperliens grâce aux langages HTML et XHTML.
De nos jours, les documents en réseau se produisent avec un langage dynamique et sont reliés à une base de données dont le contenu peut varier.
Concept Le document numérique incite à réfléchir sur le concept du document à proprement parler. C’est un objet, du point de vue rhétorique, aux caractéristiques mouvantes. En quelque sorte, les dispositifs techniques ont effacé le côté rhétorique en insistant davantage sur le côté technique de l’usage. Les outils d’interaction permettent alors de consulter les documents numériques (les premiers sites d’Internet, notamment) sur tout type de plate-forme avec n’importe quel navigateur. Jean-Michel Salaün insiste sur la triple dimension de la structure de ce type de document « à partir des caractéristiques matérielles, intellectuelles et mémorielles négociées »Jean-Michel Salaün, Vu, Lu, Su. Les architectes de l'information face à l'oligopole du Web, La Découverte, Paris, 2012, p. 58.
En effet, si le document sur support papier est en quelque sorte, la gravure de notre pensée, elle est par conséquent, celle de notre passé. Il va de soi, que le document numérique que l'on peut modifier à n'importe quel moment serait plutôt le reflet d'une constante évolution de la réflexion. Les traces ou les données qui s'enregistrent derrière une information d'un dispositif technique créent des liens entre la rédaction dans le passé et la rédaction dans le présent en nous orientant vers le futur.
Au passage, notons les différentes versions du terme document numérique et des métaphores qui l'entourent. Par exemple, Jean-Michel Salaün, professeur à l’École Normale Supérieure de Lyon, dans son ouvrage Vu Lu Su. Les architectes de l'information face à l'oligopole du Web définit ce type de document comme un « néodocument ». Dans le même temps, remarquons que Dominique Cotte, dans son article Le concept de "document numérique", considère qu'un « objet numérique est un objet qui ne dit pas son nom »Cotte Dominique. Le concept de "document numérique". In: Communication et langages. , 2004, (lire en ligne). Il poursuit en disant qu' « il serait plus juste de parler d'objet informatique ou plus exactement d'électronique, car il relève d'une technologie qui repose sur une organisation binaire : le passage ou non du courant électrique ».
Selon le contexte, il existe également plusieurs adjectifs antonymes de numérique : document imprimé, document manuscrit, document matériel ou matérialisé. L'emploi du substantif papier comme adjectif est réprouvé par les autorités linguistiques francophones (Académie française, Office québécois de la langue française, notamment). « Dire ou écrire "un document papier", "un dossier papier" relève d'une connaissance défaillante de la langue française et d'une façon de s'exprimer tout à fait infantile »Banque de dépannage linguistique de l'Office québécois de la langue française. En cas de doute sur l'antonyme précis de l'adjectif numérique, il convient de former correctement le complément de nom : un document numérique s'oppose à un document sur papier. On peut aussi se souvenir de l'existence des mots manuscrit et imprimé, et les employer aussi bien comme adjectifs (« le document imprimé et le document numérique ») que comme substantifs (« remettez-moi l'imprimé et le manuscrit »). En ingénierie et en architecture, on ne doit pas parler de plans papier ni même de plans sur papier mais de tirages de plans.
Les principales différences avec le document sur papier
Au début de son évolution, le document numérique était une adaptation du document impriméJacques Chaumier, Document et numérisation, Enjeux techniques, économiques, culturels et sociaux, Paris, ADBS éditions, 2006, p. 27.. Il était tout de même évident que le document numérique exigeait une procédure plus détaillée du découpage de l’information pour la structuration et la mise en relief de l’information sur l’écran. Dans cette optique, le lecteur se place au centre de la conception des documents numériques ; l'introduction de la dimension humaine contribuera au processus cognitif de stockage et de traitement de l’information, permettant du coup de faire progresser la maintenance du système.L’usage du document numérique s’inscrit dans un contexte différent de celui des spécialistes ; il peut également servir d'outil pour l'apprentissage ou le divertissement. À l’ère du Web 2.0 l’existence du document sur papier peut ainsi être remis en question : les différences avec son homologue sont explicites et peuvent être analysées selon quatre points de vue l'immatérialité, le traitement cognitif, la perception physiologique, l'usageRoger T. Pédauque, Le Document à la lumière du numérique, Caen, C&F éditions, 2006, p. 45.
L'immatérialité
Le premier aspect matériel concerne la nature du support du document numérique, à savoir son immatérialité. Affiché sur l’écran, présenté par l’intermédiaire d’un dispositif technique, il s'agit d'un document immatériel virtuel et indépendant du dispositif matériel d’affichage. L’affichage du document peut toutefois être considéré comme matériel lorsqu’il est sauvegardé sur un support de stockage. Or, sur les supports d’enregistrement, les signes qui imposent le formatage ne sont pas directement visibles ni lisibles (code binaire : 0 ou 1) et leur existence est donc virtuelle si le dispositif de décodage est absent. Sous forme numérique, l'information offre divers avantages pour une multiplication des traitements et des transmissions de données en réseau de façon immédiate.
Le traitement cognitif Afin de mieux représenter la structure du document, ce dernier est soumis à un traitement cognitif qui consiste à indiquer son volume, à localiser l’endroit où se trouve le lecteur et à assurer la bonne navigation à l’intérieur du document. Le processus de production du document numérique est contraint à divers aspects techniques, matériels ou logiciels, d’où la nécessité pour le concepteur de connaître un langage (auteur pour les cédéroms, HTML pour les sites Web). Les commanditaires, à leur tour, utilisent des assistants pour créer des documents numériques formatés selon des styles graphiques proposés. Par conséquent, il est indispensable de maîtriser techniquement un outil d’écriture ou de lecture.
La perception physiologique La perception physiologique dépend de la lisibilité et la visibilité de l’information ainsi que du confort postural. Certaines polices sont plus faciles à lire que d’autres. L’ouverture du document numérique ne demande aucun effort physique, ni de la part de la machine, ni de l’utilisateur. Par contre, les questions d’éclairage, de scintillement, de l’instabilité de l’image, de la bonne qualité d’affichage peuvent poser quelques éventuels problèmes au lecteur.
L'usage