Les zoonoses (prononcé zɔ.ɔ.noz) sont des maladies et infections dont les agents se transmettent naturellement des animauxMammifères, oiseaux, poissons et reptiles, domestiques et sauvages. à l'humain, et vice-versaDéfinition donnée en 1959 par les experts de l’Organisation mondiale de la santé.. Le terme a été créé au , à partir du grec , « animal » et , « maladie », par Rudolf Virchow, accès libre.. Il couvre les zooanthroponoses (transmission de l’humain à l'animal) et les anthropozoonoses (transmission de l’animal à l'humain). D'un point de vue pratique, l'étude des zoonoses est principalement motivée dans le second cas, quand l'animal joue un rôle dans la transmission de l'agent pathogène d'une maladie affectant la santé humaineLe syndrome d'immunodéficience acquise, initialement transmis du singe à l’humain, mais aujourd'hui véhiculé de manière interhumaine, n'est pas classé dans les zoonoses.. Sont exclues du champ des zoonoses les maladies non infectieuses causées par des animaux (envenimations, allergies), les maladies infectieuses transmises artificiellement d'une espèce à l'autre (études de laboratoire) et celles qui sont transmises passivement par des produits d'origine animale. De même, les maladies communes à l'humain et à certains animaux, sans transmission inter-espèces, n'entrent pas dans le champ des zoonoses.
L'importance sanitaire des zoonoses ne cesse de croître et environ 75 % des maladies humaines émergentes sont zoonotiques dans les années 2000 Jones K E, Patel N G, Levy M A, Storeygard A, Balk D, Gittleman J L, Daszak P (2008) Global trends in emerging infectious diseases. Nature 451, 990–993. ()Lloyd-Smith J O, George D, Pepin KM, Pitzer VE, PulliamJ RC, Dobson AP, Hudson PJ, Grenfell BT (2009) Epidemic dynamics at the human-animal interface. Science 326, 1362–1367. (). Par ailleurs, certaines de ces zoonoses sont des maladies professionnelles, qui touchent, par exemple, les éboueurs, taxidermistes, agriculteurs, éleveurs, vétérinaires, forestiers
Importance sanitaire des zoonoses
Certaines zoonoses, comme les salmonelloses, les leptospiroses, la rage, sont fréquentes et répandues dans la plupart des pays. D’autres, comme les arboviroses, la morve, la peste, sont plus rares, ou plus localisées géographiquement. Certaines enfin, comme l'herpès virus B ou le virus de Marburg, sont exceptionnelles.
La gravité médicale des zoonoses est extrêmement variable : parfois bénignes (vaccine, maladie de Newcastle)Sauf chez les sujets immunodéprimés., parfois mortelle (rage), le plus souvent graves (brucellose, tuberculose, salmonelloses, leptospiroses, morve, tularémie, listériose, fièvre Q, psittacose, encéphalites virales, rickettsioses). Leur impact économique est très important pour l'élevage (tuberculose, brucellose) et, en vertu du principe de précaution, pour les budgets de santé publique (influenza aviaire hautement pathogène H5N1), d'autant que leur nombre, très élevé, ne cesse de croître75% environ des maladies humaines émergentes sont des zoonoses.
Les plus fréquentes ou les plus graves sont qualifiées de zoonoses majeures, celles qui sont à la fois rares et bénignes, de zoonoses mineures. Des zoonoses « exceptionnelles » peuvent être bénignes (maladie d'Aujeszky) ou très graves (encéphalite B, fièvre hémorragique de Marbourg). Les zoonoses « potentielles » ou « incertaines » sont des maladies qui sont communes à l'espèce humaine et à des espèces animales et dont la transmission est suspectée mais pas démontrée (histoplasmose, infections par Paramyxovirus parainfluenzae)..
Modèles écoépidémiologiques
Ils sont utiles pour l'évaluation du risque et les systèmes d'alerte précoce. Les zoonoses émergentes doivent passer de petites chaînes de transmission à des chaînes de transmission intense et à grande échelle. Cette transition peut nécessiter une conjonction de nombreux facteurs qui ne nécessite pas nécessairement que le système où se développera le microbe soit supercritique. La modélisation du risque d'émergence est complexe. Le calcul du temps nécessaire à une première grande flambée épidémiologique, puis à une situation de type pandémique est très complexe, et de type stochastique. Il peut considérer l'émergence comme une bifurcation dynamique vers un système devenant supercritiqueChristopher J. Dibble, Eamon B. O'Dea, Andrew W. Park, John M. Drake (2016), Waiting time to infectious disease emergence ; Journal ot the royal society Interface ; 19 octobre 2016. .
Types de contaminations L'humain peut être contaminé au cours de l’exercice d'une profession le mettant au contact des animaux vivants, de leurs cadavres ou de leurs sous-produits (cuirs, peaux, laine, os, corne). La contamination peut également être accidentelle (à la suite d'une morsure, par exemple), intervenir lors d'une pratique de loisir (baignade, partie de chasse) ou dans le cadre familial (animaux de compagnie).
Cycle de contamination Selon le cycle évolutif de son agent causal, une zoonose peut appartenir à quatre catégoriesNon exclusives : une même maladie peut être rattachée à plusieurs catégories : la fièvre de la vallée du Rift est transmise par un moustique (métazoonose) et implique un ruminant domestique (orthozoonose).. Orthozoonose (zoonose directe). Tout en admettant plusieurs espèces de vertébrés pour assurer son entretien, l’agent infectieux n'en utilise qu'une seule pour sa transmission à l’humain. Cyclozoonose. Le cycle infectieux requiert plusieurs espèces de vertébrés, seules une ou certaines d’entre elles étant responsable(s) de la contamination humaine. Il peut alors s'agir d'une espèce-relais, plus proche de l'humain que l'espèce-réservoir. Dans ce cas, le passage par l'espèce-relais peut en outre constituer une phase d'adaptation ou d'amplification de l'agent causal. Métazoonose. Nécessite le passage par un vecteur invertébré (insecte, acarien) permettant la transmission à l’humain. Saprozoonose. Dans ce cas, l'agent causal doit obligatoirement passer par le milieu extérieur.
Suites épidémiologiques de l'infection humaine Une zoonose est dite « bornée » quand l’humain contaminé, se comportant comme un « cul-de-sac épidémiologique », ne retransmet pas la maladie. Elle est dite « extensive » lorsque la transmission se poursuit à travers l'individu contaminéSoit vers l’animal, en mode « rétrograde » ou (l'homme rend son infection à l'animal), soit vers un autre être humain (mode « interhumain »). Tant que l'animal joue un rôle dans la contamination humaine, la maladie reste zoonotique. Quand la transmission interhumaine devient la règle, la maladie cesse d’être une zoonose..
Zoonoses émergentes
Historique Historiquement, la transmission d'agents infectieux de l'animal vers l'humain a connu une première grande vague lors de la sédentarisation d'une partie de l'espèce humaine et de la domestication des animaux qui s'en est suivie. Une seconde vague est observée dans la période contemporaine, en raison de plusieurs évolutions récentes intervenues sur la planète : intensification de l'élevage en zone périurbaine favorisant l’émission massive d’agents pathogènes., l’apparition de variants et de souches antibiorésistantes ; augmentation de la population et des besoins alimentaires, notamment en protéines animales, avec un fort développement des marchés d'animaux vivants ; mondialisation des échanges humains et animaux ; empiétement des activités humaines sur les environnements naturels ; changements climatiquesINRA (2009) Vidéo mise en ligne par l'Inra Importance de la circulation d'agents pathogènes entre la faune sauvage et domestique dans l'émergence de maladies infectieuses.
Selon la définition donnée par l'Organisation mondiale de la santé animale, une maladie émergente est « une infection nouvelle, causée par l'évolution ou la modification d'un agent pathogène ou d'un parasite existant, qui se traduit par un changement d'hôtes, de vecteur, de pathogénicité ou de souche »Bernard Vallat. Les zoonoses émergentes et ré-émergentes sur le site de l'OIE.. Il peut également s'agir d'une pathologie infectieuse non encore signaléeToujours selon l'OIE, une maladie ré-émergente est une maladie connue qui apparaît dans un nouveau contexte, élargit sa gamme d'hôtes ou enregistre une forte progression de sa prévalence..
Une étude Christine Johnson, Global shifts in mammalian population trends reveal key predictors of virus spillover risk, Proceedings of the Royal Society, 8 avril 2020. parue en dans la revue Proceedings of the Royal Society croise les données de 142 zoonoses virales, répertoriées dans les études depuis 2013, avec la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature qui classe les espèces en danger : les rongeurs, primates et chauves-souris ont été identifiés comme les principaux hôtes (75,8 %) des virus transmis à l'humain ; mais la moitié des animaux domestiques, en particulier ceux des élevages industriels, sont aussi massivement porteurs. Cette situation augmente la fréquence et l'intensité des contacts et crée les conditions idéales pour des transferts viraux. En 2016, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) souligne que « les zoonoses sont des maladies opportunistes qui se développent lorsque l'environnement change » et note une augmentation significative du réservoir planétaire viral, générant en moyenne une nouvelle maladie infectieuse chez l'homme tous les quatre mois. Une analyse de la littérature scientifique réalisée par la professeure d'écologie Kate Jones, directrice du groupe de recherche sur la modélisation de la biodiversité au University College de Londres, a passé au crible 335 maladies émergentes apparues depuis 1940 et identifié parmi elles 84 virus pathogènes résultant de transmissions interespèces : 82 % des émergences virales chez l'homme sont associées à une dizaine de facteurs, en particulier les changements d'écosystèmes sont à l'origine de près d'un quart des épidémiesCovid-19 : les prémices d'un « Big One » ?, Les Échos, 21 avril 2020..
Prise de conscience internationale Au début des années 2000, une nouvelle maladie émergente est découverte tous les 14 à 16 mois (contre une tous les 10 à 15 ans dans les années 1970). Cette augmentation s'explique par une veille épidémiologique plus intense, mais aussi par une aggravation des conditions favorisant ces émergences.
Selon les institutions internationales, 60 % des maladies infectieuses décrites chez l'humain sont d’origine animale. C'est également le cas de 75 % des maladies humaines émergentes. Enfin, 80 % des pathogènes utilisables pour le bioterrorisme proviendraient de réservoirs animaux. Les alertes de santé publique du début du ont révélé comment un événement sanitaire à point de départ animal pouvait constituer une menace pour la santé publique, l’économie mondiale, l’environnement et les sociétésStratégie 2011. Position française sur le concept « One Health/Une seule santé », ministère français des Affaires étrangères et européennes, Direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats. 2011, 28 pages..
L'enchaînement des causes et des effets est bien résumé dans la position française sur le concept « One Health / Une seule santé » publié en 2011 par le ministère français des Affaires étrangères et européennes :