Jesús Franco Manera, ou Jess Franco, est un cinéaste espagnol né le à Madrid et mort le à l'âge de 82 ans.
Spécialisé dans les films mêlant horreur et érotisme, il a travaillé sous de nombreux pseudonymes, dont Clifford Brown, Adolf M. Frank, J.P. Johnson, David Khune et Jess Frank.
Biographie Jess Franco reçoit une formation classique au Conservatoire royal supérieur de musique de Madrid, où il apprend le piano. Il a fait ses études de cinéma à l'Instituto de Investigaciones y Experiencias Cinematográficas (IIEC) de Madrid et à l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) de Paris.. Il entame sa carrière cinématographique en tant que compositeur en 1954. Il se lance dans la réalisation avec des courts métrages de commande (films d'entreprise comme El árbol de España en 1957, courts à visée culturelle). Son premier long métrage, Tenemos 18 años, est achevé en 1959, premier d'une longue série de 185 films.
Franco tourne des productions à petit budget, son acharnement au travail le pousse à sortir parfois plusieurs films à la fois malgré des problèmes de distribution quasi-systématiques (certains de ses films sont directement sortis en vidéo), utilisant pour ce faire un entourage en accord avec ses visions, capable de tourner plusieurs films en même temps, parfois sans même être au courant (le réalisateur faisait parfois tourner des scènes pour un prochain film à ses acteurs, sans les avoir prévenus). Le réalisateur a travaillé pour ses compagnies de production variées du continent européen, notamment la firme française Eurociné, spécialisé dans le très petit budget. Franco propose un cinéma artisanal, parfois bâclé mais qui a toujours privilégié le fond sur la forme en laissant volontairement de côté les artifices de production au bénéfice d'une urgence créatrice.
Sa rencontre avec la jeune Lina Romay dans les années 1970 (rencontrée après le décès de sa muse Soledad Miranda) bouleverse non seulement sa vie privée mais aussi artistique, Romay jouant dans la quasi-totalité de ses films ultérieurs. Franco fait de son égérie un personnage sulfureux aux rôles souvent tendancieux, parfois pervers. Dans les années 1990, Franco a également fait tourner plusieurs actrices américaines dans certains de ses films parmi lesquelles Michelle Bauer et Linnea Quigley, deux scream queens populaires aux États-Unis dans les années 1980.
Tout au long de sa carrière, Franco a occupé tous les postes : réalisateur, scénariste, producteur, monteur, acteur, compositeur, ingénieur du son et directeur de la photographie.
Il a également travaillé comme assistant réalisateur pour Orson Welles sur le tournage de Falstaff, et a effectué un montage de son Don Quichotte inachevé.
La monstruosité féminine interne dans le cinéma de Jesús Franco Le concept de monstruosité féminine est exploré dans le cinéma mondial, en particulier dans les œuvres du cinéaste Jesús Franco. Également connu sous le nom de Jess Franco, il était un cinéaste espagnol influent, réputé pour son vaste corpus d’œuvres, englobant près de 200 films, se concentrant principalement sur les films d’horreur et de sexploitation.. Mettant l’accent sur l’intersectionnalité de la sexualité, du genre et de la violence, Franco crée des pièces stimulantes qui contestent les attentes et repoussent les limites sociétales.
Les films de Franco transcendent les manifestes extérieurs, s’aventurant dans les paysages complexes de la psyché humaine, explorant profondément la monstruosité interne et les complexités de l’esprit humain. Au cœur du concept de « monstruosité féminine interne », il offre des explorations viscérales, des émotions brutes, de la convoitise et de la rage. Dans lequel les femmes se transforment en êtres surnaturels, ou en incarnations de désirs primaires. À la frontière de la pornographie, il a réalisé des films mémorables comme « Vampyros Lesbos, » (1971). Une exploration de la monstruosité intérieure féminine à travers un mélange d’horreur, d’érotisme et de surnaturel.. En embrassant le grotesque et le macabre, Franco oblige le spectateur à se confronter à des vérités inconfortables sur la nature humaine et sa capacité au mal.
Vampyros Lesbos (1971) En toile de fond d’Istanbul, « Vampyros Lesbos » suit Linda Westinghouse (Ewa Strömberg), une jeune femme attirée par la séduisante vampire comtesse Nadine Carody (Soledad Miranda). En raison de son obsession du sang, les frontières entre la vie et la mort, le plaisir et la douleur deviennent de plus en plus floues. Le film aborde des sujets comme la politique des genres (le lesbianisme, l’érotisme) et l’attrait du surnaturel. Adoptant des relations lesbiennes explicites, le film s’attaque aux perceptions conservatrices sur la sexualité et présente une vision nuancée de la féminité monstrueuse. Au lieu d’être punis pour leurs désirs, les personnages développent un lien basé sur la compréhension mutuelle et l’attirance qu’ils éprouvent l’un envers l’autre..
Dimension psychologique de la monstruosité féminine – Sexe et violence À travers des séquences oniriques et des images surréalistes, Franco crée un paysage psychologique (un psychodrame sensuel) dans lequel les personnages affrontent leurs désirs les plus intimes, leurs peurs et les conséquences de succomber à leurs pulsions les plus sombres. Grâce au sexe et à la violence, leur nature vampirique leur permet de transcender les limites imposées aux femmes pour exprimer ouvertement leurs désirs sexuels. Franco mélange le surnaturel et le psychologique en présentant le vampirisme comme une métaphore des désirs refoulés et des tabous sociaux. Les personnages du film sont pris dans un réseau d’enchevêtrements sensuels et psychologiques qui brouillent les frontières entre la prédation et la proie. Ils incarnent alors des conflits internes, des émotions opposées suscitées par le vampirisme : attirance sexuelle intense associée à des instincts innés de survie (désir et peur). L’objectif de Franco est de capter la sensualité des rencontres vampiriques en introduisant dans le film des scènes explicites d’érotisme et de violence, en particulier, par le thème du sadomasochisme. Le réalisateur Franco utilise beaucoup de nudité et de violence, ainsi que des effets spéciaux particuliers pour mettre l’accent sur le thème de la monstruosité féminine. Ces personnages naviguent dans un monde où la sensualité devient une source de danger par l’aspect de domination et de soumission: éléments de BDSM présentés lors des interactions entre la Comtesse Nadine Carody et les autres personnages (p. ex. l’acte de mordre et de consommer du sang). L’usage de la violence est présenté comme une métaphore pour se libérer des contraintes sociales.
Problématique Les figures vampiriques du film incarnent une forme unique de monstruosité féminine qui s’oppose aux normes et aux attentes sociales. Contrairement aux représentations traditionnelles des vampires, elles symbolisent la libération des contraintes patriarcales. Le traitement de Franco sur la monstruosité et la sexualité féminines suscite des controverses. Les films de Franco comportent une nudité excessive et des tendances fétichistes qui réduisent les personnages féminins à des objets du désir. La cinématographie de Jess porte sur sa représentation négative des femmes et de la sexualité : « female vampires as feminist boundary-pushers ».. Le vampirisme antagonise les femmes de la société, plus elles sont indépendantes/autonomes, plus elles sont considérés dangereuses pour les hommes et une menace contre le patriarcat. Les femmes perdent leur innocence domestique par une manifestation de caractéristique surnaturelle telle que la nécessité de se nourrir du sang pour maintenir l’immortalité. Cela dépeint les vampires féminins comme corrompus, séduisantes et dangereuses. Symbolisant l’aspect plus sombre de la nature humaine. Cette anxiété culturelle alimente la perception de la monstruosité féminine interne. Son œuvre objectifie et exploite les femmes, ce qui entretient des stéréotypes nuisibles plutôt que de les démonter. Se fondant sur la conviction que les femmes abusent du pouvoir de la féminité, il estime que la séduction mène au mal et même à la mort (surtout dans le cas d’une relation homme-femme).
Hommage
En 2008, la Cinémathèque française consacra une rétrospective au réalisateur..
Filmographie Conformément à l'usage concernant Jess Franco, la filmographie est présentée dans l'ordre chronologique des tournages, et non des sorties. Les années indiquées correspondent donc aux années où les films ont été tournés (et non aux années où ils sont sortis sur les écrans).
Les films sont signés "Jess Franco", sauf indication contraire.
Années 1950 1957 : El árbol de España (court métrage) 1959 : Oro español (court métrage) 1959 : Las playas vacías (court métrage) 1959 : Tenemos 18 años
Années 1960 1960 : Estampas guipuzcoanas número 2 : Pío Baroja (court métrage) 1960 : El destierro del Cid (court métrage) 1960 : Opération Lèvres Rouges (Labios rojos) 1960 : Mariquita, la belle de Tabarin (La reina del Tabarín) 1960 : Certains les préfèrent noires (Vampiresas 1930) 1961 : L'Horrible Docteur Orlof (Gritos en la noche) 1962 : Agent 077, opération Jamaïque (La muerte silba un blues) (sous le nom de Jess Frank) 1962 : Le Sadique Baron Von Klaus (La mano de un hombre muerto) (sous le nom de Jess Frank) 1963 : Chasse à la Mafia (Rififí en la ciudad) 1963 : Le Jaguar (El llanero) (sous le nom de Jess Franck) 1964 : Les Maîtresses du docteur Jekyll (El secreto del Orloff) (sous le nom de Jess Franck) 1965 : Dans les griffes du maniaque / Le Diabolique Docteur Z (Miss Muerte) 1965 : Cartes sur table (Cartas boca arriba) 1966 : Ça barde chez les mignonnes (Residencia para espías) 1966 : Opération Re Mida (Lucky, el intrépido) 1967 : Les Yeux verts du diable (Necronomicon - Geträumte Sünden) 1967 : El caso de las dos bellezas (Rote Lippen : Sadisterotica) 1967 : Bésame, monstruo (Rote Lippen : Küss mich, Monster) 1967 : Le Sang de Fu Manchu (The Blood of Fu Manchu) 1968 : Sumuru, la cité sans hommes (Die sieben Männer der Sumuru) 1968 : Les Brûlantes (ou L'Amour dans les prisons de femmes ; 99 mujeres) 1968 : Justine ou les Infortunes de la vertu (ou Les Deux beautés ; Marquis de Sade's Justine) 1968 : Le Château de Fu Manchu (Die Folterkammer des Fu Man Chu) 1968 : Venus in Furs (Venus im Pelz) 1969 : Les Inassouvies (Eugenie... the Story of her Journey into Perversion) 1969 : Le Trône de feu (El proceso de las brujas) 1969 : Le Labyrinthe du sexe (Sex Charade) 1969 : Les cauchemars naissent la nuit 1969 : Les Nuits de Dracula (Count Dracula)
Années 1970 1970 : Eugénie de Sade 1970 : Sexualité spéciale (Vampyros Lesbos) (sous le nom de Franco Manera) 1970 : Crimes dans l'extase (Sie tötete in Ekstase) (sous le nom de Frank Hollmann) 1970 : Le Diable vint d'Akasava (Der Teufel kam aus Akasava) (sous le nom de Jess Frank) 1970 : Juliette (inachevé) 1970 : X 312 Vol pour l'enfer (X 312 – Flug zur Hölle) (sous le nom de Jess Frank) 1971 : Der Todesrächer von Soho (sous le nom de Jess Frank) 1971 : Dr. M schlägt zu (El Doctor Mabuse) (sous le nom de Frank Manero) 1971 : Les Vierges et l'amour (Jungfrauen-Report) (sous le nom de Jess Frank) 1971 : Trois Filles nues dans l'île de Robinson (Robinson und seine wilden Sklavinnen) (sous le nom de Frank Hollmann) 1971 : Une vierge chez les morts-vivants (Une virgen en casa de los muertos vivientes) 1971 : Dracula prisonnier de Frankenstein (Drácula contra el Frankenstein) 1972 : La Fille de Dracula 1972 : Quartier de femmes (Los amantes de la isla del diablo) 1972 : Les Expériences érotiques de Frankenstein 1972 : Les Démons (sous le nom de Clifford Brown) 1972 : Un silencio de tumba 1972 : El misterio del castillo rojo (inachevé) 1972 : Les Ébranlées (sous le nom de Clifford Brown) 1972 : Le Journal intime d'une nymphomane (sous le nom de Clifford Brown)