Paul Aurélien ou Pol Aurélien, en latin Paulus Aurelianus et en breton Paol Aorelian, aussi appelé Paul de Léon ou Pol de Léon, mais aussi saint Paul Aurélien, né à la fin du au pays de Galles et mort à la fin du sur l'île de Batz (actuel département du Finistère), est le premier évêque du diocèse de Léon au .
Saint sauroctone (terrasseur de dragon), son histoire est principalement connue par l'hagiographie bretonne, notamment par la Vita sancti Pauli Aureliani, rédigée en 884 par un moine de l'abbaye de Landévennec nommé Wromonoc ou Uurmonoc.
Traditionnellement présenté comme l'un des sept saints fondateurs bretons, saint Paul Aurélien est fêté le 12 mars, jour de décès indiqué par sa Vita.
L'époque et la vie de Paul Aurélien, qui appartiennent , sont difficiles à appréhender en raison de la rareté des sources historiques. En 1991, à l'occasion des de sa naissance, supposée avoir eu lieu en 492, année indiquée par une hagiographie tardive (1637) du dominicain breton Albert Le Grand, mais non confirmée par les historiens, la municipalité de Saint-Pol-de-Léon a organisé une série d'événements commémoratifs, notamment un colloque international, Sur les pas de Paul Aurélien, en association avec le Centre de recherche bretonne et celtique et le Comité Paul Aurélien.
Les actes de ce colloque, publiés en 1997, sont la source principale de cet article.
Contexte historique
La navigation dans la Manche et dans l'Atlantique au temps de Paul Aurélien vignette|upright|La région entre le sud-ouest de l'Irlande et de la Grande-Bretagne, et le nord-ouest de la Bretagne|alt=carte représentant la zone maritime entre l'Irlande, la Grande-Bretagne et le Léon au nord-ouest de la Bretagne
Au le niveau de la mer dans la Manche est inférieur de à celui que nous connaissons aujourd'hui ce qui modifie alors considérablement les zones côtières. À l'époque de Paul Aurélien, au , l'aspect des côtes est très semblable à la situation actuelle, , avec seulement un niveau plus bas d'un à deux mètres, . Le marnage est également comparable, d'une moyenne d'environ six mètres en Manche, avec une amplitude lors des marées de vives-eaux allant de deux mètres devant Poole à dix-huit mètres en baie du Mont-Saint-Michel. Le climat devait être plus humide et plus froid avec néanmoins un régime des vents relativement identique à aujourd'hui pour la zone maritime s'étendant entre l'Irlande, la pointe sud-ouest de la Grande-Bretagne et le littoral du Léon entre Ouessant et l'île de Batz. Cette côte du Léon est une zone de navigation difficile, avec un marnage de six à onze mètres, des abords du rivage peu profonds avec de nombreux écueils, ou la mer se forme dès que le vent se lève, et des courants forts pouvant devenir violents lors des marées de vives-eaux.
Aucun renseignement contemporain du voyage de Paul Aurélien en bateau entre l'Irlande, la Grande-Bretagne et l'île d'Ouessant ne nous est connu. Mais nous disposons de suffisamment d'éléments pour envisager ce qu'il a du faire pour réussir cette navigation. Nous savons déjà que depuis bien avant cette époque des marins effectuaient cette navigation pour notamment convoyer des marchandises. Autres éléments, les spécialistes des Celtes ont relevé qu'ils ont des connaissances en astronomie, élément utile pour se diriger en mer lorsque l'on n'est plus en vue d'une côte, et ont su les transmettre à leurs descendants. Nous savons aussi qu'une partie des méthodes simples utilisées par les marins pour la navigation dans l'Antiquité avant l'apparition des aides à la navigation, comme le compas et plus récemment la radiogoniométrie puis le GPS. La navigation à l'estime est restée la pratique de marins, notamment en mer du Nord et en Océanie jusqu'à une époque récente. Cela rend probable l'utilisation par Paul Aurélien des moyens suivants : au départ de Moutn's Bay, s'informer des pratiques locales, utiliser la sonde et la navigation par alignements, profiter de la marée et d'une bonne orientation du vent, pour quitter la côte en parant les écueils visibles et surtout invisibles. Rejoindre un point bien visible depuis le large, comme le cap Lizard, pour entreprendre la traversée hors de vue de la côte avec un point de départ bien repéré. Il choisit son cap pour rejoindre l'île d'Ouessant, cap qu'il maintient en se repérant sur l'angle de son sillage et des vagues et lorsque le ciel est clair en le réactualisant avec le soleil, le jour, et un astre la nuit. En naviguant à une vitesse moyenne quotidienne d'environ , il compense, sans la connaître, la dérive due au courant de marée dans l'entrée de la Manche. Ayant choisi la bonne époque de l'année, il a peu de chance de rencontrer une tempête et ou des vents contraires, ce qui lui permet d'atteindre l'île d'Ouessant en une journée alors qu'il fait jour. L'atterrage, moment le plus dangereux pour un navire, encore plus à son époque où il n'existait pas de phares sur cette côte, nécessite qu'il attende la marée haute pour rejoindre le port d'échouage de Lampaul, peut-être avec l'aide d'un pratique local (pilote) pour assurer le passage des dangereux écueils de ces parages.
vignette|gauche|upright|reconstitution du Blackfriars I, avec une voile carrée. vignette|upright|Bijou en or découvert à Broighter en Irlande. À l'examen de l'histoire maritime, deux types de navires sont probables du fait de leur capacité à ternir la haute mer. Tout d'abord un type issu de ceux utilisés par les Vénètes d'Armorique lors de leur guerre avec la République romaine. Nous les connaissons par la description qu'en fait Jules César dans ses commentaires sur la guerre des Gaules : Des bateaux similaires sont présents sur des monnaies du roi Cunobelinos, qui règne sur un petit territoire, entre 20 et 43, dans la Bretagne insulaire. Deux épaves, récemment découvertes, de navires de haute mer du même type sont estimées des , le Blackfriars I et une autre à St Peter Port à Guernesey. Ces bateaux posent néanmoins un problème, l'emplacement de l'unique mat, équipé d'une voile carrée, ne permet pas de naviguer au près comme l'impose la traversée de la Manche du fait de la direction des vents dominants. Il est cependant possible que ces navires aient été gréés avec une voile à bourcet, à l'instar des . Un deuxième type de navire complète cette hypothèse, il a été découvert à Broighter en Irlande, un bijou en or, du représentant un navire miniature d'un type, proche des Currach et Oumiak, c'est-à-dire avec une coque faite de peaux de bêtes tendues sur une armature légère. Des navires de haute mer celtes sont cités par des auteurs romains comme Pline l'Ancien ou Avienus. Ce dernier indique que des habitants des alentours d'Ouessant naviguent vers l'Irlande avec ce type de bateau. Cette navigation qui implique un temps long hors de vue des côtes souligne les connaissances que devaient avoir ces marins qui perpétuent une pratique de la navigation hauturière qui semble être maîtrisée depuis le Par ailleurs, César puis plus tard d'autres auteurs, notamment en Irlande et dans l'ouest de la Grande-Bretagne, soulignent que ces bateaux sont équipés d'une quille, ce qui facilitait la remontée au vent en limitant la dérive. Paul Aurélien, originaire du pays de Galles et de la Cornouaille, devait connaître ce type de bateau. Les deux options, bateau en bois ou bateau en peaux tendues, sont des hypothèses, néanmoins la conclusion est que la traversée entre Penzance et Ouessant était possible dans de bonnes conditions avec ces deux types d'embarcations hauturières et un minimum de l'équipage composé de marins confirmés.
L'arrière-plan insulaire de Paul Aurélien
À l'époque de la naissance de Paul Aurélien (années 480 ou 490) dans ce qu'on appelle aujourd'hui le pays de Galles, cela fait plusieurs décennies que les Romains (les fonctionnaires de haut rang et surtout l'armée) ont abandonné la province romaine de Bretagne (c'est-à-dire l'île de Grande-Bretagne jusqu'au mur d'Antonin) en raison de l'offensive germanique des années 400, marquées par le franchissement du Rhin par les Vandales, les Suèves, puis les Burgondes, et par le sac de Rome par les Wisigoths en 410.
La Bretagne insulaire subit alors les attaques par mer des Angles et des Saxons et une partie de la population bretonne quitte l'île pour se réfugier sur le continent.
La Vita sancti Pauli Aureliani (884) vignette|upright|Édit de Louis Le Pieux de 818.
La Vita sancti Pauli Aureliani (Vie de saint Paul Aurélien) est un texte hagiographique breton du haut Moyen Âge, une Vita qui a été achevée en 884 par son auteur, le moine de l'abbaye de Landévennec Uurmonoc ou Wromonoc.
Contexte historique de la rédaction de la Vita En 843, l'empire carolingien de Charlemagne, puis de Louis le Pieux, est divisé entre les trois fils de Louis par le traité de Verdun. Charles reçoit la Francie occidentale, Lothaire la Francie médiane et Louis la Francie orientale.
En 851, le chef breton Erispoë, fils de Nominoë, conquiert les comtés de Rennes et de Nantes et obtient du roi franc la reconnaissance d'un titre de roi de Bretagne.
Les années 880 sont une période agitée : en Francie occidentale, avec la succession de Louis II le Bègue (mort en 879), remplacé par ses fils Louis III (mort en 882) et Carloman II (mort en 884) et l'arrivée sur le trône de leur frère, Charles III le Simple, qui est mis sous la tutelle de Charles III le Gros en 885 ; en Bretagne, avec la mort du roi Salomon en 874, qui entraîne une guerre de succession qui dure jusqu'en 890. les Vikings mènent des attaques incessantes sur les côtes, ou en remontant les fleuves. Le texte de la Vita fait d'ailleurs allusion à ce problème, en faisant prédire par Paul que l'île de Batz serait un jour dévastée : .
L'abbaye de Landévennec au Le lieu de son écriture est l'abbaye de Landévennec, appelée monasterio de Landeuinnoch, dans un document datant de 818 relatant comment Louis le Pieux, qui vient de faire campagne contre le roi breton Morvan à Priziac, rencontre l'abbé Matmonoc qui accepte d'appliquer dans son monastère la réforme de Benoît d'Aniane en remplacement des habitudes celtiques de la règle.
Landévennec est alors peu connue, néanmoins sa bibliothèque dispose de nombreux manuscrits, venant notamment des pays francs, elle dispose de textes dus à de grands auteurs .
Elle est également en contact avec des centres de culture situés sur le continent comme sur les îles.
L'abbaye est aussi productrice de documents essentiellement hagiographiques, comme la Vita de saint Guénolé du moine Clément, remanié par l'abbé Uurdisten, dont Uurmonoc est l'élève.
La préface d'Uurmonoc C'est dans la préface que l'auteur se présente et explique la raison pour laquelle il a entrepris l'écriture d'un saint qui n'est pas de l'abbaye de Landévennec : c'est qu'il a un commanditaire dénommé Hinuuoret. L'hypothèse que celui-ci soit l'évêque de Saint-Pol-de-Léon, Léon Hinuuoret, suggérée par Jean Mabillon est reprise par le chanoine Doble, puis André Oheix.
L'ouvrage est commandé et réalisé pour . Ce double objectif est courant pour ce type de texte, néanmoins le texte fourni n'est qu'en prose alors qu'habituellement dans ce type de situation l'auteur réalise un texte en prose, plus accessible utilisé pour les lectures en public, et un texte en vers pour la formation. Uurmonoc ne fournit que le texte en prose mais avec une partie plus difficile.
Structure de la Vita La Vita est conçue en deux livres : dans le premier est racontée l'existence insulaire de Paul jusqu'à son départ en bateau. Les sujets sont l'école, sa retraite en ermite, son ordination sa présence chez le roi Marc, et le séjour dans l'abbaye où sa sœur s'est retirée.