Polybe (en grec ancien ), né vers 200 av. J.-C. à Mégalopolis en Arcadie et mort vers 120 av. J.-C.Il n'existe pas de consensus sur ses dates de vie, voir et ., est un hipparque, homme d'État, théoricien politique et l'un des historiens de la Grèce antique les plus réputés. Il est l'auteur des Histoires qui narrent principalement l'expansion de Rome.

Issu d'une famille de haut rang, formé à la politique et à la guerre dès son plus jeune âge dans l'entourage de son père Lycortas, l'un des dirigeants de la ligue achéenne au moment décisif de la Troisième guerre de Macédoine, il connait les bouleversements du monde grec face à la montée en puissance de Rome. Après la bataille de Pydna en -168, ses responsabilités passées dans la Ligue achéenne et son attachement à la neutralité lui valurent d'être envoyé comme otage à Rome à la suite de la défaite de Persée, dernier roi de Macédoine. Intégré au cercle des Scipions, précepteur personnel de Scipion Émilien, il participe personnellement à la destruction de Carthage et à la prise de Numance. Sur le plan politique, il joue un rôle important dans l'intégration de la Grèce centrale à la République romaine après la victoire romaine sur la Ligue achéenne en -146.

Son œuvre d'historien retrace l'ascension de Rome, qu'il admire pour sa constitution mixte et son régime mêlant, selon lui, monarchie avec les consuls, oligarchie avec le Sénat, et démocratie avec les comices et les tribuns, notamment entre les années -264 et -146, moment critique qui voit la cité italienne devenir puissance méditerranéenne dominante, puis véritable empire territorial.

Biographie vignette|Polybe en compagnie de Scipion Émilien devant les ruines de Carthage (gravure de la fin du ).

Jeunesse et formation Issu d’une grande famille arcadienne, le jeune Polybe reçoit une solide éducation militaire. Il est né à la fin du dans un monde grec divisé entre confédérations de cités, royaumes hellénistiques et montée en puissance de Rome face à Carthage. Il passe sa jeunesse auprès de Philopœmène, illustre général grec qui le forme dans l'art de la guerre. Il participe assez sûrement à l'expédition menée contre les Galates et contre entre 190 et 188 av. J.-C., ce qui plaide pour faire remonter la date de sa naissance vers 208 av. J.-C.Polybe (trad. de Paul Pédech), Introduction au texte et à l'auteur, Livre I des Histoires, Paris, Les Belles Lettres, 1969.. À son retour, il est précipité dans les conflits internes au monde grec et dans les tensions entre la Ligue achéenne et Sparte concernant le rapport à entretenir avec Rome : les Grecs sont alors divisés en deux principaux partis : la soumission ou la résistance à l’ingérence romaine, l'un prônant la fidélité et l'amitié avec Rome comme seule capable de garantir la liberté et l'autonomie des cités, l'autre la résistance à l’ingérence dans les affaires grecques. En effet, depuis les années 210 av. J.-C., Rome est constamment mêlée aux affaires de la Grèce des ligues de cités et à celles des royaumes hellénistiques de l’Orient méditerranéen. Les rois de Macédoine mènent régulièrement des guerres contre Rome, ce fut le cas de , vaincu par Titus Quinctius Flamininus en 197 av. J.-C. à la bataille de Cynoscéphales. C’est aussi le cas de Persée, roi de Macédoine contemporain de Polybe, qui déclenche l’ultime guerre de Macédoine.

Meneur de la Ligue achéenne Dans le sillage de son père, Lycortas, dont il était censé prendre la suite, Polybe est un des meneurs de la Ligue achéenne. En tant qu’hipparque, il est au commandement de la cavalerie de la Ligue durant l'année 170-169 av. J.-C.P. Pédech, « Polybe hipparque de la Confédération achéenne (170-169 avant J.-C.) », LEC, 37, 1969, . et participe aux négociations diplomatiques en cours avec la Macédoine, Rome et le royaume de Pergame. Polybe est alors dans une position délicate : officiellement, la Ligue achéenne est alliée de Rome, pas de la Macédoine. Officieusement, la Ligue achéenne soutient Persée contre Rome dont les intérêts dans le Péloponnèse sont considérables.

Toujours est-il que les armées grecques sont balayées lors de la défaite du roi Persée face à Paul Émile, lors d'une bataille à Pydna (-168). Bien qu'il ait été partisan de maintenir la neutralité des Achéens entre Rome et la Macédoine, Polybe et d'autres Achéens se retrouvent en position suspecte face aux autorités romaines et accusés par les partisans des Romains en Achaïe, en particulier Lykiscos et Callicratès. Deux responsables romains sont envoyés en Achaïe, C. Claudius Pulcher et Cn. Domitius AhenobarbusPolybe, Histoire, , 13, 8-11.. Ils exigent d'abord la mise à mort des partisans de Persée avant de décider l'arrestation de tous les suspects et leur envoi à Rome pour y être jugésPolybe, Histoire, tr. fr. D. Roussel, Gallimard, Quarto, 2003, , note de commentaire .. Mille Achéens sont alors envoyés à Rome (-167) et déportés en Italie dans divers municipes. Leur jugement n'eut jamais lieu, malgré la demande d'une ambassade achéennePolybe, Histoire, , 29., Rome préférant les garder comme otages. Polybe ne recouvra sa liberté que 17 ans plus tard, après avoir servi auprès de la prestigieuse famille des Scipions à Rome ; à cette date, seuls trois cents des otages étaient encore vivants.

Précepteur des Scipions à Rome En arrivant à Rome, il bénéficie rapidement de l’amitié de Scipion Émilien et de son père adoptif Paul Émile Scipion, le général vainqueur de Persée. Il est d’ailleurs autorisé à rester à Rome et n’est pas contraint à la résidence surveillée en Italie comme nombre de ses compatriotes. Son exil dura 17 ans, de 167 à 150 av. J.-C.

Polybe fréquente à Rome la plus haute société romaine, connaît et fréquente les hommes politiques les plus importants de son temps, à l’instar de Caton l’Ancien, ou Scipion Émilien, qui fut son ami et aussi son élève et disciple dans ses jeunes années. Il observa assidûment le fonctionnement de la constitution politique romaine qu’il décrit dans le livre VI de ses histoires. Il assista à la toute première naissance des luttes entre les conservateurs et les réformateurs, qui furent le prélude aux guerres civiles et aux conflits sanglants de l’époque des Gracques. Il assiste de fait à la genèse de la dégradation du régime sénatorial.

Son séjour en Italie lui permet de faire une étude approfondie de la politique et de l'état militaire des Romains (il livre, dans ses Histoires, la description des ). Il peut voir le fonctionnement du régime politique de la République de l'intérieur et est séduit par l'organisation politique des Romains. C’est donc à Rome et de ce fait que Polybe conçoit le projet des Histoires. La documentation de Polybe est inestimable : il combine son expérience politique personnelle, ses souvenirs, les témoignages de ses contemporains, parfois âgés, qu’il a recueillis. Pendant son exil, il voyage dans toute l’Italie, dans les Alpes, en Gaule du sud et il découvre l’Espagne. Ces voyages lui permirent de développer un intérêt réel pour la géographie de l’Occident : il est le premier auteur ancien à faire une description de la Péninsule Ibérique qu’il visite deux fois avec son ami Scipion Émilien : en -151 pendant la guerre contre les Celtibères, puis en -133 lors du siège de Numance.

Libération et carrière administrative Polybe est autorisé à retourner en Grèce en 150 av. J.-C., mais revient très vite auprès de Scipion Émilien pour assister au siège de Carthage entre 149 et 146 av. J.-C. : Polybe est en effet un fin connaisseur de poliorcétique et fut d’une aide précieuse pour les Romains. Il parcourt à cette occasion les côtes d’Afrique du Nord. Il revient en Grèce en -146, pour assister à la destruction de Corinthe par le consul Lucius Mummius Achaicus. À la suite de cette révolte réprimée durement et grâce à ses relations, Polybe est chargé de faire respecter les volontés romaines dans la politique grecque. Polybe réussit l’exploit de se concilier la reconnaissance des Grecs, en faveur desquels il réussit plus d'une fois à adoucir le vainqueur, et la satisfaction des Romains. Il est à l'origine du nouveau statut de la région, celui de province romaine, après la dissolution de la Ligue achéenne. De nombreuses cités lui rendirent des honneurs, comme en témoignent les inscriptions honorifiques et les statues qui lui sont offertes par ses compatriotes. Il retourne à Rome pour rendre compte de son travail en -144, fait probablement un voyage en Égypte. En -133, il est appelé par Scipion Émilien pour assister au siège de Numance, auquel il participe. On ne trouve après cette date plus aucune trace de lui. Il meurt vraisemblablement vers -120 à près de 82 ans, tombant de cheval au retour d’une campagne militaire, quelque temps après avoir appris la mort de son meilleur ami Scipion Émilien survenue en -129.

Son parcours personnel, qui préside largement à son projet historique, est donc la somme incalculable de ces témoignages recueillis au cours de sa vie, au cœur d’une période cruciale de l’histoire de Rome, celle qui consacre sa puissance méditerranéenne et internationale, mais aussi le point de départ du basculement politique qui précipite la République dans les guerres civiles.

Rédaction des Histoires La dernière partie de sa vie est ainsi consacrée à la rédaction de sa grande œuvre, les Histoires, en quarante livres où il mène de front l'histoire de Rome et celle des États contemporains tels les monarchies lagide, séleucide et attalide (pergaménienne). Seuls les cinq premiers livres de cette œuvre sont parvenus jusqu'à nous, mais on possède aussi des fragments assez considérables des autres, notamment le livre VI. Dans cet ouvrage, il veut montrer comment et pourquoi les nations civilisées du monde sont tombées sous la domination de Rome.

Œuvres thumb|droite|Frontispice de l’Abrégé des Commentaires de M. de Folard sur l'histoire de Polybe, 1754.

Œuvres mineures ou perdues Outre un Éloge de Philopœmen en trois livres, servant probablement de livre d'exemple du bon commandement pour son élève Scipion Émilien, Polybe a aussi écrit un Traité de tactique, mentionné par Arrien et par Elien le Tacticien. Il recommande dans ce traité que le chef de guerre soit versé et connaisseur de l’astronomie et de la géométrie entre autres. Son traité de tactique s’intéresse probablement aussi aux qualités techniques et morales du chef : solution de terrain, poliorcétique, gestion de l’action. Le manuel contient probablement des conseils de siège importants, faisant le pendant à l’approche défensive d’Énée le Tacticien. C’est d’ailleurs certainement pour cette connaissance fine de l'art du siège que Polybe est requis pour les travaux relatifs à la prise de Carthage et de Numance. On lui connaît aussi un Traité sur les régions équatoriales et un écrit intitulé Guerre de Numance (qui aurait été rédigé entre -133 et -126), tous perdus.

Les Histoires Polybe est surtout connu pour avoir écrit les Histoires (), le pluriel de ce titre signifiant qu'il s'agit d'une histoire générale ; seuls cinq volumes sur les quarante d’origine nous sont parvenus dans leur totalité ; le reste ne subsiste qu'à l'état de fragments, souvent étendus. Les livres à (l'expansion romaine entre 264 et 168 av. J.-C.) ont été écrits à Rome pendant l'exil de l'auteur, entre -167 et -150. Les livres à (les troubles entre -168 et -146) furent écrits en Grèce après -146. On pense qu'il a consacré les 20 dernières années de sa vie à son œuvre littéraire.

Plan des Histoires Trois préfaces sont placées en tête des livres , et , tandis que le début du livre (appelé ) est un sommaire de l'œuvre entière. Les livres et constituent la , un résumé des évènements survenus entre 264 et 220 av. J.-C. (première guerre punique, première guerre d'Illyrie, histoire de la Confédération achéenne jusqu'à la guerre de Cléomène).