Serge Tchuruk, né Serge Tchurukdichian, le à Marseille, a mené une carrière de dirigeant d'entreprise dans le CAC 40.
Origines, jeunesse et formation Origines Ses parents, Georges et Mathilde, sont arméniens de Kütahya, en Turquie. Au début des années 1930, ils fuient l'avancée meurtrière des kémalistes. Issus de la bonne bourgeoisie, ces commerçants francophones s'installent en France en 1932 où ils achètent une épicerie en détail et demi-gros.
Jeunesse Fils d'un père strict et pieux, Serge Tchuruk vit à Marseille, dans le quartier du lycée Thiers, où il fait toutes ses études secondaires. Une de ses passions est le rugby et il occupe le poste de trois-quarts dans l'équipe de rugby à XIII du RC Marseille XIII.
Il apprend l'arménien (que l'on ne parlait pas chez lui).
École polytechnique Admis à I’École polytechnique en 1958, il décide de raccourcir son nom en Tchuruk afin de le rendre plus facile à prononcer.
À la sortie, passionné par les fusées, il choisit le corps de l'armement mais son mariage avec une Polonaise, en pleine guerre froide, lui interdit l'accès au « secret défense ». Il explique dans Libération : . À la suite de cet épisode, il donne sa démission, refuse de payer les que doivent les démissionnaires, qui ne serviront pas l’État à la sortie de l’X et se tourne vers le secteur privé. C est dans les petites annonces qu il trouve son premier emploi… chez le pétrolier Mobil.
Carrière ExxonMobil Il commence sa carrière aux États-Unis dans le groupe ExxonMobil, où il change de poste tous les 18 mois (ingénieur sur le terrain, directeur de raffinerie, d'un centre de recherche, d'un service informatique, des ressources humaines) de 1964 à 1979. Il devient président de Mobil Benelux en 1979.
Rhône-Poulenc En 1980, Rhône-Poulenc l'appelle. Il en devient vice-président. Il occupe différents postes dont celui de directeur général de la division Engrais, à Rhône-Poulenc, groupe chimique et pharmaceutique français. Sous la présidence de Loïk Le Floch-Prigent, cet « excellent négociateur qui ne lâchait pas prise avant d’avoir remporté le morceau » est promu. La présidence est à portée de main en 1986 mais la droite revient au pouvoir et bombarde Jean-René Fourtou au poste de PDG. Serge Tchuruk, qui n'a pas vocation à rester éternellement numéro 2, fait ses bagages et rejoint "CDF-Chimie, considérée alors comme la poubelle de la chimie française".
CDF-Chimie - Orkem Le ministre de l’Économie Alain Madelin lui confie « une mission impossible : redresser CDF Chimie en 1986 ». Il se sépare d'activités connexes et se recentre sur ses métiers : chimie, engrais, encres et peintures. En faisant l'acquisition du grand producteur d'encre d'imprimerie, le britannique Coats, en échange de sa filiale Lorilleux, il propulse son groupe au mondial du secteur.
En deux ans, la rentabilité du groupe de , encore moribond en 1986, atteint 14 %. Les bénéfices, dont le montant net atteint 3 milliards de francs en 1988, triplent. Les capitaux propres de l'entreprise grimpent (6,4 milliards de francs contre 2,97 milliards). Ils quintuplent même par rapport à 1987, et la dette a encore fondu (-46%) pour revenir à 3 milliards de francs (vs. 9,5 milliards en 1986). Le ratio d'endettement est tombé de 1,88 à 0,47, pendant que les investissements ont augmenté de 78% pour atteindre 2,5 milliards de francs (dont 1,3 milliard d'acquisitions). Plus aucune activité n'est déficitaire. Les "peintures" et les "encres", déficitaires de 40 millions de francs en 1987, ont dégagé respectivement 100 et 230 millions de francs de bénéfices courants. C'est la chimie proprement dite - activité principale du groupe avec 13 milliards de francs de CA qui réussit la meilleure performance avec un rendement de 22%. "Autrement dit, M. Serge Tchuruk a transformé l'essai au-delà de toute espérance" souligne Le Monde. De cette entreprise de la chimie nationale en difficulté - vingt ans d'activité, dix-sept de pertes -, il crée en 3 ans Orkem, qui passera pour l'une des plus rentables d'Europe. En changeant de nom en 1988, pour un coût de 15 millions de francs, il marque une rupture avec l’image vieillotte des Charbonnages de France.
Total Lorsqu’en 1990, Roger Fauteux cherche un successeur à Francois-Xavier Orttoli, à la tête de la Compagnie française des pétroles,« Tchuruk apparaît comme le candidat idéal ». De 1990 à 1995, il est PDG de la société pétrolière Total. Le deuxième groupe pétrolier français présente à son arrivée un bilan financier et une stratégie incertaines.
Symboliquement, à son arrivée, il met fin aux garden party printanières de français et vend le siège d'Auteuil ( dans le arr.) pour installer Total à la Défense. Il supprime également la direction scientifique (500 à 600 millions F/an) en expliquant "je n'arrive pas à me convaincre de l'utilité de la recherche sur les anticorps monoclonaux dans un groupe pétrolier".
Malgré la concurrence avec Elf, largement soutenu par l'Etat qui en 1992 réduit toutefois sa participation de 34 à 5%, Total remonte la pente. Ainsi, à son départ, 1995, Serge Tchuruk aura fait la chasse aux frais et réduit l'endettement. Un succès : les comptes du géant pétrolier sont rééquilibrés. La valeur de l'action a été multipliée par 2,7 en cinq ans. En , il impose Thierry Desmarest comme son successeur à la présidence du géant pétrolier.
Alcatel Alsthom puis Alcatel En 1995, il prend les rênes d'Alcatel Alsthom en remplacement de Pierre Suard. A l'époque, en effet, le président sortant du géant français est l'objet de nombreuses chroniques judiciaires dans les journaux. Dans une rare interview, il confie qu'à son arrivée, Alcatel disposait de distinctes - dans différents secteurs dont la téléphonie, les trains à grande vitesse ou les systèmes de câbles sous-marins - et d'autres activités marginales par rapport au cœur industriel par exemple dans l'édition. En deux ans, il réduit ces entités à 500 pour rationaliser l'entreprise et abandonner les structures par pays pour des structures transversales. Dès sa nomination, il annonce les premières pertes de l’histoire d’Alcatel Alsthom et des milliards de francs de provisions pour restructuration. Il applique un traitement de choc au groupe qui employait à son arrivée et se sépare des activités médias, et autres activités marginales.
Il réorganise le groupe en deux entités distinctes : Alcatel, fournisseur de réseaux de télécommunications terrestres (filaires et radio), sous-marins et de satellites ; Alsthom (Énergie et transport ferroviaire) qui sera introduit en bourse à la suite d'une opération avec GEC et deviendra indépendant.
En 1996, la compagnie renoue avec les profits. Il confie utiliser les visioconférences et un réseau intranet de 500 contacts afin d'optimiser l'organisation. Alors que la France ne représente que du marché d'Alcatel, Serge Tchuruk explique que la langue de travail est l'anglais et que parmi les 500 directeurs et managers, moins de 30% sont Français.
En 1997, il veut faire de Alcatel Alsthom un "pure player" des télécommunications. Il vend pour cela la filiale d’équipements électriques et le nucléaire pour 10 milliards $ afin d’acquérir des entreprises nord-américaines telles que Newbridge Networks.
En 1998, Serge Tchuruk souhaite néanmoins participer à la réorganisation dans l’électronique de défense à l'occasion de la privatisation du groupe Thomson-CSF. Il fait sortir Alcatel des Télécommunications militaires au profit de Thomson-CSF et il constitue une société commune dans les satellites, Thomson-CSF (49%), Alcatel-Alsthom (51%), il obtient une participation dans Thomson-CSF privatisée (qui se renommera Thales en 2000).
En 1998, Alcatel-Alsthom reprend le nom d'Alcatel à la suite de l'indépendance capitalistique d'Alstom.
En 1999 Serge Tchuruk annonce des bénéfices records de 15 milliards de francs (2,29 milliards d'euros) et d'emplois. Pour les trois premiers mois de l'année 2000, le chiffre d'affaires d'Alcatel progresse de 42 %, à 6,12 milliards d'euros. Le résultat opérationnel atteint 113 millions d'euros. Alcatel devient mondial de l'ADSL et croît dans tous ses métiers stratégiques : réseaux +40 %, division « Internet et optique » +55 %, branche « entreprises et grand public » +63 %. Salué pour ses performances, il est élu "Manager de l'année" par "Le Nouvel Economiste" en 2000.
Mais en 2000, la bulle Internet éclate, les équipementiers telecom sont surendettés par rapport à la capitalisation boursière en forte baisse sur les années 2000-2002. Dans le même temps, les chiffres d'affaires des équipementiers plongent, celui d'Alcatel de plus de 40 %. Comme les autres équipementiers, Alcatel est fragilisé, par la politique de crédit fournisseur aux opérateurs bousculés par la crise (2,5 milliards de dollars de risque). L'engagement peut être encore plus important par exemple pour 360 Networks dont Alcatel est à la fois le fournisseur et l’actionnaire à hauteur de 700 millions de dollars. Alcatel est contrainte de passer des provisions et des dépréciations d'actifs de plus de 3 milliards d'euros - 19,68 milliards de francs - en 2001 (stock et composants accumulés, dépréciation de la valeur de la participation dans l'opérateur canadien 360 Networks, survaleur des acquisitions de Xylan et de Packet Engines). 360networks fait faillite en .
Entre 2000 et 2005, les effectifs mondiaux d'Alcatel ont été divisés par deux, passant de .
En 2003, Alcatel investit 2,9 milliards d'euros en recherche-développement, soit 11,3 % de son chiffre d'affaires. Avec plus de 45 millions de lignes livrées et 37,7 % du marché mondial, le groupe de Serge Tchuruk est le mondial du DSL, loin devant l'américain Lucent (13 % du marché).
En 2006, il orchestre le rachat de l'équipementier américain Lucent par Alcatel, les actionnaires de ce dernier représentant 60 % de l'entité nouvellement créée. Après de longs examens par les autorités, notamment américaines, qui aboutirent à la cession de l'activité satellites à Thales au sein de Thales Alenia Space, le nouveau groupe Alcatel-Lucent voit le jour au . Serge Tchuruk quitte alors la direction générale mais prend la présidence du conseil d'administration du nouveau groupe.
Serge Tchuruk touche une prime de de à l'occasion de la fusion entre Alcatel et Lucent, la direction générale sera assurée par Patricia Russo. Cette prime associée au parachute doré de Patricia Russo fait l'objet d'une fronde des salariés en France en 2008..
À la suite de la fusion entre Alcatel et Lucent, les réductions de coûts promises aux actionnaires entraînent la suppression de . Le , Serge Tchuruk démissionne de son poste en même temps que la directrice générale américaine Patricia Russo devant les difficultés du groupe Alcatel-Lucent et de son management dual.
À ce moment Alcatel Shanghai Bell en Chine compte en , quasiment au même niveau que les effectifs d'Alcatel(-Lucent) en France.
Joule Unlimited De à , Serge Tchuruk est président et CEO de Joule Unlimited, dont il est membre du conseil d'administration depuis . La start up se spécialise dans une technologie pour transformer le dioxyde de carbone en biocarburant.
Mandats sociaux Administrateur de Weather Investment SPA Administrateur de TotalEnergies depuis 1989
Stratégie Sans usines