Alain Peyrefitte, né le à Najac en Aveyron et mort le à Paris, est un homme politique, diplomate, spécialiste en sciences humaines et politiques, et enfin écrivain français, membre de l’Académie française.

Après l'École normale supérieure, il intègre la première promotion de l'ENA, et choisit à sa sortie la carrière diplomatique. Celle-ci le mène en Allemagne de l'Ouest, alors en plein redressement économique, puis en Pologne, où il est nommé consul général au moment où s'affermit l'emprise soviétique.

En 1958, il est élu député, au sein de la génération d'hommes qui entrent en politique avec le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il en devient un des proches collaborateurs, puis est nommé ministre et porte-parole du gouvernement en 1962. À ce titre, il noue avec le chef de l’État une relation privilégiée, et il tirera de nombreux entretiens particuliers le recueil C'était de Gaulle, qui fait référence. Ministre dans de nombreux gouvernements sous les présidences de Charles de Gaulle, Georges Pompidou puis Valéry Giscard d'Estaing, il fait des passages notables et parfois critiqués aux ministères de l’Information, où il crée l'ORTF, de la Recherche scientifique, où il accélère le programme de dissuasion nucléaire français, et de la Justice, où il fait voter la loi liberté et sécurité. Élu député dans toutes les législatures de la entre 1958 et 1995, puis sénateur en 1995, c'est alors une des figures majeures de la droite. Il cultive en même temps un ancrage local en Seine-et-Marne, où il est élu député, conseiller général, et maire de Provins de 1965 à 1997.

Il publie en 1976 un essai dans lequel il revient sur les résistances aux réformes qu'il a entreprises comme ministre, et cherche à comprendre les causes profondes de ce qu'il nomme Le Mal français, et qui connaît un grand succès de librairie. La question centrale à laquelle il cherche à répondre est celle de la cause première du développement et du sous-développement, qu'il identifie non pas dans les causes matérielles habituellement avancées mais dans un , la confiance. Ces réflexions initiées dans Le Mal français sont développées dans son maître ouvrage, La Société de confiance, et ont fait l'objet de leçons au Collège de France intitulées Du Miracle en économie. Fasciné par la Chine, il est aussi l'auteur de deux essais sur le renouveau de l'empire du Milieu, dont le premier de prospective Quand la Chine s'éveillera… le monde tremblera connaît un grand succès de librairie.

Collaborateur régulier de nombreux journaux, il devient président du comité éditorial du quotidien Figaro en 1983. Il est élu à l'Académie française le .

Jeunesse et formation Son grand-père paternel est originaire de Saint-Lary, petit village pyrénéen situé dans le département de l'Ariège. Il s'enrôle dans la gendarmerie et est affecté à Saint-Beauzély, dans l'Aveyron. C'est là qu'il rencontre sa future épouse, fille d'un artisan-maçon..

Les grands-parents maternels d'Alain Peyrefitte sont quant à eux originaires de l’Aubrac, à la lisière du Cantal. Le grand-père y est à la fois paysan, instituteur, secrétaire de mairie, et correspondant local de La Dépêche.. Plutôt gagné aux idées modernes et laïques, il doit comme secrétaire de mairie servir de témoin lors de l'inventaire des biens de l'Église au moment de la séparation des Églises et de l'État en 1905. Cela lui vaut l'hostilité du curé qui lui refuse des obsèques religieuses à sa mort accidentelle en 1909. La mère d'Alain Peyrefitte, alors âgée de 13 ans, gardera de cet événement un fort sentiment anti-religieux, qui se ressentira dans l'éducation donnée à son fils.

vignette|Plaque commémorative sur la maison d'Alain Peyrefitte à Najac.

Ses parents Jean et Augustine Peyrefitte se rencontrent à l'école normale de Rodez, et ils commencent à exercer leur profession d'instituteur à Najac. René, leur premier enfant, y naît en 1920, et Alain suit en 1925.

À la naissance, Alain Peyrefitte se prénomme Roger Antoine. Il change de prénom au cours de ses études pour éviter la confusion avec son homonyme Roger Peyrefitte, écrivain à l'époque très controversé. Les deux hommes auraient des ancêtres communs dans le village de Salsein, toutefois leur cousinage n'est pas établi avec certitudeIl obtient le changement officiel par jugement du tribunal de Villefranche-de-Rouergue le 17 mai 1957...

Alain Peyrefitte passe son enfance à Aubin, puis à Rodez et à Montpellier, au gré des affectations successives de ses parents. Il conserve cependant des attaches à Saint-Beauzély, où les vacances le ramènent dans la maison bâtie par son arrière-grand-père maternel, artisan-maçon.

Bachelier de philosophie et de mathématiques à seize ans, il est en étudiant en khâgne à Montpellier quand des attentats et des manifestations d’étudiants l'exposent au risque du travail forcé en Allemagne. Il gagne alors l'Aveyron où il entre dans la clandestinité.

À la Libération, il s'installe à Paris. Il rate le concours d'entrée à l'École normale supérieure à sa première tentative, avant d'être reçu l'année suivante. En 1946, il intègre l'École nationale d'administration, nouvellement créée, et fait ainsi partie de sa première promotion, la promotion 1946-1947 (France Combattante). Il mène les deux cursus en parallèle.

Il travaille ensuite à une thèse de doctorat, inscrite à la Sorbonne en 1947 sous le titre « Phénoménologie de la confiance », qu'il ne soutiendra que trente-sept ans plus tard, une fois passé l'âge de postuler à une chaire comme docteur d'État. Pendant quelques mois attaché puis chargé de recherche au CNRS en anthropologie., il entame alors des travaux sur la notion de confiance, qui sera toute sa vie au cœur de ses réflexions.

Vie privée Vers 18-20 ans, il se convertit au catholicisme et devient pratiquant., ses parents n'étant eux-mêmes pas très croyants.

En 1947, lors du pèlerinage annuel des étudiants à Chartres, il rencontre Monique Luton (1924-2005), écrivaine sous le nom de plume de Claude OrcivalC'est l'arrière petite fille du médecin rémois et directeur de l’école de médecine Étienne Alfred Luton (1830-1896)..

Ils se marient le , et de cette union naîtront cinq enfants : quatre filles, Florence, Christel, Véronique et Emmanuelle, et un fils, Benoît..

Après ses études, Alain Peyrefitte fait une retraite d'un an au couvent Saint-Dominique de Corbara en Corse, pendant laquelle il met par écrit le programme de sa vie : « 1948-1958 : vie diplomatique ; 1958-1968 : vie politique ; 1968-1978 : vie littéraire ».

Carrière diplomatique

En 1948, il embrasse une carrière de diplomate.

Il travaille d'abord en Allemagne avec Jean-François Deniau sous la direction d'André François-Poncet, alors haut commissaire de la Zone d'occupation française en Allemagne. Il mène alors une vie faite de réceptions officielles et mondaines en tous genres. Mais surtout, il assiste également au décollage économique de l'Allemagne de l'Ouest, qu'il décrypte dans les notes adressées au Quai d'Orsay et dont l'exemple nourrit la réflexion publiée plus tard dans Le Mal français.

Alain Peyrefitte rentre à Paris fin 1952. Mais ce séjour en Allemagne inspirera à Monique, l'épouse d'Alain, un roman intitulé Ton pays sera mon pays, qu'elle publie courant 1953, quelques mois après leur retour à Paris, sous le pseudonyme Claude Orcival. Les principaux collaborateurs d'Alain Peyrefitte ont pu se reconnaître sans difficulté dans les personnages du roman. Ils y sont décrits de manière souvent assez négative, ce qui valut à Alain Peyrefitte une profonde inimitié de leur part, et notamment de la part d'André François-PoncetPierre de Boisdeffre. Alain Peyrefitte, le Tocqueville du . Revue des deux mondes, octobre 1999...

Courant 1954, Alain Peyrefitte se rend à Cracovie, en Pologne, où il est nommé consul général de France. Malgré des conditions de vie parfois difficiles, en dépit d'une surveillance policière certes moins pesante que dans d'autres villes du monde communiste, mais bien réelle, Alain Peyrefitte profite de ce séjour pour observer attentivement les conditions de vie d'habitants passés depuis peu sous la domination soviétique. Il livre alors ses témoignages dans de multiples dépêches adressées au Quai d'Orsay. Ces observations alimentent évidemment ses réflexions sur le développement, exposées plus tard dans deux livres, Le Mal français et La Société de confiance.

Alain Peyrefitte rentre à Paris en 1956. Il reste alors travailler au Quai d'Orsay, où il se consacre aux affaires européennes.

Carrière politique Entrée en politique (1958) Alain Peyrefitte est élu député UNR de Seine-et-Marne en 1958 lors des premières élections législatives qui suivent le retour au pouvoir de Charles de Gaulle. Il sera continuellement réélu par la suite, sauf en 1981 où il est battu par le socialiste Marc Fromion, dans la foulée de la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle, mais l'élection de Fromion est invalidée, et Peyrefitte retrouve son siège dès , à la faveur d'une législative partielle. Il conservera ce siège jusqu'en 1995. Cette année-là, Alain Peyrefitte abandonne en effet son siège de député pour devenir sénateur de Seine-et-Marne, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort.

En 1958, Alain Peyrefitte présente un profil atypique parmi les députés gaullistes, de par son jeune âge et sa formation d'énarque. Cette originalité séduit le général de Gaulle, qui en fait alors un de ses collaborateurs, chargé notamment de l'Algérie et des questions européennes. Alain Peyrefitte s'impose alors peu à peu comme un proche du Général.

Ancrage local en Seine-et-Marne (1958-1997) Élu député de Seine-et-Marne en 1958, il s'était présenté pour la première fois au suffrage universel quelques mois plus tôt, en , c'est-à-dire avant le retour au pouvoir du Général de Gaulle, lors d'une élection cantonale dans le canton de Bray-sur-Seine. Il met en ballottage le candidat sortant, mais cède finalement au second tour.

Alain Peyrefitte est aussi élu conseiller général de Bray-sur-Seine de 1964 à 1988, et devient premier vice-président du conseil général de Seine-et-Marne de 1982 à 1988.

Il est élu maire de Provins pendant 32 ans, de 1965 jusqu'en .

Entrée au gouvernement (1962) En , il fait son entrée au gouvernement. Mais, alors qu'il rêvait plutôt du Quai d'Orsay., il est nommé secrétaire d'État à l'Information. Il occupe cette fonction quelques mois seulement, puisqu'en septembre de la même année, il devient, pour quelques semaines, ministre des Rapatriés.

Ministre de l'Information (1962-1966) vignette|Alain Peyrefitte dans un studio de télévision en 1963. En , il revient à l'Information, avec cette fois-ci le titre de ministre.

Pendant trois ans, il devient une sorte de porte-parole du gouvernement, entretenant alors des relations privilégiées, tant avec les journalistes qu'avec le Général de Gaulle qu'il rencontre régulièrement dans le cadre de ses fonctions.

Il dira bien plus tard dans le Mal français s'être donné comme priorité, comme objectif majeur, de moderniser et libéraliser la radio et l'audiovisuel publics, avec notamment le développement des chaînes de télévision régionales et la création de l'ORTF. Notamment parce qu'il aurait constaté que les Français se méfient des médias contrôlés par l'exécutif et préfèrent les indépendants comme RTL. Et qu'il a trouvé à sa prise de poste des sonnettes pour sonner comme des domestiques certains dirigeants de l'audiovisuel et de la radio. En 1963, il prend l'initiative de modifier la formule du journal télévisé et vient lui-même l'exposer en direct devant le journaliste présentateur Léon Zitrone..