La République serbe ( en serbe latin, en serbe cyrillique ), souvent appelée en français république serbe de Bosnie, parfois abrégée en RS (en cyrillique ), est, avec la fédération de Bosnie-et-Herzégovine et le district de Brčko, l'une des trois entités à caractère régional qui composent la Bosnie-Herzégovine.

Sa capitale est Banja Luka mais Sarajevo ; cette dernière est également capitale de l'État de Bosnie-Herzégovine.

Sa création en 1992 et son autonomie par rapport à la Bosnie-Herzégovine s'inscrivent parmi les enjeux des guerres de Yougoslavie. À l'issue des accords de Dayton, signés à Paris en , elle prend son nom officiel et est intégrée à l'État indépendant de Bosnie-Herzégovine.

En français, le nom « république serbe de Bosnie » est souvent utilisé, au lieu de « Republika Srpska », pour éviter la confusion inévitable avec la république de Serbie voisine, dont la capitale est Belgrade.

Toponymie

Le nom Republika Srpska pourrait être traduit en français par « République serbe » mais en raison de la confusion possible avec la république de Serbie (Republika Srbija / Република Србија), le terme « Republika Srpska » est souvent utilisé non traduit. Le « r » de Srbija et de Srpska est une voyelle en serbe : ces termes sont à prononcer « Serbiya » et « Serpska » quand ils sont utilisés en français. L'orthographe du serbe est particulièrement phonétique et va jusqu'à noter l'assourdissement d'un « b » devant une autre consonne sourde (en l'occurrence le « s » du suffixe adjectival « -ski » — « -ska » au féminin).

Le nom « république serbe de Bosnie » est souvent utilisé aussi en français.

Le gouvernement de la république serbe de Bosnie utilise le terme Republic of Srpska dans les traductions officielles en anglais. On trouve aussi Srpska pour désigner le territoire de cette entité « République serbe » ; on note qu'en serbe « République française » se dit Republika Francuska et que la France porte le nom de Francuska. On rencontre aussi en français la forme « République srpska ».

Histoire

Origines

Les Slaves de Bosnie-Herzégovine commencent à s'installer dans la région au milieu du sous l'impulsion de l'empereur byzantin Héraclius qui désire consolider la frontière nord de son empire. Après des siècles de guerres et de partages entre différents royaumes et empires, le royaume des Serbes, Croates et Slovènes (la future Yougoslavie) est créé le à l'issue de la Première Guerre mondiale.

Lors du premier recensement de la population de la Bosnie-Herzégovine en 1948, les Serbes sont et représentent 44,3 % de la population. Malgré la hausse de leur population, ils diminuent en proportion au cours de cette seconde moitié du : ils sont , soit 31,4 % de la population en 1991, répartis sur un peu plus de la moitié du territoire (environ 51 %).

C'est le processus d'indépendance de la Bosnie-Herzégovine qui est à l'origine de la création d'une république serbe séparée dans cette république ex-yougoslave, qui ne comportait pas de régions autonomes à l'origine (telles la Voïvodine ou le Kosovo en Serbie).

Création Le , après les premières élections multipartites en Croatie et la défaite des communistes, une partie des Serbes de Croatie souhaite rester rattachés à la Yougoslavie si la Croatie fait sécession. En Krajina, ils déclarent la création de ce qui allait devenir la république serbe de Krajina (ou RSK) qui fait sécession le . Le , la Croatie déclare son indépendance, que la Yougoslavie ne reconnaît pas, ce qui déclenche une guerre qui durera jusqu'en août 1995. Cette république serbe de Krajina jouera un rôle important dans l'histoire de la république serbe de Bosnie.

Dans ce contexte, alors que les Serbes de Bosnie-Herzégovine souhaitent, eux aussi, rester yougoslaves, tandis que Musulmans et Croates réclament à leur tour l'indépendance, la Communauté européenne propose le plan Carrington-Cutileiro pour éviter une partition ethnique de la Bosnie-Herzégovine : ce plan de partage est basé sur une forte décentralisation au profit des communes qui seraient classées comme peuplées de Serbes, Croates ou Bosniaques même si une prédominance ethnique n'était pas évidente. D'abord accepté par les trois communautés, le plan est finalement rejeté par les Bosniaques, par la voix d'Alija Izetbegović qui décida de ne pas accepter la division ethnique du pays et retira son consentement.

Une « Assemblée serbe de Bosnie » représentant les Serbes de Bosnie-Herzégovine est créée le et déclare son opposition à l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine, voulue par les Bosniaques musulmans et croates. Le principal parti politique serbe (Parti démocratique serbe / Srpska Demokratska Stranka, SDS) dirigé par le nationaliste Radovan Karadžić proclame la création des « Provinces autonomes serbes » et d'une assemblée pour les représenter.

En , par référendum, les Serbes se déclarent largement en faveur d'un maintien dans la Bosnie-Herzégovine sous la forme d'un état commun, mais membre de la Yougoslavie.

Le , l'Assemblée serbe de Bosnie déclare la création de la « république des Serbes de Bosnie-et-Herzégovine » (Република српског народа Босне и Херцеговина / Republika srpskog naroda Bosne i Hercegovine) et le , elle adopte sa constitution en déclarant que son territoire regroupe les régions autonomes, les communes et les autres entités serbes. Mais renonçant à former un état commun avec les musulmans et les croates, Radovan Karadžić déclare que la « république des Serbes de Bosnie-et-Herzégovine » restera une partie de l'État fédéral yougoslave. Radovan Karadžić devient son premier président et Pale (ville située au sud-est de Sarajevo en zone serbe) la capitale officielle. Elle adopte un drapeau, des armoiries, un hymne, une monnaie (le dinar de Republika Srpska), un service postal (dont les timbres), etc.

Le est une journée fériée en célébration de la « fête de la République ».

Cette création d'une entité serbe et les référendums qui s'y sont tenus ont été déclarés illégaux et inconstitutionnels par le gouvernement de Bosnie-Herzégovine.

Du au se tient un référendum sur la question de l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine. Les Serbes de Bosnie-Herzégovine (31,4 % de la population) boycottent ce vote. 64 % des électeurs votent et approuvent à 98 % l'indépendance. Le référendum de Bosnie-Herzégovine n'est pas reconnu par la Cour constitutionnelle fédérale yougoslave ni par le gouvernement de la république des Serbes de Bosnie-et-Herzégovine. Une guerre civile éclate alors en Bosnie-Herzégovine : c'est la guerre d'indépendance de la Bosnie-Herzégovine.

À la suite de la déclaration d'indépendance de la Bosnie-Herzégovine le , les partisans d'une union entre la république serbe de Bosnie et la république serbe de Krajina tentent un rapprochement entre les deux entités mais la création d'une république commune au sein de la Yougoslavie ou intégrée à la Serbie n'a jamais été réalisée.

Guerre de sécession avec la Bosnie-Herzégovine

Au déclenchement de la guerre, trois entités sont présentes en Bosnie-Herzégovine : la république des Serbes et de Bosnie-et-Herzégovine, le gouvernement bosnien et l'Herceg-Bosna ainsi que la Forpronu () qui siège au sud-est de Sarajevo. Le rôle de cette force de l'ONU se limitera à assurer le fonctionnement de l'aéroport de Sarajevo, l'acheminement de l'aide humanitaire, protéger les civils et faire respecter les zones interdites de survol aérien militaire.

Le , au cours d'une session de l'Assemblée des Serbes de Bosnie, Radovan Karadžić énonce six priorités pour la république serbe de Bosnie : établir une frontière entre la république serbe de Bosnie et le reste de la Bosnie-Herzégovine ; établir une connexion terrestre entre les parties est et nord de la république serbe de Bosnie ; conquérir la vallée de la Drina afin d'assurer une communication terrestre avec les Serbes d'Herzégovine ; repousser les frontières de la république serbe de Bosnie jusqu'aux rivières Una et Neretva ; partager la capitale Sarajevo en deux zones afin d'y établir le gouvernement de la république serbe de Bosnie à Pale, municipalité de la ville d'Istočno Sarajevo ; obtenir un accès à la mer au moyen de la conquête de l'extrême sud de la côte dalmate et de la ville croate de Dubrovnik.

Lors de la même session, l'Assemblée vote en faveur de la création de l'Armée de la république serbe de Bosnie (Војска Републике Српске / Vojska Republike Srpske) ou VRS et désigne Ratko Mladić, alors commandant de la deuxième zone militaire de l'Armée populaire yougoslave (ou JNA), comme commandant en chef de la VRS. Cette armée est mise à disposition de l'Assemblée des Serbes de Bosnie pour la réalisation des six objectifs prioritaires, objectifs réaffirmés par Mladić le .

La JNA n'intervient dans le conflit que jusqu'à fin mais sert ensuite de base arrière pour la VSR en la créant à partir de certains de ses soldats serbes de la deuxième zone militaire de Yougoslavie, en la ravitaillant en armes, en lui offrant la possibilité de replis terrestre, aérien, etc.

Dans les premiers mois du conflit, les Serbes sont de loin les plus en avance militairement et le conflit tourne au désavantage des Croates et des Bosniaques. La VRS occupera 70 % de la Bosnie-Herzégovine jusqu'en 1995 et la signature des accords de Dayton. Les Serbes se battent d'abord contre les Bosniaques et contre les Croates de Bosnie-Herzégovine jusqu'en , date à laquelle les Croates s'unissent à la fédération de Bosnie-et-Herzégovine.

Le , la référence à la Bosnie-Herzégovine est abandonnée et la république des Serbes de Bosnie-et-Herzégovine devient la Republika Srpska.

En , un nouveau plan de règlement du conflit est proposé par l'ONU et la Communauté européenne. Le plan Vance-Owen prévoit la création de dix régions semi-autonomes. Mais il n'est pas accepté par l'assemblée nationale de l’autoproclamée Republika Srpska , il était déjà inadapté lors de sa proposition, les mouvements de réfugiés et les nettoyages ethniques ayant changé les proportions ethniques dans la population.

En , un nouveau plan, le plan Owen-Stoltenberg, propose le partage de la Bosnie-Herzégovine en trois entités, les Serbes recevant 52 % du territoire, les Bosniaques 30 % et les Croates 18 %. Mais le plan est rejeté par les Bosniaques à la fin août.

Dans la république serbe de Bosnie et les territoires conquis, les Serbes détruisent une grande partie de l'héritage culturel ou religieux non serbe afin d'effacer toute présence croate ou bosniaque (789 mosquées sont détruites Rapport sur les destructions des édifices culturels et religieux en Bosnie-Herzégovine, la bibliothèque nationale de Sarajevo est endommagée par un incendie durant le siège, des églises catholiques sont détruites, etc.). Les minorités ethniques présentes en république serbe de Bosnie sont persécutées, chassées de chez elles, leurs biens pillés. Jusqu'en 1994, ce sont environ qui fuiront la république serbe de Bosnie, principalement vers la Croatie et le reste de la Bosnie-Herzégovine. Les Serbes ont alors constitué jusqu'à 96,8 % de la population de la république serbe de Bosnie.

Selon le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie ou TPIY, des Serbes se rendront coupables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au cours de cette guerre pour avoir organisé un nettoyage ethnique en chassant et en assassinant des non-Serbes et en ayant organisé et mis en place des massacres et des camps de détention (Omarska, Manjača, Keraterm, Trnopolje). Les deux faits les plus marquants de cette nature sont le massacre de Srebrenica en dans lequel environ et jeunes garçons sont exécutés et le siège de Sarajevo entre le et le dans lequel environ trouvent la mort. D'autres enclaves bosniaques connaissent un sort similaire : Banja Luka, Žepa, Goražde, etc.