L'église Sainte-Foy (appelée également St.-Fides-Kirche en allemand) est construite au dans le style roman, en plein cœur de la ville de Sélestat, dans le Bas-Rhin. Elle se situe tout près de l'église gothique Saint-Georges et de la Bibliothèque humaniste.

Elle constitue le seul vestige de l'ancien prieuré des bénédictins puis des jésuites, dont elle était l'église conventuelle.

L'édifice fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1862...

Construction de l'église ()

Un premier édifice, dédié au Saint-Sépulcre, est érigé vers 1087. La crypte, ainsi que quelques remplois sculptés, témoignent de cette église primitive, construite par Hildegarde von Schlettstadt ou Hildegarde de Mousson-Montbéliard qui fut une mécène allemande du haut Moyen Âge.

Veuve de Frédéric de Büren, elle fit bâtir l’église Sainte-Foy à Sélestat et en fit don à l'abbatiale Sainte-Foy de Conques. Elle mourut en 1094 et fut inhumée dans la crypte de l’église Sainte-Foy. Lors de fouilles en 1892, son cercueil a été retrouvé intact et ses restes étaient recouverts d'une couche de chaux, laissant penser qu'elle était morte de la peste. Cette découverte a permis de réaliser un moulage de son buste et de sa tête, aujourd'hui exposé dans un musée de Bad Wimpfen, un autre moulage a été placé dans la crypte de l'église, et un troisième à la Bibliothèque humaniste de la cité. Mais il existe un doute : le buste serait peut-être celui de sa fille Adélaïde, car Hildegarde est décédée à l'âge de 72 ans, et le buste révèle plutôt une femme bien plus jeune, dans la quarantaine.

Le neveu du pape alsacien Léon IX, le comte Hugo d'Eguisheim, est assassiné en 1089 dans la chambre même de l'évêque Othon de Hohenstaufen, qui l'avait invité en signe de réconciliation après un conflit armé qui les avait opposés. Le meurtrier était l'échanson de l'évêque. Le prélat n'y était probablement pour rien, mais le pape, qui connaissait en lui un adversaire dans le cadre de la Querelle des Investitures, le sanctionna comme s'il était coupable. La tradition rapporte que sa mère Hildegarde, dont l'ascendance est alsacienne, avait été prise de remords par ces crimes. Elle décide alors en 1094 d'effectuer une donation à des bénédictins, de ses terres situées à Sélestat. Elle choisit les moines de l'abbaye Sainte-Foy de Conques, en Rouergue, sans doute à la suite d'un pèlerinage effectué à Saint-Jacques-de-Compostelle. Les biens de l'abbaye reviennent à Berthe, fille de Louis le Germanique et abbesse de Felix et Régula, à Zurich, conformément à un acte de Lothaire II établi en 869.vignette|gauche|upright=0.7|alt=L'église Sainte-Foy de Sélestat au .|L'église Sainte-Foy de Sélestat au . Une église prieurale est érigée entre 1152 et 1190, grâce à des dons de Frédéric Barberousse. Ce dernier est également bienfaiteur à la même époque du mont Sainte-Odile, où il nomme les abbesses Relendes et Herrande, et entoure le monastère d'une ceinture de châteaux, avant de partir pour la troisième croisade, qui lui sera fatale. Le nouvel édifice, construit sur un plan basilical avec un transept peu marqué, ainsi qu'une alternance de grès vosgien et de granite de Dambach-Scherwiller sur la façade est, présente un style qui se rapproche davantage des réalisations lorraines et bourguignonnes que de l'art roman rhénan. Les bénédictins veillent sur le sanctuaire jusqu'au début du et le dernier prieur, Raimond de la Romiguière, quitte Sélestat en 1424. L'évêché de Strasbourg, qui prend l'église et le prieuré en charge, les met en 1615 à la disposition de jésuites. Ceux-ci engagent alors des transformations de style baroque, en vogue à cette époque. Seules la première fenêtre à droite et celle au-dessus du portail Nord sont d'origine. La tour octogonale surmontant le transept échappe elle aussi aux remaniements. La tour Nord est surhaussée et des tribunes, réalisées par le sculpteur Stéphane Exstel, sont ajoutées en 1616-1617. Une école est construite entre 1742 et 1745 et les bâtiments du prieuré sont remplacés en 1688, avant de subir une nouvelle restauration de 1753 à 1757. Le frère Jean Anderjoch, menuisier, est chargé de la reconstruction, durant laquelle il s'inspira probablement des plans de l'architecte Gallay.

La ville cède les bâtiments après le départ des jésuites en 1765, afin de loger les officiers. Ils sont complétés en 1769, d'après des plans de l'architecte Gouget, par de nouveaux bâtiments nommés le pavillon. Les bâtiments sont affectés à l'enseignement et à la cure après 1874 et, en 1882, l'extrémité Nord de l'aile Ouest est détruite. L'église fait l'objet d'une restauration par l'architecte Charles Winkler, entre 1889 et 1893. La tour Nord est rabaissée et la tour Sud est élevée d'un niveau supplémentaire, avec l'adjonction de flèches rhomboïdales avec un pignon néo-roman. Les tribunes de la nef sont supprimées et un nouveau toit est posé sur le vaisseau central, ainsi que sur les bas-côtés. Des sculptures néo-romanes sont installées à l'intérieur et à l'extérieur, par Émile Sichler et P. Gachon. Certains chapiteaux des tours et les deux lions du porche sont remplacés, les anciens étant conservés au musée de Sélestat.

Portails

Le portail principal .de l'église, datant de la seconde moitié du , conserve toutes ses sculptures d'origine. Les vantaux en bois et le décor, peint sur le tympan, sont réalisés d'après les projets, datés de 1890 de l'architecte Charles Winkler. Des atlantes accroupis sont représentés sous les coussinets, ainsi que des anges, des serpents, des monstres ailés et une tête de lion sur les chapiteaux. Le Jugement dernier et le Tétramorphe décorent le tympan, ainsi que des palmettes sur les rouleaux.

La porte Nord .romane, à colonnes, coussinets et rouleaux sculptés, date de la seconde moitié du . Le tympan, orné d'une fuite en Égypte, est sculpté en 1847 par Émile Sichler. Les chapiteaux présentent un décor de dragons ailés et d'entrelacs. Une ancienne porte gothique, datant peut-être de la fin du , donnait autrefois accès depuis le cloître du prieuré au bas-côté de l'église. Probablement murée depuis la démolition du cloître par les jésuites, ses montants sont sans doute refaits à la fin du . Un porc et un aigle sont représentés sous l'arc brisé du côté gauche et un chien sous l'arc du côté droit.

Chapiteaux thumb|gauche|Chapiteau néo-roman de 1891 représentant l'entrepreneur W. Meusburger. thumb|Chapiteau néo-roman de 1891 représentant l'évêque de Strasbourg Pierre-Paul Stumpf. Les tailleurs de pierre responsables des chapiteaux des colonnes arrivent de Saint-Dié, d'un monastère de l'église primitive d'Irlande, possédant une liturgie fortement empreinte de symboles celtes. Responsables des décors romans des églises de Saint-Dié, on retrouve une forte ressemblance entre le décor de leurs chapiteaux et ceux reproduits dans le manuscrit du Livre de Kells. Des chapiteaux à feuilles d'acanthe, provenant probablement de l'édifice primitif du , sont remployés lors de la reconstruction du .

Les chapiteaux néo-romans .des piles faibles du vaisseau central sont créés par l'architecte Winkler, lors de la restauration de la nef en 1891, et probablement sculptés par Gachon. Ils représentent sur le côté Sud l'architecte, le sculpteur et l'entrepreneur (W. Meusburger), dont les noms figurent sur les abaques, et sur le côté Nord, les armoiries et les emblèmes des responsables politiques (Clovis de Hohenlohe et Maximilien de Putkammer), religieux (curé Mury et les évêques coadjuteurs Pierre-Paul Stumpf et Adolf Fritzen) et administratifs de l'époque (maire Spies), complétés par des inscriptions commémoratives en latin, situées au-dessus des chapiteaux.

Sculptures extérieures thumb|gauche|upright=0.7|Statue de Saint-Jean de Népomucène () thumb|upright=1.2|Statue de saint Ignace de Loyola écrasant l'hérésie () L'église possède plusieurs statues, exécutées entre les . Une statue monumentale représente saint Ignace de Loyola écrasant l'hérésie.. Elle provient du portail principal du collège des jésuites, construit en 1688-1689, à l'Ouest des anciens bâtiments du prieuré, et se situait dans une grande niche surmontant la porte, entre une double colonnade. La main gauche du saint, ainsi que le bas du visage et le bras droit de l'hérésie ont disparu. Une statue de saint Jean Népomucène, en grès taillé, date du ..

Ameublement intérieur

Autels

Les plans d'un ensemble de deux autels avec retables, dédiés à la Sainte Vierge et à la Sainte-Croix, ainsi qu'aux saints jésuites - et plus particulièrement à saint François Xavier - sont fournis par le père jésuite Ignace Sainct-Lô durant le second quart du . Les sculptures sont réalisées de 1728 à 1730 par Johann Léonard MeyerJohann Léonard Meyer, né en 1694 à Dambach-la-Ville et bourgeois de Sélestat depuis 1719, décède dans cette ville en 1741., qui laisse sa signature et la date d'exécution, gravées au revers d'une statue et du relief. Autels et retables sont supprimés en 1892, lors de la grande restauration de l'église. La statue du Christ en croix et le relief de saint François Xavier, mort, sont conservés dans l'église et la Vierge à l'Enfant est actuellement exposée dans l'église Saint-Georges. L'étudiant est conservé au Badischelandes Museum de Karlsruhe, l'enfant indien a disparu et les autres statues sont conservées à la Bibliothèque humaniste de Sélestat.

Il s'agit d'autels droits, avec gradins sur soubassements débordants. Les retables possédaient quatre colonnes corinthiennes, des entablements à frontons interrompus et des couronnements galbés et cintrés. L'autel de la Sainte Vierge présentait une statue de la Vierge à l'Enfant debout, saint Louis de Gonzague et l'étudiant agenouillés, saints Stanislas Kostka et Jean Berchmans debout, ainsi que quatre anges sur le couronnement. L'autel de la Sainte Croix représentait le Christ en croix, entre saint François Xavier et un enfant indien agenouillés, saints François Borgia et Ignace de Loyola debout, saint François Xavier sur son lit de mort sous la table d'autel, et les mêmes quatre anges sur le couronnement. Le Christ en croix provenant de l'autel de la Sainte-Croix est fixé quelque temps à l'extérieur après 1892, sur la porte murée du bas-côté Sud, puis dans le porche de l'église.

Chaire à prêcher baroque alt=|gauche|vignette|Chaire baroque de 1733. alt=|vignette|Représentation de la statue de l'Europe des continents La chaire.., en bois polychrome, est réalisée en 1733, d'après le programme iconographique du père jésuite Ignace Saint-Lô, mais le sculpteur est inconnu. Le tétramorphe, figuration des quatre évangélistes, la représentation humaine (saint Mathieu), le lion (saint Marc), le taureau (saint Luc) et l'aigle (saint Jean), sont représentés sous la cuve - avec le nom des Évangélistes inscrits sur des phylactères - et les Pères de l'Église à ses angles (deux statuettes ont été volées pendant la dernière guerre, la troisième en 1970, tandis qu'une quatrième est conservée). Les allégories des quatre continents décorent l'abat-voix et une scène présentant Saint Ignace de Loyola qui réussit à convertir saint François Xavier au collège Sainte-Barbe à Paris, figure sur la porte donnant accès à l'escalier. De nombreuses scènes décrivent la vie de saint François Xavier, dont un gisant a été placé à quelques de mètres de là. Sur la rampe de l'escalier est représenté le rêve prémonitoire de François Xavier qui porte un Indien, d'Inde sur l'épaule, éteint un incendie et baptise des enfants. Sur la cuve, il délivre un possédé du démon, remet l'Évangile à un chef Indien, prêche aux habitants des Indes et baptise des indigents. Sur le dorsal, il arrive aux Indes et vénère la croix devant deux Indiens. La chaire est classée monument historique depuis le , à titre d'objet. Elle a été entièrement restaurée en 2011 par l'atelier Luciole, Pascale Vallon de Rombach-le-Franc.