( von Habsburg ou , Rey de España en espagnol), dit l'Ensorcelé, né le à Madrid et mort le dans la même ville, fils de et de Marianne d'Autriche, a été roi d’Espagne, des Indes, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, duc de Bourgogne et de Milan et souverain des Pays-Bas, entre 1665 et 1700, après la mort de son père.
Proclamé roi en 1665, à l'âge de quatre ans, placé sous la tutelle de sa mère, il est sans cesse gouverné : par celle-ci, puis par Juan José d'Autriche (son demi frère, fils bâtard de ), par sa femme, Marie-Louise d'Orléans, et par ses ministres. La faiblesse de son pouvoir fut la cause de la décadence de la maison de Habsbourg en Espagne. Les guerres soutenues contre la France se soldèrent par des déroutes successives : perte de la Franche-Comté à la suite de la paix de Nimègue en 1678, perte du Luxembourg avec la trêve de Ratisbonne de 1684, invasion française de la Catalogne en 1691.
reçoit le surnom d'« Ensorcelé » () car on attribuait son état physique à des influences néfastes et même diaboliques. Les mariages consanguins successifs contractés par ses ascendants royaux en sont certainement l'origine. Il reste toute sa vie une personne chétive, malade, faible et également stérile. Son incapacité à avoir un héritier constitue la cause de graves conflits de succession dans les années qui précèdent et suivent sa mort, qui met un terme définitif au règne de la maison de Habsbourg, remplacée par les Bourbons, sur les couronnes d'Espagne.
Jeunesse Charles naît le au palais de l'Alcázar de Madrid. Il n'est pas le premier enfant de son père, , qui a déjà eu plusieurs filles, ni le premier fils vivant, puisque Juan José d'Autriche est son aîné, ni encore le premier fils légitime. Il est le troisième fils légitime, son frère Baltasar Carlos étant mort depuis 1646, tandis que son autre frère Philippe-Prosper, est mort quelques jours avant sa naissance, le , à l'âge de 3 ans. Il est donc un héritier attendu par le roi d'Espagne avec sa seconde épouse légitime, Marie-Anne d'Autriche. centré|vignette|283x283px|Charles II, enfant, par Sebastián Herrera Barnuevo.
Règne
La régence de Marie-Anne d'Autriche (1665-1678)
Le testament de Le prince Charles a seulement quatre ans lorsque son père meurt en 1665. Celui-ci établit dans son testament sa femme, Marie-Anne d'Autriche, comme régente. Elle est assistée d'un conseil de régence formé de six membres :
le président du conseil de Castille, García Haro Sotomayor y Guzmán, comte de Castrillo ; le vice-chancelier du conseil d'Aragon, Cristóbal Crespí de Valldaura ; un représentant du conseil d'État, Gaspar de Bracamonte y Guzmán, comte de Peñaranda ; un Grand d'Espagne, Guillén Ramón de Moncada, marquis d’Aytona ; l'Inquisiteur général, le cardinal Pascual d'Aragon ; l'archevêque de Tolède, le cardinal Baltasar Moscoso y Sandoval.
À l'ouverture du testament de , un membre du conseil de régence est déjà mort : le cardinal Baltasar Moscoso y Sandoval s'est éteint quelques heures seulement avant le roi. La reine confie au cardinal Pascual d'Aragon le poste laissé vacant, tandis que le poste d'Inquisiteur général est confié à un proche de la reine, le cardinal Johann Eberhard Nithard.
Les difficultés extérieures
Hors d'Espagne, les cours européennes ne font que peu de cas du jeune , dont l'état maladif augure d'une succession rapide et ouverte. L'Espagne est alors en butte aux appétits des rois européens, en particulier le roi de France, . De plus, l'Espagne est alors déjà engagée dans la guerre d'indépendance portugaise, et y consacre une grande partie de son potentiel militaire. La France se rapproche de , roi portugais de la maison de Bragance, et signe le une alliance offensive. gauche|vignette| enfant par Juan Carreño de Miranda. Ayant épousé l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de , en 1660, émet des prétentions en son nom sur plusieurs provinces espagnoles, sous le nom de Traité des droits de la Reine Très-Chrétienne, qui s'appuie essentiellement sur le droit de dévolution, une vieille coutume du Brabant, d'après laquelle les enfants d'un premier mariage — en l'occurrence, Marie-Thérèse — sont les seuls héritiers de leurs parents au détriment des enfants nés d'un second mariage — en l'occurrence, . Il y réclame la cession du duché de Brabant, de la seigneurie de Malines, d'Anvers, de la Gueldre supérieure, de Namur, du Limbourg, avec les places du Hainaut, de l'Artois, de Cambrai, du duché de Luxembourg, d'une partie de la Flandre et enfin toute la Franche-Comté.
En 1667 éclate la guerre de Dévolution entre la France et l'Espagne, soutenue par les Provinces-Unies et l'Angleterre. Afin de ne pas avoir à se battre sur deux fronts, la monarchie espagnole se décide à reconnaître l'indépendance du Portugal par le traité de Lisbonne, signé le . Cela n'empêche pas de remporter de brillantes victoires dans les Pays-Bas espagnols, où il occupe les places de Lille et Douai en particulier, et en Franche-Comté, qui est conquise en deux semaines. Les négociations entre les deux monarchies s'ouvrent à Aix-la-Chapelle, le comte de Bergeyck représentant l'Espagne. Le traité d'Aix-la-Chapelle, signé le , reconnaît la perte de Furnes, Bergues, Courtrai, Oudenarde, Menin, Armentières, Lille, Douai, Tournai, Ath, Binche et Charleroi au profit de la France, qui rend cependant la Franche-Comté.
Le gouvernement du cardinal Nithard (1665-1669)
La mort de place la reine Marie-Anne d'Autriche au cœur du pouvoir. Elle s'appuie d'abord sur son confesseur, le jésuite Johann Eberhard Nithard, qui l'a suivie en 1649 lorsqu'elle a quitté la cour de Vienne pour Madrid. Il exerce une grande influence sur elle dans le domaine spirituel, mais aussi dans le domaine politique. Son influence grandissante à la cour d'Espagne lui permet de se comporter comme un véritable valido.
Ses opposants se rencontrent d'abord dans les cercles religieux, dans la mesure où il doit sa place dans le conseil de régence au poste d'Inquisiteur général, poste envié et recherché. Les dominicains, ordre religieux en concurrence avec les jésuites, souffrent que le poste d'Inquisiteur général, ordinairement dévolu à l'un des leurs, soit abandonné à un jésuite. L'accession du jésuite à cette dignité n'est obtenue qu'avec difficulté par la reine, qui doit pousser Pascual d'Aragon à accepter l'archevêché de Tolède, puis obtenir la naturalisation du cardinal Nithard qui, étant étranger, ne peut espérer devenir Inquisiteur général, gagner le vote des villes de Castille, et enfin obtenir l'approbation du pape , dans la mesure où, en tant que jésuite, Nithard ne peut pas obtenir une charge politique sans le consentement pontifical qu'il reçoit par bulle le . vignette|Portrait de . L'action de Nithard se révèle assez maladroite, ses décisions au conseil d'État étant d'inspiration plus théologique que politique, comme l'interdiction des représentations théâtrales en Espagne. Il crée l'éphémère Guardia Chamberga, garde chargée de la protection du roi entre 1669 et 1676. Il développe un réseau de fidèles, nommant ses amis dans les conseils de gouvernement espagnols. Mais confronté aux difficultés financières grandissantes de la monarchie espagnole, il se montre incapable de mettre en œuvre une politique ambitieuse de réformes des impôts : ses projets de contribution unique sont abandonnés.
Dans les milieux proches du pouvoir, les oppositions au cardinal Nithard ne manquent pas. La noblesse espagnole s'oppose à la promotion d'un homme qu'elle considère comme un parvenu. La conjoncture politique de l'époque, où la position de ministre-favori est sujette à de nombreuses critiques, sa faible extraction, son ambition affichée et ses liens privilégiés avec la reine lui valent des critiques nombreuses. Son principal opposant est Juan José d'Autriche : âgé de 36 ans, fils bâtard de d'Espagne reconnu par son père, il a participé aux guerres en Italie, en Catalogne, dans les Flandres et au Portugal ; il espère obtenir une reconnaissance de la reine, mais celle-ci intrigue pour le faire envoyer en exil. En réaction, il rejoint l’opposition au gouvernement de la régente qui fait assassiner l’un de ses serviteurs. Juan José d'Autriche prend alors la tête d'un soulèvement en Aragon et en Catalogne en 1669 et obtient le renvoi de Nithard en 1669, mais doit toutefois se contenter de la vice-royauté d’Aragon.
Le gouvernement de Fernando de Valenzuela (1669-1677)
vignette|Portrait de don Juan José d'Autriche, par Juan Carreño de Miranda, 1678. Musées d'État de Berlin.
La reine est alors assez isolée. Elle a peu de fidèles, les principaux étant l' et le . Elle choisit comme nouveau favori Fernando de Valenzuela, issu de la petite noblesse. Le nouveau valido veut mettre en œuvre un plan de modernisation, en commençant par l'amélioration de la production agricole, qui passe par l'augmentation des rendements agricoles, la baisse des taxes sur les produits de première nécessité et le renforcement du réseau routier.
Sur le plan des relations extérieures, Valenzuela pousse à prendre sa revanche sur : le , l'Espagne, aux côtés des Provinces-Unies, de l'Autriche et de la Lorraine, forme la Grande alliance de La Haye contre la France. Les opérations militaires de la guerre de Hollande tournent au désastre : en 1674, envahit la Franche-Comté, occupe Besançon et Dole. L'Italie se soulève et Messine se révolte en 1675 avec le soutien des Français. L'année suivante, la flotte espagnole est systématiquement battue lors des batailles d'Alicudi, d'Agosta et de Palerme, laissant le contrôle de la Méditerranée occidentale aux Français.
Pour augmenter le nombre de ses fidèles, Valenzuela multiplie les offices vénaux et augmente les dépenses liées au fonctionnement de la cour, afin de donner l'image du faste de la monarchie. Parallèlement, Valenzuela cherche à se rapprocher des amis de Juan José d'Autriche, afin de l'isoler. Il se rallie le , le duc d'Alburquerque, les marquis de Castromonte, Villalobos et Falces, le comte de Galve (frère du et fidèle de Juan José d'Autriche), le duc de Medinaceli, le comte de Montijo, Melchor Portocarrero Lasso de la Vega, le comte de la Monclova et le comte de Baños.
vignette|gauche|Portrait du cardinal Johann Eberhard Nithard, par Alonso del Arco, vers 1674. Huile sur bois, musée du Prado, Madrid.
Mais dès 1675, Juan José d'Autriche forme à nouveau autour de lui un groupe de partisans, composé de tous ceux que le valido de la reine a écartés : le , le comte de Monterrey, le cardinal Luis Fernández de Portocarrero et son oncle, le cardinal Pascual de Aragón. À ce groupe s'adjoignent d'autres déçus du ministre, dont le comte de Medellín, le comte d'Ayala, et le marquis de Castel Rodrigo. Alors que la date de majorité de approche, la reine cherche à éloigner Juan José d'Autriche et l'envoie en Italie, avec le titre de vice-roi, afin de réprimer la révolte qui se développe à Messine depuis un an, mais le frère bâtard du roi retarde son départ. Le , jour de sa majorité, le roi confirme le départ de Juan José d'Autriche pour l'Italie, tandis que la reine continue à diriger un conseil de gouvernement pour au moins deux ans. Valenzuela, cependant, doit s'éloigner quelques mois à Grenade, où il devient capitaine général de la ville.
En , il rentre à la Cour, où il retrouve titres, honneurs et postes : intendant général aux finances, grand écuyer et Premier ministre. Le , il ajoute à son récent titre de marquis celui de Grand d'Espagne. Cette ascension trop rapide le fait détester : le , un manifeste signé par vingt-quatre nobles et Grands circule dans Madrid, demandant l'emprisonnement immédiat de Valenzuela et appelant Juan José d'Autriche à prendre place aux côtés du roi. À Saragosse, Juan José d'Autriche prend la tête de troupes qui défendent la frontière contre la France et se dirige vers la capitale. Il entre dans Madrid le et obtient la soumission de la reine, tandis que le valido se réfugie au monastère de l'Escurial.
Le règne personnel de (1677-1700)