Steve Reich, né le à New York, est un musicien et compositeur américain. Il est considéré comme l'un des pionniers de la musique minimaliste, un courant de la musique contemporaine jouant un rôle central dans la musique classique des États-Unis. Pour caractériser son œuvre, et spécialement ses compositions de la période 1965-1976, il préfère utiliser l'expression « musique de phases » (traduite de l'américain Phasing), qui fait référence à son invention de la technique musicale du déphasageInterview de Steve Reich dans le livret de Music for 18 Musicians enregistrement par le Steve Reich and Musicians chez Nonesuch Records, 1997.. À partir de 1976, il développe une écriture musicale basée sur le rythme et la pulsation avec l'une de ses œuvres les plus importantes, Music for 18 Musicians, qui marque le début de son large succès internationalPotter (2000), . Dès lors reconnu comme un compositeur contemporain essentiel, il oriente son travail de composition autour de la mise en musique du discours, notamment dans des œuvres multimédia associant la vidéo créées en collaboration avec son épouse Beryl Korot.
Bien qu'ayant joué un rôle central dans l'évolution de la musique contemporaine, et, par ses œuvres, influencé des artistes au-delà de son champ de création, comme en musique électronique et en danse contemporaine, Steve Reich reste toutefois un compositeur peu prolifique qui n'a écrit, durant l'ensemble de sa carrière, qu'une cinquantaine de pièces distinctes. Celles-ci lui ont cependant valu de nombreux prix et distinctions internationales et font l'objet d'une très importante discographie.
Biographie
Jeunesse et études
Steve Reich, né dans une famille juive de la classe moyenne de New York en 1936, est le fils de Leonard Reich, un avocat, et de June Sillman qui se produit comme actrice, chanteuse, et compositrice de spectacles sur BroadwayDans les années 1950, elle composa sous le nom de June Carroll, la chanson Love Is a Simple Thing.Potter (2000), .Écrits sur la musique, préface de Bérénice Reynaud (1981).. Ses parents se séparent alors qu'il a un an, le conduisant à vivre jusqu'en 1942 entre New York chez son père où il est élevé par sa gouvernante, Virginia Mitchell, et Los Angeles durant les vacances avec sa mère qui s'est remariée à Sidney Carroll avec lequel elle aura trois autres enfants dont l'auteur de fantasy Jonathan Carroll.. À sept ans, il prend des leçons de piano mais, d'après ses dires, s'intéressera plus dans les années suivantes à la musique populaire. Durant son adolescence, il découvre également le jazz par l'intermédiaire de ses amis et fonde avec ceux-ci, à 14 ans, un groupe dont il est le batteur. Sa passion pour le rythme le pousse à étudier sérieusement les percussions avec Roland Kohloff, timbalier du New York Philharmonic.
Au début de ses études en 1953, Steve Reich suit d'abord un cursus de philosophie durant lequel il étudie notamment les essais de Ludwig Wittgenstein mais aussi l'histoire de la musique avec William Austin qui aura une grande importance dans l'orientation de ses goûts musicaux Gabrielle Zuckerman, An Interview with Steve Reich, American Public Media, juillet 2002.. Il obtient son diplôme de l’université Cornell en 1957. Contrairement aux désirs de son père qui souhaite le voir mener une profession libéraleCette décision entraînera une rupture dans ses relations avec son père jusqu'en 1972, date de la parution d'un article consacré à Steve Reich dans The New York Times. Son père reconnaissant le succès de son fils reprendra contact avec lui., il décide de poursuivre des études de musique à la Juilliard School of Music de New York, où il est inscrit de 1958 à 1961 dans les classes de piano et de percussions avec William Bergsma et Vincent Persichetti., mais aussi de composition en cours privés avec le pianiste de jazz Hall Overton. C'est également durant cette période qu'il rencontre, Art Murphy (qui deviendra un futur membre de son groupe), Peter Schickele et Philip Glass, lui aussi étudiant à la Juilliard mais avec lequel il déclare alors n'avoir rien en commun. Sa vie personnelle est marquée à cette époque par un premier mariage en 1960 avec Joyce Barkett, dont naîtra un fils Michael en 1962, mais le couple se séparera un an plus tard. Il décide de partir pour San Francisco à l'été 1961, où il vit une période de doutes personnels et enchaîne les petits boulotsPotter (2000), .
De 1962 à 1963, il étudie la composition avec Darius Milhaud et la musique atonale avec Luciano Berio, nouvellement recruté, au Mills College à Oakland en Californie où il obtient son Master of Arts. C'est durant cette période qu'il décide de ne pas composer dans le style alors dominant de la musique sérielle, déclarant même, en réaction contre celui-ci :
L'étude du sérialisme avec Berio a de fait poussé Steve Reich vers son attrait naturel pour le rythme et la tonalité. Lors de ses essais de composition sérielle, Reich se surprit à dénaturer le système, en utilisant la répétition de la série sous la même forme, afin d'y intégrer un peu d'harmonie. Berio lui dira alors : Strickland (1991), Steve Reich .. C'est également durant ses années d'étude au Mills College que se situe le premier contact de Steve Reich avec la musique africaine, grâce à Gunther Schuller, qui lui fait découvrir le premier essai théorique sur le sujet, Studies in African Music d'Arthur Morris Jones, ouvrage qui fera dès lors partie de ses livres de référenceOlivier Bernard, Anthologie de l'ambient – D'Éric Satie à Moby : nappes, aéroports et paysages sonores, éditions du Camion Blanc, 2013 , ..
Il poursuit ensuite sa découverte du jazz modal au travers de John Coltrane qui aura une forte influence sur son écriture, au sein d'un groupe d'improvisation dont fait partie Jon Gibson, avec lequel il travaille régulièrement pendant six mois. À cette époque il fréquente le San Francisco Tape Music Center, institution reconnue pour ses travaux sur les musiques électroniques naissantes et la musique concrète. Reich fréquente également la San Francisco Mime Troupe dont le directeur lui demande de composer la musique de leur mise en scène dUbu roi d'Alfred Jarry dont la première est donnée le . Il fait alors la connaissance de , un cinéaste expérimental pour lequel il écrit les musiques originales de deux courts-métrages, The Plastic Haircut et Oh Dem Watermelons, en 1964, qui utilisent déjà comme support les bandes magnétiques et le principe des boucles. La même année il compose Music for Two or More Pianos (1964) où il expérimente les prémices du phasing posant ainsi les tout premiers jalons de ses techniques futures. C'est également à l'occasion des soirées musicales organisées par Reich sur Boccana Street avec cette troupe de mime qu'il fait la rencontre en de Terry Riley venu assister en voisin à l'une d'entre elles. Riley et Reich s'aperçoivent alors de leurs intérêts communs et ce dernier se propose de faire partie de l'ensemble que Riley cherche avec difficulté à constituer pour l'exécution prochaine de sa toute nouvelle pièce. Le , il participe en tant que pianiste, avec Jon Gibson (au saxophone) et sa petite amie de l'époque Jeannie Brechan (au piano électrique) qu'il a recrutés, à la création de In C, considérée comme l'œuvre fondatrice du courant minimalistePotter (2000), Bodon-Clair (2008), . C'est Reich qui suggère à Riley d'utiliser une pulsation rythmique marquée et régulière au piano pour In C. En retour l'influence de Riley sur les compositions à venir de Reich sera d'une importance majeure.
Débuts du minimalisme
Steve Reich rencontre Terry Riley à l'été 1964, et se voit proposer par ce dernier de participer à la création mondiale le de In C, considérée par les musicologues comme l'une des premières compositions importantes du courant minimaliste. Au-delà de sa participation à l'exécution, Reich apporte également sa contribution à l'écriture de cette pièce en suggérant à Riley d'utiliser une pulsation fixePotter (2000), . Il compose ensuite ses deux premières œuvres reconnues, It's Gonna Rain (1965) et Come Out (1966). Alors considérées comme expérimentales, elles sont effectivement en partie le fruit d'un hasard technique lui faisant découvrir le principe du phasage/déphasage. Ces deux pièces sont également le reflet d'une conscience politique notamment en faveur du mouvement des droits civiques aux États-Unis et du danger de l'escalade nucléaireBodon-Clair (2008), . En , il retourne à New York, s'installe dans le quartier de TriBeCaOù il réside toujours (Potter (2000), ), et fréquente de nombreux artistes du mouvement minimaliste comme Robert Rauschenberg, Sol LeWitt, et Robert Smithson. En 1968, il écrit son essai Music as a Gradual Process qui paraîtra l'année suivante et sera intégré dans le catalogue d'une grande exposition minimaliste au Whitney MuseumCette exposition regroupait également des proches de Reich comme Richard Serra, Bruce Nauman, et Michael Snow. Steve Reich collabore en 1969 avec Philip GlassReich a repris contact avec Philip Glass en 1967, travaillant un temps dans la petite compagnie de déménagement, Chelsea Light Moving, créée par ce dernier (Potter (2000), ) et Moondog dans leur démarche commune de créer un fort mouvement musical minimaliste, initié quelques années plus tôt. Il poursuit toujours son apprentissage musical, en particulier des percussions africaines, auprès de Gideon Alorworye à l'Institut d'études africaines de l'Université du Ghana à Accra où il passe l'été 1970. À son retour, influencé par son expérience, il compose Drumming, pièce pour percussions qui met en application ses recherches théoriques et pour l'exécution de laquelle il fonde son propre ensemble appelé Steve Reich and Musicians. Il entreprend ensuite l'étude du gamelan indonésien, cette fois-ci à Seattle et en Californie, notamment avec Nyoman Sumandhi de 1973 à 1974.
Parallèlement à cet apprentissage, il compose une œuvre originale basée sur la technique de la répétition et l'utilisation de bruits de la vie quotidienne. Il ne délaisse pas pour autant les instruments traditionnels pour lesquels il compose de nombreuses pièces instrumentales ou orchestrales. Son œuvre devient internationalement reconnue dès 1971, avec l'enregistrement de Drumming chez la Deutsche Grammophon, faisant de lui une des figures de la musique contemporaine américaine et, particulièrement, de l'école de la musique dite répétitive, aux côtés de Terry Riley et Philip Glass. Il obtient alors une résidence à Berlin en 1974, se produit fréquemment avec son ensemble, obtient des commandes de composition, et publie Writings About Music, une somme théorique de ses techniques de composition et de leurs perspectives. Il rencontre également cette année-là la plasticienne Beryl Korot, se produisant à The KitchenDocumentaire Steve Reich - A New Musical Language, Conseil des arts de Grande-Bretagne, 1987., qu'il épouse le , dont il aura un fils, Ezra Reich « Ezra Reich talks music and his pioneering dad, Steve Reich », Los Angeles Times, 2 avril 2011., en 1978, et avec laquelle il ne cessera dès lors de collaborerPotter (2000), ..
Reconnaissance internationale
vignette|redresse|Steve Reich au Holland Festival en 1976.