Louis Salleron, né le à Sèvres et mort le à Versailles, est un écrivain français, théoricien catholique de droite. Écrivain, chroniqueur, il a collaboré à de nombreux périodiques de l'entre-deux-guerres à sa mort.
Biographie Louis Salleron est l'un des neuf enfants de l'architecte René Salleron et le petit-neveu de Léon Salleron. Il est le frère de Paul Salleron, le benjamin de la famille, journaliste et résistant, plus connu sous le pseudonyme de « Paul Sérant », et le père de douze enfants dont trois prêtresSes trois fils prêtres sont Dominique Salleron (1931-1985), carme déchaux sous le nom de RP Joseph de Sainte-Marie, Bruno (1938-2005) et Georges (1942- 2018), entré dans l’ordre des Carmes en 1965 avant de rejoindre en 1970 la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X en 1970, qu'il quitte en 1976, professeur au séminaire d’Ecône de Lefèbvre au début des années 1970, puis membre à partir de 1989 de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (). Bruno Salleron a été ordonné prêtre en 1964 ; l’évêque de Versailles lui interdit en 1992 de pratiquer l’exorcisme, il continue ses pratiques et est mis en examen en 2001 pour « agressions sexuelles et viols aggravés » sur des jeunes filles. Il est mort en août 2005 avant sa comparution devant la cour d’assises des Yvelines en septembre : cf. Dominique Lormier, "La dérive intégriste", Acropole, 2007, , Le Parisien, 16-6-2001, 12-8-2005, Le Figaro, 9-1-2004 ).
Du magistère maurrassien à la
Son éducation est catholique ; à partir de ses quinze ans, il prend pour conseiller spirituel (et futur ami) un moine bénédictin, Dom Aubourg. Formé au collège privé Stanislas puis à l'Institut catholique, il est licencié ès lettres et docteur en droit. Il a été « pétri d'humanités gréco-latines, nourri de philosophie thomiste ».
Il préside en 1924-1925 l’Association des étudiants de l’Institut catholique de Paris. Son premier discours fut combatif, dans le contexte du Cartel des gauches : « Nous serons les témoins du Christ, de la civilisation chrétienne menacée, mais non pas des témoins passifs : nous voulons agir ! Si nous sommes attaqués, nous saurons nous défendre». En , il promet « par une assistance plus fréquente aux messes du premier vendredi du mois, une participation plus grande aux activités de l’AEIC » et souhaite que « nombreux soient les étudiants qui délaisseront les études profanes pour embrasser l’état sacerdotal »Bulletin de l’Institut catholique de Paris", , 25-12-1924, , Ibid., 25-2-1925, ). Cf. Revue de l’Institut catholique de Paris, , juillet-septembre 1992, « Louis Salleron 1905-1992 »..
Il fut dans sa jeunesse un jeune maurrassien, sous l'influence notamment de Dom Aubourg qui lui conseille cependant de ne pas rejoindre les Camelots du roi. Il a été conférencier des étudiants d’Action française de Paris en 1924, en présence de Charles Maurras, à propos des idées d’Ernest Seillière, affirmant que « la force avec laquelle il dénonce la folie mystique qui court depuis Jean-Jacques [Rousseau] à nos jours en fait un allié de l’Action française » et concluant ainsi sa conférence: « Qui le lit est bien préparé à recevoir la doctrine maurrassienne. C’est de quoi surtout nous le louons. Il préférerait peut-être un autre genre d’éloge. Pour nous, c’est le plus beau que nous lui puissions faire » : Il est présenté comme « notre ami ». Il devient en 1926 le secrétaire de Jacques Bainville à La Revue universelle, une revue maurrassienne. Pendant ses études universitaires à la « Catho », en tant que président de l’association des étudiants de l’Institut (A.E.I.C.), il cosigna avec le président des étudiants d’Action française de l’Institut (Rémy Rousseau, un ami) une « lettre de fidélité » à Maurras, ce qui provoqua selon ses souvenirs un « beau tumulte » et son renvoi de l'Institut. La lettre est publiée dans L'Action française le Louis Salleron, « Souvenirs de la « catho » 1925-1928 », in Institut catholique de Paris. Le livre du centenaire 1875-1975, Éd. Beauchesne, 1975, . Cette lettre s’inscrit dans le contexte de la condamnation de Maurras et de l’Action française par la papauté en 1926. Il cosigne en mai avec les membres du comité de l’AEIC une autre lettre adressée à l’archevêque de Paris, le cardinal Dubois, à la suite du défilé parisien en l’honneur de Jeanne d’Arc : des étudiants de l’Institut sont venus chercher les « collégiens » de collèges libres (de Sainte-Croix de Neuilly notamment) pour qu’ils défilent ensemble dans le cortège traditionnel mené par l’Action française, et non dans le défilé des mouvements catholiques. Une vingtaine de collégiens ont été exclus de leur établissement car ils ont enfreint « les ordres donnés » en prenant part au cortège de la ligue royaliste. Salleron et ses amis protestèrent : « Si c’est une faute contre la discipline qu’on retient contre nos jeunes camarades, nous pensons que le sentiment qui les animait les rachète entièrement ». Leur lettre fut publiée dans L’Action française, qui en profita pour dénoncer les autorités de l’ÉglisePour le cardinal Dubois, cela prouve « la regrettable influence sur la formation de la jeunesse » de l’Action française ; il écrivit à l’Institut : « La démarche de ces étudiants me surprend. Rien ne la justifie. À quel titre interviennent-ils dans cette affaire ? (...) Ceux des étudiants de l’Institut catholique qui (…) ont répondu à l’appel des ligueurs d’Action française ont manqué à leur devoir. » Il interdit à l’avenir « tout groupement, toute réunion ayant un caractère politique » à l’Institut. Il n’y eut pas de président de l’Association des étudiants en 1926-27 : Revue de l’Institut catholique de Paris, , juillet-septembre 1992, « Louis Salleron 1905-1992 », Nouvelles de l’Institut catholique de Paris, , juin-septembre 1959, , Le Gaulois, 11-5-1927, Bulletin de l’Institut catholique, 25-5-1927, .
Il rencontre à partir de 1928 une étudiante en droit, adhérente de l'Action française, Marie-Thérèse Babled, qu'il épouse à Paris le .
S'il s'éloigne ensuite du magistère de Maurras, il participe néanmoins au numéro spécial de la Revue universelle consacré au jubilé littéraire de Maurras, en 1937, signant un article intitulé « Maurras, défenseur de la Cité ». Selon lui, « ce ne sont pas seulement les royalistes mais tous les esprits libres qui saluent en Maurras un défenseur de la Civilisation ». Plus tard, dans les années 1950, il déclarera : Maurras était « un des rares types qui aient eu une cervelle politique » tout en soulignant : « Je n’ai jamais été très engagé dans l’Action française, parce que cela ne correspondait pas tout à fait à ce que je désirais : c’était trop restreint comme horizon politique »« Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? Les jeunes maurrassiens », Arts, 18/24-4-1956, cité par Antonin Guyader, La revue Idées, 1941-1944, L'Harmattan, 2006, .
De 1935 à 1938, il est rédacteur en chef du Courrier royal ( en 1935), l'organe du comte de Paris. Sous son impulsion, le mensuel se transforme en hebdomadaire. Il collabore aux revues de la Jeune Droite d'inspiration maurrassienne : La Gazette française (1, , bimensuelle puis hebdomadaire en 1925), Combat (1936-1939) de Jean de Fabrègues et Thierry Maulnier, l'hebdomadaire L'Insurgé (du au ), Civilisation, Idées (-), de à () et à l'hebdomadaire Demain, fondé par Jean de Fabrègues à Lyon en .
Il a aussi écrit dans des journaux et revues d’une droite plus traditionnelle dans les années 1930, le quotidien Le Jour de Léon Bailby - il en est brièvement le rédacteur en chef en 1936 -, la revue mensuelle La Belle France, en 1936-37, et La Revue hebdomadaire de François Le Grix.
Il enseigne l'économie politique à l'Institut catholique de Paris à partir de 1937, à la demande du recteur, le cardinal Alfred Baudrillart, un ami de sa famille, qui l'avait exclu en 1927.
Un militant agrarien et corporatiste
Louis Salleron intègre en 1929 la Société des agriculteurs de France de la rue d'Athènes à Paris. Il est rédacteur en chef de sa revue, ce qui lui procure un revenu stable. Il joue un rôle important, dès les années 1930, dans le mouvement syndical paysan de droite : la et la , c'est-à-dire l'UNSA (Union nationale des syndicats agricoles). Il est secrétaire général de l'association générale du Crédit mutuel agricole et codirecteur du périodique de l'UNSA Syndicats paysans. Son livre Un régime corporatiste pour l'agriculture, issu de sa thèse et publié en 1937, contient les bases de la théorie corporatiste appliquée à l'agriculture.
Il était prévu qu'il donne un exposé en 1939 au Centre international pour la rénovation du libéralisme (CIRL), fondé à la suite du colloque Walter Lippmann de 1938 ()].
Louis Salleron est l’un de ces Français qui entendent profiter de la défaite de 1940, de l’effondrement de « tout un système », du fait que « l’individualisme libéral, démocratique et parlementaire s’est avéré sans vigueur en face de forces neuves », pour espérer voir triompher enfin les causes qui leur sont chères. En l’occurrence le corporatisme, puisqu’il milite pour le voir triompher depuis plusieurs années et qu’il préconise dès août, dans une série d’articles en « une » de L'Ouest-Éclair : « Un ordre moderne est appelé à remplacer l’ordre ancien et (…) a déjà reçu son véritable nom, il est corporatif ». Dès l’automne, il est conscient des deux dangers qui menacent le corporatisme : « l’ardeur des néophytes » qui veulent aller trop vite et les dangers nés des « nécessités du ravitaillement », qui amèneraient à masquer sous l’appellation d’organisation corporative « un système d’ensemble de réglementations des marchés agricoles » qui ne serait qu’un « étatisme intégral », ce qui s’est passé puisque le ministère de l’agriculture a de plus en plus pris le pas sur la Corporation paysanneL’Ouest-Eclair, 7-8-1940, et articles des 9, 12 et 14 août, 9-10-1940. Il assure les lecteurs que la mise en place d’organisations professionnelles et régionales permettra de résoudre la question sociale et d’assurer « la prospérité dans une foi de renaissance », conscient cependant que cela prendra du temps.. Il a contribué à la création de la Corporation paysanne, née en , qu’il voulait fonder dans une optique corporatiste traditionaliste. En 1941, il est nommé par le régime de Vichy délégué général à la Commission d'organisation corporative paysanne, chargé des questions économiques et sociales.