vignette|Le prince Siddhârtha Gautama ou Bodhisattva Avalokiteshvara. Gandhara site de Shahbaz-Garhi. Empire Kouchan, . Schiste. Hauteur : . Mission Alfred FoucherNotice du Musée Guimet : ., Musée Guimet.

Siddhārtha Gautama (sanskrit ; pāli : Siddhattha Gotama), plus couramment désigné comme le Bouddha (« l’Éveillé »), parfois comme Shakyamuni (le « sage des Śākyas »), est un maître spirituel qui vécut au ou au , fondateur historique d'une communauté de moines errants qui donna naissance au bouddhisme.

Il serait né à Lumbinî, dans l'actuel Népal, sur la route de Kapilavastu, la capitale du clan familial, dans l’actuel Teraï népalais, de Māyādevī et Śuddhodana, souverain des Śākyas appartenant à la caste des kṣatriyas guerriers et administrateurs, et fut actif dans les États de Kosala et Magadha au nord-est de l’Inde actuelle.

Il aurait vécu environ quatre-vingts ans, mais les traditions ne s'accordent pas sur les dates exactes de sa vie, que les recherches modernes tendent à situer de plus en plus tard : vers 623-543 av. J.-C. selon la tradition Theravāda, vers 563-483 av. J.-C. selon la majorité des spécialistes du début du , beaucoup au début du envisageant un parinirvāṇa (mort du Bouddha) entre 420 et 380 av. J.-C..

Tous les courants bouddhistes le considèrent comme le « bouddha pur et parfait » (samyaksambuddha) de notre ère, qui non seulement a atteint l’éveil, mais est capable de « mettre en branle la roue de la Loi » et de propager l’enseignement bouddhiste dans le monde. Son enseignement se transmit oralement pendant trois à quatre siècles avant d’être couché dans les textes du canon pali.

Le titre de Bouddha (en sanskrit buddha, « éveillé », participe passé passif de la racine sanskrite budh-, « s'éveiller ») lui aurait été donné plus tard par ses disciples. Ainsi, doté d’une majuscule dans la notation conventionnelle, ce titre désigne Shakyamuni afin de le différencier des vingt-sept bouddhas qui l'ont précédé, mais aussi des bouddha, au sens de titre donné à des personnes ayant transcendé la dualité samsara/nirvāna selon le bouddhisme mahāyāna. Il est également connu pour être le tathāgata, « l'Ainsi-Venu ou Allé / celui qui est venu / allé ainsi prêcher la bonne Loi » (Dharma).

Nom et épithètes

Le personnage communément connu sous le nom de Bouddha est nommé de différentes manières dans les textes bouddhistes.

Le terme Bouddha, Buddha en sanskrit et en pali, n'est pas un nom propre mais une épithète qui signifie l'« Éveillé ». Il désigne un individu qui a atteint le stade de l'« Éveil » (ou « Illumination »), bodhi en sanskrit et en pali, c'est-à-dire qu'il a compris l'essence des Quatre nobles vérités qui permettent de mettre fin au cycle des réincarnations, en atteignant l'extinction (nirvana), et qu'il a expérimenté cette dernière Jan Nattier, « Buddha(s) », dans .. Cette épithète n'est pas appliquée par les Bouddhistes qu'au seul Bouddha Gautama, car il y a d'autres Bouddhas (Akshobhya, Amitābha, Vairocana, etc.). Néanmoins, il est courant de le désigner de manière honorifique comme « Bouddha » tout court. Dans les autres langues des pays bouddhistes, ce terme est traduit Fo en chinois, Butsu/Hotoke en japonais, Sans rgyas en tibétain. Les écrits des écoles du bouddhisme ancien désignent aussi le Bouddha Gautama comme un bodhisattva, c'est-à-dire un individu qui est résolu à devenir un Bouddha, dans des textes qui le décrivent avant son Éveil, en particulier dans ses vies antérieures.

Le Bouddha est aussi connu par ses « noms », le plus courant dans les textes en pali étant Gotama Buddha. Le terme Gotama ou Gautama désigne le lignage ou clan (gotra) dans lequel est né le Bouddha, c'est donc en quelque sorte son « nom de famille ». Il s'agit en fait du nom de l'ancêtre du lignage, donc quand il est appliqué à Bouddha il signifie plus exactement « descendant de Gautama ». Le prénom du Bouddha est Siddharta, « Celui qui atteint son but » en sanskrit. Les textes emploient plutôt ce terme pour le désigner avant son Éveil. Le texte biographique intitulé Lalitavistara donne un autre prénom, Sarvārthasiddha, « Celui qui atteint le bien-être de tous ». L'authenticité de ces prénoms, qui semblent avoir été choisis par les biographes à partir de plusieurs possibilités au sein d'une tradition diverse, est douteuse.

Parmi les nombreuses épithètes employées pour désigner le Bouddha, les textes bouddhistes, en particulier ceux de la tradition mahayana, emploient couramment Shakyamuni, Śākyamuni en sanskrit, « le Sage des Shakyas », les Shakyas (sanskrit Śākya, les « capables ») étant la tribu (ou clan, ou ethnie) du Bouddha. Ce terme est notamment employé pour le distinguer des autres Bouddhas qui ont existé et vont exister.

Les autres épithètes les plus courantes sont : tathāgata, l'« Ainsi venu », ce qui renvoie aux attentes messianiques autour de la venue d'un Bouddha, un terme souvent employé par le Bouddha dans les sutras pour se désigner lui-même et désigner les Bouddhas du passé ; samyaksambuddha, « Bouddha/Éveillé complet et parfait » en sanskrit, ce qui renvoie à sa qualité de Bouddha qui a atteint l'Éveil suprême, qui surpasse tous les autres. Le terme sanskrit et pali baghavat, « Bienheureux » (ou plus simplement « Seigneur »), qui désigne en général un humain éminent ou les dieux, est réservé dans la littérature bouddhiste au Bouddha. La liste est loin de s'arrêter là : un texte lexicographique bouddhiste, le Mahāvyupatti, mentionne quatre-vingt épithètes du Bouddha.

Vie du Bouddha Les sources : composition et interprétation

Les connaissances concernant la vie du Bouddha proviennent d'informations éparses, d'abord transmises oralement et qui n’ont été mises par écrit que quelques centaines d'années après sa mort. De fait, les textes bouddhiques les plus anciens s'intéressent assez peu à la vie de Bouddha, mais plutôt à ses enseignements, figurant dans divers sutras et vinayas. Ils fournissent aussi des éléments biographiques éparpillés, puisque les paroles du Bouddha sont prononcées lorsque d'autres personnes viennent l'interroger et discutent avec lui, à plusieurs reprises en lien avec des événements affectant la vie de la communauté bouddhiste qui s'organise autour de lui.

La rédaction des textes biographiques n'intervient que plus tard, vers le début de notre ère, en particulier dans la littérature bouddhique en sanskrit. Parmi les sources biographiques les plus importantes, quelques textes peuvent être distingués : le Mahāvastu, de tradition Mahāsāṃghika-Lokottaravada, en sanskrit, dont la période de rédaction et de remaniements s'étendrait entre les derniers siècles avant notre ère et le de notre ère, est essentiellement un récit de vies antérieures (Jatakas) du Bouddha, qui relate ensuite sa dernière vie jusqu'à la conversion des premiers disciples ; le Lalitavistara, de tradition Sarvāstivādin, en sanskrit, daté des s, accumulation d'éléments sur la vie du Bouddha ; le Buddhacharita d'Ashvagosha (v. 80-150) rédigé sous forme de récit épique, qui s'interrompt à l’Éveil du Bouddha, mais la version originale, perdue, allait peut-être jusqu'à son nirvana ; le Nidānakathā, de tradition Theravāda, connu par sa version en pali, issue d'une traduction du sanskrit, effectuée au .

Aucun texte connu ne présente une biographie complète et systématique (et, à plus forte raison, de version « officielle »), il se trouve des éléments épars qu'il faut joindre pour reconstituer la vie de Bouddha. De plus les récits sur les différents épisodes semblent avoir été composés en plusieurs phases par les écoles bouddhistes anciennes, s'intéressant d'abord plutôt à l'atteinte de l’Éveil, avant de se tourner vers les autres moments-clés de son existence, pour arriver finalement à une sorte de canevas biographique commun à tous les Bouddhas. Ces biographies reprennent manifestement des éléments d'autres traditions religieuses, la biographie de Bouddha présentant trop de points communs avec celle de son (supposé) contemporain, le jaïn Mahāvīra, pour qu'il s'agisse d'une simple coïncidence. Avec le temps se sont développés de nombreux récits sur les épisodes de la vie du Bouddha, parfois plusieurs pour un même épisode, pas forcément cohérents, et les rédacteurs des biographies ont procédé à des sélections et remaniements au sein de ce corpus, en fonction des messages qu'ils souhaitent faire passer.

En effet, les différents textes sur la vie du Bouddha ont essentiellement pour but de dispenser les enseignements contenus dans son existence, la vie du Bouddha ayant une valeur exemplaire pour les bouddhistes. Ils n'ont donc pas un caractère de travail historique ou biographique. Selon G. Ducoeur, . Ils contiennent des éléments légendaires ou mythologiques qui magnifient les accomplissements de leur protagoniste. Aussi est-il assez difficile, voire impossible pour les spécialistes modernes du Bouddhisme, de retrouver des éléments crédibles dans cet ensemble de récits. Il a pu être souligné que même les éléments les plus réalistes contenus dans les sources sur la vie de Bouddha sont partie intégrante de sa légende, donc ne sont pas forcément plus historiquement établis que les éléments merveilleux avec lesquels ils s'entremêlent dans ces mêmes récits. Les tentatives de démêler le vrai du faux dans ces textes pourraient donc être vaines. Il est néanmoins couramment admis que des faits historiques sont à l'origine de nombre de récits concernant la vie du Bouddha. De plus, les différentes sources permettent de dresser un tableau cohérent et relativement fiable du déroulement général de sa vie. Deux approches sont alors possibles : essayer de reconstituer une vie de Bouddha « réaliste », expurgée des traditions manifestement mythiques, ou bien préserver ces dernières et reprendre le contenu des biographies traditionnelles, afin de restituer la signification de la vie du Bouddha pour les bouddhistes.

Par suite, d'autres questions restent en suspens, comme celle de savoir s'il est possible de reconstituer la pensée du Bouddha telle qu'il l'a formulée de façon purement orale de son vivant, à partir de textes doctrinaux (surtout les sutras et vinayas du canon pali) dont la fixation par écrit remonte à plusieurs siècles après sa mort, à partir de sources orales et écrites plus anciennes, mais après des remaniements manifestes : certains comme Walpola Rahula et plus récemment Richard Gombrich ont estimé une telle chose possible, car selon eux les textes du canon pali préserveraient avec suffisamment de fiabilité la parole du Bouddha ; d'autres en revanche sont plus sceptiques sur l'« autorité » de ces sources et doutent de la possibilité de jamais connaître son enseignement authentique..

Historicité et dates

L'historicité du Bouddha, c'est-à-dire savoir s'il a vraiment existé, a été questionnée depuis l'Antiquité, puisqu'une telle interrogation se retrouve dans le Milindapañha, daté du La doctrine (Dharma) que Bouddha avait transmise à ses disciples et qui avait été diffusée était alors vue comme la seule preuve tangible de son existence. Les premiers indianistes européens du se sont posé à leur tour cette question, devant la profusion d'éléments merveilleux qu'ils rencontraient dans les récits relatifs au Bouddha : certains ont interprété ce personnage comme une allégorie, ou un personnage construit à partir de motifs mythologiques (notamment Émile Senart), donc un être légendaire. Mais l'idée que Bouddha est bien un homme qui a existé n'est plus contestée par les spécialistes à l'heure actuelle. Cela est cependant loin d'avoir réglé la question de savoir quels faits décrits dans les récits sur le Bouddha avaient une réalité historique, certains doutant qu'il soit possible, et même souhaitable, de tenter de démêler le vrai du faux dans ces récits.

Toutes les sources s'accordent pour attribuer au bouddha historique une durée de vie de quatre-vingts ans, mais les estimations varient concernant les dates :