Helmut Josef Michael Kohl Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API, né le à Ludwigshafen et mort le dans la même ville, est un homme d'État allemand.
Entré à l’Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) en 1946, il est le chef du gouvernement ouest-allemand puis allemand pendant seize ans, du au . Avec Angela Merkel, il a été chancelier le plus longtemps.
Il participe à la construction européenne en tentant de mettre en place son grand projet des États-Unis d’Europe ; il contribue à l'instauration de l’Acte unique puis du traité de Maastricht, et est l'un des pères de l’euro (rejetant au passage le terme « E.C.U. » à la sonorité rappelant l'occupation française), qu’il impose à une population allemande alors profondément attachée au mark. Proche de François Mitterrand, il favorise l'entente franco-allemande : en 1984 il apparaît main dans la main avec le président français à l'ossuaire de Douaumont.
En 1990, après la chute du mur de Berlin, il parvient à mener à bien la réunification allemande, ce qui lui vaut le surnom de « chancelier de l’unification ». Des difficultés économiques, notamment en ex-Allemagne de l'Est, surviennent cependant, conduisant à une baisse de sa popularité.
En 1998 la CDU/CSU est devancée aux élections fédérales par le SPD conduit par Gerhard Schröder, qui lui succède à la chancellerie. Helmut Kohl est ensuite mis en cause dans l'affaire des caisses noires de la CDU, ce qui lui vaut des ennuis judiciaires et le contraint à démissionner de la présidence d'honneur du parti en 2000. Il se tient ensuite en retrait de la vie politique. Son ancienne protégée Angela Merkel devient chancelière fédérale en 2005.
Situation personnelle vignette|Visite du chancelier Helmut Kohl et du Premier ministre Lubbers à l'aéroport, dossier n° 934-1404 Troisième enfant d'une famille catholique et conservatrice, Helmut Kohl perd son frère aîné au cours de la Seconde Guerre mondiale. Dans les dernières semaines de la guerre, à 15 ans, il est lui aussi mobilisé mais ne participe à aucun combat. En 1946 il adhère à la toute nouvelle Union chrétienne-démocrate (CDU), et participe l'année suivante à la création de la section de la Junge Union (JU, Union des Jeunes) à LudwigshafenPatrick Saint-Paul, « Helmut Kohl, le père de la réunification », Le Figaro, samedi 17 juin 2017, page 10..
Après l'obtention en 1950 de son Abitur, baccalauréat allemand, sanctionnant deux années de scolarité de plus qu'en France, il s'inscrit aussitôt à l'université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main pour y étudier le droit. En 1951 il choisit de poursuivre ses études à l'université de Heidelberg, où il est diplômé en histoire et sciences politiques.
Helmut Kohl se marie deux fois : en 1960 il épouse Hannelore Renner (née en 1933 et morte par suicide en 2001), avec qui il a deux fils : Walter Kohl (né en 1963) et Peter Kohl (né en 1965). Populaire et aimée des Allemands, Hannelore a joué un rôle influent dans la carrière politique de son mari. Alors qu'Helmut Kohl ne parlait aucune langue autre que l'allemand, Hannelore parlait couramment plusieurs langues, dont le français et l'anglais, ce qui a servi lors des réceptions d'État. Atteinte d'une forme rare et virulente de photophobie, Hannelore Kohl se donne la mort par surdose de médicaments en 2001.
En 2008 il épouse Maike Richter, née en 1964, qui est donc sa cadette de 34 ans.
Parcours politique Débuts Helmut Kohl intègre en 1953 le comité directeur de la CDU de Rhénanie-Palatinat, présidée par le ministre-président Peter Altmeier. Élu vice-président régional de la JU l'année suivante, il rejoint l'institut Alfred Weber de l'université de Heidelberg où il devient un membre actif de l'association estudiantine AIESEC.
Il entame ensuite une carrière dans le privé, d'abord en tant qu'adjoint au directeur d'une fonderie à Ludwigshafen et, en 1959, en tant que manager de l'Union des industries chimiques de Ludwigshafen. En 1958 il obtient son doctorat pour sa thèse Développements politiques dans le Palatinat et reconstruction des partis politiques après 1945 Thèse d'Helmut Kohl.. L'année suivante il devient président de la section CDU de Ludwigshafen. En 1960 il épouse Hannelore Renner, qu'il connaît depuis 1948. Ils auront deux fils.
Ascension Aux élections régionales du , Helmut Kohl est élu député de la circonscription au Landtag de Rhénanie-Palatinat. L'année suivante il prend la présidence du groupe chrétien-démocrate au conseil municipal de Ludwigshafen. Après les élections régionales du , au cours desquelles la CDU perd la majorité absolue dont elle disposait depuis huit ans, il est porté à la présidence du groupe parlementaire. En 1966, il succède à Peter Altmeier comme président du parti dans le Land, et fait alors figure de principal successeur de ce dernier à la direction du gouvernement régional.
Ministre-président de la Rhénanie-Palatinat Réélu député le , Helmut Kohl conserve la présidence du groupe. Deux ans plus tard, le , il est investi ministre-président de Rhénanie-Palatinat à 39 ans, en remplacement d'Altmeier, à ce poste depuis . Alors que son Land est l'un des moins performants du pays, il le transforme en sept ans en une région dynamique. Il prend alors la tête d'une coalition noire-jaune avec le Parti libéral-démocrate (FDP).
Au congrès fédéral de la CDU du à Mayence il est élu vice-président fédéral par 392 voix sur 476, soit une très forte majorité de 82,4 %. Lors des élections régionales du il est chef de file des chrétiens-démocrates et remporte 49,9 % des voix et la majorité absolue des sièges avec 53 députés sur 100. Il s'agit de la meilleure performance du parti dans le Land en vingt-cinq ans.
Personnalité de la CDU Environ six mois plus tard, au congrès fédéral du à Sarrebruck, Helmut Kohl décide de se présenter à la présidence du parti contre le président du groupe parlementaire Rainer Barzel. Alors qu'il était censé faire alliance avec Gerhard Schröder (homonyme du futur chancelier), représentant de l'aile droite, ce dernier se rétracte et permet à Barzel de l'emporter par 344 voix contre 174. Ce score de 33,6 % n'empêche en rien Kohl d'être réélu à la vice-présidence fédérale, par 470 suffrages favorables sur 502 exprimés, soit 93,4 %.
Par deux fois en 1972, lors d'une motion de censure constructive puis des élections fédérales anticipées, Rainer Barzel échoue dans sa tentative de renverser le chancelier social-démocrate Willy Brandt. Au scrutin parlementaire, le SPD devient même la première force politique du Bundestag. Barzel est alors contraint à la démission de la direction du parti. Le , au congrès fédéral de Bonn, Helmut Kohl est élu président fédéral avec un score écrasant de 520 voix sur 571, soit 91,1 % des suffrages en sa faveur.
Le triomphe se poursuit deux ans plus tard, aux élections régionales du . Avec 53,9 % des voix, la CDU réalise son meilleur score historique, et le meilleur score jamais obtenu par un parti en Rhénanie-Palatinat. Au Landtag, elle détient désormais 55 sièges sur 100. Cette victoire le met en position de force pour les élections fédérales de 1976.
Parcours au Bundestag Lors des législatives du , Helmut Kohl est candidat de la CDU/CSU à la chancellerie, avec le slogan « Social, sûr, libre ». Les conservateurs réalisent 48,6 % des suffrages, leur deuxième meilleur score depuis vingt-cinq ans. Avec 243 députés sur 496, ils ne sont qu'à six sièges de la majorité absolue, mais le Parti libéral-démocrate choisit de maintenir son alliance avec le social-démocrate Helmut Schmidt. Bien que confiné dans l'opposition, Kohl prend la présidence du groupe CDU/CSU au Bundestag et démissionne du gouvernement de la Rhénanie-Palatinat. Son ministre de l'Éducation, Bernhard Vogel, déjà président de la CDU du Land depuis 1974, lui succède.
En 1978, il envisage de présenter la candidature du ministre-président de Bade-Wurtemberg Hans Filbinger à l'élection présidentielle du , mais la révélation de son passé de juge militaire à l'époque nazie amène ce dernier à la démission et au retrait de la vie politique. Les chrétiens-démocrates reportent alors leur choix sur Karl Carstens, président du Bundestag.
À l'approche des élections fédérales du 5 octobre 1980, il renonce à affronter de nouveau Schmidt et soutient la candidature du nouveau ministre-président de Basse-Saxe Ernst Albrecht. Lors d'un vote du groupe parlementaire de la CDU/CSU, Albrecht est battu de justesse par le ministre-président de Bavière Franz Josef Strauß. La campagne très à droite de Strauß, qui choisit le slogan « La liberté ou le socialisme », est un échec dans la mesure où les partis chrétiens refluent à 44,5 % et 226 sièges. De plus, l'opposition réciproque entre le Bavarois et les libéraux rend impossible tout accord de coalition. L'échec de Strauß élimine donc pour Kohl son principal rival au sein de son camp. À l'ouverture de la législature, Kohl est réélu président du groupe et s'impose comme le seul opposant au chancelier Schmidt.
Chancelier fédéral
Accession au pouvoir vignette|upright|gauche|Visite à Bonn en RFA d'Erich Honecker en 1987. vignette|upright=1|Les dirigeants des États membres du Sommet du G7 1983 devant le capitole de Williamsburg.De gauche à droite : Pierre Trudeau, Gaston Thorn, Helmut Kohl, François Mitterrand, Ronald Reagan, Yasuhiro Nakasone, Margaret Thatcher et Amintore Fanfani.
Le , la coalition sociale-libérale au pouvoir depuis 1969, se rompt à la suite des désaccords irréconciliables sur la politique économique. Profitant de ce virage à droite des libéraux, Kohl entreprend des négociations avec le FDP en vue de reconstituer une « coalition noire-jaune », majoritaire au Bundestag. En deux semaines, les négociations sont finalisées. Il dépose alors une motion de censure constructive et se fait élire chancelier fédéral par le Bundestag en remplacement de Helmut Schmidt, par 256 voix contre 235, le .
Il souhaite cependant légitimer sa désignation par de nouvelles élections fédérales. Il organise alors sa défaite lors d'un vote de confiance le , 8 députés votant en sa faveur, contre 218. Aux élections anticipées du , les chrétiens-démocrates triomphent de nouveau. En remportant 48,8 % des suffrages exprimés, ils réalisent leur deuxième meilleur score et obtiennent 246 députés sur 598, soit seulement cinq sièges de moins que la majorité absolue. Il reconduit alors son alliance avec les libéraux-démocrates.
En 1985, la visite de Reagan au cimetière militaire de Bitburg provoque une polémique, en raison de la présence de tombes SS sur le lieu.
Politique étrangère vignette|gauche|upright=0.8|Affiche de la CDU pour les élections européennes de 1989 montrant les deux hommes d'État main dans la main.
Le , Helmut Kohl célèbre, au mémorial de Verdun, avec François Mitterrand le souvenir des soldats français et allemands tombés durant la Première Guerre mondiale. L'image des deux hommes d'État main dans la main durant la cérémonie a fait le tour du monde et est devenue le symbole de la réconciliation franco-allemande.
En , quelques jours après le décès de François Mitterrand, Helmut Kohl assiste, ému, à la cérémonie officielle en son hommage, dans la cathédrale Notre-Dame de ParisMichel Henry, Florence Aubenas et Brigitte Vital-Durand, « Cérémonie officielle en hommage à François Mitterrand dans la cathédrale Notre-Dame de Paris », liberationfr, 12 janvier 1996..
Il apporte son soutien à Boris Eltsine en vue de l’élection présidentielle russe de 1996. Se rendant à Moscou le jour de l’annonce de la candidature du chef de l’État russe, il présente celui-ci comme .
Questions sociétales
En matière sociétale, il restreint le droit à l'avortement.
Engagement en faveur de l'UE