Élisabeth-Charlotte du Palatinat, comtesse de Simmern (en allemand : Elisabeth Charlotte von der Pfalz, Gräfin von Simmern) dite Liselotte, La Palatine, Madame Palatine ou La princesse Palatine, née le au château de Heidelberg et morte le au château de Saint-Cloud, est une princesse de la branche palatine de la maison de Wittelsbach, fille du comte-électeur Charles Louis et de la princesse Charlotte de Hesse-Cassel.
Si aujourd’hui, c’est le plus souvent sous le vocable de « Princesse Palatine » ou simplement « la Palatine » qu’elle est désignée, en épousant Philippe d’Orléans, frère du roi Louis XIV, Élisabeth-Charlotte devient duchesse d’Orléans et porte à la cour le titre de « Madame », titulature conférée à l’épouse du premier frère cadet du roi régnant. En France, par convention et du fait de son appartenance à la maison de Wittelsbach, elle est appelée « Charlotte-Élisabeth de Bavière »Son titre exact, tel qu’il figure dans son contrat de mariage, est « Élisabeth-Charlotte, princesse électorale palatine du Rhin ». Toutefois, comme elle est issue de la branche aînée de la maison de Wittelsbach, dont la branche cadette règne alors sur la Bavière, une confusion s’établit chez ses contemporains, qui prennent l’habitude de la nommer assez inexactement Charlotte-Élisabeth de Bavière. La tradition respecte cet usage, et c’est ainsi qu’elle est toujours communément appelée aujourd’hui. Elle est également très souvent appelée « Princesse Palatine », mais cette appellation est postérieure, car pour ses contemporains, français du moins, ce titre désigne exclusivement Anne de Gonzague de Clèves (1616-1684), épouse de son oncle Édouard (1625-1663). Enfin, pour tous les membres de sa famille allemande, elle est simplement « Liselotte »..
Famille Élisabeth-Charlotte est la fille de l’électeur palatin Charles Louis (1617-1680), comte palatin du Rhin et de la princesse Charlotte de Hesse-Cassel (1627-1686). Elle est également la petite-fille de l’électeur Frédéric V, le « roi d’un hiver » qui fut mis au ban de l’empire et mourut prématurément en exil, et de la princesse Élisabeth Stuart, sœur du roi Charles d’Angleterre qui connut lui aussi une fin tragique. Sa famille la surnomme « Liselotte »Frantz Funck-Brentano : Liselotte, duchesse d'Orléans, mère du Régent.
Élisabeth-Charlotte épouse par procuration le le duc Philippe d’Orléans, fils cadet de Louis XIII. Adoptant immédiatement les deux filles issues du précédent mariage de son mari (Marie-Louise et Anne-Marie), elle lui donne trois enfants : Alexandre-Louis d’Orléans (1673-1676), duc de Valois, mort en bas âge (3 ans), ce qui affecte profondément la duchesse ; Philippe d’Orléans (1674-1723), duc de Chartres, qui devient régent à la mort de Louis XIV ; Élisabeth-Charlotte d’Orléans (1676-1744), « Mademoiselle de Chartres », épouse Léopold , duc de Lorraine et de Bar, et plus tard régente des duchés.
Une princesse allemande
Elle est membre de la maison de Wittelsbach.
Élisabeth-Charlotte est une proche parente des souverains d'Europe. Le roi Charles d'Angleterre, le duc de Brunswick-Lunebourg (futur électeur de Hanovre) sont ses oncles, le roi de Danemark, l'électeur de Brandebourg (futur roi « en » Prusse) et le landgrave de Hesse-Cassel sont ses cousins. Elle est élevée dans la religion réformée à Heidelberg puis, à partir de 1657, date du divorce de ses parents et du remariage de son père avec sa maîtresse, à Hanovre et Herrenhausen, chez sa tante paternelle la duchesse de Brunswick-Lunebourg. Celle-ci a pour secrétaire et bibliothécaire Leibniz et fait donner à sa nièce une éducation humaniste et ouverte où Montaigne et Rabelais tiennent une place de choix.
De retour à la cour paternelle en 1662, Élisabeth-Charlotte se trouve confrontée à l’épouse morganatique de son père et à ses nombreux demi-frères et sœurs.
Aimant son pays, sa liberté et la vie au grand air, Élisabeth-Charlotte refuse tous les partis qu’on lui présente au grand dam de son père. Cependant en 1670 meurt sa tante « à la mode de Bretagne » Henriette d’Angleterre, épouse de Philippe d’Orléans (Monsieur), frère du roi Louis XIV.
Une tante par alliance d’Élisabeth-Charlotte, Anne de Gonzague de Clèves, fort bien introduite à la cour de France et qui par ses talents d’entremetteuse a déjà marié sa fille aînée avec un prince du sang, négocie alors le remariage du duc d’Orléans avec Élisabeth-Charlotte : malgré sa faible dot et sa religion protestante, cela permettrait la neutralité du palatinat du Rhin dans le conflit récurrent qui oppose le roi de France aux Habsbourg. L’électeur accepte avec joie cette union brillantissime pour sa fille.
Madame, belle-sœur du roi
Après s’être convertie au catholicisme à Metz, elle épouse par procuration le devant l’évêque de la ville Georges d'Aubusson de La Feuillade en la cathédrale de Metz, le duc Philippe d’Orléans, fils cadet de Louis XIII. Elle rencontre puis épouse son mari en personne trois jours plus tard dans la chapelle de l’évêché de Châlons-sur-Marne. À dix-neuf ans, la jeune Allemande jalouse de sa liberté est devenue « Madame, belle-sœur du roi », la plus importante princesse française après la reine.
Sachant apprécier la nature, Montaigne, Rabelais et la liberté, elle ne s’est jamais sentie très à son aise à la cour de Versailles régie par une étiquette rigoureuse, où fleurissent des intrigues de toutes sortes, et où les relations humaines ne sont fondées que sur l’intérêt et l’égoïsme. En outre, si, comme l’observe un historien, , après une maladie de la petite vérole en 1693, son physique est compromis par un embonpoint considérableDirk Van der Cruysse : Madame sein ist ein ellendes Handwerck (version allemande de: Madame Palatine, princesse européenne, éd. Fayard, Paris, décembre 1988, 748 )). Piper, München, 1997, 751 : S. 397, S. 404, S. 419.. Elle ne se voit pas agréable à regarder. Dans une de ses lettres, elle se dépeint ainsiCorrespondance complète de Madame la Duchesse d'Orléans, tome premier, . :
À son arrivée à la cour, Madame doit d'abord affronter la comparaison avec sa devancière, la pétulante Henriette d'Angleterre. Elle déjoue certains pièges de courtisans qui souhaitent entrer dans ses faveurs en l'entraînant dans la vie mondaine qu'appréciait la « première Madame ». La princesse de Monaco essaie même de l'initier aux plaisirs saphiques, mais Élisabeth-Charlotte est trop sérieuse pour apprécier ces comportements et, soucieuse de la dignité de son rang, s'entoure d'un cercle de personnes de confiance pour lesquelles elle éprouvera une véritable amitié et qui fournira au roi Louis XIV, bien malgré elle, certaines de ses maîtresses, comme Mademoiselle de Ludres.
Elle est en butte aux persécutions des familiers de son mari qui souhaitent conserver leur influence sur le faible prince et certains ragots attiseront la jalousie maladive de son mari. Le duc d'Orléans, menant un train de vie dispendieux (elle a souvent du mal à payer les deux cent cinquante personnes au service de sa maison) et indifférent aux charmes féminins, ne lui montre que l’empressement strictement nécessaire pour assurer une descendance. Il préfère en effet ses favoris, le Chevalier de Lorraine et le marquis d'Effiat, qui sont pour Madame des ennemis.
À la mort de son mari en 1701, elle brûle les lettres compromettantes du duc et de ses amants auxquels il lègue une grande partie de ses biens alors qu’il laisse de nombreuses dettes à sa femme. Elle doit donc vendre pierreries et tableaux. Son contrat de mariage stipule qu’en cas de veuvage, l’héritage doit revenir à son fils aîné. Aussi craint-elle que le roi ne l’envoie dans un couvent ou au château de Montargis. Louis XIV qui apprécie sa belle-sœur l’autorise à conserver son rang, ses résidences et ses appartements au château de Versailles, lui fournissant même une rente de .
Elle meurt au château de Saint-Cloud le et est inhumée dans la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis.
Une grande plume du Grand Siècle Madame Palatine écrivait déjà une correspondance depuis l'âge de sept ans. Lors de sa vie à la cour, pétillante d’esprit, indépendante, la princesse se consacre alors à une correspondance très abondante. Elle écrit à ses proches parents, notamment sa tante la duchesse Sophie de Hanovre, ainsi qu'aux philosophes Spanheim et Leibniz, et développe un réseau de correspondants dans toute l'Europe : en Allemagne, en France, en Lorraine, en Italie, en Espagne, en Suède, au Danemark, et finalement en Angleterre. Le nombre de lettres qu'elle aurait écrites est estimé à , dont 40 000 en allemand et 20 000 en français (un dixième est conservé), ce qui représenterait une moyenne de 3,25 lettres par jour, avec des lettres généralement longues et développées. La fréquence d'écriture a cependant varié au cours de la vie de Élisabeth-Charlotte, en s'intensifiant à partir de son veuvage en 1701. Son ton, s'adressant à ses proches, est très libre. Elle était consciente qu'à l'époque, les lettres pouvaient être décachetées et lues par le cabinet noir, mais elle se confie néanmoins sans réserve. Certaines de ses lettres, écrites dans un français imparfait, comportent un mélange mi-français, mi-allemand, présentant un exemple d'hybridations linguistiques fréquentes au .
Critique de la cour et de ses contemporains Sa correspondance est caractérisée par son style franc et naturel, parfois cru, et plein d'humour. Ses lettres constituent une source d’informations précieuse sur la vie à la cour de France. Ses lettres transmettent ses commentaires sur des sujets comme le théâtre et l’opéra, l’Église, la religion, la médecine, la ville, la rue, la population, les grands, la famille royale . La princesse reste allemande de cœur et elle abhorre la cour et l’étiquette. Si on l’en croit ses lettres, la dépravation attribuée à la Régence règne déjà dans toute la seconde moitié du grand règne. Elle confie à ses proches ses critiques et observations sur le monde de la cour qui l'entoure, ainsi que sur les différentes personnes de la cour. Elle condamne l'hypocrisie de ses contemporains, leur manque de respect du mariage, les comportements homosexuels qu'elle observe, la vénalité et la paresse de la cour.
Elle dressait des portrait satiriques et critiques des personnes qui l'entouraient ; le portrait mondain, à l'instar des énigmes ou devinettes, était très à la mode à partir des années 1640 en France. Elle utilisait souvent la critique in cauda venenumLittéralement "dans la queue le venin", qui construit son propos de manière graduelle, pour terminer sur une pointe. Elle usait de formes variées pour rédiger ses récriminations sur ses ennemis : la pique, l’injure ad personam, la satire et la moquerie. Elle s'autorise ainsi l'utilisation de l'injure et de la moquerie blessante, ce qui est contraire aux lois de la conversation civile à l'époque. Elle utilise également souvent la dérision à ses propres dépends : ainsi, elle se décrit souvent, avec humour, comme particulièrement laide : Lettre à la duchesse de Hanovre du 29 décembre 1701. Ses lettres, pleines d'ironies, et de formules caustiques, lui ont valu une image de commère, mais ont également été saluées au comme témoignage d'un esprit vif et franc, proche des moralistes qui cherchent à instruire par la critique.