Louis-Pierre-Marie Mouillard, né le à Lyon et mort le au Caire est un pionnier français de l’aéronautique du , ingénieur et chercheur.

Biographie Origine et formation thumb|center|upright=2.0|Acte de naissance de Louis-Pierre-Marie Mouillard.

Louis-Pierre-Marie Mouillard est né à Lyon () dans le Rhône le , du mariage de Jean Louis Mouillard, voyageur de commerce, et de Marguerite Françoise Antoinette BourguayÉtat civil de Lyon, registre des actes de naissance, , acte , . (Bourguet sur l'acte de naissance du à Annonay, Ardèche).

Il s'impose rapidement comme l'un des plus illustres précurseurs du plus lourd que l'air. Il avoue volontiers : . Or ce raisonnement va influencer les pionniers tels que les frères Wright. Louis Mouillard doit sa vocation à une affirmation étonnante d'un de ses professeurs : Bernard Marck, Dictionnaire universel de l'aviation, , ..

Expérimentations à Lyon Curieux, le jeune Louis décide d'en faire l'expérience, avec ses deux camarades : les frères Ernest et Alphonse Daudet. Il étudie d'abord un aigle, se rend compte que le rapport poids/surface infirme la théorie du maître, puis estime qu'il doit effectuer lui-même la tentative pour en faire la démonstration la plus probante. À , en cachette de ses parents, il confectionne un hybride de parachute et d'oiseaux, à l'aide de vieux parapluies et de draps, grimpe au sommet du clocher de l'église de Fourvière ; il est arrêté in extremis par le sacristain, alors qu'il s'apprête à sauter dans le vide.

Le futur inspirateur des grands aviateurs ne brille pas dans les mathématiques, mais se révèle un dessinateur talentueux et un observateur averti, que le ciel attire ainsi que les rapaces au lent tournoiement, ailes déployées. Il s'oriente vers le dessin, ce qui, à la fin de ses études au collège des Lazaristes de Lyon, l'amène à s'inscrire à l'école des Beaux-Arts, le , avant d'intégrer, à l'automne 1855, l'atelier du peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres, où il délaisse vite les nus académiques pour leur préférer les oiseaux. Plus que jamais, en effet, il continue de caresser le rêve aérien.

Expérimentations en Algérie

Des difficultés familiales, liées à la mort de son pèreJean Louis Mouillard meurt en 1856, son fils Louis Pierre Mouillard n’a que 22 ans., un voyageur de commerce, conduisent Louis et ses frères à quitter Lyon pour l'Algérie, où les Mouillard possèdent, dans la vallée de la Mitidja, un domaine qu'il faut désormais exploiter et une succursale commerciale à Alger qui demande aussi tous leurs soins. Si les résultats se révèlent décevant du point de vue économique, en revanche Louis peut à loisir observer les nombreux rapaces de la région et en tirer de savantes observations.

Il achète des pétrels, vastes oiseaux de mer dont l’envergure dépasse parfois , puis conçoit sa première machine volante, constituée . Il s'agit d'un planeur de d'envergure dont les ailes et la queue possèdent des articulations ; mais Louis Mouillard ne les utilisera pas, car il entend se « prêter » au vent. En 1864, il réalise son aéroplane et l'année suivante le , un monoplan sans queue à bord duquel, le , il s'élance à partir d'une route en remblai pour effectuer un vol d'essai concluant de en . Ce sera son expérience la plus réussie. Une expérience décisive : l’ « oiseau » a soulevé un homme du sol sans aucun battement d'ailes ! Des tracas financiers persistant l'obligent pourtant à remettre le domaine en location et à repartir pour la métropole.

Expérimentations au Caire gauche|vignette|Louis Mouillard au Caire (anonyme, après 1866) En 1866, il doit quitter de nouveau la métropole car il vient d'être nommé professeur de dessin à l'école polytechnique du Caire grâce à l'intervention de son ami Alphonse Daudet. À l'époque, il complète ses modestes revenus par un emploi de caissier comptable chez ses cousins Camoin propriétaires d'un magasin de nouveautés au Caire. Néanmoins la passion de l'air l'envahit complètement. En Égypte, il découvre avec plaisir les vautours, tandis qu'à la même époque, Clément Ader accourt à Constantine, lui aussi attiré par l'observation de ce rapace de grande taille. Ensuite, chacun de son côté va s'intéresser à la roussette, chauve-souris géante que Louis Mouillard qualifie de et pourvu d'un système d'ailes admirable, facile à reproduire, par ses nervures et la consistance caoutchouteuse des membranes. Il s'en inspire pour mettre au point une voilure, puis il reprend ses expérimentations : il se fait conduire en barque au milieu du Nil, se hisse avec son harnachement d’homme-oiseau sur une plate-forme installée au sommet du mât et s'élance dès que le vent le lui permet. Les ailes déployées, il parcourt effectivement quelques mètres avant de tomber dans le fleuve. L’essai suivant se termine de façon plus abrupte, puisqu'une violente turbulence ramène les deux ailes l'une contre l'autre, ce qui vaut à l'inventeur de se luxer une épaule. Mais il ne peut s'empêcher de courir le risque de recommencer encore et toujours avec des résultats si décevants que, en il renonce la mort dans l'âme. Néanmoins son rêve d'une machine volante reste intact. Il écrit : .

C'est en observant ces rapaces et en particulier le vautour charognard qu'il dessine son projet d'aile, dessin qui sera à l'origine de l'emblème du charognard des aviateurs, tel qu'il figure sur notamment leurs calots, sur les insignes de grade portés aux épaules ainsi que sur certains insignes individuels d'unitésPierre Jarrigue, Les pionniers - anciens aérodromes, présentation power point, ..

Publication scientifique

En 1881, l'étude du vol des vautours l'amène à plusieurs constats importants, qu'il publie dans un livre intitulé L'empire de l'air : essais d'ornithologie appliqué à l'aviation. Décrié par les tenants de la science officielle qui n’y voient que les élucubrations d’un charlatan, l'ouvrage allait pourtant devenir l'un des classiques fondamentaux de l'histoire de l'aéronautique. De passage à Paris toujours en 1881, Louis Mouillard impressionne favorablement les personnalités impliquées dans le domaine aéronautique : leur accueil chaleureux revigore le pionnier amer. Paris va d'ailleurs se souvenir de lui car, en 1889, le physiologiste Étienne-Jules Marey, auteur du Vol des oiseaux, publication qui confirme les observations de Louis Mouillard, organise un banquet qui rassemble une cinquantaine de pionniers. Cette assemblée restera célèbre comme le , auquel assiste entre autres célébrités, Octave Chanute brillant théoricien et futur conseiller des frères Wright, qui entame bientôt une correspondance avec Louis Mouillard. Au fil des courriers, ce dernier révèle à l’Américain d'origine française ses principales découvertes, notamment dans le domaine capital du gauchissement des ailes ou dans celui du fonctionnement du gouvernail. Ce sont là des éléments primordiaux pour concevoir un aéronef digne de ce nom, dont Octave Chanute dépose le brevet aux États-Unis sous le titre Moyens pour le vol aérien. Reconnaissant, il envoie à Louis Mouillard, qui les investit dans la réalisation d'une nouvelle machine, tirant l'inspiration de l'observation des vautours d’ÉgypteL’atlas des pionniers du ciel, 2003 ..

En retour, le Français adresse à Octave Chanute la copie d'un manuscrit consacré au « vol sans battement ». L'accueil d'Octave Chanute apparait moins enthousiaste et il expédie à Louis Mouillard le texte corrigé par ses soins. Louis Mouillard décide d'en retarder la publication, laquelle interviendra en 1912, bien après sa mort qui le surprend au Caire, en Égypte, le , dans le plus grand dénuement : il sera d'ailleurs inhumé dans une fosse commune comme Mozart ! A cet homme pourtant, les aviateurs doivent beaucoup, surtout les frères Wright, qui reconnurent après leur premier succès qui mettait un terme à une longue période de doute : . En 1898, la lecture des thèses déduites par Louis Mouillard de l'étude d'oiseaux à Alexandrie ranime pour les frères Wright leur foi alors vacillante dans l'avenir de l'aviation Dictionnaire des aéronautes célèbres, J.Riverain, Paris 1970..

Nombre de constructeurs du siècle suivant trouveront ainsi leur inspiration dans l’œuvre de ce visionnaire, qui devait définir le véhicule aérien de l'avenir comme un vaste « oiseau » propulsé par une hélice laquelle interviendrait en appoint des courants aériens. Louis Mouillard imaginera enfin la possibilité de modifier, au cours du vol, la forme de l'appareil afin de faciliter la pénétration dans l'air : il posait ainsi les bases de la géométrie variable qu’adopteront les avions de chasse des années 1970-1980, formule chère à Marcel Dassault. En outre, il prédira à l'avènement de la propulsion par réaction celle qui excitait tant Savinien de Cyrano de Bergerac dans son ouvrage L’Histoire comique des États et Empires de la Lune.

En 1910, ses maigres possessions sont dispersés aux enchères publiques par le consulat de France au Caire. Le procès-verbal précise que cette vente rapporta . Ainsi disparu l'un des plus grands précurseurs français qui, malgré ses difficultés financières, ses ennuis de santé, le mépris des scientifiques ou l'indifférence de ses contemporains sut se montrer à la hauteur de sa devise « Oser ».

Louis Mouillard, l'utopiste Louis Mouillard imagine que la possibilité de voler va permettre d'unifier le monde, que l'« Empire de l'air » permettra la disparition des frontières et des arméesDaniel lançon, « Louis Pierre Mouillard, aviateur utopiste au Caire » in revue Romantism, année 2003, volume 33, numéro 120, . :

Ouvrages L'Empire de l'air, essai d'ornithologie appliquée à l'aviation, éditions G. Masson, Paris, 1881, 284 pages Louis Mouillard affirme sa foi dans l'avenir du plus lourd que l'air et développe ses idées sur le « vol à la voile » ou vol sans battement. Il étudie les différentes formes d'ailes et de queues observées chez les oiseaux, il analyse le vol des oiseaux dits « rameurs » Les oiseaux « rameurs » ceux qui ont besoin de battre des ailes pour se sustenter. puis celui des oiseaux dits « voiliers »Les oiseaux dits « voiliers » sont les oiseaux capables de faire de longs vols sans aucun battement d'ailes.. Grâce à des descriptions détaillées avec mesure de leur envergure, de leur poids, de leur charge alaire, de la surface et de l'allongement de leurs ailes, il en déduit les caractéristiques que l'on doit donner à un appareil capable d'enlever un homme.. Le vol sans battement (posthume), publié par André Henry-Coüannier, librairie aéronautique, Paris, 1912, 484 pages.

Hommages

En , la municipalité du Caire élève une statue, due à Guillaume Laplagne, en son honneur. La devise de Louis Mouillard "Oser" est gravée sur le socle de la statue A Prophet of aviation in la revue The Litterature Digest, , .. La statue aurait été détruite en durant la Guerre des Six Jours..

Plusieurs communes françaises ont donné le nom de Mouillard à l'une de leurs voies de circulation. Par exemple : l'aéroport de Lyon-Bron est situé à Bron. ; la ville de Lyon a baptisé une voie du nom de « rue Mouillard »Site des rues de Lyon. ; le , le conseil municipal de Paris a donné le nom de rue Pierre-Mouillard à une voie publique de de Paris dans le quartier Saint-Fargeau..

Pour approfondir Bibliographie

Bernard Marck, Dictionnaire universel de l'aviation, , . Pierre Jarrige, Le premier vol à voile en Algérie - , extraits du de de la revue l'Algérianiste

Liens externes

Résumé de l'œuvre de Louis Mouillard Biographie de Louis Maillard publiée par la bibliothèque de la ville de Lyon en Correspondance entre Louis Mouillard et Octave Chanute Le site du cercle aéronautique Louis Mouillard (CALM)

Notes et références Notes

Références

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