Vaucelles est un quartier de Caen au sud du centre-ville, sur la rive droite de l'Orne.
Localisation Le quartier est délimité : au nord, par l'Orne ; à l'est, par les rues de la gare, d'Auge et de Grentheville ; au sud, par les boulevards Leroy et Lyautey et par l'avenue d'Harcourt ; à l'ouest, par le chemin de Fleury-sur-Orne et par le viaduc de la Cavée.
Toponymie
Le nom est attesté sous les formes Vaucellis, Vaucheulles ou Waucelles, puis VaucellesIsabelle Audinet, « Le quartier de Vaucelles » dans le Patrimoine Normand , 23 (octobre-novembre 1998).
Le toponyme est issu du bas latin vallicella, « petite vallée », à rapprocher de celui de la commune de Vaucelles, près de Bayeux.
Histoire Origines du village Le site de Vaucelles semble avoir été fréquenté depuis l'époque gallo-romaine. L'analyse de pierres utilisées pour la construction d'Aregenua montre que les carrières de Vaucelles étaient déjà en activité à cette époqueB. Pont, Histoire de Caen - Ses origines - Caen sous les ducs de Normandie, I, Caen, 1866, . Toutefois, les traces d'occupations permanentes du site ne remontent qu'au -s. Des fouilles effectuées dans les rues Eugénie et Victor Lépine ont permis de mettre au jour des sarcophages en pierre et des sépultures creusées à même la roche datant de cette époqueClaude Jigan, Jean-Yves Marin, « Le cimetière franc du « Mottet d'Argences » à Caen », Annales de Normandie, 1985, Volume 35, , .
Le site de Vaucelles bénéficie d'une position avantageuse. Au pied d'une butte appelée « Mont-Aigu » (rue de Montaigu), une petite vallée relie la plaine de Caen à la vallée inondable de l'Orne, fleuve franchissable grâce à un gué, remplacé par un pont mentionné dès le -s. Les marais sont progressivement asséchés et la ville de Caen se développe à partir du milieu du Cultures et civilisations dans les mondes normands. C'est également à cette époque que la paroisse de Vaucelles a probablement été fondée ; la première église dédiée à saint Michel est alors construite au sommet de la butte.
À partir du -s, Vaucelles prend son essor en tant que faubourg de Caen. C'est la porte d'entrée méridionale de la cité fortifiée. Outre l'église mentionnée pour la première fois au , on trouvait à Vaucelles un système défensif (rue de la motte), des moulins appartenant à l'abbaye aux Hommes, des puits (rue du puits de Jacob) et un four à ban (qui se trouvait au rue du four).
Au , la ville de Caen est marquée par une forte croissance démographique. Les faubourgs situés sur l'axe Paris-Cherbourg (Vaucelles, Bourg-l'Abbé) connaissent alors une croissance importante.
Activités économiques jusqu'au milieu du
Lieu de passage important Les routes de Paris à Cherbourg (rue d'Auge, anciennement rue neuve), de Tours (rue de Falaise) et d'Angers (rue Banville et rue Saint-Michel-de-Vaucelles) se rejoignaient au carrefour de la Croix-de-Vaucelles avant d'entrer dans la ville par le Pont Frileux (actuel Pont de Vaucelles) qui menait à l'unique porte au sud de la ville, la Porte Millet. Lieu de passage important, le quartier compte de nombreuses auberges et on y implante des barrières d'octroi rue de Vaucelles et rue d'Auge (-s). En 1432, une arche du pont s'écroule et le duc de Ferrare le fait reconstruire entre 1512 et 1530. Handicapant le trafic du fait de son étroitesse et de la raideur de sa penteGaston Lavalley, Caen ; son histoire et ses monuments, guide du touriste à Caen et les environs, Caen, E. Brunet, 1877, ce pont est remplacé en 1825 par un nouvel ouvrage bâti en granit de la Hougue sur les plans de l'ingénieur en chef Patu.
Pour la venue de Louis XVI en 1786, un boulevard est tracé sur les hauteurs de VaucellesBulletin de la société des antiquaires de Normandie, Caen, Bigot, année 1933, , . Le chemin du Roy, actuels boulevards Leroy et Marechal-Lyautey, est utilisé comme promenade et n'est urbanisé qu'à partir de la Belle-Époque.
En 1789, la caserne du régiment de Bourbon à Vaucelles est encerclée par les émeutiers pendant les troubles de Caen.
Dans les années 1820, le pont de Vaucelles est reconstruit et les quais sont édifiées sur l'Orne grâce à un emprunt autorisé en 1824Jean-Baptiste Duvergier, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens et avis du Conseil d'État de 1788 à 1824, Paris, A. Guyot, Bousquet, 1834-1845, tome 24, , .
Activités agricoles
En plus de ces activités liées à la circulation des biens et des personnes entrant ou sortant de la ville de Caen, on exploite également les ressources locales de Vaucelles. Comme nous montre le plan de l'atlas de Trudaine (), les terrains non lotis servent de champs cultivés (surtout sur le plateau) ou de pâturages (sur les bords de l'Orne vers Sainte-Paix).
Carrières de pierre L'exploitation de la pierre de Caen dans des carrières à ciel ouvert reste pendant longtemps l'une des activités principales du faubourg. L'extraction de ce matériau a laissé des traces dans les toponymes (rue des carrières de Vaucelles) et dans le paysage. Les fronts de taille sont encore visibles sur le flanc des vallées, là où l'exploitation était rendue plus aisée par l'affleurement naturel de la roche du fait de l'érosion (rue Montaigu, rue de l'Arquette ou venelle des champs). De même, de larges excavations, en partie remblayées, sont facilement identifiables (rue des carrières de Vaucelles, rue Barbeux ou rue du Sentier). Vaucelles a bénéficié de la proximité du fleuve, le coût de transport de la pierre par voie terrestre étant alors très élevéGiovanni Coppola, « Carrières de pierre et techniques d'extraction. La pierre de Caen » dans Maylis Baylé (dir.), L'architecture normande au Moyen Âge, Presses Universitaires de Caen, Éditions Charles Corlet, Caen, Condé-sur-Noireau, 1997.
Moulins L'Orne a également permis la multiplication des moulins à eau. En 1066, un moulin de Montaigu, appartenant alors à Milon Le Maréchal, est mentionné pour la première fois ; il est alors concédé à l'abbaye aux Hommes par Guillaume le Conquérant. Son bief est modifié quand Robert II de Normandie fait construire la Chaussée ferrée, barrage permettant de détourner une partie des eaux de l'Orne vers les douves des remparts de Caen. Le Moulin de Thiout est signalé en 1272 et celui de Crèvecœur en 1324. La présence de ces moulins favorisa l'implantation d'activités proto-industrielles à partir du . En 1716, une fabrique d'amidon est implantée à proximité du moulin de Montaigu. En 1798, une faïencerie est fondée près de l'église ; elle est agrandie en 1801 et occupe jusqu'à soixante-dix ouvriersUne émeute à Caen en 1812, mais elle décline à partir de 1812 et ferme définitivement en 1814. Lors de l'émeute de 1812, des manifestants s'insurgeant contre le prix du blé mirent à sac le moulin de Montaigu.
Vie religieuse
Jusqu'à la Révolution, Saint-Michel était le chef-lieu du doyenné de Vaucelles, circonscription de l'archidiaconé d'ExmesJusqu'au , la rue traversant l'Île Saint-Jean jusqu'à Vaucelles s'appelait la rue Exmoisine, via Oximensis (actuellement rue Saint-Jean). Ce doyenné était compris entre ceux de Troarn et du Cinglais ; il était limité, au nord et à l'ouest, par l'Orne et, à l'est, par la Dives. En 1718, la paroisse de Sainte-Paix, anciennement sur la commune de Mondeville, est intégrée à Caen ; toutefois, cette paroisse est restée dépendante du doyenné de Troarn.
En 1720, Anne Leroy fonde à Vaucelles l'Association de Marie. Elle installe au rue du Four un établissement, surnommé le Petit-Couvent des Carrières, tout d'abord pour instruire les jeunes filles pauvres du faubourg. Les Filles du Bon-Sauveur, reconnues en 1734 par Louis XV, élargissent leurs activités en s'occupant des prostituées repenties et des aliénées. Elles déménagent dans la rue d'Auge en 1736 et construisent en 1775-1780 une nouvelle église, la chapelle Sainte-Paix. En 1792, les Filles du Bon-Sauveur sont chassées de leur établissement. Une partie de la communauté reste sur place, mais en 1795 elles sont expulsées définitivement.
Dans la deuxième partie du , une série de lois et d'arrêts ont imposée que les cimetières encore existants dans l'intérieur des communes et des hôpitaux soient transférés hors de leur enceinte (arrêts de la cour du parlement des et ; déclaration du ). En 1783, le cimetière de la paroisse Saint-Jean est donc transféré dans une ancienne carrière, les terrains comblés offrant l'avantage d'être plus facile à creuser. Arcisse de Caumont, Pierre Claude Loyal et François-Gabriel Bertrand (maire de Caen entre le et ) y sont inhumés.
Plusieurs communautés religieuses s'installent à nouveau à Vaucelles au . En 1856, l'Abbé Varin, curé de Vaucelles, permet l'installation de la Communauté des Petites sœurs des pauvres. Provisoirement établies de la rue de l'église, elles déménagent dix-huit mois plus tard dans de nouveaux locaux à l'angle du boulevard Leroy et de la rue Porte-Millet. L'établissement prend de l'importance et en 1879 Guillaume-Stanislas Trébutien indique qu« elles prodiguent leurs soins à plus de 160 vieillards des deux sexes. Chaque jour, une modeste voiture vient recueillir en ville les miettes de la table du riche »<ref>Guillaume-Stanislas Trébutien, Caen, son histoire, ses monuments, son commerce et ses environs, Caen, A. Hardel, 1855.</ref>. En 1859, les Capucins reprennent les locaux d'où avaient été chassées les Filles du Bon Sauveur en 1795. Ils agrandissent alors la chapelle Sainte-Paix construite en 1775. Enfin en 1868, les Carmélites, chassées de Caen à la Révolution, reconstruisent un nouveau couvent sur la place de la Demi-Lune (actuel Cours du Sacré-Cœur).
Révolution française
Pendant la Révolution française, les rues de Vaucelles sont rebaptisées :
Nom d'origine Nom révolutionnaire Rue d'Auge Rue des Bons Enfants Venelle Canchy Venelle du Repos Venelle Sainte-Anne Rue de l'Oubli Rue de l'Église-de-Vaucelles Rue du Peuple Rue du Milieu Rue de la Vertu Rue Branville Rue des Patriotes Rue de Vaucelles Rue de la Révolution
Nouveaux équipements de la deuxième partie du XIX
À partir de la deuxième partie du , le mouvement d'urbanisation de la rive droite de l'Orne s'amplifie. De nouveaux équipements sont établis dans ce secteur et plusieurs opérations immobilières sont entreprises, sans qu'on puisse toutefois véritablement parler de plan d'urbanisme à l'échelle du quartier ou de la ville.
Abattoirs En 1855, les abattoirs, auparavant situés à l'angle des rues Saint-Pierre et de Strasbourg, sont transférés à Vaucelles dans une rue ouverte en 1839Détruits en 1944, ces abattoirs furent remplacés par le tri postal et la criée, bâtiments démolis à leur tour dans les années 2000.. En 1894, le marché aux cuirs verts et aux suifs de la place Saint-Martin y est également transféré.
Gare de l'Ouest et nouveaux ponts